{"id":133438,"date":"2012-08-13T16:01:13","date_gmt":"2012-08-13T15:01:13","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/defections-en-syrie-bachar-al-assad-colmate-les-breches\/"},"modified":"2024-01-23T13:11:54","modified_gmt":"2024-01-23T12:11:54","slug":"defections-en-syrie-bachar-al-assad-colmate-les-breches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/defections-en-syrie-bachar-al-assad-colmate-les-breches\/","title":{"rendered":"D\u00e9fections en Syrie. Bachar Al Assad colmate les br\u00e8ches"},"content":{"rendered":"<p>Plus inquiet que certains voudraient croire sur sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir durablement \u00e0 flot son r\u00e9gime, Bachar Al Assad a pris, au cours des jours \u00e9coul\u00e9s, un certain nombre de mesures. Il esp\u00e8re qu\u2019elles suffiront \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019h\u00e9morragie en voie d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de personnalit\u00e9s embl\u00e9matiques et de hauts responsables civils et militaires de son pays, peu soucieux de le suivre jusqu\u2019au bout dans son aventure. Certes, cette h\u00e9morragie n\u2019est pas encore cataclysmique. Mais, dans un pays tenu d\u2019une poigne de fer comme la Syrie, elle confirme la mont\u00e9e des doutes et des interrogations. Surtout, elle annonce l\u2019heure des grandes d\u00e9cisions pour ceux qui, connaissant le capitaine du \u00ab\u00a0Syria Discordia\u00a0\u00bb, redoutent que, l\u2019heure venue, plut\u00f4t que de r\u00e9pondre de ses faits et gestes, de ses erreurs et de ses crimes devant la Justice, le Francesco Schettino syrien pr\u00e9f\u00e8re conduire son bateau vers la haute mer pour y sombrer corps et biens avec son \u00e9quipage et ses passagers.<\/p>\n<p><img3173|center><\/p>\n<p>Le site All4Syria, dont le cr\u00e9ateur et r\u00e9dacteur en chef, ancien baathiste, dispose de sources bien inform\u00e9es au plus haut niveau de l\u2019Etat, y compris parmi le personnel de la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, nous apprend ainsi que, suite \u00e0 la d\u00e9fection du Premier ministre Riyad Hijab, deux mois \u00e0 peine apr\u00e8s sa d\u00e9signation (le 6 juin 2012) \u00e0 la t\u00eate d\u2019un nouveau gouvernement, Bachar Al Assad a ordonn\u00e9 (le 6 ao\u00fbt) la mise en place d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate. Il l\u2019a charg\u00e9e de faire la lumi\u00e8re sur les disfonctionnements qui ont permis cette fuite en forme de camouflet. Un camouflet pour lui-m\u00eame, trahi par celui auquel il avait octroy\u00e9 une marque de confiance particuli\u00e8re en le pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Adel Safar, apr\u00e8s quatorze mois seulement d\u2019exercice. Il l\u2019avait charg\u00e9 de diriger le premier gouvernement \u00ab\u00a0pluraliste\u00a0\u00bb de la Syrie baathiste, qui incluait parmi ses ministres deux chefs de partis politiques cens\u00e9s \u00e9chapper \u00e0 la tutelle du parti unique, Qadri Jamil et Ali Haydar, choisis pour leur souplesse et pour la capacit\u00e9 \u00e0 encaisser les humiliations dont ils avaient fait montre lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 6 et 7 mai pr\u00e9c\u00e9dent. Un camouflet pour ses services de renseignements, puisque dans la Syrie des Al Assad p\u00e8re et fils, ce sont eux qui ont le dernier mot lors du choix et de la d\u00e9signation de la totalit\u00e9 des fonctionnaires qui, du chef du gouvernement au dernier des ambassadeurs, en passant par les d\u00e9put\u00e9s, les gouverneurs et les directeurs des entreprises publiques, composent le \u00ab\u00a0pouvoir apparent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour permettre d\u2019appr\u00e9cier l\u2019\u00e9tendue du fiasco, on doit savoir que, lorsqu\u2019il envisage de remanier ou de remplacer le gouvernement, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est assailli par les suggestions de ceux qui disposent autour de lui d\u2019une parcelle d\u2019autorit\u00e9 ou d\u2019influence : son fr\u00e8re Maher Al Assad, son beau-fr\u00e8re Asef Chawkat, son oncle Mohammed Makhlouf, son cousin Rami Makhlouf, ses autres cousins des familles Al Assad, Makhlouf, Chalich et Najib, les chefs des plus importants services de renseignements, ses amis et ses conseillers du moment, le secr\u00e9taire r\u00e9gional adjoint du Parti Baath, les pr\u00e9sidents ou secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux des partis composant le Front National Progressiste, etc\u2026. Pour garantir le d\u00e9veloppement et la p\u00e9rennit\u00e9 de leurs entreprises, ils ont tous en effet int\u00e9r\u00eat \u00e0 compter, au sein de la future \u00e9quipe, un maximum de connaissances, d\u2019associ\u00e9s ou de clients. Le chef de l\u2019Etat demande donc \u00e0 ses moukhabarat de v\u00e9rifier, avant toute autre chose, que les candidats dont les noms sont avanc\u00e9s disposent bien de deux qualit\u00e9s essentielles : non pas l\u2019honn\u00eatet\u00e9 et le sens de l\u2019Etat, mais la fid\u00e9lit\u00e9 au r\u00e9gime et une all\u00e9geance aveugle \u00e0 sa personne m\u00eame. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette demande, alors qu&rsquo;ils ne disposent pas toujours des personnels comp\u00e9tents pour proc\u00e9der \u00e0 ces \u00e9valuations, les moukhabarat font appel, en g\u00e9n\u00e9ral, aux militants baathistes, dont certains sont devenus avec le temps, comme dans les d\u00e9funtes r\u00e9publiques d\u2019Europe orientale, experts en r\u00e9daction de rapports r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et champions de la d\u00e9lation, y compris au d\u00e9triment de leurs voisins, de leurs coll\u00e8gues, de leurs parents et de leurs proches. <\/p>\n<p>Suite \u00e0 ce premier \u00e9cr\u00e9mage, la d\u00e9signation du Premier ministre, puis celle des autres membres du gouvernement, r\u00e9pond \u00e0 des crit\u00e8res toujours semblables, mais dont la hi\u00e9rarchisation varie avec le temps. Ainsi, s\u2019agissant de Riyad Hijab, l\u2019un des objectifs non avou\u00e9s de sa nomination \u00e9tait d\u2019octroyer une satisfaction, au minimum symbolique mais susceptible de se traduire avec le temps en avantages mat\u00e9riels, \u00e0 la ville et au gouvernorat de Deir al Zor dont il \u00e9tait originaire. Jamais, en effet, ni Hafez Al Assad, ni Bachar Al Assad, n\u2019avaient pris le risque de choisir un chef de gouvernement venant de cette r\u00e9gion, consid\u00e9r\u00e9e depuis la rupture intervenue, en 1966, entre le commandement r\u00e9gional (syrien) et le commandement national (panarabe) du Parti Baath, et la fuite en Irak du fondateur du parti, Michel Aflak, comme une zone si ce n\u2019est dissidente, du moins peu favorable au pouvoir en place \u00e0 Damas. La forte composante tribale de ce gouvernorat, dans lequel circulent des hommes, des familles et des clans plus attach\u00e9s \u00e0 leur lignage et \u00e0 leurs relations transfrontali\u00e8res qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9ologie baathiste, avait d\u2019ailleurs dissuad\u00e9 le d\u00e9funt \u00ab\u00a0pr\u00e9sident \u00e9ternel\u00a0\u00bb Hafez Al Assad d\u2019y effectuer, au long de ses 30 ann\u00e9es de d\u00e9tention du pouvoir, la moindre visite. On raconte m\u00eame que, recevant un nouveau gouverneur qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 quitter la capitale pour prendre ses fonctions \u00e0 Deir al Zor, il l\u2019avait mis en garde : il se rendait en \u00ab\u00a0territoire hostile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On peut penser, dans ces conditions, que Bachar Al Assad, qui avait h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 prendre le risque de d\u00e9signer comme Premier ministre l\u2019ancien ministre des Finances, Mohammed Al Huse\u00efn, originaire lui aussi de la ville, pour ne f\u00e2cher ni les Damasc\u00e8nes, ni les Al\u00e9pins, ni les Homsiotes qui trustent ce poste depuis des d\u00e9cennies, n\u2019a port\u00e9 son choix sur Riyad Hijab qu\u2019apr\u00e8s s\u2019\u00eatre entour\u00e9 de toutes les garanties. Il constate aujourd\u2019hui que, volontairement ou involontairement, sa confiance a \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e par les rapports de ses services et que, la solidarit\u00e9 tribale l\u2019ayant emport\u00e9 sur l\u2019id\u00e9ologie baathiste et l\u2019all\u00e9geance \u00e0 sa personne, il est devenu \u00e0 cause d\u2019eux le dindon de la farce.<\/p>\n<p>La d\u00e9signation (le 10 ao\u00fbt) du Dr Wa\u2019el Nader Al Halqi pour prendre la rel\u00e8ve, au terme du bref int\u00e9rim assur\u00e9 par le vice-Premier ministre pour les Services et ministre de l\u2019Administration locale, Omar Ibrahim Ghalawanji, s\u2019inscrit dans la m\u00eame logique. L\u2019int\u00e9rimaire \u00e9tait originaire de Tartous, une ville et un gouvernorat dont la fid\u00e9lit\u00e9 est largement acquise au pouvoir en place et qui, ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 depuis des ann\u00e9es des avantages li\u00e9s au mariage d\u2019un fils de la r\u00e9gion, Asef Chawkat, avec la fille a\u00een\u00e9e de Hafez Al Assad, n\u2019a pas besoin de nouveaux privil\u00e8ges. En revanche, le Dr Al Halqi est originaire du gouvernorat de Daraa, qui a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans le surgissement et dans le d\u00e9roulement de la protestation. Il \u00e9tait donc important de faire un geste d\u2019apaisement en direction de ses habitants ralli\u00e9s \u00e0 la r\u00e9volution et d\u2019adresser aux Hauranais h\u00e9sitant encore \u00e0 se positionner un signe de connivence : le r\u00e9gime ne leur est pas hostile ; il est pr\u00eat \u00e0 favoriser leur r\u00e9gion qui lui a fourni dans le pass\u00e9 un nombre important de cadres dirigeants de premier plan ; mais ils doivent prendre leurs distances avec la contestation et contribuer \u00e0 ramener le calme parmi leurs proches et leurs contribules.<\/p>\n<p>Il est possible, mais il n\u2019est pas certain, que cette tentative de r\u00e9cup\u00e9ration fonctionne. Elle risque plut\u00f4t d\u2019exacerber les divisions. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, la tribu dont le nouveau chef du gouvernement est issu a diffus\u00e9 un communiqu\u00e9 dans lequel elle se d\u00e9solidarise de l\u2019int\u00e9ress\u00e9. S\u2019adressant au peuple syrien dans son ensemble, les Al Halqi d\u00e9noncent \u00ab\u00a0les assassinats, les tortures et les destructions dont se rendent coupables contre leurs compatriotes d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays les gangs criminels au service de la famille Al Assad\u00a0\u00bb. Ils affirment haut et fort \u00ab\u00a0leur solidarit\u00e9 avec le mouvement r\u00e9volutionnaire et leur soutien au peuple syrien qui lutte pour se d\u00e9barrasser de la clique au pouvoir, pour conqu\u00e9rir sa libert\u00e9 et sa dignit\u00e9, et pour vivre dans un \u00e9tat civil d\u00e9mocratique dans lequel tous les Syriens seront \u00e9gaux en droits\u00a0\u00bb. Ils suspectent dans le choix de leur parent, dans les circonstances actuelles, une \u00ab\u00a0tentative du pouvoir de casser le mouvement suscit\u00e9 par le martyre des enfants de Daraa\u00a0\u00bb, et ils discernent, \u00ab\u00a0dans l\u2019acceptation par le Dr Wa\u2019el de la mission qui lui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e, un amour effr\u00e9n\u00e9 de l\u2019argent, du pouvoir et du prestige, fusse au d\u00e9triment des fils et filles de son peuple et de son pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La composition de cette commission d\u2019enqu\u00eate, qui devra \u00e9galement \u00e9tablir comment Riyad Hijab est parvenu \u00e0 franchir clandestinement la fronti\u00e8re s\u00e9parant la Syrie avec la Jordanie, montre, elle aussi, que le chef de l\u2019Etat prend la d\u00e9fection de son ancien Premier ministre au s\u00e9rieux. Elle inclut parmi ses membres les g\u00e9n\u00e9raux Rustom Ghazaleh, chef des Renseignements militaires pour les gouvernorats de Damas et Damas campagne, Ali Mamlouk, ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00e9curit\u00e9 d\u2019Etat et tout nouveau directeur du Bureau de S\u00e9curit\u00e9 Nationale, Hafez Makhlouf, cousin maternel de Bachar Al Assad et chef de la branche de Jisr al Abyad des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux, et Kifah Moulhem, chef du service des enqu\u00eates des Renseignements militaires, auquel revient \u00e0 ce titre le traitement de ce qui touche aux militaires et autres agents de l\u2019Etat suspects de vouloir faire d\u00e9fection ou r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s avoir d\u00e9sert\u00e9. D\u00e8s sa mise en place, la commission a recommand\u00e9 le licenciement du g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00e9curit\u00e9 politique charg\u00e9 d\u2019assurer la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 du conseil des ministres\u00a0\u00bb, autrement dit de surveiller aussi bien les ministres, leurs faits et gestes, et leurs relations, que tous les Syriens et \u00e9trangers qui, \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre, sont amen\u00e9s \u00e0 entrer en contact avec eux. Elle devrait aussi demander le limogeage d\u2019un certain nombre de chefs de branches des moukhabarat dans les gouvernorats de Damas et de Daraa, tous deux concern\u00e9s par la fuite de Riyad Hijab.<\/p>\n<p>Autre signe de l\u2019importance que Bachar Al Assad accorde \u00e0 cette d\u00e9fection, All4Syria rel\u00e8ve que deux de ces officiers sup\u00e9rieurs, Ali Mamlouk et Hafez Makhlouf, avaient d\u00e9j\u00e0 fait partie, en 2008, de la commission d\u2019enqu\u00eate cr\u00e9\u00e9e pour \u00e9tablir dans quelles circonstances avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 dans un attentat \u00e0 la voiture pi\u00e9g\u00e9e, dans l\u2019un des quartiers les plus s\u00e9curis\u00e9s de Damas, le plus haut responsable s\u00e9curitaire et militaire du Hizbollah libanais, Imad Moughniyeh. Le site rappelle que, dans un contexte marqu\u00e9 par deux autres affaires douteuses\u2026 jamais \u00e9lucid\u00e9es &#8211; la d\u00e9couverte et le bombardement par l\u2019aviation isra\u00e9lienne du site nucl\u00e9aire d\u2019Al Kabar, sur l\u2019Euphrate, le 6 septembre 2007, et la liquidation, le 1er ao\u00fbt 2008, dans son chalet de la plage de Tartous, du g\u00e9n\u00e9ral Mohammed Sleiman, conseiller particulier du chef de l\u2019Etat pour les questions s\u00e9curitaires et militaires &#8211; deux officiers de haut rang avaient alors \u00ab\u00a0port\u00e9 le chapeau\u00a0\u00bb : le g\u00e9n\u00e9ral Amin Charabeh, chef de la branche Palestine, et, surtout, le g\u00e9n\u00e9ral Asef Chawkat, qui dirigeait encore les moukhabarat militaires. Il signale que, par une \u00e9trange co\u00efncidence, les deux hommes temporairement mis au placard sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, le 18 juillet 2012, lors de l\u2019op\u00e9ration revendiqu\u00e9e par une brigade de l\u2019Arm\u00e9e Syrienne Libre contre le si\u00e8ge du Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 Nationale, qui h\u00e9bergeait, dans le quartier de Rawda \u00e0 Damas, une r\u00e9union de la Cellule centrale de Gestion des Crises\u2026<\/p>\n<p>Il note par ailleurs qu\u2019un climat de suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e para\u00eet pr\u00e9valoir d\u00e9sormais \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat et que les plus hauts chefs des services de s\u00e9curit\u00e9, qui b\u00e9n\u00e9ficiaient nagu\u00e8re encore de l\u2019estime et de la confiance de Bachar Al Assad, semblent en perte de vitesse. Cette situation concerne en particulier les g\u00e9n\u00e9raux Ali Mamlouk et Abdel-Fattah Qoudsiyeh. Certes, le premier, qui dirigeait la S\u00e9curit\u00e9 d\u2019Etat \u00e0 titre civil apr\u00e8s sa mise \u00e0 la retraite, a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 Nationale, en remplacement du g\u00e9n\u00e9ral Hasan Tourkmani, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration. Mais, alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 un temps pressenti pour prendre la direction du gouvernement apr\u00e8s la d\u00e9fection de Riyad Hijab, le chef de l\u2019Etat lui a finalement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un apparatchik d\u00e9pourvu de personnalit\u00e9, de pouvoir et d\u2019influence, en la personne du Dr Al Halqi. Quant au second, Abdel-Fattah Qoudsiyeh, il para\u00eet d\u00e9sormais engag\u00e9 sur une voie de garage qui rappelle celle emprunt\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t par son pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e0 la direction de la S\u00e9curit\u00e9 militaire, Asef Chawkat. S\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 directeur adjoint du m\u00eame Bureau de la S\u00e9curit\u00e9 Nationale, en remplacement d\u2019Amin Charabeh, cette \u00ab\u00a0promotion\u00a0\u00bb s\u2019apparente \u00e0 une sortie par le haut puisqu\u2019il devra abandonner, pour se consacrer \u00e0 ce nouvel emploi, la t\u00eate du service de renseignements r\u00e9put\u00e9 le plus puissant en Syrie, et qu\u2019il ne disposera plus d\u2019aucune autorit\u00e9 directe sur les milliers d\u2019agents des moukhabarat militaires.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas faux, comme d\u2019aucuns le soulignent pour se rassurer, que les d\u00e9fections de personnalit\u00e9s civiles et militaires n\u2019ont pas encore atteint en Syrie \u00ab\u00a0le seuil critique\u00a0\u00bb. Mais il convient malgr\u00e9 tout de se montrer circonspect dans l\u2019\u00e9valuation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Dans un pays o\u00f9 le ciment du r\u00e9gime est fait d\u2019un m\u00e9lange de peur et d\u2019int\u00e9r\u00eats, toute prise de distance de la part d\u2019un responsable est consid\u00e9r\u00e9e comme un crime de haute trahison \u00e0 l\u2019\u00e9gard du chef de l\u2019Etat et punie comme telle. L\u2019ancien ministre de l\u2019Economie et du Commerce ext\u00e9rieur, Ghassan Rifa\u00ef, en avait fait au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience. Alors qu\u2019il avait trouv\u00e9 refuge en Australie, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 gifl\u00e9 dans son bureau par Rami Makhlouf auquel il tardait \u00e0 accorder ce qu\u2019il sollicitait, il a \u00e9t\u00e9 enjoint de regagner au plus vite son pays sous la menace des pires repr\u00e9sailles. De retour \u00e0 Damas, en application du principe selon lequel, \u00ab\u00a0en Syrie les hauts responsables ne d\u00e9missionnent pas, mais sont d\u00e9missionn\u00e9s\u00a0\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 limog\u00e9 en bonne et due forme, en octobre 2004, sous le couvert d\u2019un remaniement du gouvernement de Mohammed Naji Otri.<\/p>\n<p>Or ce qui est vrai en p\u00e9riode de paix, l\u2019est plus encore en p\u00e9riode de crise. Comme on l\u2019a vu en 2005 avec l\u2019ancien vice-pr\u00e9sident Abdel-Halim Khaddam, et, plus r\u00e9cemment, avec la fuite du g\u00e9n\u00e9ral Manaf Tlass, avant de prendre le large, il est indispensable de pr\u00e9parer ses arri\u00e8res. Cela veut dire organiser la sortie du pays de ses proches et si possible la liquidation de ses biens, au risque de voir les premiers arr\u00eat\u00e9s, emprisonn\u00e9s et peut-\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s, et de voir pill\u00e9s ou d\u00e9truits par le feu la totalit\u00e9 des seconds. Tous les candidats \u00e0 la d\u00e9fection se souviennent, en Syrie, du sort de la famille du commandant Huse\u00efn Al Harmouch, qui avait fui en Turquie, au d\u00e9but du mois de juin 2011, pour y cr\u00e9er le Mouvement des Officiers Libres : des dizaines de ses proches ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s dans leur village d\u2019Eblin, dans le gouvernorat d\u2019Idlib, et l\u2019ensemble de leurs biens vandalis\u00e9s.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de Riyad Hijab, sa d\u00e9fection a \u00e9t\u00e9 rendue possible par l\u2019\u00e9vacuation vers l\u2019\u00e9tranger de l\u2019ensemble de sa proche famille, non seulement sa femme et ses enfants, mais aussi ses 7 fr\u00e8res et ses 2 s\u0153urs, avec leurs femmes, leurs maris et leurs enfants\u2026 Il est \u00e9vident que ce que l\u2019ASL a accept\u00e9 de faire pour une personnalit\u00e9 aussi symbolique, avec les co\u00fbts et les risques inh\u00e9rents \u00e0 cette op\u00e9ration, ne peut pas \u00eatre ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9 au profit de responsables de moindre niveau dont la d\u00e9fection n\u2019aura pas, et de loin, le m\u00eame retentissement m\u00e9diatique. Toutefois, consciente de l\u2019effet psychologique de ces d\u00e9fections sur le moral des partisans du chef de l\u2019Etat, l\u2019ASL a mis sur pied une unit\u00e9 qui pr\u00e9pare actuellement, avec toute la discr\u00e9tion requise, la fuite hors de Syrie d\u2019une quinzaine de responsables politiques et de diplomates, d\u00e9sireux de quitter leur pays avant qu\u2019il ne soit trop tard et d\u2019apporter leurs capacit\u00e9s et leurs connaissances \u00e0 la mise en place des bases de la Syrie future.<\/p>\n<p>On ne se h\u00e2tera donc pas de conclure, \u00e0 la constatation que les d\u00e9sertions rendues publiques stagnent \u00e0 un niveau relativement bas, que le r\u00e9gime b\u00e9n\u00e9ficie toujours d\u2019un soutien massif de l\u2019appareil d\u2019Etat. Faute de pouvoir partir ou par peur de le faire, un nombre difficile \u00e0 quantifier, mais qui n\u2019appara\u00eet pas d\u00e9risoire, de militaires de tous grades et de fonctionnaires de tous rangs coop\u00e8rent depuis de longs mois avec la contestation. Ils lui fournissent des informations et parfois des renseignements de premi\u00e8re importance qui expliquent, en partie, certains des succ\u00e8s militaires de l\u2019ASL. La solidit\u00e9 du r\u00e9gime est donc pour une part optique. En r\u00e9alit\u00e9, la maison Al Assad est d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9e par les termites. Le ver est dans le fruit, et, quand l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sentera, ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 des \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires de c\u0153ur\u00a0\u00bb rejoindront ceux avec qui ils collaborent d\u00e9j\u00e0 secr\u00e8tement.<\/p>\n<p>On ajoutera, pour conclure, que, comme Bachar Al Assad qui ne se montre plus, les moukhabarat sont conscients des fragilit\u00e9s du syst\u00e8me. Faute de disposer encore des moyens de s\u00e9duction et de captation habituels, l\u2019argent, les privil\u00e8ges, les honneurs\u2026 ils n\u2019ont plus \u00e0 leur disposition qu\u2019un surcroit de peur et de terreur. Ainsi, apr\u00e8s avoir ordonn\u00e9 \u00e0 plus de la moiti\u00e9 des diplomates en poste \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de regagner leur pays, et en premier lieu les ambassadeurs dans les grandes capitales occidentales, le chef de l\u2019Etat, pour pr\u00e9venir leur d\u00e9fection et la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019embarras provoqu\u00e9 par les d\u00e9parts de Nawwaf Al Cheykh Fares (ambassadeur de Syrie en Irak), Lamia Al Hariri (fille d\u2019un ancien directeur des Services de l\u2019Emigration et des Passeports au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, ni\u00e8ce du vice-pr\u00e9sident Farouq Al Chareh et ambassadeur \u00e0 Chypres), du Dr Abdel-Latif Al Dabbagh (mari de Lamia Al Hariri et ambassadeur aux Emirats Arabes Unis), de Farouq Taha (ambassadeur en Bi\u00e9lorussie)&#8230; il a ordonn\u00e9 aux services de s\u00e9curit\u00e9 de les garder \u00e0 l&rsquo;oeil, eux-m\u00eames et leurs familles, pour les \u00ab\u00a0prot\u00e9ger\u00a0\u00bb \u00e9videmment.<\/p>\n<p>Cette mesure pourrait sugg\u00e9rer que certains, au sein de la communaut\u00e9 d\u2019origine du chef de l\u2019Etat, envisageraient de quitter le navire. Chacun sait en effet en Syrie que la diplomatie est avec l\u2019arm\u00e9e, les services de renseignements, la Syrian Air, le secteur p\u00e9trolier et l\u2019Universit\u00e9, l\u2019un des secteurs hautement r\u00e9mun\u00e9rateurs auxquels les alaouites disposent de facilit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s particuli\u00e8res.<\/p>\n<p> http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus inquiet que certains voudraient croire sur sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir durablement \u00e0 flot son r\u00e9gime, Bachar Al Assad a pris, au cours des jours \u00e9coul\u00e9s, un certain nombre de mesures. 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