{"id":133200,"date":"2012-07-12T19:04:08","date_gmt":"2012-07-12T18:04:08","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/lurbicide-de-homs\/"},"modified":"2024-01-23T13:08:13","modified_gmt":"2024-01-23T12:08:13","slug":"lurbicide-de-homs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/lurbicide-de-homs\/","title":{"rendered":"L&rsquo;urbicide de Homs"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019INDISPENSABLE MISE A MORT DE LA VILLE<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le terme d\u2019urbicide apparut dans les ann\u00e9es soixante pour dire l\u2019urbanisation sauvage du d\u00e9veloppement immobilier de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Mais, dans les ann\u00e9es 1990, l\u2019urbicide re\u00e7ut une d\u00e9finition moins architecturale et plus symbolique ou socio-politique, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ancien maire de Belgrade, lui-m\u00eame architecte, Bogdan Bogdanovic. Il d\u00e9finit l\u2019urbicide comme \u00e9tant le \u00ab meurtre rituel de la ville \u00bb.  Dans <strong>L\u2019Etat de Barbarie<\/strong> de Michel Seurat, qu\u2019on vient de r\u00e9\u00e9diter, l\u2019auteur ne connaissait pas ce concept mais toute son analyse de la situation syrienne et des rapports de pouvoir qui lui sont inh\u00e9rents utilise comme grille de lecture l\u2019opposition entre deux modes de vie et de culture : celui de la ville (<em>al hadira<\/em>) caract\u00e9ris\u00e9 par son urbanit\u00e9 et son espace rassembleur voire cosmopolite, en face de celui de la steppe ou des campagnes (<em>al badiya<\/em>) caract\u00e9ris\u00e9 par son esprit de corps (<em>assabiya<\/em>) et sa \u00abb\u00e9douinit\u00e9\u00bb qui op\u00e8re une double r\u00e9duction. Cette <em>assabiya<\/em> dilue, dans un premier temps, toute personne au statut de simple composante d\u2019un groupe con\u00e7u comme un \u00ab tout \u00bb et r\u00e9duit, dans un deuxi\u00e8me temps, le groupe lui-m\u00eame \u00e0 un seul individu : le chef, l\u2019inspir\u00e9, le repr\u00e9sentant du ciel, l\u2019illumin\u00e9, le <em>cheikh-el-chabab<\/em>, le chef de bande, le parrain maffieux etc \u2026<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019esprit de corps qui caract\u00e9rise cette <em>assabiya<\/em> ne peut s\u2019exprimer que par une all\u00e9geance aveugle vis-\u00e0-vis de cet individu-chef dont le groupe ne serait que le corps symboliquement global. Porter atteinte \u00e0 la coh\u00e9sion du groupe, ou \u00e0 son \u00ab identit\u00e9-essence \u00bb, c\u2019est porter atteinte au corps de ce monstrueux L\u00e9viathan d\u2019un genre particulier.<\/p>\n<p>En face, l\u2019urbanit\u00e9 ignore l\u2019esprit de corps (assabiya) puisqu\u2019elle reconna\u00eet une diversit\u00e9 plurielle d\u2019individualit\u00e9s poss\u00e9dant chacune une finitude charnelle, un corps propre. Au sein de l\u2019espace urbain, il n\u2019y aurait place que pour de tels individus dont l\u2019all\u00e9geance premi\u00e8re va \u00e0 leur cit\u00e9-patrie. Ce sont des citoyens qui se soumettent volontairement, non \u00e0 la volont\u00e9 arbitraire d\u2019un chef inspir\u00e9 mais \u00e0 la loi aussi imparfaite fut-elle.<br \/>\n&#8211;<\/p>\n<p>Ainsi compris, l\u2019urbicide d\u00e9signerait le rite de mise \u00e0 mort de l\u2019espace de la ville comme objectif identitaire et non comme objectif strat\u00e9gique. Tout se passe \u00ab comme si la ville \u00e9tait l&rsquo;ennemi parce qu&rsquo;elle permettait la cohabitation de populations diff\u00e9rentes et valorisait le cosmopolitisme[1] \u00bb. On le voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la r\u00e9volution syrienne qui est, avant tout, un soul\u00e8vement urbain : les villes au sens large, avec leurs banlieues et leurs bourgs imm\u00e9diats, sont saisies par une dynamique de rejet de l\u2019urbicide que le r\u00e9gime pratique depuis presque un demi-si\u00e8cle. Jadis, les masses arabes lan\u00e7aient invariablement le slogan de la <em>assabiya<\/em> (esprit de corps) : \u00abPar notre \u00e2me et notre sang, nous te rachetons \u00f4 notre chef\u00bb. Curieusement, ce slogan typique de l\u2019esprit de corps n\u2019est plus lanc\u00e9 par ces foules qui se soul\u00e8vent. De plus, ce m\u00eame slogan se retrouve dans la bouche des supporters du r\u00e9gime oppresseur de Syrie qui pr\u00e9sente la r\u00e9volte syrienne comme un corps-\u00e0-corps entre le chef, comme \u00e2me du corps de la masse, et chacun des individus qui se jette \u00e0 corps perdu vers la mort pour affirmer que son corps est \u00e0 lui et \u00e0 nul autre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019urbicide avait \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 sur Beyrouth et le Liban depuis 1975<\/strong>. A partir de 1990 et des accords de Ta\u00ebf, les forces de la <em>badiya<\/em> (b\u00e9douinit\u00e9) et de la <em>assabiya<\/em> (esprit de corps) ont tout fait pour emp\u00eacher la r\u00e9surgence de l\u2019espace urbain. Ce rituel urbicide a culmin\u00e9 en 2005 par les assassinats pratiqu\u00e9s sur des figures \u00e9minemment symboliques de l\u2019urbanit\u00e9 cosmopolite et non du particularisme identitaire. A Sarajevo, durant les guerres yougoslaves, ce sont les forces ultra-identitaires serbes et croates qui ont commis l\u2019urbicide. En Syrie, c\u2019est surtout Homs, espace urbain \u00e9minemment diversifi\u00e9, qui est victime de la haine incommensurable de l\u2019esprit de corps du r\u00e9gime factieux et clanique en place. La stagnation libanaise actuelle n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019acharnement \u00e0 emp\u00eacher tout \u00e9panouissement de l\u2019espace urbain, donc de l\u2019\u00e9tat de droit, au profit des territoires identitaires contr\u00f4l\u00e9s par la bonne volont\u00e9 d\u2019individus, forts en gueule, qui se voient eux-m\u00eames comme la quintessence du corps collectif dont ils \u00e9manent.<\/p>\n<p>Pour parler du Tibet et de ses revendications, on trouve tout \u00e0 fait naturel de disserter sur la sp\u00e9cificit\u00e9 du Bouddhisme Vajrayana et de son Dala\u00ef Lama comme symboles de l\u2019identit\u00e9 tib\u00e9taine. Nos media ne sourcillent aucunement quand ils parlent des \u00ab partis politiques chr\u00e9tiens \u00bb comme \u00e9tant la chose la plus naturelle au monde. Nul ne se pr\u00e9occupe de froncer le sourcil en parlant d\u2019un Parti de Dieu (hezbollah) comme s\u2019il allait de soi que Dieu puisse diriger des milices arm\u00e9es et des bandes organis\u00e9es aux activit\u00e9s on ne peut plus louches. Mais d\u00e8s qu\u2019on \u00e9voque une population syrienne qui r\u00e9clame sa libert\u00e9 en fonction de sa culture musulmane tout le monde est saisi par une crise de psychose hyst\u00e9rique anti-islamique pour ne pas dire anti-sunnite. Cela confine parfois au racisme primaire. Le soul\u00e8vement urbain en Syrie s\u2019exprime par la culture de la majorit\u00e9 de ce peuple et cette culture est musulmane. L\u2019urbanit\u00e9 levantine, ce vieil h\u00e9ritage de Rome et de Byzance, a aussi une expression musulmane qu\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Il est temps que les \u00e9glises chr\u00e9tiennes du Levant se rappellent que le christianisme n\u2019a jamais pr\u00f4n\u00e9 une apologie de l\u2019Identitaire. Ces \u00e9glises frileuses sont invit\u00e9es \u00e0 se souvenir que leur religion est, \u00e0 l\u2019origine, une religion des villes et que le culte chr\u00e9tien s\u2019est r\u00e9pandu dans les campagnes et y a r\u00e9pandu l\u2019urbanit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019unit\u00e9 du multiple.<\/p>\n<p>R\u00e9dig\u00e9 en ce jeudi12 juilleti 2012<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p>Beyrouth<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019INDISPENSABLE MISE A MORT DE LA VILLE Le terme d\u2019urbicide apparut dans les ann\u00e9es soixante pour dire l\u2019urbanisation sauvage du d\u00e9veloppement immobilier de ces ann\u00e9es-l\u00e0. 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