{"id":135959,"date":"2013-11-22T23:18:00","date_gmt":"2013-11-22T22:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/syrie-qadri-jamil-chasse-du-gouvernement-pour-sieger-a-geneve-et-diviser-lopposition\/"},"modified":"2024-01-23T13:22:28","modified_gmt":"2024-01-23T12:22:28","slug":"syrie-qadri-jamil-chasse-du-gouvernement-pour-sieger-a-geneve-et-diviser-lopposition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/syrie-qadri-jamil-chasse-du-gouvernement-pour-sieger-a-geneve-et-diviser-lopposition\/","title":{"rendered":"Syrie. Qadri Jamil, chass\u00e9 du gouvernement\u2026 pour si\u00e9ger \u00e0 Gen\u00e8ve et diviser l\u2019opposition"},"content":{"rendered":"<p>\nOn ne prend gu\u00e8re de risque en affirmant que la \u00ab\u00a0sanction\u00a0\u00bb prise par le r\u00e9gime syrien \u00e0 l&rsquo;encontre de Qadri Jamil, chass\u00e9 du gouvernement du Dr Wa&rsquo;el al-Halqi, le 29 octobre 2013, pour avoir pris l&rsquo;initiative de se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve sans autorisation et d&rsquo;y avoir rencontr\u00e9 l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain pour la Syrie Robert Ford sans permission, n&rsquo;est qu&rsquo;une ruse et un stratag\u00e8me. Ils sont destin\u00e9s \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 le statut de v\u00e9ritable opposant qui pourrait justifier sa pr\u00e9sence aux \u00e9ventuelles n\u00e9gociations de paix de Gen\u00e8ve 2, et l&rsquo;autoriser \u00e0 si\u00e9ger l\u00e0 o\u00f9 le pouvoir syrien le veut : de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la table, parmi les opposants, dont il contribuera ainsi davantage \u00e0 diviser les rangs.<\/p>\n<p>On sait que la majorit\u00e9 des opposants et des r\u00e9volutionnaires syriens rejettent ces n\u00e9gociations dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses et en l&rsquo;absence de s\u00e9rieuses garanties sur le changement de r\u00e9gime et le d\u00e9mant\u00e8lement du syst\u00e8me s\u00e9curitaire en place. On sait aussi qu&rsquo;une minorit\u00e9 d\u00e9pourvue de l\u00e9gitimit\u00e9 populaire et de repr\u00e9sentation esp\u00e8re qu&rsquo;elles auront lieu, m\u00eame en l&rsquo;absence d&rsquo;assurances sur le d\u00e9part de Bachar al-Assad, pour pouvoir continuer d&rsquo;exister. On sait enfin que Russes et Am\u00e9ricains s&rsquo;y raccrochent, ignorant les souffrances et les aspirations \u00e0 la libert\u00e9 et au changement de la population syrienne, mais trop heureux d&rsquo;avoir trouv\u00e9 un terrain d&rsquo;entente dans la destruction de l&rsquo;arsenal chimique d\u00e9tenu et utilis\u00e9 \u00e0 de multiples reprises par le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Le limogeage du vice-premier ministre pour les affaires \u00e9conomiques s&rsquo;apparente donc \u00e0 une op\u00e9ration de blanchiment. Elle a \u00e9t\u00e9 concoct\u00e9e et planifi\u00e9e conjointement par les Syriens et les Russes, pour ne pas dire par les Russes et les Syriens.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>En visite \u00e0 Moscou, Qadri Jamil avait publiquement annonc\u00e9, le 17 octobre 2013, que la conf\u00e9rence dite \u00ab\u00a0Gen\u00e8ve 2\u00a0\u00bb pourrait se tenir les 23 et 24 novembre suivants. Cette d\u00e9claration avait surpris. Bachar al-Assad ne manque pas autour de lui de sp\u00e9cialistes de politique \u00e9trang\u00e8re, du vice-pr\u00e9sident Farouq al-Chareh \u00e0 sa conseill\u00e8re politique Bouthayna Chaaban, en passant par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Walid al-Moallem et son vice-ministre Faysal Miqdad, pour ne rien dire des cr\u00e9atures habilit\u00e9es par leurs charmes \u00e0 lui prodiguer des conseils dans tous les domaines&#8230;<\/p>\n<p>Il pouvait para\u00eetre \u00e9trange de confier \u00e0 un sp\u00e9cialiste des questions \u00e9conomiques, par ailleurs repr\u00e9sentant de \u00ab\u00a0l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb au sein du gouvernement d&rsquo;union nationale, le soin de tester les intentions des uns et des autres. Mais abandonner une telle mission \u00e0 une pi\u00e8ce rapport\u00e9e et lui faire proc\u00e9der \u00e0 cette annonce depuis l&rsquo;\u00e9tranger pr\u00e9sentait le double avantage de permettre au r\u00e9gime de d\u00e9noncer plus ais\u00e9ment ses propos, si cela s&rsquo;av\u00e9rait n\u00e9cessaire, et de faire passer sa d\u00e9claration pour une initiative individuelle n&rsquo;engageant en rien les autorit\u00e9s de son pays. Jouant leur jeu dans la partition \u00e9crite \u00e0 quatre mains, les Russes s&rsquo;\u00e9taient charg\u00e9s de le remettre \u00e0 sa place en faisant remarquer, par la voix du porte-parole du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, que \u00ab\u00a0la d\u00e9termination de la date de cette conf\u00e9rence n&rsquo;\u00e9tait pas du ressort des responsables syriens mais du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re avanie \u00e0 laquelle le vice-premier ministre Qadri Jamil s&rsquo;exposait de la part et pour le compte de ses patrons.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p><strong>Est-il besoin de rappeler que, de toute sa carri\u00e8re politique entam\u00e9e en 1966, l&rsquo;opposition de Qadri Jamil (n\u00e9 en 1952) ne l&rsquo;a jamais conduit, \u00e0 l&rsquo;inverse de tant de ses camarades du Parti communiste syrien (PCS), \u00e0 passer par la case prison ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>En restant dans le sillage de son beau-p\u00e8re, Khaled Bagdache, inamovible secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCS de 1936 \u00e0 sa mort&#8230; en 1995, il a \u00e9chapp\u00e9 aux coups qui ont si durement affect\u00e9 la branche dite \u00ab\u00a0Bureau politique\u00a0\u00bb de son parti, celle que Riyad Turk avait entra\u00een\u00e9e en 1978 hors du Front national progressiste (FNP) pour en faire, avec le Parti de l&rsquo;Union socialiste arabe d\u00e9mocratique du Dr Jamal al-Atassi, le noyau d&rsquo;un Rassemblement national d\u00e9mocratique (RND). En l&rsquo;an 2000, il a \u00e9t\u00e9 exclu de son parti pour \u00ab\u00a0trotskisme, enrichissement et utilisation de l&rsquo;argent \u00e0 des fins politiques\u00a0\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, il avait eu l&rsquo;in\u00e9l\u00e9gance de s&rsquo;\u00e9lever contre \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9lection\u00a0\u00bb qui avait fait de sa belle-m\u00e8re, Wisal Farha, la nouvelle secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du parti en remplacement de son mari&#8230; Il a tent\u00e9, en 2002, avec une vingtaine de camarades exclus pour les m\u00eames raisons, d&rsquo;\u0153uvrer au rassemblement des multiples factions communistes, cr\u00e9\u00e9es au gr\u00e9 des expulsions et des scissions. Malheureusement, comme souvent dans une telle situation, son Comit\u00e9 national d&rsquo;Union des Communistes n&rsquo;a pas tard\u00e9, faute de convaincre ses amis de resserrer les rangs, par se fossiliser en un \u00e9ni\u00e8me avatar de leur commun parti d&rsquo;origine.<\/p>\n<p><img4193|center><\/p>\n<p>C&rsquo;est le soul\u00e8vement populaire de mars 2011 qui est \u00e0 l&rsquo;origine de sa nouvelle fortune politique. Contraint par le m\u00e9contentement populaire \u00e0 donner le change, le r\u00e9gime avait annonc\u00e9, le 15 octobre 2011, la mise en chantier d&rsquo;une nouvelle Constitution. Bien que sp\u00e9cialiste de planification du d\u00e9veloppement et non de droit constitutionnel, Qadri Jamil a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 parmi les membres majoritairement baathistes de la commission charg\u00e9e de sa r\u00e9daction. Il faut dire que, \u00e0 cette \u00e9poque, il n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 affirmer devant des visiteurs \u00e9trangers que Bachar al-Assad b\u00e9n\u00e9ficiait du soutien de 90 % de la population de son pays, et qu&rsquo;il \u00e9tait surtout attendu des 30 experts du comit\u00e9 de r\u00e9daction qu&rsquo;ils se montrent ouverts aux suggestions et aux remarques des moukhabarat qui exer\u00e7aient sur chacun d&rsquo;entre eux leur surveillance ou leur patronage&#8230;<\/p>\n<p>A la veille du r\u00e9f\u00e9rendum destin\u00e9 \u00e0 ent\u00e9riner ce texte, le 25 f\u00e9vrier 2012, Qadri Jamil s&rsquo;est soudain aper\u00e7u que l&rsquo;article 3 du projet posait probl\u00e8me. Il a appel\u00e9 \u00e0 un sit-in devant l&rsquo;Assembl\u00e9e du Peuple pour r\u00e9clamer \u00ab\u00a0une parfaite \u00e9galit\u00e9 entre tous les citoyens, sans discrimination de confession, de religion, d&rsquo;ethnie ou de sexe\u00a0\u00bb. Mais il a \u00e9vit\u00e9 de pr\u00e9ciser si l&rsquo;origine de son malaise tenait \u00e0 l&rsquo;affirmation que \u00ab\u00a0la religion du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est l&rsquo;islam\u00a0\u00bb (\u00a7 1) ou au rappel, car cette disposition figurait elle aussi d\u00e9j\u00e0 telle quelle dans la Constitution de 1973, que \u00ab\u00a0la jurisprudence islamique est la source essentielle de la l\u00e9gislation\u00a0\u00bb (\u00a7 2). Le texte n&rsquo;a \u00e9videmment pas \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9 et, avec ou sans sa voix, il a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en l&rsquo;\u00e9tat par plus de 89 % des quelque 58 % de votants&#8230; selon les chiffres officiels.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, Qadri Jamil se livrait \u00e0 une nouvelle palinodie. Alors qu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 conduire la liste du Front populaire pour le Changement et la Lib\u00e9ration, une coalition regroupant le Parti de la Volont\u00e9 populaire, la formation qu&rsquo;il avait cr\u00e9\u00e9e dans le cadre de la Loi sur les partis politiques promulgu\u00e9e le 4 ao\u00fbt 2011, et la branche du Parti syrien national social dirig\u00e9e par Ali Haydar, il a menac\u00e9, le 29 avril 2012, de boycotter le scrutin au cas o\u00f9 celui-ci n&rsquo;offrirait pas des \u00ab\u00a0garanties d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 et de transparence\u00a0\u00bb. On ignore la nature des garanties qu&rsquo;il aurait pu obtenir, mais il a sans doute \u00e9t\u00e9 rassur\u00e9, au moins sur son propre sort, en voyant son nom port\u00e9 sur une \u00ab\u00a0liste ferm\u00e9e\u00a0\u00bb, fort h\u00e9t\u00e9roclite mais enti\u00e8rement acquise au pouvoir en place, dont le succ\u00e8s \u00e9tait \u00e9crit d&rsquo;avance.<\/p>\n<p><img4196|center><\/p>\n<p>Compos\u00e9e d&rsquo;autant de noms que de si\u00e8ges \u00e0 occuper pour le gouvernorat de Damas, cette liste comprenait des apparatchiks du Parti Baath, des hommes d&rsquo;affaires de longue date accoquin\u00e9s au r\u00e9gime et deux repr\u00e9sentants des partis associ\u00e9s au Baath au sein du FNP. Parmi les apparatchiks figurait Mohammed Ammar Sa&rsquo;ati, ami de Maher al-Assad et pr\u00e9sident de la tr\u00e8s officielle Union nationale des Etudiants syriens, le syndicat charg\u00e9 d&rsquo;encadrer les jeunes gens et les jeunes filles fr\u00e9quentant les universit\u00e9s et, \u00e0 l&rsquo;occasion, de fournir des casseurs ou des briseurs de manifestations aux moukhabarat d\u00e9sireux de laisser la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb s&rsquo;exprimer. Parmi les repr\u00e9sentants du grand capital, apparaissaient en particulier le richissime Mohammed Hamcho, ami et homme de paille du m\u00eame Maher al-Assad. Quant aux repr\u00e9sentants du Front national progressiste, il s&rsquo;agissait des secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux des deux branches tol\u00e9r\u00e9es du Parti Communiste : Ammar Khaled Bagdache, qui avait succ\u00e9d\u00e9 entre-temps \u00e0 sa m\u00e8re \u00e0 la t\u00eate du parti jadis fond\u00e9 par son p\u00e8re, et Hune\u00efn Sa&rsquo;\u00efd Nimr, successeur de Yousef Faysal \u00e0 la direction de la branche du PCS portant son nom.<\/p>\n<p>D\u00e8s la proclamation des r\u00e9sultats de la consultation, le 7 mai 2012, Qadri Jamil en a d\u00e9nonc\u00e9 les irr\u00e9gularit\u00e9s. On comprend sa d\u00e9ception. Les quelques partis de \u00ab\u00a0l&rsquo;opposition nationale\u00a0\u00bb qui avaient accept\u00e9 de jouer le jeu esp\u00e9raient gagner \u00e0 peu pr\u00e8s autant de si\u00e8ges que le parti au pouvoir. Bachar al-Assad avait en effet laiss\u00e9 entendre qu&rsquo;il voulait \u00ab\u00a0saisir cette occasion pour favoriser l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un nouveau bloc politique d&rsquo;opposants de l&rsquo;int\u00e9rieur avec lequel faire alliance\u00a0\u00bb. Pour autant, il n&rsquo;avait rien fait pour dissuader ses camarades de d\u00e9montrer que le Baath, priv\u00e9 par la nouvelle Constitution de ses pr\u00e9rogatives de \u00ab\u00a0parti dirigeant de l&rsquo;Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, n&rsquo;en restait pas moins avec pr\u00e8s de 6 millions d&rsquo;adh\u00e9rents la seule v\u00e9ritable force politique du pays&#8230; Au soir des \u00e9lections, les partis d&rsquo;opposition autoris\u00e9s \u00e0 concourir n&rsquo;ont obtenu en tout et pour tout qu&rsquo;une dizaine de si\u00e8ges\u2026 sur 250. Qadri Jamil a donc appel\u00e9, le 12 mai, \u00e0 l&rsquo;annulation des \u00e9lections ou \u00e0 la dissolution de la nouvelle Assembl\u00e9e. Mais, le 24 mai, il \u00e9tait malgr\u00e9 tout pr\u00e9sent sous la coupole du parlement lors de l&rsquo;inauguration de la nouvelle chambre. Son courroux avait \u00e9t\u00e9 apais\u00e9 par la perspective que le r\u00e9gime lui faisait d\u00e9sormais miroiter, de devenir le \u00ab\u00a0premier chef non baathiste du premier gouvernement d&rsquo;union nationale depuis l&rsquo;arriv\u00e9e du Parti Baath au pouvoir\u00a0\u00bb en mars 1963 !<\/p>\n<p>Avant que le nouveau gouvernement ait \u00e9t\u00e9 mis en place, Qadri Jamil constatait, le 6 juin, qu&rsquo;une fois encore il avait \u00e9t\u00e9 roul\u00e9 dans la farine et que, les engagements de Bachar al-Assad n&rsquo;ayant gu\u00e8re de valeur, ce serait l&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Agriculture Riyad Hijab qui serait charg\u00e9 de diriger le nouveau cabinet. Mais il apprenait en m\u00eame temps que, \u00e0 condition de faire contre mauvaise fortune bon c\u0153ur, il pourrait obtenir un lot de consolation sous la forme d&rsquo;un maroquin de vice-premier ministre, en charge des questions \u00e9conomiques. Ayant obtenu son accord, le r\u00e9gime lui a impos\u00e9, le 23 juin, une derni\u00e8re humiliation. Afin qu&rsquo;il ne se fasse aucune illusion sur la r\u00e9alit\u00e9 de son autorit\u00e9 et sur l&rsquo;ampleur de son pouvoir, il a plac\u00e9 avant lui dans la liste protocolaire trois autres vice-premiers ministres\u2026 Qadri Jamil a aval\u00e9 cette nouvelle couleuvre et int\u00e9gr\u00e9 le gouvernement, en prenant soin, pour sauver la face, de d\u00e9clarer d&#8217;embl\u00e9e que \u00ab\u00a0son acceptation ne signifiait nullement qu&rsquo;il cessait de se consid\u00e9rer et d&rsquo;agir comme un membre de l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>Sa nomination a suscit\u00e9 des commentaires peu am\u00e8nes de la part de nombreux opposants qui, eux, ne pouvaient envisager de mettre leur main, m\u00eame pour la bonne cause, dans celle du \u00ab\u00a0criminel Bachar al-Assad\u00a0\u00bb. Les uns ont rappel\u00e9 que Qadri Jamil \u00e9tait sans doute communiste, mais qu&rsquo;il \u00e9tait encore plus certainement millionnaire. Il avait fait fortune en se livrant, entre la Syrie et la Russie o\u00f9 il avait quelque temps \u00e9tudi\u00e9 et avait nou\u00e9 des liens avec le complexe militaro-industriel, \u00e0 toutes sortes de commerces et de trafics. Il \u00e9tait m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 en Syrie comme \u00ab\u00a0le parrain de la mafia russe\u00a0\u00bb. Et il b\u00e9n\u00e9ficiait, pour la r\u00e9alisation de ses affaires, du soutien de personnages aussi puissants qu&rsquo;int\u00e9ress\u00e9s : le g\u00e9n\u00e9ral Mohammed Nasif Khayr Bek, ancien directeur de la branche int\u00e9rieure des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux et conseiller du vice-pr\u00e9sident Farouq al-Chareh pour les questions de s\u00e9curit\u00e9 ; le g\u00e9n\u00e9ral Ibrahim Houwayjeh, ancien directeur des renseignements de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air ; le g\u00e9n\u00e9ral Ali Mamlouk, ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux et principale figure de l&rsquo;appareil s\u00e9curitaire&#8230; Pour d&rsquo;autres, il avait d\u00e9marr\u00e9 dans les affaires en utilisant le magot amass\u00e9 par son p\u00e8re, un kurde de Damas, qui avait eu l&rsquo;opportunit\u00e9 de vendre \u00e0 l&rsquo;Union sovi\u00e9tique d&rsquo;alors le terrain sur lequel celle-ci avait \u00e9difi\u00e9 au centre de la capitale syrienne son ambassade et plusieurs b\u00e2timents \u00e0 usage d&rsquo;habitation pour son personnel diplomatique. Les moukhabarat n&rsquo;\u00e9taient pas totalement \u00e9trangers \u00e0 la diffusion de ces m\u00e9chantes rumeurs, destin\u00e9es \u00e0 mettre en garde le nouveau vice-premier ministre contre toute vell\u00e9it\u00e9 d&rsquo;\u00e9mancipation.<\/p>\n<p><img4195|center><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est donc pas de sa propre initiative que Qadri Jamil s&rsquo;est lanc\u00e9 en chevalier blanc dans quelques campagnes de d\u00e9nonciation qui auraient valu \u00e0 tout autre que lui, ou qui lui auraient valu \u00e0 un autre moment, une punition, une d\u00e9ch\u00e9ance ou un emprisonnement imm\u00e9diat. Parmi ses cibles figuraient en effet l&rsquo;homme d&rsquo;affaires Rami Makhlouf, cousin de Bachar al-Assad et grand argentier de la famille pr\u00e9sidentielle, le gouverneur de la Banque centrale Adib Mayyaleh, les pr\u00e9c\u00e9dents gouvernements en g\u00e9n\u00e9ral et ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e0 son poste en particulier, etc. Ses attaques verbales sont \u00e9videmment rest\u00e9es sans cons\u00e9quences pour ceux dont il critiquait les agissements. Ainsi, s&rsquo;agissant de Rami Makhlouf, la nationalisation de sa compagnie de t\u00e9l\u00e9phonie mobile, Syriatel, que le vice-premier ministre r\u00e9clamait pour renflouer les caisses de l&rsquo;Etat, n&rsquo;a pas un instant \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e. Pour autant, le soutien apport\u00e9 par Bachar al-Assad \u00e0 son cousin ne s&rsquo;est pas traduit par une sanction pour crime de l\u00e8se-majest\u00e9 contre Qadri Jamil. De m\u00eame, les attaques contre Adib Mayyaleh n&rsquo;ont eu de cons\u00e9quences ni pour le gouverneur, ni pour celui qui avait d\u00e9nonc\u00e9 sa corruption. La finalit\u00e9 de ces sorties m\u00e9diatiques \u00e9tait en effet ailleurs. Il s&rsquo;agissait de man\u0153uvres populistes dont Qadri Jamil n&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;instrument consentant. Elles \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 offrir aux Syriens confront\u00e9s \u00e0 d&rsquo;immenses difficult\u00e9s \u00e9conomiques une compensation symbolique. Ils devaient savoir qu&rsquo;ils disposaient, au sein du gouvernement, d&rsquo;un champion sans peur et sans reproche, pr\u00eat \u00e0 prendre la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats contre les profiteurs de tous poils et \u00e0 partir en guerre &#8211; au moins verbalement&#8230; &#8211; contre des personnalit\u00e9s de poids du syst\u00e8me ou de l&rsquo;administration.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas non plus de sa propre initiative que Qadri Jamil a s&rsquo;est lanc\u00e9, au moment o\u00f9 les r\u00e9sultats de sa gestion \u00e9taient le plus fortement critiqu\u00e9s, dans des d\u00e9clarations sur la situation militaire et politique qui auraient plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 attendues de son coll\u00e8gue et alli\u00e9 politique Ali Haydar, ministre de la R\u00e9conciliation. Il affirmait ainsi, au tout d\u00e9but du mois d&rsquo;ao\u00fbt 2013, que \u00ab\u00a0la guerre contre les extr\u00e9mistes men\u00e9e par tous les Syriens pourrait offrir une sortie politique \u00e0 la crise\u00a0\u00bb. Au milieu du mois de septembre, il confiait au quotidien britannique The Guardian sa conviction que, dans le conflit en cours, \u00ab\u00a0aucune des deux parties n&rsquo;\u00e9tait assez forte pour l&#8217;emporter\u00a0\u00bb. Le journal en ayant conclu que, \u00ab\u00a0pour le gouvernement syrien, la guerre civile est parvenue \u00e0 une impasse\u00a0\u00bb, Qadri Jamil aurait \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9, certains disent \u00ab\u00a0physiquement sanctionn\u00e9\u00a0\u00bb\u2026 par une paire de gifles du directeur des renseignements de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air, le g\u00e9n\u00e9ral Jamil Hassan. En s&rsquo;exprimant comme il l&rsquo;avait fait, il avait laiss\u00e9 entendre que le r\u00e9gime \u00e9tait en mauvaise posture, ayant quasiment \u00e9puis\u00e9 ses ressources militaro-s\u00e9curitaires. Mais apparemment insubmersible, Qadri Jamil ressortait de son trou au d\u00e9but du mois d&rsquo;octobre pour accuser les seigneurs de guerre des deux camps de faire durer la crise, appeler les Syriens \u00e0 combattre ensemble les chabbiha (voyous) et les dabbiha (\u00e9gorgeurs), et demander des comptes aux appareils s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p>Ces intrusions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans la chasse gard\u00e9e de ceux qui d\u00e9finissent les lignes de la politique int\u00e9rieure syrienne, les officiers de l&rsquo;arm\u00e9e et des moukhabarat si\u00e9geant \u00e0 la Cellule de gestion des crises, auraient eu de graves cons\u00e9quences si Qadri Jamil n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 en service command\u00e9 et s&rsquo;il n&rsquo;avait pris soin par ailleurs de redire en toute occasion ce qui en fait, pour le r\u00e9gime, l&rsquo;opposant id\u00e9al. Pour lui, le changement radical, global et profond aux plans politique, \u00e9conomique et social, ne concerne pas la personne de Bachar al-Assad, dont non seulement il n&rsquo;a jamais r\u00e9clam\u00e9 le d\u00e9part, mais qu&rsquo;il consid\u00e8re comme le mieux \u00e0 m\u00eame de conduire un mouvement de r\u00e9forme en Syrie. S&rsquo;il d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l&rsquo;intervention ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;est pour lui qu&rsquo;occidentale et arabe, et s&rsquo;il lui attribue la responsabilit\u00e9 de toutes les violences dans le pays, il observe un silence assourdissant sur le r\u00f4le de la Russie, de l&rsquo;Iran, de l&rsquo;Irak et du Hezbollah. Il pr\u00e9tend enfin que, s&rsquo;il se bat en paroles et en actes, ce n&rsquo;est \u00e9videmment \u00ab\u00a0pas pour sauver le r\u00e9gime mais pour sauver la Syrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>===<\/p>\n<p>En mai 2013, une source diplomatique d&rsquo;un pays de l&rsquo;Union europ\u00e9enne croyait savoir que Bachar al-Assad avait \u00e9tabli deux mois plus t\u00f4t la liste des 5 ministres qui pourraient participer \u00e0 d&rsquo;\u00e9ventuels pourparlers de paix avec l&rsquo;opposition. Elle comprenait, autour du Premier ministre Wa&rsquo;el al-Halqi, chef du gouvernement depuis la d\u00e9fection de Riyad Hijab, le vice-premier ministre Qadri Jamil, le ministre de la R\u00e9conciliation nationale Ali Haydar, le ministre de l&rsquo;information Omran al-Zoubi, et l&rsquo;avocat Joseph Soue\u00efd, ministre d&rsquo;Etat charg\u00e9 des affaires du Croissant rouge.<\/p>\n<p>A l&rsquo;approche de l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance, les Syriens et les Russes qui d\u00e9tiennent les uns et les autres des moyens de pression sur Qadri Jamil ont chang\u00e9 leur fusil d&rsquo;\u00e9paule. Ils se sont convaincus que, plut\u00f4t que d&rsquo;int\u00e9grer le vice-premier ministre dans la d\u00e9l\u00e9gation officielle syrienne \u00e0 Gen\u00e8ve, ils auraient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir si\u00e9ger de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la table, pour diviser et affaiblir l&rsquo;opposition, cet homme dont le verbe est haut mais dont l&rsquo;\u00e9chine est souple. Il fallait donc travailler son image d&rsquo;opposant, en lui offrant un acc\u00e8s permanent \u00e0 la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Russia Today, tout en faisant savoir que, par ses faits et gestes, ses d\u00e9clarations et ses initiatives, Qadri Jamil provoquait l&rsquo;irritation des d\u00e9cideurs politiques et s\u00e9curitaires syriens.<\/p>\n<p><strong>Son expulsion du gouvernement, derni\u00e8re manifestation en date de leur m\u00e9contentement, est destin\u00e9e \u00e0 lui donner enfin une v\u00e9ritable stature d&rsquo;opposant. Si cela ne fonctionne pas, Qadri Jamil aura tout perdu : son fauteuil du conseil des ministres \u00e0 Damas, qu&rsquo;il aura troqu\u00e9 \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, \u00e0 la demande de ses parrains, contre un hypoth\u00e9tique strapontin \u00e0 Gen\u00e8ve.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2013\/11\/04\/syrie-qadri-jamil-chasse-du-gouvernement-pour-sieger-a-geneve-et-diviser-lopposition\/\">Syrie.blog<br \/>\n<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne prend gu\u00e8re de risque en affirmant que la \u00ab\u00a0sanction\u00a0\u00bb prise par le r\u00e9gime syrien \u00e0 l&rsquo;encontre de Qadri Jamil, chass\u00e9 du gouvernement du Dr Wa&rsquo;el al-Halqi, le 29 octobre 2013, pour avoir pris l&rsquo;initiative de se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve sans autorisation et d&rsquo;y avoir rencontr\u00e9 l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain pour la Syrie Robert Ford sans<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-135959","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=135959"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/135959\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=135959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=135959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=135959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}