{"id":132223,"date":"2012-02-16T21:18:52","date_gmt":"2012-02-16T20:18:52","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/un-nouveau-rapport-sur-la-syrie-partiel-partial-et-fabrique\/"},"modified":"2024-01-23T13:03:53","modified_gmt":"2024-01-23T12:03:53","slug":"un-nouveau-rapport-sur-la-syrie-partiel-partial-et-fabrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/un-nouveau-rapport-sur-la-syrie-partiel-partial-et-fabrique\/","title":{"rendered":"Un nouveau rapport sur la Syrie\u2026 partiel, partial et \u00ab fabriqu\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 sous le patronage de deux centres fran\u00e7ais sp\u00e9cialis\u00e9s l\u2019un, le CF2R, sur la recherche du renseignement et l\u2019autre, le CIRET-AVT, sur l\u2019\u00e9tude du terrorisme et l\u2019aide aux victimes du terrorisme, le rapport intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Syrie : une libanisation fabriqu\u00e9e\u00a0\u00bb suscite chez ses lecteurs un profond malaise. On peut le lire ici, par exemple.<\/p>\n<p>D\u2019une part, sa d\u00e9marche d\u2019ind\u00e9pendance et de neutralit\u00e9 est d\u2019embl\u00e9e battue en br\u00e8che par la liste de ses interlocuteurs en Syrie (p. 52 et 53), dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019ils ne repr\u00e9sentent qu\u2019une partie minime de la population et de l\u2019\u00e9chiquier politique. Alors que le texte arbore comme sous-titre \u00ab\u00a0Compte-rendu de mission d\u2019\u00e9valuation aupr\u00e8s des protagonistes de la crise syrienne\u00a0\u00bb, ses auteurs ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ignor\u00e9 que parmi ces protagonistes auraient d\u00fb figurer des repr\u00e9sentants des centaines de milliers de Syriens en qu\u00eate de citoyennet\u00e9 qui descendent depuis des mois dans les rues. D\u2019autant que ces derniers ne se reconnaissent nullement dans les personnalit\u00e9s (6) pourtant respect\u00e9es de l\u2019opposition traditionnelle avec lesquelles les rapporteurs se sont entretenus, et pas davantage dans les porte-paroles officiel (1), officieux (1) et\u2026 religieux (4) qui compl\u00e8tent le panel de leurs interlocuteurs.<\/p>\n<p>D\u2019autre part et surtout, ce rapport contient une quantit\u00e9 impressionnante d\u2019erreurs et de falsifications. Avant d\u2019en relever ici les plus grossi\u00e8res, on s\u2019\u00e9tonnera de constater que, dans \u00ab\u00a0les principes qui ont guid\u00e9 l\u2019action de la d\u00e9l\u00e9gation\u00a0\u00bb (p. 3), la priorit\u00e9 est donn\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019attachement aux principes d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0la s\u00e9curit\u00e9 et sauvegarde des populations civiles\u00a0\u00bb qui ne viennent qu\u2019en seconde position\u2026 N\u2019auraient donc le droit de vivre et d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s que les hommes et les femmes qui font profession de d\u00e9mocratie, du moins telle que la comprennent les auteurs ?<\/p>\n<p>D\u00e8s la page suivante, on note que \u00ab\u00a0l\u2019expertise approfondie dans l\u2019analyse et le d\u00e9cryptage des situations de crise et de la d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb dont se pr\u00e9vaut la d\u00e9l\u00e9gation ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019affirmer que le conflit en cours en Syrie est \u00ab\u00a0plus m\u00e9diatique que proprement militaire\u00a0\u00bb. Les habitants de Homs, Hama, Daraa, Idlib (et non pas Itlib) et Zabadani, pour ne citer que certaines des villes les plus durement touch\u00e9es par la r\u00e9pression des forces arm\u00e9es du r\u00e9gime, appr\u00e9cieront l\u2019humour des signataires du rapport.<\/p>\n<p>On ne discutera pas ici le postulat de base des auteurs, pour qui \u00ab\u00a0les influences \u00e9trang\u00e8res jouent ainsi un r\u00f4le essentiel dans la crise syrienne\u00a0\u00bb. Une fois encore, les Syriens descendus dans les rues pour demander plus de libert\u00e9s civiques et politiques appr\u00e9cieront, eux qui r\u00e9clament depuis des mois, sans succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 ce jour, une \u00ab\u00a0protection internationale\u00a0\u00bb contre la rage meurtri\u00e8re de leurs dirigeants. A moins que nos experts aient voulu montrer du doigt la Russie, conspu\u00e9e par ceux qui ont manifest\u00e9 en plus de 600 endroits diff\u00e9rents, le vendredi 10 f\u00e9vrier 2012, au cri de \u00ab\u00a0la Russie tue nos enfants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0en raison de son incapacit\u00e9 \u00e0 faire vaciller le r\u00e9gime\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0le printemps syrien, expression d\u2019un vrai mouvement populaire et d\u2019une l\u00e9gitime revendication \u00e0 la lib\u00e9ralisation politique\u00a0\u00bb s\u2019est transform\u00e9 en une \u00ab\u00a0crise arm\u00e9e\u00a0\u00bb (p. 8). C\u2019est le refus de certains militaires, appartenant \u00e0 toutes les communaut\u00e9s, de participer \u00e0 des op\u00e9rations de repr\u00e9sailles et de tirer \u00e0 vue contre des manifestants d\u00e9sarm\u00e9s, qui n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec les terroristes, les islamistes ou les salafistes que leur d\u00e9crivaient leurs chefs.<\/p>\n<p>Ayant reconnu, du bout de la plume, que \u00ab\u00a0certes, le r\u00e9gime syrien n\u2019est pas un r\u00e9gime d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, les rapporteurs s\u2019empressent de d\u00e9noncer la volont\u00e9 de \u00ab\u00a0ses adversaires\u2026 de noircir encore le tableau, afin d\u2019assurer le soutien de l\u2019opinion publique internationale\u2026 et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer sa chute\u00a0\u00bb. Ils ignoreraient donc que, si d\u00e9ficit d\u2019information il y a, celui-ci ne peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 nul autre qu\u2019au r\u00e9gime. Ce ne sont pas les r\u00e9volutionnaires qui interdisent depuis des mois l\u2019acc\u00e8s au territoire syrien des journalistes \u00e9trangers. Si le r\u00e9gime n\u2019avait rien eu \u00e0 cacher, et s\u2019il avait voulu se montrer sous son v\u00e9ritable jour, il n\u2019aurait jamais eu besoin, pour octroyer des visas \u00e0 ceux qui les demandaient, de l\u2019intervention de quiconque. Y compris d\u2019une religieuse \u00e0 laquelle les responsables de l\u2019Oeuvre d\u2019Orient viennent de rappeler qu\u2019elle n\u2019avait rien \u00e0 faire dans la gal\u00e8re o\u00f9 elle s\u2019est fourvoy\u00e9e\u2026 mais que les auteurs du rapport, apr\u00e8s beaucoup d\u2019autres, n\u2019ont pu manquer de rencontrer.<\/p>\n<p>Sans craindre de se contredire, les auteurs \u00e9voquent plus bas \u00ab\u00a0le soutien que la majorit\u00e9 de la population syrienne apporte &#8211; souvent \u00e0 contrec\u0153ur &#8211; au r\u00e9gime\u00a0\u00bb. Il y a l\u00e0 un myst\u00e8re : comment peuvent-ils affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0majorit\u00e9\u00a0\u00bb, si c\u2019est \u00ab\u00a0souvent \u00e0 contrec\u0153ur\u00a0\u00bb qu\u2019elle se manifeste ? Et de quel soutien s&rsquo;agit-il ? Suffit-il, pour \u00eatre compt\u00e9 dans cette majorit\u00e9, de  faire nombre lors des mas\u00eerat, les marches de soutien populaire aussi spontan\u00e9es que les manifestations de Pyongyang ? Ils affirment par ailleurs (p. 29) avoir \u00ab\u00a0pu rencontrer librement et sans accompagnateur les membres les plus importants de l\u2019opposition int\u00e9rieure\u00a0\u00bb. Avec tout le respect d\u00fb \u00e0 Michel Kilo, Huse\u00efn Al Odat, Fayez Sara ou Loa\u00ef Huse\u00efn, on s\u2019\u00e9tonnera de ne voir figurer dans cette liste ni Riyad Seif, ni Riyad Turk, ni Fida Al Hourani, ni Akram Al Bounni, ni Yasin Al Hajj Saleh, ni Nahed Badawiyeh, ni Razan Zitouneh, ni Souhe\u00efr Al Atassi\u2026 ni des dizaines d&rsquo;autres pour lesquels les contestataires ont au moins autant de respect que pour les interlocuteurs s\u00e9lectionn\u00e9s &#8211; au fait sur les conseils de qui ? &#8211; par nos experts.<\/p>\n<p>Ils mentionnent ensuite dans la m\u00eame phrase \u00ab\u00a0l\u2019opposition ext\u00e9rieure (qui) n\u2019est ni la plus l\u00e9gitime\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019opposition int\u00e9rieure historique\u00a0\u00bb. Ce faisant, peut-\u00eatre par ignorance, ils contribuent \u00e0 la \u00ab\u00a0falsification des faits\u00a0\u00bb qu\u2019ils d\u00e9noncent chez les autres. On ignorait d\u2019abord qu\u2019il appartenait aux visiteurs, aussi fins connaisseurs soient-ils, de distribuer des brevets de l\u00e9gitimit\u00e9 aux uns et de les d\u00e9nier aux autres. Il leur a sans doute \u00e9chapp\u00e9 que les Syriens d\u00e9filant dans les rues n\u2019avaient jamais reconnu \u00e0 cette \u00ab\u00a0opposition int\u00e9rieure historique\u00a0\u00bb, en d\u00e9pit du respect qu\u2019ils \u00e9prouvent pour certaines de ses figures, une quelconque repr\u00e9sentativit\u00e9 de leur mouvement. En revanche, \u00e0 peine le Conseil National Syrien (CNS) mis en place, ils se sont empress\u00e9s, le 7 octobre 2011, de voir en lui leur repr\u00e9sentant l\u00e9gitime. Cela leur posait d\u2019autant moins de probl\u00e8me que, contrairement aux auteurs du rapport, les Syriens savent que le CNS a \u00e9t\u00e9 contraint de se constituer et de travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u2026 pour \u00e9viter \u00e0 ses membres dirigeants de conna\u00eetre le sort de Mechaal Tammo. Mais peut-\u00eatre n\u2019ont-ils jamais entendu parler de ce dernier ? Les Syriens savent aussi que le CNS englobe une fraction significative de l\u2019opposition de l\u2019int\u00e9rieur, comme la D\u00e9claration de Damas, elle-m\u00eame compos\u00e9e de plusieurs partis et de personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes, et des repr\u00e9sentants de la contestation populaire regroup\u00e9e dans les <em>tans\u00eeqiy\u00e2t<\/em> (coordinations).<\/p>\n<p>Il serait fastidieux de relever tous les points, qui ne sont pas que de d\u00e9tail, sur lesquels les auteurs de ce rapport \u00ab\u00a0fabriqu\u00e9\u00a0\u00bb pour entrer de force dans leur cadre conceptuel commettent des erreurs ou des approximations. Ainsi, Michel Kilo, pour ne citer que lui, ne serait certainement pas satisfait de se voir bombard\u00e9 \u00e0 son corps d\u00e9fendant (p. 52) \u00ab\u00a0repr\u00e9sentant du CNCD\u00a0\u00bb (Comit\u00e9 National pour le Changement D\u00e9mocratique). Il ne reconna\u00eet m\u00eame pas en faire partie. Le gel de l\u2019activit\u00e9 des forums de discussion apparus durant le Printemps de Damas n\u2019est pas intervenu en f\u00e9vrier 2001 (p. 11), mais durant l\u2019\u00e9t\u00e9 de la m\u00eame ann\u00e9e, au lendemain d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e, au Forum pour le Dialogue National de Riyad Seif par le professeur Burhan Ghalioun. L\u2019Observatoire Syrien des Droits de l\u2019Homme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9 par des Fr\u00e8res Musulmans vivant en exil \u00e0 Aix-la-Chapelle, en Allemagne, avant de s\u2019installer \u00e0 Londres\u00a0\u00bb (p. 33), mais par Rami Abdel-Rahman. Son appartenance au CNCD, dont une partie des membres continuent de promouvoir en Syrie un Etat la\u00efc et non pas \u00ab\u00a0civil\u00a0\u00bb, suffit \u00e0 d\u00e9montrer, contre les rumeurs, qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 voir avec les Fr\u00e8res. Il est tout aussi farfelu d\u2019affirmer que le dirigeant de cet Observatoire est l\u2019avocat Haytham Al Maleh, \u00ab\u00a0emprisonn\u00e9 pendant huit ans pour appartenance \u00e0 la Confr\u00e9rie\u00a0\u00bb. Ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une amnistie pr\u00e9sidentielle en raison de son grand \u00e2ge, il est sorti de prison le 7 mars 2011, et non pas en 2010, apr\u00e8s un an et demi de d\u00e9tention. Il appartient \u00e0 la mouvance islamiste, et il ne le nie pas, mais s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 Fr\u00e8re Musulman, comme le soutient le rapport, il ne serait sans doute plus de ce monde. Arr\u00eat\u00e9 en 1980, il aurait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 comme des milliers d\u2019autres, par la loi 49, \u00e0 la peine capitale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les Syriens ne peuvent que sourire en lisant (p. 10) que \u00ab\u00a0la Syrie est une r\u00e9publique parlementaire et multipartis\u00a0\u00bb (sic)&#8230; puisqu\u2019il \u00ab\u00a0existe en effet huit partis politiques regroup\u00e9s au sein du Front National Progressiste\u00a0\u00bb. Le nombre est encore une fois inexact, mais passons. Certes, il existe un Conseil du Peuple et divers partis, mais ni l\u2019un, ni les autres, ne jouent aucun r\u00f4le dans la prise de d\u00e9cision. D\u2019ailleurs si le pluripartisme \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en Syrie une r\u00e9alit\u00e9, il faudrait expliquer ce qui motive tout le bruit fait \u00e0 ce sujet aujourd&rsquo;hui autour du projet de nouvelle Constitution.<\/p>\n<p>Les Syriens se retiendront d\u2019autre part pour ne pas \u00e9clater de rire lorsqu\u2019ils d\u00e9couvriront (p. 10) que la corruption, qui \u00ab\u00a0r\u00e8gne \u00e0 tous les \u00e9tages\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9e par le pr\u00e9sident lui-m\u00eame comme l\u2019un des maux structurels du r\u00e9gime\u00a0\u00bb\u2026 A en croire le rapport, Bachar Al Assad d\u00e9plorerait donc ce ph\u00e9nom\u00e8ne, mais il n\u2019aurait gu\u00e8re plus de responsabilit\u00e9 dans la corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u2026 que dans les exactions commises quoi qu\u2019il en dise par SON arm\u00e9e. De par la Constitution qui l\u2019a port\u00e9 au pouvoir moyennant une petite modification \u00e9clair, en juillet 2000, il d\u00e9tient en effet le titre de \u00ab\u00a0commandant en chef de l\u2019Arm\u00e9e et des forces arm\u00e9es syriennes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour \u00e9pargner le temps des lecteurs, on se contentera ici de commenter deux points.<\/p>\n<p>1 \/ S\u2019agissant de la ville de Daraa, o\u00f9 la r\u00e9volution a finalement \u00e9clat\u00e9 le 18 mars 2011, le rapport la d\u00e9crit \u00e0 plusieurs reprises (p. 13 et 14), en mentionnant sans esprit critique des \u00ab\u00a0cercles du pouvoir \u00e0 Damas\u00a0\u00bb, comme la \u00ab\u00a0route de la subversion islamiste, celle qui m\u00e8ne \u00e0 Amman et en Arabie Saoudite\u00a0\u00bb. Il ajoute, pour faire bonne mesure, que \u00ab\u00a0les tribus frontali\u00e8res n\u2019y ont jamais accept\u00e9 la tutelle de Damas\u00a0\u00bb, que \u00ab\u00a0les Fr\u00e8res Musulmans jordaniens sont tr\u00e8s actifs dans toute la r\u00e9gion\u00a0\u00bb, et que, \u00ab\u00a0depuis les \u00e9v\u00e8nements de Bahre\u00efn, les bailleurs de fonds saoudiens sont revenus dans la r\u00e9gion pour faire profiter les chefs de tribus de leurs largesses int\u00e9ress\u00e9es\u00a0\u00bb. Il faudrait \u00eatre particuli\u00e8rement obtus pour ne pas avoir compris vers o\u00f9 il sugg\u00e8re \u00e0 ses lecteurs de chercher les responsables du soul\u00e8vement qui a pris l\u00e0 naissance. Et pour aider ceux qui h\u00e9siteraient encore \u00e0 le suivre, il pr\u00e9cise que la \u00ab\u00a0premi\u00e8re manifestation a eu lieu devant une mosqu\u00e9e du centre ville\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On ne niera pas que Daraa est situ\u00e9e pr\u00e8s de la fronti\u00e8re jordanienne. On ne contestera pas que la route qui y passe en provenance de Damas, \u00e0 condition de ne pas se perdre, finit par mener en Arabie. On supposera que Daraa, comme la plupart des villes de Syrie, abrite son lot de citoyens religieux et, sans doute, de ce que l\u2019on d\u00e9signe comme des \u00ab\u00a0islamistes\u00a0\u00bb. Mais le rapport oublie de mentionner que la ville, les villages et les bourgades de ce gouvernorat ont fourni au parti Baath et au gouvernement syrien, de 1963 \u00e0 nos jours, un nombre cons\u00e9quent de responsables\u2026 qui avaient sans doute d\u2019autres qualit\u00e9s \u00e0 faire valoir que leur religiosit\u00e9 ou leur appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 sunnite majoritaire en Syrie. Si les auteurs du rapport lui avaient pos\u00e9 la question, Hussein Al Odat, avec lequel ils se sont entretenus (p. 52) et qui vient lui-m\u00eame du village de Oumm Al Mayadhin, se serait fait un plaisir de leur en fournir la liste. Elle comporte, pour ne citer que les plus connus, un vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en exercice, Farouq Al Chareh, un vice-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Faysal Al Miqdad, un secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint du parti Baas, Zouhe\u00efr Macharqa, un vice-pr\u00e9sident du Front National Progressiste, Suleiman Qaddah&#8230; Pas mal pour une agglom\u00e9ration dont le rapport nous affirme (p. 14) qu\u2019elle \u00ab\u00a0a toujours eu la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre la ville d\u2019une double contestation orient\u00e9e contre la supr\u00e9matie du Baas et la minorit\u00e9 alaouite au pouvoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les r\u00e9criminations des habitants de Daraa \u00e0 l\u2019encontre du r\u00e9gime recoupent largement celles de leurs compatriotes des autres villes syriennes. Avant d\u2019\u00eatre religieuses\u2026 si elles le sont, elles sont d\u2019ordre politique, \u00e9conomique et social. S\u2019y ajoute ceci : au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, les services de renseignements ont op\u00e9r\u00e9, parmi les jeunes du gouvernorat, un certain nombre de rafles. Plusieurs centaines de ces jeunes croupissent encore \u00e0 la prison militaire de Sadnaya. Les autorit\u00e9s syriennes les consid\u00e8rent comme des \u00ab\u00a0islamistes\u00a0\u00bb. Il est vrai qu\u2019un certain nombre d\u2019entre eux, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel et parfois aux pressions des services syriens de renseignements, se sont nagu\u00e8re rendus en Irak, pour y faire le coup de feu contre les Am\u00e9ricains. Mais une partie au moins de ces jeunes \u00e9tait anim\u00e9e davantage par des sentiments nationalistes que par des sentiments religieux. Leurs proches ne comprennent pas comment ceux-l\u00e0 m\u00eames qui les ont jadis recrut\u00e9s et parfois entra\u00een\u00e9s, en jouant sur leur enthousiasme, les sanctionnent aujourd\u2019hui de la pire des mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Il y aurait beaucoup \u00e0 ajouter \u00e9galement \u00e0 la description de la ville de Homs (p. 14), intentionnellement orient\u00e9e dans le sens voulu : \u00ab\u00a0ville \u00e0 majorit\u00e9 sunnite\u2026 proche du Liban\u2026 (avec) de multiples connections avec l\u2019\u00e9tranger\u2026 voisine de Hama, th\u00e9\u00e2tre de la r\u00e9volte arm\u00e9e des Fr\u00e8res Musulmans\u2026 (qui) conna\u00eet traditionnellement une forte criminalit\u00e9\u00a0\u00bb. Les auteurs de ce tableau ignorent apparemment que, mis \u00e0 pied au printemps 2011, le gouverneur des lieux n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tranger \u00e0 la ranc\u0153ur d\u2019une partie de la population de la ville. Avec la b\u00e9n\u00e9diction du chef de l\u2019Etat, qui compte pourtant parmi ses amis et qui lui a assur\u00e9 une protection aussi longtemps qu\u2019il l\u2019a pu, l\u2019int\u00e9ress\u00e9, Iyad Ghazal, avait d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 Homs une politique de grands projets, moins destin\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019urbanisme, la circulation et les conditions d\u2019existence de ses administr\u00e9s, que son compte en banque personnel. Il traitait ses administr\u00e9s de haut, m\u00eame et y compris les d\u00e9put\u00e9s du gouvernorat qu\u2019il insultait et mena\u00e7ait, et il se comportait comme le seul et unique seigneur des lieux.<\/p>\n<p>2 \/ Avant d\u2019emboucher les trompettes du r\u00e9gime syrien pour d\u00e9noncer \u00ab\u00a0les op\u00e9rations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de d\u00e9sinformation\u00a0\u00bb de la chaine qatarie Al Jazira, les auteurs du rapport auraient \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9s de remonter au d\u00e9but du soul\u00e8vement. Alors que la r\u00e9volution en Syrie n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019un projet en mal de concr\u00e9tisation, Bachar Al Assad, qui n\u2019\u00e9tait pas aussi rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 qu\u2019il voulait bien le dire au Wall Street Journal (le 31 janvier 2011), et l\u2019\u00e9mir du Qatar, qui redoutait de voir d\u00e9border chez lui les troubles intervenus \u00e0 Manama, au Bahre\u00efn, s\u2019\u00e9taient mis d\u2019accord pour interdire aux m\u00e9dias de leur pays d\u2019offrir de l\u2019autre, comme des \u00e9v\u00e8nements qui pourraient y intervenir, une image n\u00e9gative. Compte-tenu de l\u2019audience ridicule, hors de Syrie\u2026 et m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, des m\u00e9dias syriens, cet accord \u00e9tait d\u2019abord et avant tout destin\u00e9, au moment o\u00f9 les relations entre le pr\u00e9sident syrien et le cheykh Hamad bin Khalifa \u00e9taient encore au z\u00e9nith, \u00e0 neutraliser, au profit de Damas, la cha\u00eene la plus suivie dans l\u2019ensemble du monde arabe.<\/p>\n<p>Ceux qui ont de la m\u00e9moire ou de bonnes archives se souviennent que, jusqu\u2019\u00e0 la fin du mois de mars 2011, Al Jazira a \u00e9t\u00e9 la cible des critiques\u2026 des protestataires syriens. Ils ne comprenaient comment cette chaine, qui avait jou\u00e9 un si grand r\u00f4le dans la couverture du soul\u00e8vement en Libye, se d\u00e9sint\u00e9ressait \u00e0 ce point de ce que les Syriens, dont la situation n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re meilleure que celle des Libyens, tentaient de faire chez eux. Le silence d\u2019Al Jazira sur la r\u00e9pression du soul\u00e8vement de Daraa \u00e9tait pour eux incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Comme souvent, c\u2019est le refus des concessions du r\u00e9gime qui a entra\u00een\u00e9 la rupture du contrat et le basculement du Qatar et d\u2019Al Jazira dans le camp de la r\u00e9volution. Dans son sermon du vendredi 25 mars 2011, le cheykh Yousef Al Qardawi, pr\u00e9sident de l\u2019Union Internationale des Oul\u00e9mas, qui r\u00e9side \u00e0 Doha, s\u2019\u00e9tait \u00e9mu de la r\u00e9pression en cours \u00e0 Daraa et il avait apport\u00e9 son soutien aux manifestations en Syrie. Trois jours plus tard, pour calmer Bachar Al Assad dont l\u2019\u00e9cho de la col\u00e8re \u00e9tait parvenu jusqu\u2019\u00e0 lui, l\u2019\u00e9mir a d\u00e9p\u00each\u00e9 \u00e0 Damas le prince h\u00e9ritier Tamim bin Hamad, pour lui pr\u00e9senter les excuses de l\u2019\u00e9mirat. Mais, au lieu de consid\u00e9rer l\u2019incident comme clos, Bachar Al Assad a exig\u00e9 que le cheykh Al Qardawi en personne se r\u00e9tracte et qu\u2019il \u00ab\u00a0s\u2019excuse aupr\u00e8s du peuple syrien qu\u2019il avait insult\u00e9\u00a0\u00bb. Irrit\u00e9 \u00e0 son tour par la rigidit\u00e9 du pr\u00e9sident syrien, l\u2019\u00e9mir a pour la premi\u00e8re fois autoris\u00e9 Al Jazira \u00e0 couvrir les troubles en Syrie, donnant la parole \u00e0 des opposants et montrant la sauvagerie des services de s\u00e9curit\u00e9 et des <em>chabbiha<\/em>.<\/p>\n<p>Quelque temps plus tard, inquiet devant l\u2019aggravation de la situation, le cheykh Hamad a demand\u00e9 \u00e0 son Premier ministre et ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, le cheykh Hamad bin Jasem, de se rendre \u00e0 son tour \u00e0 Damas. Mais au lieu de rechercher l\u2019apaisement, Bachar Al Assad lui a fait savoir par deux fois qu\u2019il ne le recevrait pas, aussi longtemps que Doha n\u2019aurait pas pr\u00e9sent\u00e9 ses excuses pour ce qu\u2019il consid\u00e9rait comme des appels \u00e0 la guerre civile lanc\u00e9s par le cheykh Al Qardawi. Il r\u00e9clamait en outre que l\u2019\u00e9mirat interdise \u00e0 Al Jazira d\u2019inciter au d\u00e9sordre et \u00e0 la dissension en Syrie, en diffusant les mensonges et les fausses informations qui lui \u00e9taient coutumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Comme on le constate, ces graves d\u00e9fauts avaient totalement \u00e9chapp\u00e9 au r\u00e9gime syrien&#8230; et \u00e0 nos experts, avant que Damas et Doha soient \u00e0 couteaux tir\u00e9s.<\/p>\n<p> http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2012\/02\/16\/un-nouveau-rapport-sur-la-syrie-partiel-partial-et-fabrique\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 sous le patronage de deux centres fran\u00e7ais sp\u00e9cialis\u00e9s l\u2019un, le CF2R, sur la recherche du renseignement et l\u2019autre, le CIRET-AVT, sur l\u2019\u00e9tude du terrorisme et l\u2019aide aux victimes du terrorisme, le rapport intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Syrie : une libanisation fabriqu\u00e9e\u00a0\u00bb suscite chez ses lecteurs un profond malaise. On peut le lire ici, par exemple. D\u2019une part,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-132223","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132223","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=132223"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132223\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=132223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=132223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=132223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}