{"id":135859,"date":"2013-10-16T23:25:26","date_gmt":"2013-10-16T22:25:26","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/syrie-qui-veut-vraiment-aller-a-geneve-et-pourquoi-etat-des-lieux\/"},"modified":"2024-01-23T13:22:12","modified_gmt":"2024-01-23T12:22:12","slug":"syrie-qui-veut-vraiment-aller-a-geneve-et-pourquoi-etat-des-lieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/syrie-qui-veut-vraiment-aller-a-geneve-et-pourquoi-etat-des-lieux\/","title":{"rendered":"Syrie. Qui veut vraiment aller \u00e0 Gen\u00e8ve et pourquoi ? Etat des lieux"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Soutenue par Moscou et Washington, la tenue d&rsquo;une conf\u00e9rence de paix \u00e0 Gen\u00e8ve reste \u00e0 ce jour hypoth\u00e9tique. Une date situ\u00e9e autour de la mi-novembre a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e. Mais la disposition \u00e0 participer des parties en conflit reste \u00e0 d\u00e9montrer, le r\u00e9gime et la principale faction de l&rsquo;opposition affichant une intransigeance qui fait planer sur les n\u00e9gociations, avant m\u00eame leur ouverture, l&rsquo;ombre de l&rsquo;\u00e9chec.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le cadre des discussions est pourtant clair. Adopt\u00e9e le 27 septembre 2013, la r\u00e9solution 2118 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies \u00ab\u00a0demande qu\u2019une conf\u00e9rence internationale sur la Syrie soit organis\u00e9e dans les meilleurs d\u00e9lais aux fins de la mise en \u0153uvre du Communiqu\u00e9 de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb. Egalement intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Communiqu\u00e9 du Groupe d&rsquo;action pour la Syrie\u00a0\u00bb, ce texte qui figure en Annexe II de ladite r\u00e9solution a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 le 30 juin 2012, en pr\u00e9sence des secr\u00e9taires-g\u00e9n\u00e9raux des Nations unies et de la Ligue arabe, des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res chinois, fran\u00e7ais, russe, britannique, am\u00e9ricain, turc, kowe\u00eftien et qatari, et de la Haute Repr\u00e9sentante de l&rsquo;Union europ\u00e9enne pour les Affaires \u00e9trang\u00e8res. Elabor\u00e9 sous les auspices de Kofi Annan, alors Envoy\u00e9 sp\u00e9cial des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, cet accord international pr\u00e9voit une feuille de route en six points destin\u00e9e \u00e0 permettre \u00e0 la Syrie de retrouver la paix. Il pr\u00e9cise que les parties en conflit doivent s&rsquo;engager \u00e0 faire cesser la violence, lib\u00e9rer les d\u00e9tenus d&rsquo;opinions, assurer la protection et la libre circulation des journalistes, respecter le droit de manifester et la libert\u00e9 d&rsquo;association, et assurer l&rsquo;entr\u00e9e des organisations internationales humanitaires dans les zones touch\u00e9es par les combats. La mise en place d&rsquo;une \u00ab\u00a0autorit\u00e9 transitoire dot\u00e9e des pleins pouvoirs ex\u00e9cutifs\u00a0\u00bb et rassemblant des \u00ab\u00a0membres de l&rsquo;actuel Gouvernement [et]de l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb doit de son c\u00f4t\u00e9 favoriser l&rsquo;entame d&rsquo;un processus politique permettant \u00e0 la Syrie de devenir un Etat de droit.<\/p>\n<p>Cette feuille de route constitue le seul sc\u00e9nario capable de ramener la paix en Syrie par la voix politique. Elle est soutenue par Moscou, aux yeux de qui une intervention militaire occidentale en Syrie, apr\u00e8s la Libye, repr\u00e9senterait un nouvel \u00e9chec diplomatique. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sans doute \u00e0 la demande des Russes que le \u00ab\u00a0Communiqu\u00e9 de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb a trouv\u00e9 sa place dans le texte de la r\u00e9solution 2118. Apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9duire la probl\u00e9matique syrienne \u00e0 l&rsquo;arsenal chimique d\u00e9tenu par le r\u00e9gime, le Kremlin cherche \u00e0 assurer la survie de son alli\u00e9 en associant la destruction des armes internationalement prohib\u00e9es \u00e0 un processus politique susceptible de d\u00e9terminer l&rsquo;avenir du pays. Moscou affecte ainsi de croire que le conflit syrien, qui dure depuis 31 mois et qui trouve ses racines dans les pratiques autoritaires d&rsquo;un r\u00e9gime au pouvoir depuis plus de quarante ans, pourrait se r\u00e9soudre du fait de la bonne volont\u00e9 affich\u00e9e par Bachar al-Assad dans l&rsquo;op\u00e9ration de d\u00e9mant\u00e8lement de son arsenal illicite.<\/p>\n<p>Cet optimisme est largement injustifi\u00e9. Adopt\u00e9 il y a plus d&rsquo;un an, le \u00ab\u00a0Communiqu\u00e9 de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb n&rsquo;a pu \u00eatre mis en \u0153uvre en raison d&rsquo;une diff\u00e9rence fondamentale d&rsquo;interpr\u00e9tation du texte, qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 remani\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre reproduit en annexe de la r\u00e9solution onusienne. Pour Moscou, rien ne pr\u00e9cise que l&rsquo;actuel pr\u00e9sident syrien doit \u00eatre exclu de la transition syrienne. Pour les Am\u00e9ricains, r\u00e9ticents \u00e0 intervenir directement ou indirectement dans le conflit, le texte du communiqu\u00e9 indique implicitement que l&rsquo;\u00e9quipe dirigeante actuelle doit \u00eatre exclue de tout processus politique, pour laisser place \u00e0 un organe transitoire d&rsquo;union nationale assumant la totalit\u00e9 du pouvoir ex\u00e9cutif. Washington, pour qui le d\u00e9sarmement syrien est consid\u00e9r\u00e9 comme un gain strat\u00e9gique, semble pourtant dispos\u00e9 \u00e0 \u00eatre moins vindicatif qu&rsquo;auparavant sur le sort de Bachar al-Assad. La fermet\u00e9 russe et l&rsquo;ind\u00e9cision am\u00e9ricaine annoncent-elles la tenue des n\u00e9gociations ? C&rsquo;est aux acteurs syriens qu&rsquo;il faut le demander.<\/p>\n<p><strong>La Coalition nationale : refuser pour survivre<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La Coalition nationale des Forces de l&rsquo;Opposition et de la R\u00e9volution syrienne (Coalition nationale) a une position claire sur la question d&rsquo;\u00e9ventuelles n\u00e9gociations avec le r\u00e9gime. Une lettre puis des propos de son pr\u00e9sident, Ahmad al-Jarba, \u00e0 la fin du mois de septembre 2013, ont pu donner le sentiment que l&rsquo;opposition s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 annoncer sa participation \u00e0 des discussions. Mais ils ont \u00e9t\u00e9 sur-interpr\u00e9t\u00e9s. Dans l&rsquo;absolu, la Coalition nationale est favorable \u00e0 une solution politique, mais pas \u00e0 n&rsquo;importe quel prix. Ses dirigeants ont d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 de multiples reprises qu&rsquo;ils \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 s&rsquo;asseoir \u00e0 la table des n\u00e9gociations, mais \u00e0 condition que le sort de Bachar al-Assad fasse partie des sujets abord\u00e9s. Cette position est partag\u00e9e par un large spectre de l&rsquo;opposition politique. Michel Kilo a ainsi d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;une participation \u00e0 des n\u00e9gociations sans condition serait suicidaire. Les Fr\u00e8res musulmans, qui ont r\u00e9cemment r\u00e9it\u00e9r\u00e9 leur attachement \u00e0 la Coalition nationale et ont publiquement soutenu Ahmad To&rsquo;ma, premier Ministre provisoire nomm\u00e9 par celle-ci, ont de leurs c\u00f4t\u00e9s fait savoir qu&rsquo;ils se retireraient de toute structure qui accepterait de discuter avec le r\u00e9gime dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses.<\/p>\n<p>Un tel positionnement n&rsquo;est pas une simple posture d&rsquo;intransigeance politique. Il refl\u00e8te la pens\u00e9e du mouvement r\u00e9volutionnaire de l&rsquo;int\u00e9rieur, qui refuse de s&rsquo;asseoir \u00e0 la m\u00eame table que des dirigeants coupables de crimes de guerre et de crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9. Les Comit\u00e9s locaux de Coordination, structures horizontales apparues au d\u00e9but de la r\u00e9volution et impliqu\u00e9es dans l&rsquo;organisation des manifestations et la documentation des crimes et exactions perp\u00e9tr\u00e9s lors du conflit, ont ainsi rejet\u00e9 toute solution politique qui n&rsquo;impliquerait pas un d\u00e9part de Bachar al-Assad du pouvoir. Outre l&rsquo;opposition des mouvements r\u00e9volutionnaires civils \u00e0 la tenue de discussions, il faut \u00e9galement prendre en compte le rejet du dialogue par les rebelles. Quel que soit leur positionnement id\u00e9ologique, les insurg\u00e9s refusent en bloc l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une solution politique qui verrait Bachar al-Assad se maintenir \u00e0 la t\u00eate du pays. Un communiqu\u00e9 sign\u00e9 par une dizaine de groupes islamistes allant des djihadistes du Jabhat al-Nusra et du Harakat Ahrar al-Sham al-Islamiyya \u00e0 des unit\u00e9s jusqu&rsquo;alors affili\u00e9es au Conseil militaire supr\u00eame de Salim Idriss, telles que le Liwa al-Tawhid, Liwa al-Islam et les Suqur al-Sham, a port\u00e9 un coup s\u00e9rieux \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 de la Coalition nationale et mis en lumi\u00e8re son peu d&rsquo;influence sur le cours des \u00e9v\u00e9nements dans le pays. Quand bien m\u00eame elle accepterait de discuter avec le r\u00e9gime, ces groupes ne reconna\u00eetraient pas de telles n\u00e9gociations et ne se plieraient pas \u00e0 ce qui pourrait en r\u00e9sulter.<\/p>\n<p>Accus\u00e9e par le r\u00e9gime de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un \u00ab\u00a0groupe d&rsquo;expatri\u00e9s\u00a0\u00bb, alors que la majorit\u00e9 de ses membres sont des Syriens de l&rsquo;int\u00e9rieur contraints par ce m\u00eame r\u00e9gime \u00e0 fuir momentan\u00e9ment leur pays, et consid\u00e9r\u00e9e par lui comme \u00ab\u00a0non-repr\u00e9sentative\u00a0\u00bb du peuple syrien, la Coalition nationale ne d\u00e9fend donc pas autre chose que ce que les r\u00e9volutionnaires r\u00e9clament. Elle ne peut d&rsquo;ailleurs faire autrement. Toute concession au r\u00e9gime lui serait imm\u00e9diatement reproch\u00e9e et ach\u00e8verait de lui co\u00fbter la reconnaissance conditionnelle que les Syriens lui ont accord\u00e9e. D\u00e9j\u00e0 exasp\u00e9r\u00e9s par les querelles intestines qui minent l&rsquo;opposition, ils n&rsquo;accepteraient pas qu&rsquo;elle prenne des d\u00e9cisions \u00e0 l&rsquo;encontre de celles de la \u00ab\u00a0rue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Georges Sabra, pr\u00e9sident du Conseil national syrien, a r\u00e9cemment soulev\u00e9 un autre probl\u00e8me, li\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 du processus politique qui doit conduire la Syrie vers le pluralisme et l&rsquo;\u00e9tat de droit. Il s&rsquo;est demand\u00e9 comment discuter directement des principes d\u00e9mocratiques auxquels la Coalition nationale et ses diverses composantes sont toutes attach\u00e9es, comme elles ne cessent de le rappeler, avec un r\u00e9gime qui a recours aux ch\u00e2timents collectifs comme arme de guerre ? Comment parler d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 devant la Loi et de Justice avec des dirigeants qui ont ordonn\u00e9 hier l&rsquo;usage d&rsquo;armes chimiques contre leurs concitoyens et qui affament aujourd&rsquo;hui leur population ? La cr\u00e9dibilit\u00e9 du processus est aussi \u00e9branl\u00e9e par le lien incongru \u00e9tabli par la communaut\u00e9 internationale, comme d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, entre la destruction de l&rsquo;arsenal chimique syrien et le processus de r\u00e9conciliation politique. Comment imaginer que la guerre qui dure depuis plus de deux ans et demi pourrait \u00eatre r\u00e9solue par un d\u00e9mant\u00e8lement\u2026 qui risque de durer bien plus longtemps qu&rsquo;on affecte de le croire aujourd&rsquo;hui, alors que les atteintes aux Droits de l&rsquo;Homme et l&rsquo;assassinat de Syriens innocents se poursuivent dans l&rsquo;ensemble du pays par tous les autres moyens \u00e0 la disposition du r\u00e9gime ? Cette contradiction explique l&rsquo;incompr\u00e9hension manifest\u00e9e par les Syriens pour l&rsquo;attribution du prix Nobel 2013 \u00e0 l&rsquo;Organisation pour l&rsquo;Interdiction des Armes Chimiques&#8230; Leur ligne rouge ne co\u00efncide pas avec celle que Barack Obama a essay\u00e9 de tracer, en fonction \u00e0 la fois des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains et de sa propre disposition \u00e0 agir. Le refus de dialoguer avec le r\u00e9gime n&rsquo;est devenu un slogan et une exigence des r\u00e9volutionnaires que le 8 juillet 2011, \u00ab\u00a0Vendredi non au dialogue\u00a0\u00bb, soit quatre mois environ apr\u00e8s le d\u00e9but d&rsquo;un soul\u00e8vement populaire aussit\u00f4t r\u00e9prim\u00e9 dans le sang. Ils maintiennent aujourd&rsquo;hui cette position. Et ils n&rsquo;ont que faire de l&rsquo;incompr\u00e9hension ou des reproches de la communaut\u00e9 internationale, qui fait passer ses int\u00e9r\u00eats avant la vie de la population syrienne et qui les modifie au gr\u00e9 des circonstances.<\/p>\n<p><strong>Le Comit\u00e9 de Coordination : participer pour exister<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Certains opposants font entendre un autre son de cloche. Le Comit\u00e9 de Coordination nationale des Forces de Changement d\u00e9mocratique (Coordination nationale) s&rsquo;est prononc\u00e9 depuis longtemps en faveur de n\u00e9gociations avec le r\u00e9gime. Cr\u00e9\u00e9e fin juin 2011 par une dizaine de formations politiques d&rsquo;inspiration nationaliste arabe ou de gauche, avec le concours d&rsquo;opposants ind\u00e9pendants, la Coordination nationale est dirig\u00e9e par le nass\u00e9riste Hassan &lsquo;Abdel-Azim, pr\u00e9sident du Rassemblement national d\u00e9mocratique et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Union socialiste arabe d\u00e9mocratique. En raison de sa composition, la Coordination nationale est souvent qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u00e9culi\u00e8re\u00a0\u00bb, face au reste de l&rsquo;opposition qui ne serait ni l&rsquo;une, ni l&rsquo;autre. Une telle pr\u00e9sentation, volontiers relay\u00e9e par les m\u00e9dias et les alli\u00e9s ext\u00e9rieurs du r\u00e9gime, est inexacte. Ce qui caract\u00e9rise surtout la Coordination nationale par rapport \u00e0 la Coalition nationale, c&rsquo;est un positionnement proche de celui du Parti Baath et du Front national progressiste sur un certain nombre de questions, comme l&rsquo;attachement au socialisme, la primaut\u00e9 du nationalisme arabe et le refus de toute interf\u00e9rence du religieux dans le politique. La Coalition nationale rassemble des Syriens au moins aussi \u00ab\u00a0d\u00e9mocrates\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u00e9culiers\u00a0\u00bb que ceux qui sont souvent leurs anciens camarades. Il en va de m\u00eame du Conseil national syrien, dont l&rsquo;actuel pr\u00e9sident, le chr\u00e9tien Georges Sabra, est membre du Parti d\u00e9mocratique du Peuple syrien, ex-Parti communiste \/ Bureau politique de Riyad Turk. On trouve dans la Coalition, comme dans le Conseil, des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes composantes de la D\u00e9claration de Damas pour le Changement national d\u00e9mocratique en Syrie, des membres de la nouvelle Union des D\u00e9mocrates syriens de Michel Kilo et un large \u00e9ventail de d\u00e9mocrates ind\u00e9pendants : Riad Seif, Suhe\u00efr al-Atassi, Kamal al-Labwani, Walid al-Bounni, Burhan Ghalioun\u2026 pour ne citer qu&rsquo;eux. En revanche, \u00e0 la diff\u00e9rence de la Coordination nationale, le Conseil national puis la Coalition nationale ont admis en leur sein des membres de certains groupes, comme les Fr\u00e8res musulmans, auxquels le r\u00e9gime syrien refuse toute pr\u00e9sence et toute existence politique en Syrie, alors qu&rsquo;ils rejettent l&rsquo;Etat islamique et se prononcent depuis des ann\u00e9es en faveur d&rsquo;un Etat civil d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>D\u00e8s sa cr\u00e9ation, la Coordination nationale a condamn\u00e9 la militarisation de la r\u00e9volte et proscrit tout recours des r\u00e9volutionnaires \u00e0 une assistance internationale. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en septembre 2012 que, sous la pression des \u00e9v\u00e9nements et de la rue, elle a amorc\u00e9 un virage, acceptant de consid\u00e9rer l&rsquo;Arm\u00e9e syrienne libre (ASL), c&rsquo;est-\u00e0-dire le Conseil militaire supr\u00eame dirig\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Salim Idriss, comme \u00ab\u00a0une des composantes de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. C&rsquo;est \u00e9galement durant le mois de septembre 2012 que le groupe a appel\u00e9 pour la premi\u00e8re fois publiquement \u00e0 la chute du r\u00e9gime en place en Syrie. Ces annonces tardives ont contribu\u00e9 \u00e0 faire de la Coordination nationale, depuis son apparition, un acteur marginal et non reconnu de la r\u00e9volution. Mal compens\u00e9e par l&rsquo;activisme m\u00e9diatique que d\u00e9ploient ses repr\u00e9sentants \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, sa discr\u00e9tion, pour ne pas dire son ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, a emp\u00each\u00e9 les r\u00e9volutionnaires de la reconna\u00eetre comme l&rsquo;une de ses composantes.<\/p>\n<p>La Coordination nationale soutient aujourd&rsquo;hui une solution n\u00e9goci\u00e9e au conflit. Elle veut absolument en faire partie. Mais, sachant que pour ce faire elle devra compter davantage sur l&rsquo;aval implicite du pouvoir en place et le soutien actif de ses alli\u00e9s russes que sur celui des r\u00e9volutionnaires, elle man\u0153uvre et affiche la mod\u00e9ration que l&rsquo;on attend d&rsquo;elle. Les seules pr\u00e9conditions qu&rsquo;elle \u00e9voque ainsi aux n\u00e9gociations concernent la mise en place d&rsquo;un climat favorable : l&rsquo;arr\u00eat des hostilit\u00e9s, la lib\u00e9ration des prisonniers politiques, etc&#8230; Or, de notori\u00e9t\u00e9 publique, il s&rsquo;agit l\u00e0 de revendications constamment ignor\u00e9es ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pi\u00e9tin\u00e9es par le r\u00e9gime depuis 2011. Son principal alli\u00e9 dans cette affaire reste Moscou, qui a fait de la Coordination nationale l&rsquo;un de ses interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s en Syrie. Les Russes appr\u00e9cient sa constante retenue vis-\u00e0-vis du r\u00e9gime, son opposition r\u00e9solue \u00e0 la Coalition nationale et son aversion d\u00e9clar\u00e9e pour les \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral et pour les combattants islamistes en particulier, auxquels elle impute une part de responsabilit\u00e9 dans la d\u00e9gradation de la situation \u00e9quivalente \u00e0 celle du pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Les Kurdes : faire montre de solidarit\u00e9 ou jouer leur propre carte<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La participation des Kurdes pose un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire \u00e0 l&rsquo;opposition syrienne dans la perspective d&rsquo;\u00e9ventuelles ou d&rsquo;hypoth\u00e9tiques n\u00e9gociations \u00e0 Gen\u00e8ve avec le r\u00e9gime. Les deux principaux groupements politiques kurdes sont en effet affili\u00e9s \u00e0 des rassemblements de l&rsquo;opposition diff\u00e9rents. Le Parti de l&rsquo;Union d\u00e9mocratique (PYD, ex-PKK syrien), composante majoritaire du Conseil du Kurdistan occidental et principale force politique kurde, a particip\u00e9 \u00e0 la formation de la Coordination nationale. Son pr\u00e9sident, Saleh Muslim Mohammed, est jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour pr\u00e9sent\u00e9 comme l&rsquo;un de ses dirigeants. Il semble toutefois que le PYD ait pris ses distances avec cette structure et que sa priorit\u00e9 consiste d\u00e9sormais \u00e0 conforter son emprise territoriale sur l&rsquo;est et le nord de la Syrie. Cette emprise a \u00e9t\u00e9 acquise non pas au terme d&rsquo;affrontements avec les forces du r\u00e9gime, mais \u00e0 la faveur du repli de l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re vers l&rsquo;ouest et le sud du pays. Le parti a entrepris de cr\u00e9er dans ces deux zones une structure administrative provisoire, qui fait craindre \u00e0 de nombreux opposants la r\u00e9p\u00e9tition en Syrie du sc\u00e9nario autonomiste des Kurdes d&rsquo;Irak. Comme la Coordination nationale, le PYD fait montre de volontarisme sur la tenue de n\u00e9gociations avec le r\u00e9gime. Reste \u00e9videmment en suspens la question de \u00ab\u00a0l&rsquo;identit\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation kurde \u00e0 Gen\u00e8ve. Le PYD s&rsquo;y rendra-t-il en son nom propre, ce qui suppose qu&rsquo;il soit accept\u00e9 en tant que tel par les parrains de la rencontre, ou parviendra-t-il \u00e0 composer avec l&rsquo;ensemble des autres partis kurdes une d\u00e9l\u00e9gation unique ?<\/p>\n<p>Cette question provoque des tiraillements au sein du Conseil national kurde (CNK). Cr\u00e9\u00e9 le 26 octobre 2011 sous les auspices de Massoud Barzani, pr\u00e9sident du gouvernement r\u00e9gional du Kurdistan irakien, le CNK est un rassemblement d&rsquo;une quinzaine de partis politiques kurdes d&rsquo;importance in\u00e9gale. Il a longtemps \u00e9t\u00e9 tenu \u00e0 distance par l&rsquo;opposition r\u00e9unie dans le Conseil national syrien, dont une partie des membres et des dirigeants, encore impr\u00e9gn\u00e9s du nationalisme arabe en vigueur sous le r\u00e8gne du Baath, ne voulaient pas entendre les revendications de leurs compatriotes chez qui ils suspectaient une volont\u00e9 s\u00e9paratiste. Il s&rsquo;est rapproch\u00e9 de la Coalition nationale au mois de septembre 2013. Il y est finalement entr\u00e9, sur la base d&rsquo;un accord qui reconnait les droits constitutionnels et culturels kurdes, qui valide le principe d&rsquo;une d\u00e9centralisation administrative accordant une relative autonomie de gestion aux diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, et qui accepte la suppression du terme \u00ab\u00a0arabe\u00a0\u00bb dans la d\u00e9nomination de la Syrie post-Bachar al-Assad, qui sera alors la \u00ab\u00a0R\u00e9publique syrienne\u00a0\u00bb sans autre qualificatif.<\/p>\n<p>Le rapprochement entre le CNK et l&rsquo;opposition nationale repr\u00e9sent\u00e9e par la Coalition nationale s&rsquo;explique peut-\u00eatre moins par les concessions faites par cette derni\u00e8re dans l&rsquo;intention de se rallier les Kurdes que par la situation du CNK au nord du pays. A Alep, \u00e0 Hassaka et \u00e0 Raqqa, o\u00f9 les affrontements entre islamistes et Kurdes se multiplient depuis plusieurs mois, ce sont les Unit\u00e9s de Protection du Peuple (YPG) qui ont pris en charge la d\u00e9fense des villes et villages o\u00f9 les Kurdes sont pr\u00e9sents. Officiellement, ces Unit\u00e9s d\u00e9pendent du Conseil supr\u00eame kurde (CSK), cr\u00e9\u00e9 le 11 juillet 2012 \u00e0 Irbil, gr\u00e2ce aux intenses efforts de rapprochement entre les diff\u00e9rentes factions kurdes d\u00e9ploy\u00e9s par Massoud Barzani. Form\u00e9 au moment o\u00f9 les troupes de Bachar al-Assad amor\u00e7aient un retrait du nord du pays, le Conseil supr\u00eame kurde avait vocation \u00e0 devenir la structure administrative au sein de laquelle auraient coop\u00e9r\u00e9 le Conseil National Kurde et le PYD. Or il n&rsquo;en a rien \u00e9t\u00e9. Le PYD n&rsquo;a eu de cesse de remettre en cause l&rsquo;accord d&rsquo;Irbil. Il a veill\u00e9 \u00e0 conserver \u00e0 son seul service les Unit\u00e9s de Protection du Peuple qu&rsquo;il avait mises en place. Il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 pas \u00e0 recourir \u00e0 elles pour emprisonner, torturer et assassiner les voix kurdes critiques ou dissidentes. Il les a utilis\u00e9es pour emp\u00eacher la cr\u00e9ation d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s kurdes, susceptibles de contester son autorit\u00e9 sans partage dans les zones majoritairement kurdes. Il s&rsquo;en est servi pour s&rsquo;opposer par la force au retour en Syrie de plusieurs milliers de d\u00e9serteurs kurdes de l&rsquo;arm\u00e9e syrienne r\u00e9fugi\u00e9s dans le Kurdistan irakien, parce qu&rsquo;ils \u00e9taient proches du CNK. C&rsquo;est donc en situation de faiblesse que ce dernier a accept\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer la Coalition nationale. Alors qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait abstenu d&rsquo;appeler ouvertement au f\u00e9d\u00e9ralisme, pr\u00e9f\u00e9rant militer pour une \u00ab\u00a0d\u00e9centralisation politique\u00a0\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 contraint de se satisfaire d&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9centralisation administrative\u00a0\u00bb, une formulation source de nombreux blocages entre les deux partenaires par le pass\u00e9. Isol\u00e9 politiquement, il a choisi d&rsquo;assouplir ses positions afin de trouver place dans l&rsquo;opposition nationale.<\/p>\n<p>Mais ce rapprochement pourrait ne pas durer. Les affrontements persistants entre islamistes et Kurdes, dans le nord et l&rsquo;est du pays, favorisent une union sacr\u00e9e chez ces derniers. Malgr\u00e9 les exactions dont ils sont victimes de la part du PYD et de son bras arm\u00e9, les partis regroup\u00e9s dans le CNK s&rsquo;abstiennent de r\u00e9pondre \u00e0 leurs provocations par la force. Ils consid\u00e8rent en revanche avec r\u00e9probation le silence observ\u00e9 sur ces combats par l&rsquo;opposition nationale avec laquelle ils se sont alli\u00e9s, qui ne sait si elle doit redouter davantage la mainmise des djihadistes sur des portions accrues de territoire ou la possibilit\u00e9 de voir les Kurdes c\u00e9der \u00e0 la tentation autonomiste. Ils regrettent la timidit\u00e9 du communiqu\u00e9 diffus\u00e9 par la Coalition nationale sur les tensions dans les gouvernorats du nord, qui n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs eu aucun effet sur le terrain.<\/p>\n<p>A l&rsquo;heure o\u00f9 la communaut\u00e9 internationale para\u00eet consid\u00e9rer que la solution \u00e0 la crise en Syrie passe par des n\u00e9gociations entre les parties en conflit, le CNK est confront\u00e9 au choix qu&rsquo;il s&rsquo;est abstenu de faire jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. Repr\u00e9sentant des Kurdes au sein de la Coalition nationale, doit-il se plier \u00e0 la d\u00e9cision de cette derni\u00e8re de ne pas participer \u00e0 des discussions ? Porteur des aspirations nationales kurdes, doit-il au contraire prendre le risque de se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve pour y d\u00e9fendre sa vision de l&rsquo;avenir des Kurdes de Syrie ? Et ne devrait-il pas, dans ce dernier cas, tenter de r\u00e9activer au pr\u00e9alable le Conseil Supr\u00eame Kurde, la coquille vide utilis\u00e9e par le PYD comme couverture d\u00e9mocratique, de mani\u00e8re \u00e0 donner du poids aux revendications que tous les deux partagent ?<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir si les parrains de Gen\u00e8ve 2, qui ont inscrit en toutes lettres dans l&rsquo;Accord conclu en 2012 que \u00ab\u00a0tous les groupes et tous les segments de la soci\u00e9t\u00e9 syrienne doivent avoir les moyens de participer \u00e0 un dialogue national\u00a0\u00bb, accepteront une telle solution. Les Russes ont d\u00e9j\u00e0 dit qu&rsquo;ils y \u00e9taient favorables. Peu d\u00e9sireux d&rsquo;ouvrir la boite de Pandore d&rsquo;une repr\u00e9sentation s\u00e9par\u00e9e, sur une base ethnique ou autre, les Am\u00e9ricains sont d&rsquo;un avis contraire.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9gime : choisir ses interlocuteurs pour contr\u00f4ler l&rsquo;exercice<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Souligner la division, l&rsquo;intransigeance et la non-repr\u00e9sentativit\u00e9 de l&rsquo;opposition, comme certains se complaisent \u00e0 le faire, ne doit pas conduire \u00e0 consid\u00e9rer que le r\u00e9gime, qui aurait d\u00e9j\u00e0 compos\u00e9 sa d\u00e9l\u00e9gation et qui montre une certaine souplesse dans le d\u00e9mant\u00e8lement de son arsenal chimique, veut r\u00e9ellement se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve. Tout sugg\u00e8re au contraire que, pour pr\u00e9venir la tenue d&rsquo;un exercice au cours duquel les deux parties devront in\u00e9vitablement faire des concessions ou pour faire en sorte de ne discuter qu&rsquo;avec les opposants qu&rsquo;il aura lui-m\u00eame s\u00e9lectionn\u00e9s, il met en \u0153uvre une strat\u00e9gie de disqualification de ses autres interlocuteurs.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;en tient d&rsquo;abord \u00e0 une interpr\u00e9tation rigide de la feuille de route de Gen\u00e8ve. Elle pr\u00e9conise \u00ab\u00a0la mise en place d&rsquo;une autorit\u00e9 transitoire dot\u00e9e des pleins pouvoirs ex\u00e9cutifs\u00a0\u00bb, mais elle ne mentionne nulle part le d\u00e9part du chef de l&rsquo;Etat. On ne peut \u00e9videmment attendre de Bachar al-Assad qu&rsquo;il renonce volontairement \u00e0 son pouvoir, alors que, gr\u00e2ce au soutien militaire et politique de ses alli\u00e9s, il y reste jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour solidement install\u00e9. On ne peut davantage attendre qu&rsquo;il s&rsquo;engage dans un v\u00e9ritable processus politique avec l&rsquo;opposition. Il en a plusieurs fois accept\u00e9 le principe au cours des ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es, mais il ne l&rsquo;a jamais mis en application. Il sait que ce processus se traduira par une restriction de ses pouvoirs puisque la feuille de route stipule aussi que \u00ab\u00a0c\u2019est au peuple syrien qu\u2019il appartient de d\u00e9cider de l\u2019avenir du pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui l&rsquo;int\u00e9resse donc, c&rsquo;est encore une fois de gagner du temps en se posant en interlocuteur s\u00e9rieux et r\u00e9solu, une posture qui lui a jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent plut\u00f4t r\u00e9ussi. Alors que l&rsquo;utilisation des armes chimiques et le recours au blocus alimentaire contre sa propre population auraient d\u00fb lui valoir une condamnation devant la Cour p\u00e9nale internationale ou au moins un statut de paria, il est aujourd&rsquo;hui redevenu un partenaire de la communaut\u00e9 internationale. Certes, la r\u00e9solution 2118 ne refait pas de lui l&rsquo;interlocuteur re\u00e7u \u00e0 Paris lors du sommet inaugural de l&rsquo;Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e ou l&rsquo;invit\u00e9-vedette de la tribune pr\u00e9sidentielle du 14 juillet 2008. Mais elle le place malgr\u00e9 tout dans une position favorable. Pr\u00e9occup\u00e9s en premier lieu par leur propre s\u00e9curit\u00e9 et celle de leurs amis Isra\u00e9liens dans la r\u00e9gion, les Occidentaux, Am\u00e9ricains en t\u00eate, font depuis l&rsquo;adoption de la r\u00e9solution onusienne profil bas. Quelle garantie de respect de la r\u00e9solution auraient-ils si celui qui a accept\u00e9 sa mise en application venait \u00e0 dispara\u00eetre ? Conscient de cet avantage, Bachar al-Assad affiche jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent une parfaite collaboration avec la communaut\u00e9 internationale. Elle suffit pour convaincre les Occidentaux de fermer les yeux sur les autres atrocit\u00e9s commises en Syrie depuis bient\u00f4t trois ans, pourtant responsables de la mort de pr\u00e8s de 99 % des victimes.<\/p>\n<p>Alors que les pressions se multiplient sur la Coalition nationale pour qu&rsquo;elle accepte de participer \u00e0 des discussions sans conditions pr\u00e9alables, le r\u00e9gime formule des exigences qui compromettent toute n\u00e9gociation. Or, il est inutile de se cacher derri\u00e8re son petit doigt : aucune solution politique ne pourra \u00e9merger en Syrie sans concessions du r\u00e9gime. Faute d&rsquo;une telle perspective, la Coalition nationale, seule organisation d&rsquo;opposition \u00e0 laquelle a \u00e9t\u00e9 reconnue la l\u00e9gitimit\u00e9 de la repr\u00e9sentation du peuple syrien, ne pourra se r\u00e9soudre \u00e0 se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve. Affaiblie de jour en jour par le rejet d&rsquo;une partie des r\u00e9volutionnaires et des combattants de l&rsquo;int\u00e9rieur qui lui reprochent son incapacit\u00e9, et instrumentalis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur par les Amis du peuple syrien qui paraissent n&rsquo;avoir d&rsquo;autre perspective que la pr\u00e9servation de leur s\u00e9curit\u00e9, elle ne peut prendre le risque d&rsquo;engager des pourparlers avec le r\u00e9gime sans avoir obtenu la certitude qu&rsquo;il fera les concessions inscrites dans la feuille de route. Elle est de facto bloqu\u00e9e dans une posture intransigeante dont elle ne peut sortir, au risque d&rsquo;\u00eatre d\u00e9finitivement disqualifi\u00e9e aux yeux de ceux dont elle se veut encore la voix. Tant que le r\u00e9gime affichera son refus de conc\u00e9der, aucune issue politique ne pourra \u00e9merger.<\/p>\n<p>Tout en posant ses propres conditions \u00e0 des n\u00e9gociations, \u00e0 savoir l&rsquo;absence de pr\u00e9conditions de la part de l&rsquo;opposition et l&rsquo;exclusion du sort de Bachar al-Assad des discussions, le r\u00e9gime syrien a choisi les interlocuteurs avec qui il serait pr\u00eat \u00e0 discuter. La Coalition nationale n&rsquo;en fait pas partie. Le ministre syrien des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Walid al-Moallem, a rejet\u00e9 la possibilit\u00e9 de n\u00e9gocier avec elle, en raison de son \u00ab\u00a0manque de repr\u00e9sentativit\u00e9\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l&rsquo;antipatriotisme\u00a0\u00bb qui l&rsquo;a pouss\u00e9e \u00e0 appeler \u00e0 des frappes militaires \u00e9trang\u00e8res en Syrie. Pour faire montre de flexibilit\u00e9 et orienter les regards dans le sens voulu par Damas, il a pris soin d&rsquo;ajouter qu&rsquo;il existe en Syrie une \u00ab\u00a0opposition patriote respectable\u00a0\u00bb avec qui le pouvoir pourrait envisager de discuter. Lui-m\u00eame ne l&rsquo;ayant pas pr\u00e9cis\u00e9, pour ne pas sortir de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 son d\u00e9triment, il est malais\u00e9 de savoir \u00e0 qui il fait exactement ainsi allusion.<\/p>\n<p>Il se peut que ce soit \u00e0 la Coordination nationale. Mais on observera aussit\u00f4t que, dans son comportement \u00e0 son endroit, le r\u00e9gime a syst\u00e9matiquement manifest\u00e9 jusqu&rsquo;ici un profond m\u00e9pris. Alors qu&rsquo;ils se sont montr\u00e9s constants dans leurs appels au dialogue et au maintien de la paix civile dans le pays, les militants de la Coordination nationale n&rsquo;ont pas \u00e9chapp\u00e9 eux-m\u00eames, depuis le d\u00e9but du soul\u00e8vement, \u00e0 la vindicte et \u00e0 la r\u00e9pression du r\u00e9gime. Le 22 septembre 2012, \u00e0 peine rentr\u00e9s de Chine o\u00f9 ils \u00e9taient en visite officielle, Abdel &lsquo;Aziz al-Khayyer, Iyas A&rsquo;yash et Maher Tahhan ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0kidnapp\u00e9s\u00a0\u00bb par les redoutables services de renseignements de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air. Il leur \u00e9tait reproch\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger une possible \u00ab\u00a0transition politique\u00a0\u00bb en Syrie. Un an plus tard, et en d\u00e9pit des troubles suscit\u00e9s par ces arrestations \u00e0 Qardaha, fief des familles al-Assad\u2026 et al-Khayyer, aucune nouvelle des int\u00e9ress\u00e9s ne permet de conna\u00eetre leur sort. Quelque temps plus tard, le Dr. Adnan Wahbeh, membre-fondateur de la Coordination nationale, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 pour avoir soign\u00e9 des manifestants. Un autre de ses membres, Ghazi Ghannam, a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9. Plus r\u00e9cemment, Adnan al-Dibs, Youssef Abdelki et Tawfiq Omran ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Tartous pour avoir sign\u00e9 une p\u00e9tition. Seuls les deux derniers ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9s apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e9prouvant dans les ge\u00f4les des moukhabarat&#8230;<\/p>\n<p>Si le r\u00e9gime rejette absolument la Coalition nationale et m\u00e9prise ou ignore la Coordination nationale, c&rsquo;est pour mieux mettre en valeur les \u00ab\u00a0opposants\u00a0\u00bb avec lesquels il ne verrait aucun inconv\u00e9nient \u00e0 discuter : les membres de la Coalition des Forces de Changement pacifique. Fond\u00e9e le 2 mai 2012, cette coalition r\u00e9unit le Parti de la Volont\u00e9 populaire de Qadri Jamil, l&rsquo;aile dissidente du Parti syrien national social dirig\u00e9e par Ali Haydar, le Troisi\u00e8me Courant pour la Syrie de Mazen Maghrabiya, le Courant de la Voix du Changement pacifique de Fateh Jamous, le Rassemblement marxiste d\u00e9mocratique en Syrie de Nayef Salloum, le Courant de l&rsquo;Action nationale et les Comit\u00e9s pour la Paix civile de Deir az-Zor, Qnaynes et &lsquo;Amouda. Ces formations font partie de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration des partis politiques syriens. Ils sont n\u00e9s de \u00ab\u00a0l&rsquo;ouverture\u00a0\u00bb arrach\u00e9e \u00e0 Bachar al-Assad par le mouvement r\u00e9volutionnaire \u00e0 ses d\u00e9buts. Mais leur l\u00e9galisation, via le d\u00e9cret sur le multipartisme du 24 juillet 2011, ne fait d&rsquo;eux qu&rsquo;une \u00ab\u00a0opposition officielle\u00a0\u00bb au r\u00e9gime syrien, puisque leur existence doit \u00eatre valid\u00e9e\u2026 par Ali Mamlouk, en sa qualit\u00e9 de chef du Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des plus en vue de ces formations, le Parti de la Volont\u00e9 populaire, milite ainsi pour \u00ab\u00a0un changement dans le r\u00e9gime [&#8230;] sous le leadership du Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb. Son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Qadri Jamil, est un militant communiste de longue date qui a su profiter de la r\u00e9volution. Il s&rsquo;est impos\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne en participant au comit\u00e9 d&rsquo;amendement de la Constitution. Aux \u00e9lections l\u00e9gislatives qui ont suivi le r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel, il a uni son parti \u00e0 celui d&rsquo;Ali Haydar pour former le Front populaire pour le Changement et la Lib\u00e9ration. D\u00e9\u00e7u par des r\u00e9sultats tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 de ses attentes, il a d\u00e9nonc\u00e9 &#8211; \u00e0 juste titre\u2026 &#8211; un scrutin \u00ab\u00a0truqu\u00e9 et manipul\u00e9\u00a0\u00bb et appel\u00e9 \u00e0 la dissolution du Parlement. Il s&rsquo;est finalement content\u00e9 d&rsquo;un lot de consolation, acceptant dans le nouveau gouvernement constitu\u00e9 le 23 juin 2012 un poste beaucoup moins prestigieux que celui qu&rsquo;on lui avait fait miroiter pour apaiser son courroux : 4\u00e8me vice-premier ministre, en charge des Affaires \u00e9conomiques et ministre du Commerce int\u00e9rieur et de la Protection des Consommateurs. Bien que le gouvernement en question ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme un gouvernement d&rsquo;union nationale, puisqu&rsquo;il ouvrait ses portes pour la premi\u00e8re fois depuis 50 ans \u00e0 des repr\u00e9sentants de partis politiques n&rsquo;appartenant ni au Baath, ni au Front national progressiste, il est impossible de voir dans sa nomination un signe d&rsquo;ouverture politique du r\u00e9gime. Qadri Jamil n&rsquo;a jamais appel\u00e9 au d\u00e9part de Bachar al-Assad, et, lorsqu&rsquo;en ao\u00fbt 2012 il a eu le malheur de d\u00e9clarer que des n\u00e9gociations entre le r\u00e9gime et l&rsquo;opposition pourraient conduire \u00e0 un changement, il a imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 sa place. Il ne joue qu&rsquo;un r\u00f4le de fa\u00e7ade au sein de l&rsquo;\u00e9quipe dirigeante actuelle, dont la libert\u00e9 de d\u00e9cision et de man\u0153uvre par rapport aux services de s\u00e9curit\u00e9 reste insignifiante. En raison de ses relations de longue date avec la Russie, il sert d&rsquo;interm\u00e9diaire avec Moscou o\u00f9 il s&rsquo;est rendu \u00e0 de multiples reprises pour n\u00e9gocier des livraisons de carburants, de gaz, mais aussi l&rsquo;approvisionnement de la Banque centrale en devises et la mise en place d&rsquo;un pr\u00eat. Bref, il joue les utilit\u00e9s et sert au gouvernement de vitrine d\u00e9mocratique, assumant des responsabilit\u00e9s qui, compte-tenu de la d\u00e9gradation constante de la situation \u00e9conomique, en feront en temps opportun un excellent bouc \u00e9missaire.<\/p>\n<p>La situation d&rsquo;Ali Haydar n&rsquo;est gu\u00e8re diff\u00e9rente. Camarade d&rsquo;universit\u00e9 de Bachar al-Assad, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 dans le m\u00eame gouvernement que Qadri Jamil au poste de Ministre de la R\u00e9conciliation. Comme celui des Affaires \u00e9conomiques, ce poste s&rsquo;apparente \u00e0 un si\u00e8ge \u00e9jectable. Celui qui l&rsquo;occupera au moment du bilan devra faire ses valises \u00e0 ses risques et p\u00e9rils&#8230; Ali Haydar a toutefois \u00e9t\u00e9 plus difficile \u00e0 accrocher au tableau de chasse du gouvernement que son alli\u00e9. L&rsquo;assassinat de son fils, Isma\u00efl Haydar, tu\u00e9 le 2 mai 2012 par des \u00ab\u00a0inconnus\u00a0\u00bb, y a \u00e9t\u00e9 pour beaucoup. Le r\u00e9gime a fait porter la responsabilit\u00e9 de ce meurtre \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;opposition\u00a0\u00bb, mais le positionnement du jeune homme laisse peu de place au doute : fervent militant de la r\u00e9volution, il avait particip\u00e9 \u00e0 de nombreuses manifestations \u00e0 Damas m\u00eame, au cours desquelles il n&rsquo;avait jamais dissimul\u00e9 ses id\u00e9es. A ce jour, le processus de r\u00e9conciliation pilot\u00e9 depuis plus d&rsquo;un an par Ali Haydar n&rsquo;a produit aucun effet notable. Il ne peut mettre en avant que la lib\u00e9ration de quelques dizaines de prisonniers injustement d\u00e9tenus dans les ge\u00f4les du r\u00e9gime, et l&rsquo;obtention de quelques \u00ab\u00a0tr\u00eaves\u00a0\u00bb mineures. Il a r\u00e9cemment montr\u00e9 comment il comprenait son r\u00f4le et manifestait son \u00ab\u00a0opposition\u00a0\u00bb au r\u00e9gime en rencontrant Ali Kayali, chef de la \u00ab\u00a0R\u00e9sistance syrienne\u00a0\u00bb, un groupe sectaire proche du r\u00e9gime bas\u00e9 dans la r\u00e9gion c\u00f4ti\u00e8re, dont l&rsquo;implication est suspect\u00e9e dans les massacres de civils commis en juillet 2013 \u00e0 Banias et al-Bayda. A en juger au meurtre de sept membres du comit\u00e9 local de r\u00e9conciliation de Homs, ex\u00e9cut\u00e9s de sang-froid \u00e0 la mi-juillet par des chabbiha parce qu&rsquo;ils \u00e9taient sunnites, le r\u00e9gime lui-m\u00eame n&rsquo;accorde gu\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 une quelconque r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Chefs de partis \u00ab\u00a0ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb, Ali Haydar et Qadri Jamil incarnent donc la seule \u00ab\u00a0opposition\u00a0\u00bb avec laquelle le r\u00e9gime pourrait accepter de discuter, certain qu&rsquo;avec ce genre d&rsquo;interlocuteurs, ni son autorit\u00e9, ni sa p\u00e9rennit\u00e9 ne seront contest\u00e9es.<\/p>\n<p>Alors que les Russes imputent aux Europ\u00e9ens et aux Am\u00e9ricains les r\u00e9ticences de la Coalition nationale \u00e0 se rendre \u00e0 Gen\u00e8ve, ils se refusent jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 exercer la moindre pression sur Bachar al-Assad pour qu&rsquo;il accepte les concessions indispensables \u00e0 l&rsquo;ouverture politique esp\u00e9r\u00e9e. Dans ces conditions, si elles ont lieu, les n\u00e9gociations de Gen\u00e8ve n&rsquo;aboutiront nullement \u00e0 une solution. Elles permettront au mieux au r\u00e9gime de gagner du temps.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2013\/10\/16\/syrie-qui-veut-vraiment-aller-a-geneve-et-pourquoi-etat-des-lieux\/\">Syrieblog<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Soutenue par Moscou et Washington, la tenue d&rsquo;une conf\u00e9rence de paix \u00e0 Gen\u00e8ve reste \u00e0 ce jour hypoth\u00e9tique. Une date situ\u00e9e autour de la mi-novembre a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e. 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