{"id":132205,"date":"2012-02-14T09:51:21","date_gmt":"2012-02-14T08:51:21","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/quelques-verites-sur-la-syrie-toujours-bonnes-a-redire\/"},"modified":"2024-01-23T13:03:51","modified_gmt":"2024-01-23T12:03:51","slug":"quelques-verites-sur-la-syrie-toujours-bonnes-a-redire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/quelques-verites-sur-la-syrie-toujours-bonnes-a-redire\/","title":{"rendered":"Quelques v\u00e9rit\u00e9s sur la Syrie, toujours bonnes \u00e0 redire\u2026"},"content":{"rendered":"<p><em>On trouvera ci-dessous le texte d&rsquo;une intervention prononc\u00e9e, dimanche 12 janvier, au Centre Culturel Tawhid de Saint-Denis.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><img2696|center><\/p>\n<p><strong>POURQUOI LES SYRIENS SE SONT-ILS SOULEV\u00c9S ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Alors que le soul\u00e8vement en Syrie entamera dans deux jours son 12\u00e8me mois et alors que le Strategic Research and Communication Centre \u00e9tablissait, le 12 f\u00e9vrier, le bilan de la r\u00e9pression \u00e0 8 314 morts, plus de 35 000 bless\u00e9s, plus de 65 000 disparus et plus de 212 000 d\u00e9tenus, certains n\u2019en finissent pas de d\u00e9noncer le complot dont le r\u00e9gime syrien serait depuis des mois la cible et la victime. Ils s\u2019estiment sans doute plus clairvoyants et plus malins que les Syriens qui ont commenc\u00e9, le 15 mars 2011, \u00e0 descendre dans les rues au p\u00e9ril de leur vie. Confortablement install\u00e9s dans les pays voisins ou en occident, ils aimeraient convaincre ces malheureux qu\u2019en s\u2019exposant \u00e0 la mort, ils font le jeu et servent les int\u00e9r\u00eats de ceux qui les manipulent. Comme si les Syriens ne disposaient pas, dans leur propre pays et dans leurs conditions d\u2019existence personnelles et familiales, de raisons suffisantes de se r\u00e9volter.<\/p>\n<p>Les bombardements auxquels certains quartiers de la ville de Homs sont soumis sans discontinuer depuis plus d\u2019une semaine d\u00e9montrent que, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend le r\u00e9gime syrien en g\u00e9n\u00e9ral, et Bachar Al Assad en particulier, il ne s\u2019agit pas en Syrie, aujourd\u2019hui, de mettre hors d\u2019\u00e9tat de nuire des groupes de \u00ab\u00a0terroristes-islamistes-salafistes-arm\u00e9s\u00a0\u00bb, infiltr\u00e9s de l\u2019\u00e9tranger et financ\u00e9s par un consortium libano-qataro-saoudo-tout ce que vous voulez. Il ne s\u2019agit pas davantage d\u2019an\u00e9antir des d\u00e9serteurs d\u00e9sormais plus ou moins organis\u00e9s en Arm\u00e9e Syrienne Libre pour prot\u00e9ger les civils contre les agissements de l\u2019arm\u00e9e du r\u00e9gime et de ses suppl\u00e9tifs. Il s\u2019agit de sanctionner de la plus radicale des mani\u00e8res une population toute enti\u00e8re, hommes, femmes, enfants et vieillards.<\/p>\n<p>Comme \u00e0 Daraa, il y a quelques mois, comme \u00e0 Banias, comme \u00e0 Hama, comme \u00e0 Idlib, comme dans la r\u00e9gion du Jebel al Zawiyeh et comme \u00e0 Zabadani, le tort des habitants des quartiers de Homs pris pour cible a \u00e9t\u00e9 de se soulever pour r\u00e9clamer plus de respect, plus de justice et plus de libert\u00e9 de la part de leurs dirigeants. Puis, voyant que le pouvoir n\u2019avait aucune intention de r\u00e9pondre \u00e0 ces demandes, limit\u00e9es et l\u00e9gitimes, autrement que par la violence, les emprisonnements, les disparitions, la torture et la mort, ces m\u00eames habitants en sont venus \u00e0 exiger la chute du r\u00e9gime, le d\u00e9part de Bachar Al Assad et le d\u00e9mant\u00e8lement du syst\u00e8me de r\u00e9pression mis en place par son p\u00e8re, dont il avait h\u00e9rit\u00e9, en juillet 2000, en m\u00eame temps que son fauteuil de pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne veut pas se m\u00e9prendre sur ce qui se d\u00e9roule aujourd\u2019hui en Syrie, il faut revenir \u00e0 un \u00e9pisode que certains ont encore en m\u00e9moire. Le 17 f\u00e9vrier 2011, suite \u00e0 l\u2019interpellation muscl\u00e9e d\u2019un jeune homme qui avait momentan\u00e9ment arr\u00eat\u00e9 sa voiture dans un endroit interdit, des centaines de commer\u00e7ants du quartier de Har\u00eeqa, dans la vieille ville de Damas, ont ferm\u00e9 leurs boutiques et se sont attroup\u00e9s devant le commissariat de police au cri de : \u00ab\u00a0Al cha\u2019ab al sour\u00ee m\u00e2 b-yendhall \/ Le peuple syrien ne se laisse pas humilier\u00a0\u00bb !<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re expression collective de ras-le-bol d\u2019une population expos\u00e9e et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment livr\u00e9e, depuis des d\u00e9cennies, au bon vouloir, c\u2019est-\u00e0-dire aux exactions des services de s\u00e9curit\u00e9. En se rassemblant, de mani\u00e8re spontan\u00e9e, pour affirmer qu\u2019ils en avaient assez de se laisser humilier, les Damasc\u00e8nes faisaient mentir leur pr\u00e9sident. Alors que celui-ci venait d\u2019affirmer, dans un entretien dont la suite a montr\u00e9 \u00e0 quel point il \u00e9tait d\u00e9pourvu de clairvoyance, que son pays ne serait pas touch\u00e9 par les r\u00e9voltes intervenues et parfois d\u00e9j\u00e0 achev\u00e9es ailleurs, ces commer\u00e7ants en col\u00e8re sugg\u00e9raient que l\u2019heure n\u2019\u00e9tait pas loin o\u00f9 les Syriens, eux aussi, refusant d\u2019\u00eatre trait\u00e9s comme des sujets, comme des animaux ou comme des objets, allaient descendre dans les rues pour r\u00e9clamer ce \u00e0 quoi ils avaient droit, en tant qu\u2019\u00eatres humains et en tant que citoyens : la libert\u00e9, la dignit\u00e9 et la justice.<\/p>\n<p>En commen\u00e7ant \u00e0 \u00e9voquer les influences et les manipulations de l\u2019\u00e9tranger, avant m\u00eame que les Syriens aient commenc\u00e9 \u00e0 descendre dans les rues, le r\u00e9gime syrien a tent\u00e9 de rejeter sur d\u2019autres, \u00e9videmment sur l\u2019ext\u00e9rieur, la responsabilit\u00e9 d\u2019un mouvement que Bachar Al Assad annon\u00e7ait pourtant comme impossible en Syrie. Il n\u2019est pas du tout n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 la th\u00e9orie du complot pour expliquer pourquoi les Syriens ne voulaient plus se laisser humilier par ceux qui \u00e9taient cens\u00e9s faire r\u00e9gner l\u2019ordre et garantir leur s\u00e9curit\u00e9, et pourquoi ils n\u2019ont pas eu d\u2019autre solution, pour se faire entendre, que de descendre dans les rues et tenter de les occuper. Il suffit de se souvenir ou de savoir que c\u2019est le r\u00e9gime qui a d\u00e9truit, en Syrie, toute vie politique, confisqu\u00e9 les syndicats, paralys\u00e9 les associations, divis\u00e9 et \u00e9miett\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 civile, emp\u00each\u00e9 les initiatives priv\u00e9es, contraint les hommes d\u2019affaires et les commer\u00e7ants \u00e0 avoir un \u00ab\u00a0parrain\u00a0\u00bb civil ou militaire, pour finalement placer tout le monde sous la coupe des moukhabarat. Gr\u00e2ce aux vid\u00e9os transmises par les manifestants, le monde entier sait maintenant comment ils ont pour habitude de traiter leurs concitoyens et de quelle sauvagerie criminelle ils sont capables.<\/p>\n<p><img2697|center><\/p>\n<p><strong>1 \/ Une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9miett\u00e9e et sans voix<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans la Constitution promulgu\u00e9e en 1973 par Hafez Al Assad, qui entamait son premier mandat de pr\u00e9sident \u00e0 vie de la R\u00e9publique syrienne, un article, l\u2019article 8, fait du Baath le \u00ab\u00a0parti dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. A ce titre, le Baath dispose jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui du privil\u00e8ge de d\u00e9signer l\u2019unique candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. L\u2019Assembl\u00e9e du Peuple, au sein de laquelle le m\u00eame Baath d\u00e9tient automatiquement la moiti\u00e9 des si\u00e8ges plus un, valide cette candidature et la soumet au r\u00e9f\u00e9rendum de la population. A la diff\u00e9rence des l\u00e9gislatives et des municipales, o\u00f9 l&rsquo;abstention est la r\u00e8gle, il est risqu\u00e9 pour les Syriens et les Syriennes en \u00e2ge de voter de boycotter cette \u00ab\u00a0\u00e9lection\u00a0\u00bb, cens\u00e9e exprimer l\u2019all\u00e9geance de toute une population \u00e0 son \u00ab\u00a0q\u00e2\u2019id il\u00e2 l-abad \/ dirigeant \u00e0 vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une telle disposition a eu pour effet imm\u00e9diat &#8211; et c\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 son objectif &#8211; d\u2019\u00e9liminer tout parti concurrent et de tuer en Syrie toute vie politique. Les autres partis n\u2019ont alors eu le choix qu\u2019entre deux solutions : se plier au nouvel \u00e9tat de fait ou entrer en r\u00e9sistance. En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019y avait pas de \u00ab\u00a0bon choix\u00a0\u00bb. Certes, les partis qui ont accept\u00e9 la main mise du Baath sur l\u2019Etat ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un certain nombre d\u2019avantages. En se pla\u00e7ant sous sa coupe, au sein du Front National Progressiste, ils ont pu b\u00e9n\u00e9ficier de portefeuilles minist\u00e9riels. Il ne s\u2019agissait pas, \u00e9videmment, de minist\u00e8res de souverainet\u00e9 (les Affaires \u00e9trang\u00e8res, la D\u00e9fense, l\u2019Int\u00e9rieur, l\u2019Information\u2026). Mais il \u00e9tait possible pour leurs titulaires, puisqu\u2019ils g\u00e9raient parfois les Transports, l\u2019Habitat, l\u2019Electricit\u00e9, l\u2019Eau, l\u2019Irrigation, d\u2019accumuler pour eux-m\u00eames ou pour leur parti des tr\u00e9sors de guerre&#8230; sur lesquels le chef de l\u2019Etat fermait l\u2019\u0153il aussi longtemps que ceux qui en b\u00e9n\u00e9ficiaient se montraient complaisants. Ils disposaient par ailleurs d\u2019un quota r\u00e9serv\u00e9 de si\u00e8ges \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple, pour lesquels ils n\u2019avaient pas plus besoin que les candidats du Baath de faire campagne. Comme les baathistes, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, les candidats d\u00e9sign\u00e9s par le Front National Progressiste sont automatiquement \u00e9lus.<\/p>\n<p>Les avantages de ces postes et de ces si\u00e8ges &#8211; des voitures et des appartements de fonction, des passe-droits, des privil\u00e8ges\u2026 &#8211; avaient \u00e9videmment des contreparties beaucoup plus n\u00e9gatives. Les partis en question n\u2019avaient le droit de disposer que d\u2019un seul et unique si\u00e8ge pour tout le pays, sur lequel ils ne pouvaient m\u00eame pas attirer l\u2019attention par un panneau ext\u00e9rieur. Ils n\u2019avaient pas le droit de diffuser leur bulletin ou leur publication. Ils n\u2019avaient pas le droit de recruter de nouveaux militants au sein de l\u2019universit\u00e9, chasse gard\u00e9e du Baath. Ils avaient encore moins le droit de s\u2019approcher de l\u2019arm\u00e9e. Si telles \u00e9taient les restrictions impos\u00e9es aux partis \u00ab\u00a0amis du Baath\u00a0\u00bb, on imagine ais\u00e9ment dans quelles conditions ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 vivre, ou plut\u00f4t \u00e0 survivre, toutes les formations qui avaient refus\u00e9 de renoncer \u00e0 leurs principes en se pla\u00e7ant sous une tutelle qu\u2019elles estimaient \u00e0 juste titre indue.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9truit la vie politique et fait du Baath une sorte de \u00ab\u00a0parti unique\u00a0\u00bb, les responsables syriens ont entrepris de d\u00e9molir les syndicats. Profitant des \u00e9v\u00e8nements de la fin des ann\u00e9es 1970 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, au cours desquels des travailleurs, des avocats, des ing\u00e9nieurs, des m\u00e9decins\u2026 avaient exprim\u00e9 leur m\u00e9contentement pour la confiscation du pouvoir par le seul parti Baath, le r\u00e9gime a dissous tous les syndicats et tous les ordres professionnels, avant de promulguer une loi les pla\u00e7ant sous l\u2019autorit\u00e9 de fait de ce parti. Comme on pouvait s\u2019y attendre, les syndicats de travailleurs et de paysans, comme l\u2019ordre des avocats, l\u2019ordre des dentistes, l\u2019ordre des ing\u00e9nieurs agronomes\u2026 ont aussit\u00f4t perdu la marge \u00e9troite de libert\u00e9 de protestation et de revendication dont ils disposaient encore. Au lieu de faire remonter vers la t\u00eate du pouvoir les observations, les insatisfactions ou les demandes de leurs membres, ils sont devenus de simples courroies de transmission des ordres et directives venant d\u2019en haut. Leur totale all\u00e9geance au pouvoir est d\u2019ailleurs visible, hier comme aujourd\u2019hui, dans la promotion automatique des pr\u00e9sidents de l\u2019Union des Travailleurs et de l\u2019Union des Paysans au comit\u00e9 central du Front National Progressiste, dont la finalit\u00e9 se r\u00e9duit \u00e0 organiser, sous le couvert d\u2019une pluralit\u00e9 apparente, la domination absolue du seul parti Baath sur l\u2019Etat et la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour contribuer \u00e0 enlever \u00e0 la population toute capacit\u00e9 de contestation, en isolant les individus et en leur interdisant de faire contre lui front commun, le pouvoir syrien s\u2019est attaqu\u00e9 \u00e0 tout ce qui pouvait permettre aux Syriens de ne pas se retrouver seul face \u00e0 l\u2019Etat. On peut dire ici un mot des tribus. Comme partout, dans les pays arabes mais pas uniquement, les tribus restent une famille \u00e9largie, un cadre de r\u00e9f\u00e9rence, un groupe de solidarit\u00e9, un refuge en cas de besoin\u2026 Et ce y compris parfois pour des individus urbanis\u00e9s depuis longtemps. Pour ne pas d\u00e9clencher avec les tribus une guerre ouverte, le r\u00e9gime syrien s&rsquo;est employ\u00e9 &#8211; avec un certain succ\u00e8s, il faut le dire &#8211; \u00e0 provoquer en leur sein des divisions. Lorsque des cheykhs ou des princes se montraient r\u00e9ticents \u00e0 lui faire all\u00e9geance, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 reconna\u00eetre son autorit\u00e9 et \u00e0 se placer sous ses ordres, il incitait des membres de leurs tribus \u00e0 contester la l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs chefs. Au nom de leur propre comp\u00e9tence, quand il s\u2019agissait de dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019universit\u00e9. Au nom d\u2019un pass\u00e9 parfois glorieux quand il s\u2019agissait de branches d\u00e9chues de la tribu. Mais souvent aussi au nom des avantages que le rempla\u00e7ant d\u2019un cheykh pouvait apporter \u00e0 l\u2019ensemble de ses contribules. Il suffisait pour cela de faire \u00e9lire un ambitieux \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple et de mettre \u00e0 sa disposition un certain nombre de moyens.<\/p>\n<p>On sait que la l\u00e9gitimit\u00e9 du cheykh, au sein de la tribu qu\u2019il dirige, n\u2019est pas uniquement li\u00e9e \u00e0 son lignage, \u00e0 son \u00e2ge ou \u00e0 sa sagesse, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 assurer la protection des siens et la redistribution entre eux de ressources. Le r\u00e9gime syrien a donc fait en sorte que, en \u00e9change de leur absolue docilit\u00e9, les cheykhs qu\u2019il entendait mettre en place pour remplacer les indociles puissent assumer ces r\u00f4les. Il leur a facilit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux ministres et aux gouverneurs, il a favoris\u00e9 la r\u00e9alisation de quelques projets d\u2019infrastructure dans leur r\u00e9gion d\u2019origine, il leur a permis d\u2019intervenir pour l\u2019octroi de passe-droits (importation de voitures, autorisation de port d\u2019armes, attribution de logements, inscription \u00e0 l\u2019universit\u00e9, bourses d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, embauches dans des entreprises d\u2019Etat\u2026), y compris hors du cadre de la Loi. En renouvelant sans cesse ce type d\u2019agissement, le r\u00e9gime est parvenu \u00e0 cr\u00e9er de la zizanie au sein de plusieurs tribus, d\u00e8s lors incapables de pr\u00e9senter contre lui un front uni. Il a fait de m\u00eame entre les diff\u00e9rentes tribus, les pla\u00e7ant en concurrence pour l\u2019attribution des avantages en application du principe selon lequel \u00ab\u00a0plus l\u2019all\u00e9geance est forte, plus la r\u00e9tribution est importante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il y aurait bien d\u2019autres choses \u00e0 dire pour montrer comment le r\u00e9gime syrien, pour pr\u00e9venir toute contestation du pouvoir dont il s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 par la force, sans demander l\u2019avis de la population, gr\u00e2ce une s\u00e9rie de coups d\u2019\u00e9tat, a travaill\u00e9 pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es \u00e0 diviser les Syriens pour les emp\u00eacher de se regrouper et d\u2019\u00eatre ainsi en mesure de le d\u00e9fier. On se contentera de rappeler qu\u2019il n\u2019existe en Syrie, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, aucun m\u00e9dia \u00ab\u00a0ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb. Certes, depuis l\u2019ouverture \u00e9conomique, il y existe des m\u00e9dias \u00ab\u00a0priv\u00e9s\u00a0\u00bb. Mais ceux-ci appartiennent tous \u00e0 des membres ou \u00e0 des proches de la famille pr\u00e9sidentielle. Ils sont tous, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la voix de leur ma\u00eetre. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s, en effet, pour dire autre chose, pour refl\u00e9ter les attente s, les critiques ou les insatisfactions de la population, mais pour permettre \u00e0 certains d\u2019accumuler de nouvelles ressources, dans un secteur &#8211; le secteur de l\u2019information &#8211; rendu rentable par la privatisation de la publicit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2 \/ Une soci\u00e9t\u00e9 livr\u00e9e aux services de s\u00e9curit\u00e9<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au terme des troubles intervenus \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, achev\u00e9s en f\u00e9vrier 1982 par le bombardement de la ville de Hama et la destruction de certains de ses quartiers sur leurs habitants &#8211; entre 20 000 et 30 000 morts -, Hafez Al Assad a pris acte que le parti Baath ne lui avait pas \u00e9t\u00e9 d\u2019une grande utilit\u00e9. S\u2019il voulait pr\u00e9venir la r\u00e9p\u00e9tition du sc\u00e9nario dont il \u00e9tait sorti vainqueur gr\u00e2ce \u00e0 son arm\u00e9e, ce n\u2019est plus sur le Baath qu\u2019il lui fallait compter mais sur ses services de s\u00e9curit\u00e9, les moukhabarat.<\/p>\n<p>Il y avait, \u00e0 Hama, des membres du parti Baath. Il y avait aussi des membres d\u2019autres partis alli\u00e9s au Baath dans le Front National Progressiste, en particulier une branche des Socialistes Arabes d\u2019Akram Al Hourani. Or, quand ils n\u2019avaient pas rejoint les rangs de la contestation, ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 en mesure ni d\u2019informer les autorit\u00e9s de ce qui se pr\u00e9parait dans la ville, ni de s\u2019y opposer. Ils n\u2019avaient gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 plus efficaces \u00e0 travers tout le pays lors de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale du printemps 1980, qui aurait pu faire chuter le r\u00e9gime si les commer\u00e7ants de Damas, convaincus par le pr\u00e9sident de la Chambre de Commerce Badreddin Al Challah, n\u2019avaient tout fait pour briser le mouvement.<\/p>\n<p><strong>Tirant les conclusions de cette situation, Hafez Al Assad a conduit parall\u00e8lement deux op\u00e9rations :<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019une part, il a men\u00e9 \u00e0 son terme la marginalisation du Baath, sans m\u00e9nagement pour le parti qui lui avait jadis servi de tremplin pour parvenir au pouvoir. Alors qu\u2019il est de r\u00e8gle, dans le parti, de tenir un congr\u00e8s r\u00e9gional (c\u2019est-\u00e0-dire syrien, par opposition au congr\u00e8s national, autrement dit pan-arabe ou international) tous les cinq ans, le chef de l\u2019Etat a \u00ab\u00a0oubli\u00e9\u00a0\u00bb de le convoquer durant 15 ans, apr\u00e8s le 8\u00e8me congr\u00e8s de 1985. Cette situation a dur\u00e9 jusqu\u2019en juin 2000. Il a bien fallu, une semaine apr\u00e8s la mort de Hafez Al Assad, le r\u00e9unir \u00e0 nouveau. Il y avait urgence puisque, pour devenir le nouveau chef de l\u2019Etat, Bachar Al Assad qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 baathiste devait absolument faire \u00e0 la fois son entr\u00e9e dans le parti et en devenir le secr\u00e9taire r\u00e9gional\u2026<\/p>\n<p>D\u2019autre part, Hafez Al Assad a fait des moukhabarat, en fait si ce n\u2019est en titre, les v\u00e9ritables \u00ab\u00a0dirigeants de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e0 eux qu\u2019il a abandonn\u00e9 le soin d\u2019encadrer la population. A leur mani\u00e8re, \u00e9videmment. C\u2019est-\u00e0-dire en recourant \u00e0 toutes les m\u00e9thodes, y compris les plus brutales, jug\u00e9es par eux n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019accomplissement de leur mission, la s\u00e9curit\u00e9, et utiles \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats propres, la mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e de l\u2019ensemble des Syriens.<\/p>\n<p>Les moukhabarat avaient d\u2019autant moins de raison de faire preuve de retenue dans leurs relations avec la population que,<\/p>\n<p>d\u2019une part, les diff\u00e9rents services auxquels ils appartenaient &#8211; renseignements militaires, renseignements de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air, s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Etat, s\u00e9curit\u00e9 politique, s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, \u00ab\u00a0branche Palestine\u00a0\u00bb\u2026 &#8211; \u00e9taient en concurrence directe et n\u2019h\u00e9sitaient pas, pour obtenir de meilleurs r\u00e9sultats que les autres, \u00e0 se livrer \u00e0 une v\u00e9ritable surench\u00e8re dans la f\u00e9rocit\u00e9 ou la cruaut\u00e9,<\/p>\n<p>et que, d\u2019autre part, ils \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel qui leur assurait une impunit\u00e9 absolue. Il stipulait que, au cas o\u00f9 un agent des services de s\u00e9curit\u00e9 aurait provoqu\u00e9 la mort d\u2019un d\u00e9tenu dans l\u2019exercice de ses fonctions, c\u2019est-\u00e0-dire en cherchant \u00e0 lui extirper sous la torture des informations, il ne devait pas \u00eatre d\u00e9f\u00e9r\u00e9 devant la justice mais traduit uniquement devant le chef d\u2019\u00e9tat-major des arm\u00e9es. Il \u00e9tait s\u00fbr de trouver aupr\u00e8s de ce dernier la compr\u00e9hension n\u00e9cessaire. Sait-on suffisamment que, le 30 septembre 2008, loin de supprimer ce d\u00e9cret l\u00e9gislatif qui s\u2019apparente \u00e0 un \u00ab\u00a0permis de tuer\u00a0\u00bb, Bachar Al Assad l\u2019a renouvel\u00e9 et en a \u00e9largi le nombre des b\u00e9n\u00e9ficiaires ?<\/p>\n<p>La liste des actions, des situations, des \u00e9v\u00e8nements de la vie quotidienne pour lesquels des autorisations pr\u00e9alables des moukhabarat sont n\u00e9cessaires en Syrie, est infinie. Pas question d\u2019\u00e9pouser un \u00e9tranger, d\u2019organiser une c\u00e9r\u00e9monie de mariage, d\u2019ouvrir un salon de coiffure, de pratiquer la serrurerie, d\u2019importer des appareils \u00e9lectroniques, de garder des enfants \u00e0 domicile, de changer de r\u00e9sidence, d\u2019obtenir une premi\u00e8re carte d\u2019identit\u00e9, de renouveler sa carte d\u2019identit\u00e9, de r\u00e9cup\u00e9rer son travail, d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la religion musulmane,\u2026 sans avoir obtenu l\u2019aval d\u2019un ou de plusieurs services de renseignements. Sur la base de rapports d\u2019informateurs anonymes, n\u2019importe qui peut \u00e0 tout moment \u00eatre convoqu\u00e9 chez les moukhabarat et y \u00eatre soumis aux coups ou \u00e0 la torture, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il passe aux aveux ou qu\u2019une connaissance haut plac\u00e9e puisse attester de son innocence. La parano\u00efa et l\u2019impunit\u00e9 sont telles que des chr\u00e9tiens ont parfois \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et soumis \u00e0 la question parce que des voisins mal intentionn\u00e9s les avaient accus\u00e9s d\u2019appartenir \u00e0 l\u2019Association des Fr\u00e8res Musulmans, dont les membres, depuis la loi 49 du 7 juillet 1980, sont passibles de la peine de mort en Syrie. Alors que les choses paraissaient avoir un peu chang\u00e9, la contestation populaire a rapidement ramen\u00e9 les moukhabarat \u00e0 leurs vieux d\u00e9mons.<\/p>\n<p>Les services de s\u00e9curit\u00e9 portent une responsabilit\u00e9 directe dans le d\u00e9clenchement de la r\u00e9volte en Syrie. Rien ne dit que les Syriens, qui s\u2019invitaient mutuellement par Internet \u00e0 sortir dans les rues depuis le d\u00e9but du mois de janvier 2011, sans beaucoup de succ\u00e8s, seraient parvenus \u00e0 trouver en eux-m\u00eames le courage n\u00e9cessaire pour d\u00e9fier la sauvagerie des moukhabarat, si ceux-ci ne leur avaient facilit\u00e9 la t\u00e2che. Ce sont eux, par leur recours irraisonn\u00e9 \u00e0 la violence, qui ont permis au rejet du syst\u00e8me de prendre enfin le pas sur la peur. Tout le monde a encore en m\u00e9moire, l\u2019affaire des enfants arr\u00eat\u00e9s et tortur\u00e9s \u00e0 Daraa pour avoir \u00e9crit sur des murs le slogan \u00ab\u00a0le peuple veut la chute du r\u00e9gime\u00a0\u00bb. On sait comment le chef des moukhabarat locaux, un certain \u2018Atef Najib, un cousin de Bachar Al Assad, a directement mis le feu aux poudres en recevant leurs parents. Il leur a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0Oubliez vos enfants. Faites-en d\u2019autres. Et si vous n\u2019y arrivez pas, amenez-moi vos femmes\u00a0\u00bb. Puis, pour les disperser plus vite, au moment o\u00f9 ils quittaient les lieux indign\u00e9s par ses propos, il a fait tirer en l\u2019air par ses hommes. Le soir m\u00eame, la ville s\u2019enflammait. Onze mois plus tard, le calme n\u2019y est toujours pas revenu. Quant \u00e0 \u2018Atef Najib, il a bien \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 de son poste, mais il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9. Il vit discr\u00e8tement dans la maison d\u2019un ami, sur la c\u00f4te syrienne\u2026<\/p>\n<p>Pour rendre la situation encore plus insupportable, les moukhabarat, s\u00fbrs de leur impunit\u00e9, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 profiter de leurs pouvoirs et de la peur qu\u2019ils inspirent \u00e0 une population qui leur est abandonn\u00e9e sans moyen de d\u00e9fense, pour en faire un business. Ne parlez pas aux Syriens de recourir contre eux \u00e0 la Justice. Celle-ci est en Syrie un sujet de plaisanterie. Tout, ou presque, de ce qui n\u2019est pas strictement autoris\u00e9 peut donc donner lieu \u00e0 n\u00e9gociation, \u00e0 marchandage, et peut \u00eatre obtenu \u00e0 condition d\u2019en verser le prix. Moyennant une certaine somme, vous pouvez obtenir un petit passe-droit. Moyennant une somme plus \u00e9lev\u00e9e, vous pouvez obtenir un gros passe-droit. A l\u2019inverse, si vous refusez de verser gentiment ce qu\u2019on vous demande, pour une autorisation qui ne pose a priori aucun probl\u00e8me &#8211; par exemple un visa de sortie du territoire -, vous risquez d\u2019attendre longtemps la signature demand\u00e9e. Mieux encore, pendant que les moukhabarat de base se livrent \u00e0 leurs petits trafics, leurs chefs s\u2019imposent comme \u00ab\u00a0facilitateurs\u00a0\u00bb ou comme \u00ab\u00a0protecteurs\u00a0\u00bb, bref comme des \u00ab\u00a0parrains\u00a0\u00bb et des parasites, dans les affaires des entrepreneurs, des industriels et des gros commer\u00e7ants.<\/p>\n<p>Cela suffit-il pour comprendre ce que voulaient dire, il y a pratiquement un an jour pour jour, les boutiquiers et les commer\u00e7ants du souq de Damas lorsqu\u2019ils ont pour la premi\u00e8re fois cri\u00e9 au c\u0153ur de la capitale : \u00ab\u00a0Le peuple syrien ne veut plus \u00eatre humili\u00e9\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p><strong>Deux remarques en forme de conclusion<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il va sans dire que les trente ann\u00e9es de pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique de Hafez Al Assad puis les onze ann\u00e9es d\u2019exercice du pouvoir par Bachar Al Assad n\u2019ont pas eu que des r\u00e9sultats n\u00e9gatifs. Des choses ont \u00e9t\u00e9 faites dans de nombreux domaines : l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, l\u2019industrie, les transports, le tourisme&#8230; Malheureusement, faute de sondages, de m\u00e9dias ind\u00e9pendants, de libert\u00e9 de manifestations et d\u2019\u00e9lections dignes de ce nom, personne, y compris au sein du r\u00e9gime, n&rsquo;est en mesure d\u2019\u00e9valuer le degr\u00e9 de r\u00e9ussite ou d\u2019\u00e9chec de ces r\u00e9alisations aux yeux de la population. Tout porte \u00e0 croire que, s\u2019ils en avaient \u00e9t\u00e9 satisfaits, les Syriens n\u2019auraient pas d\u00e9cid\u00e9 de sortir dans les rues, de prendre la parole et de r\u00e9clamer ce qui leur est d\u00fb en tant qu\u2019hommes et femmes, et en tant que citoyens. Il est \u00e9vident que la r\u00e9volte en cours est aliment\u00e9e par des frustrations, et que celles-ci ne sont pas uniquement \u00e9conomiques et sociales. Il faut se souvenir de ce qu\u2019ont cri\u00e9 les manifestants de Daraa, le 24 mars 2011, le soir m\u00eame d\u2019une conf\u00e9rence de presse de la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, Bouthayna Cha\u2019aban. Ils disaient : \u00ab\u00a0Y\u00e2 Bouthayna, y\u00e2 Cha\u2019aban, al cha\u2019ab al sour\u00ee mou jaw\u2019\u00e2n \/ \u00d4 Bouthayna, \u00f4 Cha\u2019aban, le peuple syrien n\u2019est pas affam\u00e9\u00a0\u00bb. Autrement dit, ce n\u2019est pas la faim qui nous fait descendre dans la rue et conspuer le pouvoir, et ce n\u2019est pas avec des promesses \u00e9conomiques que tu ach\u00e8teras notre silence. Ce \u00e0 quoi nous aspirons, c\u2019est \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me remarque est que la r\u00e9volution en cours en Syrie n\u2019a rien de religieux. C\u2019est un mouvement citoyen, initi\u00e9 par des  hommes et des femmes ne supportant plus et ne voulant plus supporter la mani\u00e8re dont ils \u00e9taient trait\u00e9s. Contrairement \u00e0 ce que le r\u00e9gime s\u2019efforce de faire croire pour terroriser ses voisins dans la r\u00e9gion et calmer les ardeurs des opinions publiques occidentales, la r\u00e9volution n\u2019oppose pas deux camps : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0sunnites revanchards\u00a0\u00bb, symbolis\u00e9s par ce que le r\u00e9gime d\u00e9crit comme l\u2019abomination absolue, \u00e0 savoir les Fr\u00e8res Musulmans et leur bras arm\u00e9s, les \u00ab\u00a0terroristes-islamistes-salafistes\u00a0\u00bb ; et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 les autres minorit\u00e9s religieuses, alaouites, chr\u00e9tiens,  druzes ou isma\u00e9liens, qui, eux, seraient tous unis en bon ordre derri\u00e8re le pouvoir. Rien de cela n\u2019a \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9. Il est vrai que les sunnites, en tant que communaut\u00e9 sociale majoritaire, ne peuvent pas \u00eatre satisfaits en Syrie de la marginalisation politique dans laquelle ils sont maintenus. Certes, ils occupent la majorit\u00e9 des si\u00e8ges dans le gouvernement, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple et m\u00eame au commandement r\u00e9gional du parti Baath. Mais tout cela ne constitue, en Syrie, qu\u2019un \u00ab\u00a0pouvoir apparent\u00a0\u00bb. En revanche, ils sont quasiment exclus, non pas en raison de leur conviction religieuse mais du fait de leur appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 majoritaire, de la prise de d\u00e9cision. Celle-ci est r\u00e9serv\u00e9e au chef de l\u2019Etat, \u00e0 certains membres de sa famille, et \u00e0 un nombre restreint de militaires et de chefs des services de renseignements, seuls d\u00e9tenteurs du \u00ab\u00a0pouvoir r\u00e9el\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Mais,<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>premi\u00e8rement, ni les chr\u00e9tiens, ni les alaouites, ni aucune autre communaut\u00e9 n\u2019est satisfaite, en Syrie, des r\u00e8gles du jeu impos\u00e9es par ceux qui confisquent depuis des d\u00e9cennies le pouvoir dont ils se sont empar\u00e9s. Ils ne le partagent qu\u2019avec des comparses issus de toutes les communaut\u00e9s, \u00e0 condition qu\u2019ils renoncent \u00e0 leur disputer la place ;<br \/>\ndeuxi\u00e8mement, personne depuis le d\u00e9but du soul\u00e8vement n\u2019a r\u00e9clam\u00e9 en Syrie la mise en place d\u2019un \u00ab\u00a0Etat islamique\u00a0\u00bb. Tous les opposants et les r\u00e9volutionnaires r\u00e9clament en revanche un \u00ab\u00a0Etat d\u00e9mocratique, civil, pluraliste et \u00e9galitaire\u00a0\u00bb, au sein duquel l\u2019alternance au pouvoir, la libert\u00e9 de conscience et la pratique des cultes sera garantie pour tous par la Constitution et par la s\u00e9paration des pouvoirs.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2012\/02\/13\/quelques-verites-sur-la-syrie-toujours-bonnes-a-redire\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On trouvera ci-dessous le texte d&rsquo;une intervention prononc\u00e9e, dimanche 12 janvier, au Centre Culturel Tawhid de Saint-Denis. POURQUOI LES SYRIENS SE SONT-ILS SOULEV\u00c9S ? Alors que le soul\u00e8vement en Syrie entamera dans deux jours son 12\u00e8me mois et alors que le Strategic Research and Communication Centre \u00e9tablissait, le 12 f\u00e9vrier, le bilan de la r\u00e9pression<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-132205","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132205","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=132205"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132205\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=132205"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=132205"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=132205"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}