{"id":132634,"date":"2012-04-20T09:01:15","date_gmt":"2012-04-20T08:01:15","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/non-le-regime-syrien-ne-sort-pas-renforce-de-lepreuve\/"},"modified":"2024-01-23T13:07:52","modified_gmt":"2024-01-23T12:07:52","slug":"non-le-regime-syrien-ne-sort-pas-renforce-de-lepreuve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/non-le-regime-syrien-ne-sort-pas-renforce-de-lepreuve\/","title":{"rendered":"Non, le r\u00e9gime syrien ne sort pas \u00ab renforc\u00e9 \u00bb de l\u2019\u00e9preuve !"},"content":{"rendered":"<p>Consacr\u00e9 \u00e0 la Syrie, le chat de lemonde.fr dat\u00e9 du 13 avril a laiss\u00e9 perplexes nombre de lecteurs, fran\u00e7ais et syriens. A commencer par son titre. Ils se demandent comment \u00ab <em>le r\u00e9gime syrien sort renforc\u00e9 de l\u2019\u00e9preuve<\/em> \u00bb, alors que celle-ci est loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e et qu\u2019elle a abouti, via l\u2019adoption de la R\u00e9solution 2042 du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois uni, \u00e0 demander \u00e0 la Syrie de se conformer \u00e0 un certain nombre de mesures qui prennent le contre-pied exact de ses agissements depuis des mois. Certes, les deux premiers points, le dialogue politique et la fin de la violence, concernent les deux parties : le r\u00e9gime et la contestation. Mais les quatre autres, l\u2019autorisation d\u2019acheminement de l\u2019aide humanitaire, la fin des d\u00e9tentions arbitraires, la libert\u00e9 d\u2019acc\u00e8s au terrain pour les journalistes et la libert\u00e9 d\u2019association et de manifestation, constituent autant d\u2019exigences pour les autorit\u00e9s syriennes. Qui plus est, l\u2019adoption d\u2019une premi\u00e8re r\u00e9solution, fruit du travail et des efforts ininterrompus des pays \u00ab amis du peuple syrien \u00bb pendant plusieurs mois, constitue un pied mis dans la porte. Prise \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, avec l\u2019accord des \u00ab amis du r\u00e9gime syrien \u00bb, des amis qui lui ressemblent et sont pour lui un ultime rempart, elle facilitera, sans le rendre pour autant \u00e9vident, le vote de nouvelles sanctions au cas o\u00f9, comme il y a tout lieu de le craindre, Damas ne se conformera pas \u00e0 ce qui lui est demand\u00e9.<\/p>\n<p>Ce point litigieux n\u2019est pas le seul \u00e0 avoir mis les lecteurs mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<p>Comme on nous le rappelle, \u00ab pour manifester en Syrie, il faut une autorisation \u00bb. Autrement dit, en appelant les Syriens \u00e0 descendre dans les rues, le Conseil National Syrien viole d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le d\u00e9cret promulgu\u00e9 un an plus t\u00f4t, le 21 avril 2011, pour r\u00e9glementer les manifestations, en se substituant aux r\u00e8gles liberticides de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en vigueur dans le pays depuis 1963. Sans doute. Mais l\u2019opposition a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019exp\u00e9rience que, lorsqu\u2019elle se pliait aux contraintes de ce d\u00e9cret-loi, elle n\u2019obtenait pas satisfaction\u2026 puisque le premier \u00e0 avoir d\u00e9pos\u00e9 une demande pour la manifestation qu\u2019il souhaitait organiser dans sa ville de Qamichli, dans le gouvernorat de Hassakeh, a \u00e9t\u00e9 purement et simplement arr\u00eat\u00e9. L\u2019opposition est pr\u00eate \u00e0 se conformer \u00e0 cette injonction \u00e0 deux conditions, dont elle per\u00e7oit l\u2019incongruit\u00e9 sit\u00f4t qu\u2019elle les formule : qu\u2019elle ait une chance d\u2019obtenir satisfaction et, tous les Syriens \u00e9tant &#8211; en principe\u2026 &#8211; \u00e9gaux devant la Loi, que les moukhabarat, qui convoquent et organisent les expressions de soutien public au chef de l\u2019Etat, soient eux aussi astreints &#8211; pour la forme\u2026 &#8211; \u00e0 solliciter l\u2019aval des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes.<\/p>\n<p>On nous dit ensuite que \u00ab les sanctions \u00e9conomiques prises \u00e0 l\u2019encontre de la Syrie ne sont pas efficaces \u00bb. Cela d\u00e9pend pour qui. Il est exact que, si elles p\u00e9nalisent d\u00e9j\u00e0 lourdement les simples citoyens, victimes collat\u00e9rales de mesures destin\u00e9es \u00e0 les soulager\u2026 de leurs actuels dirigeants, elles ne suffiront pas \u00e0 contraindre au d\u00e9part Bachar Al Assad et son entourage. Mais qu\u2019en pense le gouverneur de la Banque Centrale, dont on apprend qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 vendre les r\u00e9serves d\u2019or de son institution ? Qu\u2019en pensent les hommes d\u2019affaires dont les noms figurent sur la liste des sanctionn\u00e9s ? Nombre de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00ab autoris\u00e9s \u00bb au cours des derniers temps \u00e0 quitter leur pays ont profit\u00e9 de leurs d\u00e9placements pour s\u2019enqu\u00e9rir discr\u00e8tement, aupr\u00e8s de divers gouvernements europ\u00e9ens, des conditions auxquelles ils devraient satisfaire pour obtenir leur retrait des \u00ab listes de la honte \u00bb.<\/p>\n<p>On nous affirme ensuite que \u00ab l\u2019arm\u00e9e est rest\u00e9e unie et fid\u00e8le au r\u00e9gime \u00bb. Globalement parlant, c\u2019est exact. Mais le prix \u00e0 payer pour cette union apparente et cette fid\u00e9lit\u00e9 relative est lourd (cf. St\u00e9phane Valter, \u00ab\u00a0Rivalit\u00e9s et compl\u00e9mentarit\u00e9s au sein des forces arm\u00e9es : le facteur confessionnel en Syrie\u00a0\u00bb). Il impose \u00e0 l\u2019Etat-major de laisser \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la r\u00e9pression un certain nombre d\u2019unit\u00e9s dans lesquelles il n\u2019a pas une confiance absolue. A la diff\u00e9rence de la 4\u00e8me division, des Forces sp\u00e9ciales et de la Garde R\u00e9publicaine qui sont majoritairement compos\u00e9es d\u2019alaouites, elles comportent en effet dans leur rang un pourcentage de recrues sunnites correspondant \u00e0 celui de cette communaut\u00e9 &#8211; 70 % environ &#8211; dans l\u2019ensemble de la population. Compte-tenu de cet \u00e9l\u00e9ment de fragilit\u00e9, ces unit\u00e9s ne sont donc engag\u00e9es qu\u2019avec circonspection. Mais cette prudence n\u2019est parvenue \u00e0 pr\u00e9venir ni les mutineries, ni les d\u00e9sertions, qui pourraient s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer d\u00e8s que l\u2019Arm\u00e9e Syrienne Libre sera en mesure d\u2019obtenir les mat\u00e9riels et les armes dont elle manque actuellement et de payer la solde des d\u00e9serteurs qui la rejoignent.<\/p>\n<p>On nous explique ensuite que les hauts responsables militaires et politiques n\u2019ont pas fait d\u00e9fection, parce qu\u2019ils sont \u00ab nationalistes\u2026 quand cela int\u00e9resse \u00bb et qu\u2019ils \u00ab ne veulent pas voir la Syrie tomber sous l\u2019influence de puissances \u00e9trang\u00e8res \u00bb arabes ou autres. Certes, comme la grande majorit\u00e9 des Syriens, les militaires sont nationalistes. Mais, malgr\u00e9 le maintien de l\u2019\u00e9tat de guerre, ils n\u2019ont pas boug\u00e9 le petit doigt contre Isra\u00ebl depuis les accords de d\u00e9sengagement de 1974. Plus soucieux de rester en place que de se lancer dans de nouvelles aventures, Hafez Al Assad avait \u00e9videmment d\u2019autres chats \u00e0 fouetter. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00ab oublier les Isra\u00e9liens \u00bb, sauf dans ses discours, pour pouvoir tranquillement \u00ab mater les Syriens \u00bb. Ses militaires \u00ab nationalistes \u00bb n\u2019ont pas vraiment insist\u00e9 non plus, comme si les harangues de Hafez jadis, et celles de Bachar aujourd\u2019hui, sur les th\u00e8mes bien connus de la \u00ab r\u00e9sistance et (de) l\u2019obstruction \u00bb, suffisaient \u00e0 les combler et les dispensaient de toute action. Bien que \u00ab nationalistes \u00bb, des militaires syriens ont particip\u00e9 au Kowe\u00eft, en 1991, \u00e0 l\u2019op\u00e9ration Temp\u00eate du D\u00e9sert contre un autre pays arabe, l\u2019Irak de Saddam Huse\u00efn. Alors que l\u2019Union Sovi\u00e9tique traversait des jours incertains, il convenait de gagner la faveur des Am\u00e9ricains, de ne pas rester en marge des processus de paix qui devaient d\u00e9marrer \u00e0 Madrid\u2026 et de glaner de nouveaux subsides des pays du Golfe, dans le cadre des \u00ab Pays de la D\u00e9claration de Damas \u00bb. Qu\u2019ils ne veuillent pas tomber aujourd\u2019hui sous leur \u00ab influence \u00bb, est tout \u00e0 leur honneur. Mais celui-ci ne semble pas plus affect\u00e9 aujourd\u2019hui par le recours aux milliards de l\u2019Iran, qu\u2019il ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 jadis, entre 1973 et 1987, par l\u2019imp\u00f4t r\u00e9volutionnaire en faveur du dernier \u00ab pays de la ligne de front \u00bb. R\u00e9clam\u00e9 avec plus ou moins de courtoisie de ces m\u00eames pays du Golfe, cet imp\u00f4t a autant servi \u00e0 financer la construction de villas et palais dans certains villages de la montagne alaouite qu\u2019\u00e0 acqu\u00e9rir les \u00e9quipements dont l\u2019arm\u00e9e syrienne avait alors besoin.<\/p>\n<p>On justifie ensuite la fid\u00e9lit\u00e9 au clan des Al Assad des responsables militaires alaouites par \u00ab la crainte que l\u2019opposition sunnite, au cas o\u00f9 elle l\u2019emporterait, cherche \u00e0 se d\u00e9barrasser d\u2019eux \u00bb. Malheureusement, une telle issue n\u2019est plus aujourd\u2019hui improbable. Mais elle ne faisait pas partie du sc\u00e9nario initial. Les militaires sont \u00e0 ce niveau les seuls responsables de leur choix. On ne doit pas oublier que, pour les convaincre de se ranger du c\u00f4t\u00e9 du peuple et de ne pas s\u2019abaisser \u00e0 \u00eatre de simples \u00ab protecteurs du r\u00e9gime \u00bb, les manifestants ont d\u00e9fil\u00e9, le vendredi 27 mai 2011, en exprimant leur respect pour ceux qu\u2019on d\u00e9signe en Syrie sous l\u2019expression de \u00ab houm\u00e2t al diy\u00e2r \u00bb (protecteurs des maisons). Et on notera, en tout \u00e9tat de cause, que si le Conseil National Syrien s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 traduire en justice ceux qui ont du sang sur les mains, ce sera devant une juridiction libre, juste et ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>On nous indique ensuite que \u00ab la peur n\u2019est pas la raison majeure pour laquelle les cadres du r\u00e9gime ne font pas d\u00e9fection \u00bb. Il est certain que les privil\u00e8ges et le nationalisme, comme l\u2019appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 alaouite, ne sont pas des facteurs n\u00e9gligeables. Mais, outre que tous les cadres du r\u00e9gime ne sont pas alaouites, la peur reste en Syrie l\u2019un des meilleurs ciments du r\u00e9gime. N\u2019est-ce pas \u00ab un exemple \u00bb que le r\u00e9gime a voulu donner aux candidats \u00e0 la d\u00e9sertion, civils et militaires, en supprimant plus d\u2019une dizaine de membres de la famille du colonel Huse\u00efn Harmouch, qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir dans son abandon de l\u2019arm\u00e9e et sa fuite en Turquie ? N\u2019est-ce pas pour donner \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ceux qui auraient \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s de coop\u00e9rer avec la Commission d\u2019enqu\u00eate sur le meurtre de Rafiq Al Hariri, qu\u2019il avait auparavant \u00ab suicid\u00e9 \u00bb ou conduit au suicide le g\u00e9n\u00e9ral Ghazi Kanaan, en 2005, et l\u2019un de ses fr\u00e8res, l\u2019ann\u00e9e suivante ? N\u2019est-ce par peur des repr\u00e9sailles du r\u00e9gime contre les leurs que l\u2019ancien vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Abdel-Halim Khaddam, en 2005, et le g\u00e9n\u00e9ral Moustapha Ahmed Al Cheykh, fin 2011, n\u2019ont annonc\u00e9 leur d\u00e9fection qu\u2019une fois r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, en compagnie de la totalit\u00e9 de leurs proches ? Pour en revenir aux militaires, on signalera que, faute de pouvoir d\u00e9serter physiquement, un certain nombre d\u2019entre eux collaborent, depuis leurs unit\u00e9s, avec les contestataires qu\u2019ils informent, quand ils le peuvent, des intentions et des mouvements des forces d\u2019intervention.<\/p>\n<p>On nous d\u00e9clare ensuite que, pour la population, \u00ab l\u2019opposition beaucoup trop divis\u00e9e ne repr\u00e9sente pas une alternative cr\u00e9dible \u00bb. C\u2019est possible. Mais, d\u2019une part, il conviendrait de s\u2019entendre sur ce qu\u2019on met &#8211; ou ceux qu\u2019on met &#8211; sous les terme de population et d\u2019opposition, et, d\u2019autre part, il faudra bien un jour admettre que, pour ceux qui manifestent dans les rues pour chasser le pouvoir en place, la question est moins de savoir s\u2019il existe aujourd\u2019hui une alternative \u00e0 Bachar Al Assad que de se d\u00e9barrasser au plus t\u00f4t d\u2019un r\u00e9gime jadis redout\u00e9 et d\u00e9sormais honni. D\u2019autant que, si aucune alternative cr\u00e9dible n\u2019existe pour le moment en Syrie, o\u00f9 les d\u00e9tenteurs du pouvoir se sont employ\u00e9s durant des d\u00e9cennies \u00e0 \u00e9radiquer tout concurrent potentiel, et o\u00f9 les services de s\u00e9curit\u00e9 s\u2019\u00e9vertuent depuis le d\u00e9but de la r\u00e9volution \u00e0 supprimer les meneurs les plus charismatiques, le pays ne manque ni de gens comp\u00e9tents, ni d\u2019hommes d\u2019exp\u00e9rience. Comme le dirigeant kurde Mechaal Tammo, malheureusement supprim\u00e9 par des nervis de l\u2019ex-PKK, ex\u00e9cuteur des basses \u0153uvres du r\u00e9gime dans la Jazireh syrienne comme le Parti Populaire Syrien l\u2019est au Liban, pour sanctionner son adh\u00e9sion au CNS et mettre en garde les inconscients.<\/p>\n<p>On nous affirme ensuite que \u00ab l\u2019opposition ext\u00e9rieure, c\u2019est-\u00e0-dire le Conseil National Syrien, est peu cr\u00e9dible en Syrie parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019exil\u00e9s\u2026 ayant perdu tout contact avec la r\u00e9alit\u00e9 du terrain et la population \u00bb. Il ne suffit pas de r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019affirme la Coordination Nationale pour le Changement D\u00e9mocratique, cr\u00e9\u00e9e en Syrie avec l\u2019aval du r\u00e9gime\u2026 qui escomptait en faire l\u2019opposition de sa majest\u00e9, pour que cela devienne une r\u00e9alit\u00e9. Le CNS englobe parmi ses composantes la D\u00e9claration de Damas, dont personne n\u2019a jamais entendu dire qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ainsi que la plupart des unions de coordinations de l\u2019int\u00e9rieur. Faut-il rappeler par ailleurs que les contestataires, qui repr\u00e9sentent au moins \u00ab une partie \u00bb de la population, ont manifest\u00e9 dans les rues de nombreuses villes syriennes, le 7 octobre 2011, sous le slogan \u00ab le Conseil National Syrien nous repr\u00e9sente \u00bb ? Depuis lors, en d\u00e9pit des reproches formul\u00e9s par eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019\u00e9gard du CNS, et malgr\u00e9 les incompr\u00e9hensions provoqu\u00e9es par les errements, le manque de coordination et les h\u00e9sitations de son bureau ex\u00e9cutif, ces m\u00eames contestataires ne sont pas encore revenus sur cette reconnaissance.<\/p>\n<p>On nous raconte ensuite que \u00ab le fait de s\u2019afficher avec Hillary Clinton, Alain Jupp\u00e9 et les monarques saoudien et qatari\u2026 discr\u00e9dite [les dirigeants du CNS]aux yeux de la population syrienne qui est tr\u00e8s nationaliste et qui les consid\u00e8re comme des traitres \u00bb. On admettra sans peine que telle est bien l\u2019opinion des partisans du r\u00e9gime, dont le nationalisme panach\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat et \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable s\u2019accommode et se suffit des rodomontades du chef de l\u2019Etat. Mais, avant de faire de la surench\u00e8re et de parler au nom de la population dans son ensemble, il conviendrait de s\u2019assurer des sentiments des autres. Tout nationalistes qu\u2019ils soient eux aussi, ils n\u2019ont pas compris comment leurs dirigeants, d\u2019une patience sans limite vis-\u00e0-vis des provocations isra\u00e9liennes, pouvaient ordonner de tirer sur eux \u00e0 balles r\u00e9elles, alors qu\u2019ils contestaient pacifiquement la l\u00e9gitimit\u00e9 du r\u00e9gime. Bien que restant profond\u00e9ment nationalistes, ils en ont aujourd\u2019hui \u00ab ras le bol \u00bb d\u2019\u00eatre les victimes de la politique de la terre br\u00fbl\u00e9e mise en \u0153uvre par un pouvoir dont l\u2019unique motivation est de rester en place \u00ab \u00e0 tout prix \u00bb, m\u00eame &#8211; c\u2019est le secr\u00e9taire r\u00e9gional (syrien) adjoint du Parti Baath, Mohammed Sa\u00efd Bakhitan, qui l\u2019a dit &#8211; au d\u00e9triment de la vie du tiers de la population. Quand le bateau coule et que les vies sont en danger, les naufrag\u00e9s demandent-ils \u00e0 qui appartient la main qui se tend pour les sauver ?<\/p>\n<p>On nous inqui\u00e8te ensuite en pr\u00e9tendant que les \u00ab Comit\u00e9s de coordination locaux qui appellent \u00e0 une intervention ext\u00e9rieure\u2026 sont souvent influenc\u00e9s par les islamistes \u00bb. Cette affirmation n\u2019a aucun fondement. Il existe des islamistes qui, par nationalisme pr\u00e9cis\u00e9ment, refusent toute intervention de l\u2019\u00e9tranger. Et il existe aussi des tas de r\u00e9volutionnaires syriens r\u00e9solument la\u00efcs, quand ce n\u2019est pas ath\u00e9es d\u00e9clar\u00e9s, qui appellent eux aussi aujourd\u2019hui \u00e0 une intervention. S\u2019agissant des \u00ab Comit\u00e9s locaux non islamistes\u2026 favorables \u00e0 des manifestations pacifiques, voire un dialogue avec le r\u00e9gime \u00bb, deux remarques s\u2019imposent. On rappellera d\u2019abord que, d\u00e8s le premier instant, la contestation s\u2019est voulue partout silmiyeh, silmiyeh (pacifique, pacifique), et que, avant m\u00eame que des vibrions install\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur aient entrepris de s\u2019\u00e9riger en donneurs de le\u00e7ons, devan\u00e7ant les plans du r\u00e9gime, elle avait prohib\u00e9 et la violence, et le confessionnalisme, et le recours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Si elle en appelle \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 une intervention ext\u00e9rieure, qui ne signifie pas la pr\u00e9sence de soldats \u00e9trangers sur le territoire syrien, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour que la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re ne tombe pas dans la violence, et qu\u2019elle \u00e9chappe au pi\u00e8ge du confessionnalisme vers lequel le r\u00e9gime cherche \u00e0 l\u2019entra\u00eener. On s\u2019\u00e9tonnera d\u2019autre part de l\u2019existence, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, de Comit\u00e9s de coordination \u00ab favorables au dialogue avec le r\u00e9gime \u00bb, alors que la totalit\u00e9 des comit\u00e9s ont exprim\u00e9, d\u00e8s le vendredi 8 juillet, baptis\u00e9 par consensus \u00ab Vendredi du non au dialogue \u00bb, leur refus de discussions avec le r\u00e9gime qui porteraient sur autre chose que l\u2019organisation de la transmission du pouvoir.<\/p>\n<p>On nous indique ensuite que, bien que frapp\u00e9e par des sanctions, \u00ab la Syrie a l\u2019habitude de vivre sur des ressources propres [et qu\u2019elle]est autosuffisante d\u2019un point de vue alimentaire \u00bb. Disons qu\u2019elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 et qu\u2019elle peine \u00e0 le redevenir. Depuis 2008, au lieu d\u2019exporter du bl\u00e9, nourriture de base des Syriens sous forme de pain ou de bourghoul, elle en importe. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne imputable \u00e0 une s\u00e8cheresse persistante a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9 au d\u00e9part par l\u2019imp\u00e9ritie du gouvernement. Alors que l\u2019Entreprise Publique de Commercialisation des grains a pour mission d\u2019acheter aux agriculteurs leur r\u00e9colte annuelle \u00e0 un prix incitatif, souvent deux fois sup\u00e9rieur au cours du march\u00e9 des pays environnants, \u00e0 la fois pour encourager les paysans \u00e0 produire cette c\u00e9r\u00e9ale et \u00e0 les dissuader de vendre eux-m\u00eames ill\u00e9galement leur r\u00e9colte \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, le ministre de l\u2019Economie a imagin\u00e9, en 2007, profiter d\u2019un cours mondial en forte hausse pour \u00e9couler la plus grande partie du stock strat\u00e9gique en r\u00e9alisant des b\u00e9n\u00e9fices. Les r\u00e9serves, qui couvraient 5 ann\u00e9es de consommation, sont pass\u00e9es \u00e0 moins d\u2019un an. Manque de chance, l\u2019ann\u00e9e suivante a marqu\u00e9 le d\u00e9but d\u2019une s\u00e8cheresse exceptionnelle qui a dur\u00e9 plusieurs ann\u00e9es\u2026 Ses cons\u00e9quences continuent de se faire sentir et, faute d\u2019avoir pu reconstituer ses stocks, le pays reste tributaire des al\u00e9as climatiques.<\/p>\n<p>On nous indique aussi qu\u2019elle est \u00ab autosuffisante du point de vue \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb. On aimerait en \u00eatre persuad\u00e9. Si c\u2019est du p\u00e9trole qu\u2019il s\u2019agit, elle le doit davantage aux livraisons de l\u2019Iran qu\u2019\u00e0 sa propre production. Il s\u2019agit donc d\u2019une autosuffisance des plus artificielles. Elle est d\u2019ailleurs rendue al\u00e9atoire par les sanctions prises dans ce domaine. Depuis des ann\u00e9es, les Syriens font l\u2019am\u00e8re exp\u00e9rience des limites de leur autosuffisance dans le secteur de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, eux qui sont condamn\u00e9s \u00e0 vivre sans courant ni lumi\u00e8re plusieurs heures par jour et par nuit, y compris sous la canicule de l\u2019\u00e9t\u00e9 et durant les frimas de l\u2019hiver, l\u2019un et l\u2019autre fort rudes dans ce pays au climat continental. On ne s\u2019attardera pas sur la question de l\u2019eau, dont l\u2019interruption est elle aussi habituelle, parfois plusieurs jours par semaine dans certains villages \u00e9loign\u00e9s de la Ghouta et d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>On nous rassure en affirmant ensuite qu\u2019on \u00ab n\u2019a pas en face de nous un g\u00e9nocide \u00bb. Si \u00ab 10 000 morts, c\u2019est beaucoup \u00bb, cela \u00ab ne suffira pas \u00e0 d\u00e9clencher une op\u00e9ration militaire \u00bb, puisque, en d\u00e9pit des 20 000 morts de Hama, en 1982, \u00ab le r\u00e9gime ne s\u2019est pas \u00e9croul\u00e9 \u00bb et \u00ab Hafez Al Assad a r\u00e9ussi \u00e0 transmettre le pouvoir \u00e0 son fils Bachar \u00bb. C\u2019est oublier que les conditions sont aujourd\u2019hui fort diff\u00e9rentes. Les moyens modernes de communication et l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 jointe au courage des protestataires permettent au monde entier de suivre, heure par heure ou presque, le bilan de la r\u00e9pression. Par ailleurs, s\u2019agissant du nombre des victimes, ce n\u2019est pas ainsi que beaucoup de Syriens comptent. Ils ajoutent aux 20 000 morts de la reconqu\u00eate de Hama, les 17 \u00e0 18 000 \u00ab disparus \u00bb emmen\u00e9s un jour par les moukhabarat et jamais r\u00e9apparus, dont les familles restent \u00e0 ce jour sans la moindre nouvelle. Or, il y a maintenant en Syrie des dizaines de milliers de disparus\u2026 pr\u00e8s de 65 000 selon le Strategic Research and Communication Centre. Il n\u2019est effectivement pas s\u00fbr que cela \u00ab suffise \u00bb pour justifier une intervention. Au moins, cela donne une id\u00e9e plus exacte de la folie meurtri\u00e8re des forces de s\u00e9curit\u00e9 et de ceux qui les commandent.<\/p>\n<p>On nous rappelle aussi que \u00ab le r\u00e9gime syrien n\u00e9gocie toujours en position de force \u00bb et qu\u2019il \u00ab a d\u2019abord repris la main militairement pour, ensuite, n\u00e9gocier \u00e0 ses propres conditions \u00bb. Autrement dit, il ne s\u2019agit pas pour lui de n\u00e9gocier mais d\u2019imposer ses volont\u00e9s \u00e0 ceux qu\u2019il aura forc\u00e9s \u00e0 rentrer chez eux et \u00e0 se taire, ce qui est diff\u00e9rent. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant qu\u2019une \u00ab large partie de l\u2019opposition refuse \u00bb de si\u00e9ger avec lui. Elle s\u2019est r\u00e9solue \u00e0 le faire en raison du nombre des morts, et faute d\u2019avoir entendu le r\u00e9gime dire \u00e0 temps qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 accorder aux Syriens les demandes dont, du bout des l\u00e8vres, Bachar Al Assad avait pourtant reconnu la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb. Pour autant, il est doublement erron\u00e9 d\u2019affirmer que \u00ab l\u2019opposition ext\u00e9rieure, le Conseil National Syrien, refuse toute n\u00e9gociation parce qu\u2019elle n\u2019a pas d\u2019autre strat\u00e9gie que la confrontation \u00bb. Il serait plus juste, d\u2019abord, de rappeler que ce ne sont pas les contestataires qui ont recherch\u00e9 la confrontation, mais le r\u00e9gime. Ils ne sont pas sortis avec des armes pour casser et d\u00e9truire, mais avec des slogans et des chants pour r\u00e9clamer la libert\u00e9. Et ils ont imm\u00e9diatement trouv\u00e9 en face d\u2019eux des militaires et des moukhabarat ayant l\u2019ordre de tirer pour tuer, bient\u00f4t rejoints par des chabbiha d\u00e9nu\u00e9s de tout sens humain. Il conviendrait de se rappeler, ensuite, que ce n\u2019est pas l\u2019opposition ext\u00e9rieure, et encore moins le CNS\u2026 qui n\u2019existait pas encore, qui a d\u00e9fil\u00e9 dans les rues des villes de Syrie, le 1er juillet 2011 en criant \u00e0 Bachar Al Assad \u00ab D\u00e9gage ! \u00bb, puis qui a manifest\u00e9, le 8 juillet, dans les m\u00eames rues, sous le slogan \u00ab Non au dialogue \u00bb. Comment reprocher aux manifestants de refuser la n\u00e9gociation, quand, on le reconna\u00eet, \u00ab le r\u00e9gime n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 faire des concessions \u00bb ?<\/p>\n<p>On nous apprend ensuite que \u00ab nous sommes dans une guerre m\u00e9diatique contre le r\u00e9gime syrien \u00bb. Celui-ci serait donc la cible et la victime ? N\u2019est-ce pas ignorer, volontairement ou pas, qu\u2019un accord avait \u00e9t\u00e9 conclu, d\u00e8s janvier 2011, entre la Syrie et le Qatar, aux termes duquel les deux pays s\u2019engageaient, en cas de troubles chez l\u2019autre, \u00e0 observer la plus grande discr\u00e9tion dans leur couverture m\u00e9diatique ? C\u2019est ce qui explique pourquoi, durant plusieurs semaines, \u00ab Al Jazira \u00bb s\u2019est abstenue, au grand dam des contestataires, de couvrir ce qui se passait en Syrie. N\u2019est-ce pas ignorer les campagnes de discr\u00e9dit organis\u00e9s au m\u00eame moment par les services de renseignements syriens contre tous ceux qui appelaient, par Internet, \u00e0 descendre dans les rues pour r\u00e9clamer justice et dignit\u00e9 ? Ils ne pouvaient \u00e9videmment qu\u2019\u00eatre \u00ab des agents des Isra\u00e9liens et des Am\u00e9ricains \u00bb. N\u2019est-ce pas ignorer la mise en place et le financement, en Syrie et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, de r\u00e9seaux qui, pr\u00e9tendant contribuer \u00e0 la \u00ab r\u00e9-information \u00bb, jouent sur l\u2019ignorance de l\u2019histoire et les peurs habituelles de certains milieux, et ne reculent devant aucun moyen pour relayer la propagande officielle syrienne ? Si guerre il y a, encore une fois c\u2019est le r\u00e9gime de Bachar Al Assad qui en est \u00e0 l\u2019origine. Il conna\u00eet le moyen d\u2019y mettre fin, mais cela ne l\u2019int\u00e9resse pas : laisser entrer en Syrie, sans limitation et sans interm\u00e9diaires en bure ou en treillis, les journalistes qui aspirent \u00e0 faire honn\u00eatement leur m\u00e9tier.<\/p>\n<p>On nous d\u00e9clare enfin que \u00ab si le plan Annan \u00e9choue, on retourne dans la spirale de la violence jusqu\u2019\u00e0 ce que le r\u00e9gime reprenne compl\u00e8tement le territoire \u00bb. Encore faudrait-il, pour y \u00ab retourner \u00bb, que la spirale de la violence, d\u00e9clench\u00e9e par le r\u00e9gime et jusqu\u2019\u00e0 ce jour entretenue par lui, se soit un jour arr\u00eat\u00e9e\u2026 ce qui, en d\u00e9pit de l\u2019accord donn\u00e9 \u00e0 la mise en \u0153uvre de ce plan, est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9alis\u00e9. Sans qu\u2019on s\u2019en \u00e9tonne, puisqu\u2019il est dans les habitudes du r\u00e9gime syrien, qui l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9montr\u00e9 avec les contr\u00f4leurs de la Ligue Arabe, de promettre sans tenir. Quand \u00e0 reprendre compl\u00e8tement le territoire, certes, le r\u00e9gime syrien en a les moyens militaires. Mais il n\u2019a certainement plus les moyens politiques de ramener la paix et la stabilit\u00e9, et de gagner ou de regagner le c\u0153ur de sa population.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2012\/04\/20\/non-le-regime-syrien-ne-sort-pas-renforce-de-lepreuve\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consacr\u00e9 \u00e0 la Syrie, le chat de lemonde.fr dat\u00e9 du 13 avril a laiss\u00e9 perplexes nombre de lecteurs, fran\u00e7ais et syriens. A commencer par son titre. 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