{"id":134351,"date":"2012-12-31T20:05:17","date_gmt":"2012-12-31T19:05:17","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/russie-syrie-raisons-et-limites-dun-repositionnement\/"},"modified":"2024-01-23T13:12:20","modified_gmt":"2024-01-23T12:12:20","slug":"russie-syrie-raisons-et-limites-dun-repositionnement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/russie-syrie-raisons-et-limites-dun-repositionnement\/","title":{"rendered":"Russie \u2013 Syrie: Raisons et limites d\u2019un repositionnement"},"content":{"rendered":"<p>Depuis mars 2011, la position de la Russie s&rsquo;est caract\u00e9ris\u00e9e en Syrie \u00e0 la fois par un total d\u00e9ni de l\u00e9gitimit\u00e9 de la r\u00e9volution syrienne et, dans le m\u00eame temps, par un soutien r\u00e9solu &#8211; politique, diplomatique, financier et militaire &#8211; au r\u00e9gime de Bachar al Assad. Or, depuis quelques semaines, les Russes ont entam\u00e9 un mouvement de repositionnement progressif. Il ne remet pas en cause le fondement premier de leur politique : le refus de reconna\u00eetre le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire du mouvement populaire syrien. Mais il incite \u00e0 se demander ce qui pousse ainsi le Kremlin \u00e0 bouger et \u00e0 amorcer ce qui a toutes les apparences d&rsquo;un d\u00e9but de changement de bord. Doit-il \u00eatre mis en corr\u00e9lation avec les incidents qui atteignent d\u00e9sormais la montagne alaouite ou le village d&rsquo;Aqrab, dans le gouvernorat de Hama ? Quelle part peut-on attribuer dans cette \u00e9volution aux facteurs locaux et internationaux ?<\/p>\n<p>Quitte \u00e0 choquer, reconnaissons que la Russie \u00e9nonce haut et fort ce que, s\u2019agissant de la Syrie, les grandes puissances affectent d\u2019ignorer dans les circonstances actuelles : le respect par les Etats de la souverainet\u00e9 des autres Etats. Ce principe universel est destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir les man\u0153uvres de renversement et les manigances des Etats les uns \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des autres. De ce premier point de vue, la politique syrienne de Moscou peut \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0souverainiste\u00a0\u00bb : le r\u00e9gime importe peu ; seul compte le gouvernement dont la souverainet\u00e9 est reconnue. Cette position suscite la col\u00e8re des Syriens, pris pour cible par les Mig qui figurent en bonne place parmi les mat\u00e9riels de guerre acquis \u00e0 grands frais &#8211; on parle de plus de 12 milliards de dollars &#8211; par l\u2019arm\u00e9e syrienne aupr\u00e8s de la Russie. Mais il faut reconnaitre aux Russes une coh\u00e9rence qui fait d\u00e9faut aux autres puissances. Elles tiennent des discours, affichent des intentions et font des promesses, mais elles n\u2019assument pas leurs engagements. D\u00e9clarer qu&rsquo;un r\u00e9gime est assassin et qu\u2019il se livre \u00e0 des actes odieux, devrait conduire, en bonne logique, \u00e0 proposer aux victimes de ses agissements les moyens d&rsquo;y mettre fin. Or ce n&rsquo;est pas &#8211; du moins ce n\u2019est pas encore\u2026 &#8211; le cas. Toujours d\u00e9licate, la prise de d\u00e9cision est rendue encore plus complexe pour les Etats dans un contexte de nature r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Le second trait de la politique russe vis-\u00e0-vis de la Syrie tient \u00e0 des consid\u00e9rations d\u2019ordre g\u00e9opolitique. La zone prioritaire d\u2019influence russe demeure le Caucase. Le Moyen Orient vient en second. Un jeu de domino, fond\u00e9 sur les notions d&rsquo;amis et d&rsquo;ennemis, se joue dans ce cadre. Lors du \u00ab\u00a0r\u00e8glement\u00a0\u00bb des questions caucasiennes, avec l&rsquo;invasion de la Tch\u00e9tch\u00e9nie en 2000, sous la premi\u00e8re pr\u00e9sidence de Vladimir Poutine, suivie de l&rsquo;affaire g\u00e9orgienne, la Russie, qui entendait \u00eatre \u00e0 nouveau reconnue comme grande puissance mondiale, a compt\u00e9 ses soutiens et ses adversaires. Parmi ces derniers, la Turquie figure au premier rang, suivie des Etats-Unis, et enfin de l&rsquo;Europe. L&rsquo;op\u00e9ration militaire men\u00e9e au printemps 2011 contre le r\u00e9gime de Mouammar Qadhdh\u00e2f\u00ee, que la France et la Grande Bretagne ont justifi\u00e9e par une lecture extensive de la r\u00e9solution 1973 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 un camouflet pour la Russie : elle mettait en question sa puissance fraichement reconquise. Si, pour les Russes, la zone sud de la m\u00e9diterran\u00e9e centrale reste secondaire, il en va diff\u00e9remment pour ce qui concerne la Syrie. La mise \u00e0 leur disposition d&rsquo;une base militaire \u00e0 Tartous et les avoirs financiers d\u00e9gag\u00e9s par le r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette syrienne placent la Syrie dans le camp des \u00ab\u00a0amis de la Russie\u00a0\u00bb. Cette relation a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e, au d\u00e9but de la crise, par l&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 par la Turquie, puis par les puissances occidentales, \u00e0 l&rsquo;opposition syrienne. Pour cette derni\u00e8re, la Russie, en apportant un soutien sans faille au r\u00e9gime qu\u2019elle contestait, est devenue un ennemi r\u00e9gional majeur.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me trait repose sur une perception id\u00e9ologique de la politique arabe. A l&rsquo;image de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Vladimir Poutine s&rsquo;illustre par un anti-islamisme que l\u2019on peut qualifier de primaire. Peu enclin par nature \u00e0 laisser s\u2019exprimer les oppositions, il consid\u00e8re comme un ennemi absolu celles dont les r\u00e9f\u00e9rences ne sont ni la\u00efques, ni chr\u00e9tiennes. Elles sont pour lui une menace insupportable. Il appartient \u00e0 un groupe politique que l&rsquo;on peut qualifier d&rsquo;\u00e9radicateur. Il a connu ses heures de gloires \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Pour lui, toute opposition, o\u00f9 que ce soit, qui ne prend pas ses distances avec les r\u00e9f\u00e9rences musulmanes, doit \u00eatre vigoureusement combattue. Cette obsession a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par l\u2019aboutissement des soul\u00e8vements en Egypte et en Tunisie. De son point de vue, toutes les r\u00e9volutions arabes sont dangereuses car elles sont d\u00e9tourn\u00e9es ou capt\u00e9es \u00e0 leur profit par les islamistes. Devenu le grand d\u00e9fenseur de l&rsquo;Eglise orthodoxe, dans laquelle il voit la meilleure expression de l&rsquo;\u00e2me russe, il pr\u00e9tend faire de la la\u00efcit\u00e9 un moteur de sa politique. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une attitude malheureusement classique des rapports entre l\u2019Occident &#8211; Russie comprise &#8211; et l\u2019Orient, qui voit le premier interdire ou d\u00e9noncer chez le second les id\u00e9es ou les formes politiques qui ne lui agr\u00e9ent pas. Que de telles critiques soient en parfaite contradiction avec la d\u00e9mocratie et le respect du pluralisme \u00e9nonc\u00e9s par ailleurs n&rsquo;importe pas. Enfin et surtout, le mouvement de contestation populaire a pris en Syrie une forme qui ne pouvait que susciter la r\u00e9probation du \u00ab\u00a0d\u00e9mocrate\u00a0\u00bb Poutine, dans la mesure o\u00f9 ce mouvement est fondamentalement r\u00e9volutionnaire, r\u00e9clamant une rupture radicale avec l\u2019ordre existant et remettant en cause les fondements du pouvoir et de l\u2019autorit\u00e9. Entretenue par le courage quotidien des millions de Syriens qui, pour certains, ont pris les armes et, pour les autres, affichent leur solidarit\u00e9 en apportant \u00e0 leurs compatriotes nourriture et m\u00e9dicaments, des actions consid\u00e9r\u00e9es comme aussi criminelles l\u2019une que l\u2019autre par le pouvoir en place, cette vague de fonds d\u00e9montre que ce n\u2019est pas uniquement dans les cabinets que s\u2019\u00e9laborent les politiques.<\/p>\n<p>Pourquoi dans ces conditions les Russes ont-ils commenc\u00e9 \u00e0 changer de position ? Ce n\u2019est ni par volont\u00e9 d\u2019apaiser les tensions provoqu\u00e9es par le conflit entre les diff\u00e9rentes composantes de la population, ni par peur d&rsquo;un g\u00e9nocide alaouite. De tout cela, la Russie n\u2019a que faire. Elle ne s\u2019int\u00e9resse pas aux peuples, mais uniquement \u00e0 sa propre politique. Que le r\u00e9gime syrien, qui est son \u00ab\u00a0ami\u00a0\u00bb, manipule la carte confessionnelle, peu lui importe ! Que des Syriens meurent par milliers et que le pays connaisse des dommages, peu lui importe encore ! Que la Syrie soit bient\u00f4t r\u00e9duite \u00e0 un immense champ de ruine, cela ne lui fait rien non plus&#8230; ! La seule et unique pr\u00e9occupation des Russes est que Damas se maintienne dans la ligne de Moscou. Pour ceux qui ont d\u00e9ploy\u00e9 les moyens que l\u2019on sait dans le Caucase, l\u2019\u00e9crasement militaire d\u2019un soul\u00e8vement populaire n\u2019a gu\u00e8re plus d\u2019importance \u00e0 Damas qu\u2019\u00e0 Grozny : un d\u00e9tail de l&rsquo;histoire. De la m\u00eame mani\u00e8re, le massacre dont le village alaouite d&rsquo;Aqrab a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre &#8211; un massacre autour duquel, soit dit en passant, le r\u00e9gime en place garde un \u00e9trange silence\u2026 &#8211; n\u2019est qu\u2019un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne. Il ne m\u00e9rite pas d\u2019\u00eatre consign\u00e9 sur l&rsquo;agenda russe. En revanche, d&rsquo;autres points ressortent et s\u2019imposent \u00e0 leurs regards. Tout d&rsquo;abord, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, l&rsquo;Arm\u00e9e Syrienne Libre a d\u00e9sormais \u00e9tabli son autorit\u00e9 sur tous les espaces ruraux du pays. Ensuite, elle est en passe, comme nous l\u2019avions annonc\u00e9 d\u00e8s le mois de juillet, de remporter les batailles urbaines de Damas et d&rsquo;Alep. Enfin, sa victoire est aujourd&rsquo;hui certaine. Elle est uniquement diff\u00e9r\u00e9e par les tractations et marchandages de couloir autour de l\u2019opportunit\u00e9 de lui vendre &#8211; enfin ! &#8211; l&rsquo;armement qu&rsquo;elle r\u00e9clame pour pouvoir maintenir ou envoyer au sol les avions qui survolent les plaines et les villes de Syrie, et, surtout, car c\u2019est le plus urgent, pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de mettre fin aux carnages. Aujourd\u2019hui, la Russie r\u00e9alise avec stupeur que tous les bastions du r\u00e9gime r\u00e9put\u00e9s imprenables sont, un \u00e0 un, sur le point d&rsquo;\u00eatre conquis. La question n&rsquo;est plus de savoir ni o\u00f9 bloquer les avanc\u00e9es de l\u2019ASL, ni comment proc\u00e9der \u00e0 la reconqu\u00eate des villes et r\u00e9gions perdues. Elle est de pr\u00e9ciser le d\u00e9lai qui s\u00e9pare de l\u2019\u00e9croulement et de la d\u00e9faite l&rsquo;\u00e9quipe sanguinaire au pouvoir en Syrie. Soudain, la Russie prend peur. Comment camper sur une ligne d\u2019intransigeance alors que les r\u00e9volutionnaires ont investi des quartiers proches de son ambassade \u00e0 Damas ?<\/p>\n<p><img3482|center><\/p>\n<p>Dans une ultime tentative destin\u00e9e \u00e0 sauver ce qui peut encore l\u2019\u00eatre, la Russie relance donc l&rsquo;initiative de Lakhdar Brahimi. Puis elle se prononce en faveur de modifications de structures. Mais elle s\u2019abstient toujours de franchir le dernier pas, celui qui d\u00e9montrerait qu\u2019elle a r\u00e9ellement \u00e9volu\u00e9 : la reconnaissance que les Syriens sont engag\u00e9s dans une v\u00e9ritable r\u00e9volution. Son succ\u00e8s est pour eux conditionn\u00e9 au renversement du r\u00e9gime de Bachar al Assad, avec qui, ils en sont persuad\u00e9s, aucune forme d&rsquo;Etat de droit et de restauration de la paix civile n&rsquo;est possible. Les Russes n\u2019en sont pas encore l\u00e0. En cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 trouver encore une place et un r\u00f4le \u00e0 leur d\u00e9biteur et leur prot\u00e9g\u00e9, ils se comportent comme celui qui, d\u00e9couvrant la guerre des polices et des gangs dans la Chicago des ann\u00e9es vingt, r\u00e9clamerait au plus vite l&rsquo;\u00e9largissement des forces de s\u00e9curit\u00e9 aux principaux lieutenants d&rsquo;Al Capone et le maintien temporaire en libert\u00e9 de ce dernier. En contrepartie, celui-ci s&rsquo;engagerait alors \u00e0 \u00eatre gentil&#8230;<\/p>\n<p> http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis mars 2011, la position de la Russie s&rsquo;est caract\u00e9ris\u00e9e en Syrie \u00e0 la fois par un total d\u00e9ni de l\u00e9gitimit\u00e9 de la r\u00e9volution syrienne et, dans le m\u00eame temps, par un soutien r\u00e9solu &#8211; politique, diplomatique, financier et militaire &#8211; au r\u00e9gime de Bachar al Assad. Or, depuis quelques semaines, les Russes ont entam\u00e9<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-134351","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134351","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=134351"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/134351\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=134351"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=134351"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=134351"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}