{"id":131789,"date":"2011-12-05T22:17:01","date_gmt":"2011-12-05T21:17:01","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/les-25-empires-du-desert-apres-le-printemps-arabe\/"},"modified":"2024-01-23T13:03:23","modified_gmt":"2024-01-23T12:03:23","slug":"les-25-empires-du-desert-apres-le-printemps-arabe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-25-empires-du-desert-apres-le-printemps-arabe\/","title":{"rendered":"\u201cLes 25 empires du d\u00e9sert\u201d apr\u00e8s le \u201cprintemps arabe\u201d\u2026"},"content":{"rendered":"<p><strong><br \/>\nEn mars 2011, \u00e0 l\u2019aube du printemps arabe, Pierre Moussa publiait  \u201cLes 25 empires du d\u00e9sert\u201d, un trait\u00e9  aussi complet que synth\u00e9tique sur les \u00e9v\u00e9nements et enjeux qui ont fait l\u2019histoire du Proche et du Moyen Orient au cours des derniers mill\u00e9naires. Passionn\u00e9 d\u2019histoire, Pierre Moussa est \u00e9galement passionn\u00e9 par cette r\u00e9gion qui s\u2019\u00e9tend de l\u2019Iran \u00e0 la Gr\u00e8ce et qui a vu na\u00eetre l\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage, la ville, l\u2019\u00e9criture et plus tard les trois religions du livre, l\u2019alphabet et la d\u00e9mocratie. Pour Pierre Moussa, \u201cle genre humain y a v\u00e9cu son adolescence\u201d.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est donc en sp\u00e9cialiste des enjeux de la r\u00e9gion, que Pierre Moussa nous livre, dans cette interview exclusive, une r\u00e9trospective des \u00e9v\u00e9nements (r\u00e9voltes arabes, mont\u00e9e de l\u2019islamisme, offensive diplomatique palestinienne, crise morale en Isra\u00ebl, nucl\u00e9arisation de l\u2019Iran, etc.) qui ont \u00e9branl\u00e9 le Proche et Moyen Orient au cours des 12 derniers mois.<\/p>\n<p>Ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure et agr\u00e9g\u00e9 des lettres devenu inspecteur des finances, Pierre Moussa a d\u2019abord int\u00e9gr\u00e9 la haute fonction publique fran\u00e7aise, puis dirig\u00e9, aux Etats Unis, le d\u00e9partement Afrique de la Banque mondiale, avant de devenir l\u2019un des banquiers les plus importants de Paris en pr\u00e9sidant le Groupe Paribas. A 89 ans, Pierre Moussa poursuit plusieurs projets en Afrique ; il pr\u00e9side notamment depuis 1999 la Fondation pour l\u2019entreprise africaine.<\/p>\n<p><img2522|center><\/p>\n<p><strong>CdeM<\/strong> : \t<strong>L\u2019occurrence du \u201cprintemps arabe\u201d et son ampleur ont-elles \u00e9t\u00e9 une surprise pour vous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tOui, pour moi et, je crois, pour tout le monde. En 2010, la plupart des Etats arabes \u2013 en Afrique septentrionale et en Asie occidentale \u2013 \u00e9taient domin\u00e9s par des chefs d\u2019Etat qui paraissaient solidement \u00e9tablis, et en g\u00e9n\u00e9ral proches du monde occidental. Et voici que soudain, le 13 d\u00e9cembre 2010, dans une petite ville tunisienne, un jeune homme qui estime avoir \u00e9t\u00e9 vol\u00e9 et maltrait\u00e9 s\u2019immole par le feu ; le peuple se d\u00e9cha\u00eene ; d\u00e8s le 17 janvier 2011, le dictateur Ben Ali abandonne le pouvoir pr\u00e9sidentiel. Influenc\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements de Tunisie, de gigantesques manifestations de jeunes se d\u00e9veloppent en Egypte (au Caire, \u00e0 Suez, \u00e0 Alexandrie) et se heurtent \u00e0 la police ; des centaines de morts ; la police est alors remplac\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e qui, elle, refuse de tirer sur les contestataires ; le 11 f\u00e9vrier, le dictateur Moubarak abandonne ses fonctions pr\u00e9sidentielles et s\u2019\u00e9loigne du pays ; d\u00e8s le mois de mai, la vie normale a repris en Egypte (avec 70% de touristes de moins qu\u2019en 2010 !).<\/p>\n<p>\tD\u00e8s les premiers mois de 2011, un bon nombre d\u2019autres nations arabes sont agit\u00e9es sous l\u2019influence des \u00e9v\u00e9nements de Tunisie et d\u2019Egypte: Alg\u00e9rie, Libye, Maroc, Y\u00e9men, Bahre\u00efn, Syrie, Liban \u2026<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tQuelles sont les causes majeures de cette agitation du monde arabe de d\u00e9cembre 2010 \u00e0 mars 2011 ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tLes causes majeures sont diverses : l\u2019abondance de la jeunesse arabe, le taux \u00e9lev\u00e9 du ch\u00f4mage, la corruption des cercles gouvernementaux, le r\u00f4le d\u00e9cisif des nouvelles techniques de communication, l\u2019interminable longueur des mandatures de nombreux dirigeants, l\u2019attitude des Etats occidentaux, convaincus que lesdits dirigeants \u00e9taient utiles pour la lutte contre le terrorisme.<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tAinsi donc le \u201cprintemps arabe\u201d a saisi d\u2019abord la Tunisie, puis l\u2019Egypte, et ensuite la plupart des autres Etats arabes ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tAvec une grande diff\u00e9rence : alors que la Tunisie et l\u2019Egypte avaient chacune, en l\u2019espace d\u2019un mois, \u00e9limin\u00e9 leurs chefs d\u2019Etat, aucun autre dictateur du monde arabe n\u2019a quitt\u00e9 ses fonctions avant le 20 octobre 2011.<\/p>\n<p><strong>CdeM : \tLa Tunisie et l\u2019Egypte ont donc \u00e9t\u00e9 seules jusqu\u2019au bout de leur r\u00e9volution ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tC\u2019est plus compliqu\u00e9. La Tunisie et l\u2019Egypte ont accompli leur r\u00e9volution la\u00efque au d\u00e9but de l\u2019hiver 2010-2011. Mais au cours de l\u2019ann\u00e9e 2011, elles ont toutes les deux connu un s\u00e9rieux revirement.<\/p>\n<p>\t<strong>En Tunisie<\/strong>, le \u201cprintemps arabe\u201d a repos\u00e9 surtout sur les jeunes, sur les femmes, sur les la\u00efques ; les islamistes ont tard\u00e9 \u00e0 s\u2019y joindre ; au cours de 2011, on a vu appara\u00eetre un parti, Ennhada, qui, lors de l\u2019\u00e9lection de l\u2019Assembl\u00e9e en novembre, a rassembl\u00e9 sur sa liste la quasi-totalit\u00e9 des votes islamistes, tandis que les autres tendances se sont dispers\u00e9es sur un grand nombre de listes. Ennhada a donc gagn\u00e9. Il veut \u00eatre un parti islamiste mod\u00e9r\u00e9 (inspir\u00e9 par le mod\u00e8le de l\u2019AKP de Turquie). Il n\u2019en a pas moins inflig\u00e9 une d\u00e9faite aux acteurs la\u00efques de la r\u00e9volte. <\/p>\n<p>\t<strong>En Egypte<\/strong>, il y avait trois forces : primo l\u2019arm\u00e9e (depuis la chute de la monarchie en 1953, l\u2019Egypte a eu quatre pr\u00e9sidents : Neguib, Nasser, Sadate et Moubarak ; tous quatre \u00e9taient des militaires), secundo les islamistes, tertio les la\u00efques (avec beaucoup de jeunes, de femmes, et de coptes). Dans les premi\u00e8res semaines de 2011, les la\u00efques ont fait la r\u00e9volution, et l\u2019arm\u00e9e (sous la direction du mar\u00e9chal Tantaoui) a consenti quelques sacrifices qu\u2019elle a jug\u00e9s n\u00e9cessaires. Mais d\u00e8s le deuxi\u00e8me semestre de 2011, les islamistes sont devenus l\u2019acteur essentiel ; les \u00e9lections l\u00e9gislatives (du 28 novembre 2011 au 14 janvier 2012) semblent devoir assurer le triomphe des islamistes. En janvier, les manifestants scandaient : \u201cle peuple et l\u2019arm\u00e9e ne forment qu\u2019une seule main\u201d. En novembre, ils chantaient : \u201cl\u2019arm\u00e9e et la police ne forment qu\u2019une seule main sale\u201d. Apr\u00e8s Moubarak, Tantaoui est lui aussi perdu.<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tQuid des autres nations arabes ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tDes situations tr\u00e8s diverses :<\/p>\n<p><strong>L\u2019Alg\u00e9rie<\/strong> s\u2019agita d\u00e8s le mois de janvier 2011 ; mais elle venait de vivre une effroyable d\u00e9cennie de terrorisme islamiste (200.000 morts !) et n\u2019avait pas envie de recommencer.<\/p>\n<p><strong>La Libye<\/strong> \u00e9tait gouvern\u00e9e par le colonel Kadhafi depuis 1969. Le 17 f\u00e9vrier 2011, la r\u00e9volution y commen\u00e7a dans la ville de Benghazi. La lutte entre les r\u00e9volutionnaires et les fid\u00e8les de Kadhafi fut longue et tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re ; elle se termina par le massacre de Kadhafi le 20 octobre.<\/p>\n<p><strong>Au Maroc<\/strong>, la r\u00e9volution commen\u00e7a le 20 f\u00e9vrier 2011 : c\u2019est le \u201cmouvement du 20 f\u00e9vrier\u201d. Mohammed VI, qui r\u00e8gne depuis 12 ans, a eu la sagesse de pr\u00e9senter assez vite une nouvelle constitution, qui semble pr\u00e9parer la naissance d\u2019une monarchie parlementaire, et en vertu de laquelle le souverain devra d\u00e9sormais d\u00e9signer le chef du gouvernement parmi les responsables du parti qui aura gagn\u00e9 l\u2019\u00e9lection. Le 25 novembre, eurent lieu les \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es ; le taux de participation a \u00e9t\u00e9 de 45% &#8211; le roi esp\u00e9rait qu\u2019il d\u00e9passerait 50% &#8211; ; les islamistes mod\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 victorieux.<\/p>\n<p><strong>Au Y\u00e9men<\/strong>, de grandes manifestations, inspir\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements de Tunisie et surtout d\u2019Egypte, r\u00e9clam\u00e8rent d\u00e8s le d\u00e9but de 2011 des \u00e9lections libres et le d\u00e9part de Saleh (pr\u00e9sident depuis 20 ans pour le Y\u00e9men du sud, et depuis 32 ans pour le Y\u00e9men du nord) et se heurt\u00e8rent aux tribus rest\u00e9es fid\u00e8les au pouvoir. Saleh fit une s\u00e9rie de concessions au cours du premier semestre de 2011 ; gri\u00e8vement bless\u00e9 par un attentat le 3 juin, hospitalis\u00e9 \u00e0 Riyad, il revint au Y\u00e9men par surprise, le 23 septembre. Peu de temps apr\u00e8s, il a accept\u00e9 de mettre fin \u00e0 son pouvoir, en \u00e9change de l\u2019immunit\u00e9 judiciaire : dans l\u2019espace de 30 jours, il passera ses fonctions au vice-pr\u00e9sident, qui formera un gouvernement avec l\u2019opposition. Dans l\u2019espace de 90 jours, aura lieu l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Ce plan a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9 en liaison \u00e9troite avec le roi d\u2019Arabie Saoudite.<\/p>\n<p><strong>A Bahre\u00efn<\/strong>, les chiites (majoritaires), las d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9s par les sunnites, r\u00e9clam\u00e8rent vivement que la monarchie devienne parlementaire (\u201c\u00e0 la britannique\u201d). Les contestataires furent brutalement d\u00e9log\u00e9s par les forces anti-\u00e9meutes. Le 25 f\u00e9vrier 2011, les protestations r\u00e9unirent 150.000 jeunes, parmi lesquels des sunnites se joignirent aux chiites. Mais le 14 mars, un millier de soldats saoudiens et 500 policiers des Emirats Arabes Unis arriv\u00e8rent \u00e0 Bahre\u00efn pour contribuer \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre. Le \u201cprintemps arabe\u201d a subi un \u00e9chec \u00e0 Bahre\u00efn.<\/p>\n<p>Abdallah, roi <strong>d\u2019Arabie Saoudite<\/strong> (87 ans), a donc jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s actif dans l\u2019\u00e9volution des choses dans plusieurs pays de la p\u00e9ninsule arabe. Le 25 f\u00e9vrier 2011, il est revenu d\u2019une longue absence (3 mois aux Etats-Unis et au Maroc, 2 op\u00e9rations chirurgicales) et a jug\u00e9 bon de distribuer plus de 100 milliards de dollars aux Saoudiens, aux forces de l\u2019ordre, \u00e0 la police religieuse, et aux institutions islamiques pour construire des mosqu\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>La Syrie<\/strong> est depuis 1970 sous l\u2019autorit\u00e9 des Alaouites (secte issue de l\u2019islam chiite, 12% de la population, 80% des postes de commandement dans l\u2019arm\u00e9e) et sous la dictature de Hafez Al-Assad (de 1970 \u00e0 2000) puis de son fils Bachar. Le 15 mars 2011, dans la ville de Deraa, quinze enfants \u00e9crivaient sur un mur \u201cle pays verra la chute du r\u00e9gime\u201d ; ils furent tortur\u00e9s. D\u2019o\u00f9 de vives manifestations dans plusieurs villes. Bachar r\u00e9agit avec une violence extr\u00eame ; en moins de 2 mois plus de 600 civils sont tu\u00e9s, 8000 personnes sont disparues ou d\u00e9tenues. La Grande-Bretagne, la France, l\u2019Allemagne et le Portugal essay\u00e8rent de promouvoir une condamnation de cette violence par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, mais la Chine et la Russie bloqu\u00e8rent cette proc\u00e9dure. Les pays occidentaux avaient d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9 d\u2019assez s\u00e9rieuses sanctions \u00e9conomiques \u00e0 la Syrie. Le 28 novembre 2011, la Ligue arabe lui infligea \u00e0 son tour des sanctions sans pr\u00e9c\u00e9dent (gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et des comptes bancaires de ce dernier dans les pays arabes, suspension des liaisons a\u00e9riennes entre les pays arabes et la Syrie), vot\u00e9es par 19 sur 21 des membres de la Ligue (seuls l\u2019Irak et le Liban se sont dissoci\u00e9s).<\/p>\n<p><strong>Le Liban<\/strong> \u00e9tait, en 2010, gouvern\u00e9 par une coalition (dite \u201cdu 14 mars\u201d), comprenant les sunnites, les druzes, et une partie des chr\u00e9tiens ; le premier ministre \u00e9tait le sunnite Saad Hariri, fils de l\u2019ancien premier ministre Rafic Hariri ; ce dernier avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en 2005 dans un attentat ; l\u2019ONU avait alors \u00e9tabli un \u201ctribunal sp\u00e9cial pour le Liban\u201d (\u201cTSL\u201d) qui, en 2010, se pr\u00e9parait \u00e0 mettre en cause des membres du Hezbollah pour cet attentat. En janvier 2011, un grand changement se produisit : les druzes l\u00e2ch\u00e8rent brusquement la \u201ccoalition du 14 mars\u201d et rejoignirent une autre coalition, dite \u201cdu 8 mars\u201d, qui comprenait les chiites et une partie des chr\u00e9tiens. De ce fait, la majorit\u00e9 bascula entre les mains de la coalition du 8 mars. Le nouveau gouvernement cessa de coop\u00e9rer avec le TSL ; et la Syrie retrouva ainsi en 2011 l\u2019influence sur le Liban qu\u2019elle avait perdue depuis 2005. En novembre-d\u00e9cembre 2011, la position s\u00e9v\u00e8re de la France face \u00e0 la crise syrienne a d\u00e9clench\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019actes anti-fran\u00e7ais au Liban.<\/p>\n<p><strong>CdeM : Vous venez d\u2019\u00e9voquer de nombreuses nations arabes mais nous n\u2019avons pas encore parl\u00e9 de la Palestine ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tC\u2019\u00e9tait en effet <strong>une<\/strong> nation arabe jusqu\u2019\u00e0 la rupture qui, en juin 2007, avait s\u00e9par\u00e9 l\u2019un de l\u2019autre, l\u2019\u00e9l\u00e9ment gouvern\u00e9 par le Fatah (la Cisjordanie) et l\u2019\u00e9l\u00e9ment gouvern\u00e9 par le Hamas (la bande de Gaza). Le 27 avril 2011, le Fatah et le Hamas se mirent d\u2019accord (en principe) pour reconstituer l\u2019unit\u00e9 palestinienne. D\u2019autres pays arabes les y poussaient, et tout particuli\u00e8rement l\u2019Egypte nouvelle (l\u2019accord Fatah-Hamas fut sign\u00e9 au Caire).<\/p>\n<p>\tEn ao\u00fbt 2009, le premier ministre de l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne, Salam Fayyad, s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 deux ans pour constituer les bases techniques d\u2019un v\u00e9ritable Etat (en 2011, il y \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s arriv\u00e9). <\/p>\n<p>\tMahmoud Abbas, pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne a fini par comprendre que l\u2019interminable n\u00e9gociation entre celle-ci et Isra\u00ebl permettait surtout \u00e0 Isra\u00ebl de d\u00e9velopper constamment la colonisation juive en Cisjordanie et \u00e0 J\u00e9rusalem-Est. Il a donc r\u00e9solu de changer de m\u00e9thode. Il fit savoir que, si des d\u00e9lais injustifi\u00e9s se produisaient, il irait \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies pour demander la reconnaissance et l\u2019admission \u00e0 l\u2019ONU de l\u2019Etat palestinien. Cette attitude valut \u00e0 Abbas un regain consid\u00e9rable de popularit\u00e9 chez les Palestiniens, non seulement en Cisjordanie mais aussi chez beaucoup de Gazaouis. Mais les Etats-Unis menac\u00e8rent de faire usage de leur droit de veto contre cette initiative. Parmi les Etats europ\u00e9ens, certains \u00e9taient favorables au projet d\u2019Abbas (dont l\u2019Espagne), d\u2019autres non (dont l\u2019Allemagne et l\u2019Italie) ; la France, le Royaume-Uni, la Belgique et le Luxembourg pr\u00f4n\u00e8rent une solution m\u00e9diane permettant \u00e0 la Palestine d\u2019obtenir un statut d\u2019Etat non membre ou d\u2019observateur renforc\u00e9 (comme le Vatican).<\/p>\n<p>\tA d\u00e9faut d\u2019une satisfaction \u00e0 l\u2019ONU, les Palestiniens se tourn\u00e8rent vers l\u2019Unesco. Par 107 voix pour (dont celle de la France), 14 contre (dont celle des Etats-Unis), et 52 abstentions, la Palestine est devenue le 195e membre \u00e0 part enti\u00e8re de l\u2019Unesco (dont le si\u00e8ge est \u00e0 Paris). Isra\u00ebl et les Etats-Unis en ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s indign\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tLe \u201cprintemps arabe\u201d est un \u00e9v\u00e9nement arabe, mais en face des pays arabes, quelle a \u00e9t\u00e9 l\u2019attitude des nations non arabes du Moyen Orient : la Turquie, l\u2019Iran et Isra\u00ebl ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tParlons d\u2019abord de l\u2019Iran. Il a une ant\u00e9riorit\u00e9 sur les deux autres. (M\u00e8des et Perses ont m\u00eame eu un empire au Moyen Orient 14 si\u00e8cles avant les Arabes).<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tLe \u201cprintemps arabe\u201d a-t-il eu une influence sur l\u2019Iran ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tNon. Le pouvoir, en Iran, est depuis 1979 entre les mains des islamistes. Une partie importante de ses \u00e9lites et de sa population ont une philosophie politique voisine des id\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 manifest\u00e9es en Tunisie et en Egypte dans l\u2019hiver 2010-2011 ; mais pour le moment, elles jugent prudent de ne plus l\u2019exprimer.<\/p>\n<p>\tLe gouvernement iranien a des liens solides avec le Hezbollah au Liban et avec le Hamas dans la bande de Gaza. Il fut longtemps un des soutiens de la Syrie alaouite mais, depuis la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 2011, les imprudences de Bachar Al-Assad l\u2019inqui\u00e8tent ; T\u00e9h\u00e9ran s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 pr\u00eat \u00e0 accueillir une r\u00e9union des pays islamiques en vue d\u2019aider la Syrie \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes. L\u2019Iran et l\u2019Irak,  apr\u00e8s une longue guerre qui les a oppos\u00e9s de 1980 \u00e0 1988, ont renou\u00e9 leurs relations en 2011 ; les Etats-Unis accusent m\u00eame l\u2019Iran d\u2019armer la r\u00e9bellion de l\u2019Irak.<\/p>\n<p>\tLa nucl\u00e9arisation de l\u2019Iran est men\u00e9e avec vigueur et discr\u00e9tion. Cette nucl\u00e9arisation comporte-t-elle une composante militaire ? Bien que T\u00e9h\u00e9ran dise non, beaucoup chez les voisins de l\u2019Iran et dans les nations occidentales pensent que oui. Et certains en tirent des cons\u00e9quences : en 2011 ont eu lieu en Iran des explosions d\u00e9truisant certaines installations ; plusieurs physiciens nucl\u00e9aires iraniens ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s en 2010 et en 2011. En novembre 2011, un nouveau rapport de l\u2019AIEA (Agence Internationale de l\u2019Energie Atomique) a confirm\u00e9 que l\u2019Iran pourrait probablement disposer d\u2019armes atomiques dans un tr\u00e8s court d\u00e9lai.<\/p>\n<p><strong>CdeM : \tEt la Turquie ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tParce que les Ottomans ont domin\u00e9 le Moyen Orient pendant 5 si\u00e8cles (jusqu\u2019en 1918), ils furent, m\u00eame ensuite, consid\u00e9r\u00e9s avec hostilit\u00e9 par les Arabes. Mais depuis que Recep Tayiip Erdogan est devenu premier ministre de Turquie (en 2003), la situation a compl\u00e8tement chang\u00e9. Erdogan a enlev\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e une partie du contr\u00f4le qu\u2019elle exer\u00e7ait sur la vie politique du pays, a su construire une d\u00e9mocratie viable, et a donn\u00e9 une belle expansion \u00e0 l\u2019\u00e9conomie turque ; les \u00e9changes commerciaux entre la Turquie et les pays arabes se sont consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9s. En outre, les r\u00e9ticences des Europ\u00e9ens occidentaux \u00e0 les accueillir dans l\u2019Union Europ\u00e9enne, et la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique de l\u2019Europe occidentale les ont pouss\u00e9s vers l\u2019Orient. En septembre 2011, Erdogan, accompagn\u00e9 de 250 hommes d\u2019affaires, fit une grande tourn\u00e9e en Afrique du nord (Egypte, Libye, Tunisie). Le gouvernement turc donne aujourd\u2019hui l\u2019impression de chercher un rapprochement \u00e0 la fois avec la Ligue arabe et les pays occidentaux.<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tReste \u00e0 faire le point sur Isra\u00ebl.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tParmi les pays du Moyen Orient, il a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper une \u00e9conomie moderne sans \u00e9gale, une force militaire redoutable ; il est \u00e0 l\u2019heure actuelle le seul pays du Moyen Orient qui ait acc\u00e8s \u00e0 l\u2019arme nucl\u00e9aire ; il ne cesse d\u2019accro\u00eetre la taille du domaine occup\u00e9 par les Isra\u00e9liens. Et il dispose, dans le monde \u00e9lectoral des Etats-Unis, d\u2019un appui qui, \u00e0 la veille de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine, est d\u2019une consid\u00e9rable importance.<\/p>\n<p>\tMais il est menac\u00e9 par la nucl\u00e9arisation iranienne. Il a eu le tort de porter ses relations avec les pays arabes \u00e0 un extr\u00eame degr\u00e9 de tension. En outre, &#8211; et c\u2019est peut-\u00eatre encore plus grave \u2013 l\u2019\u00e9t\u00e9 de 2011 a vu na\u00eetre en son sein une terrible crise sociale, li\u00e9e \u00e0 la hausse des prix et aux in\u00e9galit\u00e9s ; il y a aujourd\u2019hui beaucoup d\u2019\u201cindign\u00e9s isra\u00e9liens\u201d.<\/p>\n<p><strong>CdeM : \tLa politique fran\u00e7aise face \u00e0 la situation dans le monde arabe et dans les autres pays du Moyen Orient, vous semble-t-elle satisfaisante ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tLa France, comme les autres pays occidentaux, a eu trop longtemps le tort de trouver commode la pr\u00e9sence de dictateurs implacables (et souvent corrompus) dans un grand nombre des Etats du monde arabe et du Moyen Orient.<\/p>\n<p>\tMais depuis quelques ann\u00e9es, elle a nettement rectifi\u00e9 son comportement. Sa courageuse attitude en Libye, en Syrie et ailleurs, r\u00e9jouit les d\u00e9mocrates en Orient, et en Europe.<\/p>\n<p><strong>CdeM :\tLa mont\u00e9e de l\u2019islamisme politique dans ces pays vous para\u00eet-elle inqui\u00e9tante ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>PM<\/strong> :\tLe \u201cprintemps arabe\u201d a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre des jeunes (et des femmes) ; mais ces jeunes (et ces femmes) n\u2019ont pas forg\u00e9 des \u00e9quipes capables de r\u00e9aliser ce qu\u2019ils ont r\u00eav\u00e9. Les islamistes, eux, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les auteurs de la r\u00e9volution ; mais ils disposaient des \u00e9quipes n\u00e9cessaires. Il y a donc eu substitution. Les auteurs du printemps arabe peuvent se pr\u00e9parer (et se pr\u00e9parent probablement) \u00e0 reprendre la place qui leur revient. Peut-\u00eatre les chr\u00e9tiens, qui connaissent aujourd\u2019hui une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile dans plusieurs pays arabes, verront-ils ainsi venir de meilleurs jours. Et peut-\u00eatre les juifs aussi ( ?). En f\u00e9vrier 2011, j\u2019ai termin\u00e9 mon livre \u201cLes 25 empires du d\u00e9sert\u201d par la phrase suivante : \u201cN\u2019oublions pas que le catholicisme a \u00e9t\u00e9 longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme incompatible avec la d\u00e9mocratie\u201d. En d\u00e9cembre 2011, cette observation me para\u00eet encore plus utile qu\u2019en f\u00e9vrier.<\/p>\n<p><strong>Les 25 empires du d\u00e9sert (Ed. Saint-Simon), mars 2011<br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En mars 2011, \u00e0 l\u2019aube du printemps arabe, Pierre Moussa publiait \u201cLes 25 empires du d\u00e9sert\u201d, un trait\u00e9 aussi complet que synth\u00e9tique sur les \u00e9v\u00e9nements et enjeux qui ont fait l\u2019histoire du Proche et du Moyen Orient au cours des derniers mill\u00e9naires. 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