{"id":131778,"date":"2011-12-04T00:00:40","date_gmt":"2011-12-03T23:00:40","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/les-freres-musulmans-dans-la-syrie-post-bachar-al-assad\/"},"modified":"2024-01-23T13:03:22","modified_gmt":"2024-01-23T12:03:22","slug":"les-freres-musulmans-dans-la-syrie-post-bachar-al-assad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-freres-musulmans-dans-la-syrie-post-bachar-al-assad\/","title":{"rendered":"Les Fr\u00e8res Musulmans dans la Syrie post-Bachar Al Assad"},"content":{"rendered":"<p>Que veulent\u2026 et que peuvent les Fr\u00e8res Musulmans syriens ? (3\/3)<\/p>\n<p>3 \/ Les Fr\u00e8res Musulmans dans la Syrie post-Bachar Al Assad<\/p>\n<p><strong>Rentrer en Syrie, mais pour quoi faire ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Comme les autres Syriens exil\u00e9s, la quasi-totalit\u00e9 des Fr\u00e8res Musulmans ont la ferme intention de reprendre le chemin de leur pays d\u00e8s que les circonstances le leur permettront, c\u2019est-\u00e0-dire aussit\u00f4t la chute du r\u00e9gime de Bachar Al Assad et l\u2019abrogation de la Loi 49\/1980. Mais la question que tous se posent est celle de savoir ce qu\u2019ils comptent y faire, une fois les liens avec leurs familles r\u00e9tablis, leurs biens r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et leurs affaires remises en ordre. Or cette question fait d\u00e9bat au sein m\u00eame de l\u2019Association. Quelques uns de ses membres souhaitent que les Fr\u00e8res se recentrent sur ce qui constitue le c\u0153ur de leur activit\u00e9 originelle, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9ducation, l\u2019action caritative, et surtout la da\u2019wa, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019appel ou l\u2019incitation des croyants \u00e0 une religion d\u00e9barrass\u00e9e de ses scories, puisque selon la formule d&rsquo;un ancien guide de l&rsquo;Association, Hasan Al Houdaybi, ils se disent du&rsquo;\u00e2t l\u00e2 qud\u00e2t, c\u2019est-\u00e0-dire des pr\u00e9dicateurs et non pas des juges. Mais la majorit\u00e9 d\u2019entre eux consid\u00e8re qu&rsquo;ils devront assumer leurs responsabilit\u00e9s, et mettre sur pied un parti politique ouvert \u00e0 ceux qui souhaitent participer \u00e0 la construction de la Syrie nouvelle, en se conformant dans leur action \u00e0 la fois aux principes de l\u2019islam et aux r\u00e8gles de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Du&rsquo;\u00e2t l\u00e2 qud\u00e2t\u00a0\u00bb (Des pr\u00e9dicateurs pas des juges)<\/p>\n<p>Un \u00ab\u00a0Projet politique\u00a0\u00bb en attente de mise \u00e0 jour<\/p>\n<p>Dans cette optique, les Fr\u00e8res ont commenc\u00e9 \u00e0 proc\u00e9der au toilettage de leur \u00ab\u00a0Projet politique pour la Syrie de l\u2019avenir\u00a0\u00bb. Elabor\u00e9 en exil et rendu public en 2004, ce texte d\u2019une certaine ampleur comporte les principes suivants :<\/p>\n<p>&#8211; la mise en place d\u2019un Etat moderne, ayant l\u2019islam pour \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rence culturelle\u00a0\u00bb. Cet Etat est contractuel, pluraliste et repr\u00e9sentatif. La Constitution y garantit l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous les citoyens et l\u2019alternance au pouvoir ;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019islam, comme religion, est la source principale de la l\u00e9gislation, mais le peuple est la source unique du pouvoir ;<\/p>\n<p>&#8211; le pouvoir repose sur la consultation populaire et d\u00e9mocratique ;<\/p>\n<p>&#8211; la s\u00e9paration des pouvoirs est la r\u00e8gle. Le pouvoir ex\u00e9cutif est plac\u00e9 sous le contr\u00f4le du pouvoir l\u00e9gislatif, qui refl\u00e8te le pluralisme politique et prohibe tout monopole sur l\u2019action politique ;<\/p>\n<p>&#8211; les responsables sont comptables de leurs actes devant le peuple, qui d\u00e9termine la dur\u00e9e et le renouvellement de leurs mandats.<\/p>\n<p><img2506|center><\/p>\n<p><strong>Les Fr\u00e8res Musulmans consid\u00e9r\u00e9s avec suspicion<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans son \u00e9tat actuel, il faut le reconna\u00eetre, ce projet suscite des r\u00e9serves et il alimente des pol\u00e9miques. Le paradoxe est que la plupart de ces pol\u00e9miques ne portent pas d\u2019abord sur les id\u00e9es exprim\u00e9es par les Fr\u00e8res, qui ne sont d\u2019ailleurs que leurs \u00ab\u00a0propositions\u00a0\u00bb et qui ne seront mises en \u0153uvre que si le peuple en d\u00e9cide ainsi dans les urnes. Elles portent avant tout sur l\u2019attitude que les uns et les autres pr\u00eatent \u00e0 l\u2019Association.<\/p>\n<p>Les critiques \u00e9manent d\u2019abord de ceux qui ne croient pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des intentions d\u00e9mocratiques des Fr\u00e8res Musulmans. Oubliant leur histoire ant\u00e9rieure dans la Syrie ind\u00e9pendante, n\u00e9gligeant leur r\u00e9pudiation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la violence, ignorant les explications qu\u2019ils ont depuis longtemps fournies \u00e0 leur recours ponctuel aux armes dans le contexte particulier du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, et comptant pour rien leur recherche constante de partenariats et d\u2019alliances politiques, les sceptiques pr\u00e9f\u00e8rent mettre en avant \u00ab\u00a0l\u2019incompatibilit\u00e9 de principe\u00a0\u00bb des religions avec les r\u00e8gles et proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques. Les Fr\u00e8res consid\u00e8rent qu\u2019une partie de ceux qui prennent position \u00e0 ce titre contre une r\u00e9admission de l\u2019Association sur la sc\u00e8ne politique ne se prononcent pas en fonction de crit\u00e8res objectifs et ne sont pr\u00e9occup\u00e9s au fond que par l\u2019influence qu\u2019ils les soup\u00e7onnent de conserver sur une partie de la population syrienne.<\/p>\n<p>Les critiques proviennent ensuite de Syriens qui disent redouter que, une fois r\u00e9install\u00e9s en Syrie, les Fr\u00e8res Musulmans tentent de faire main basse sur le pouvoir et se comportent \u00e0 leur tour, comme le Parti Baath jadis, en v\u00e9ritable \u00ab\u00a0parti dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Ces contempteurs, qui appartiennent souvent eux-m\u00eames \u00e0 des formations politiques dirig\u00e9es par des leaders inamovibles et soumises \u00e0 des pratiques internes fort peu d\u00e9mocratiques, ne sont nullement \u00e9branl\u00e9s dans leurs convictions par la souplesse et la recherche d\u2019alliances manifest\u00e9es par l\u2019Association. Les Fr\u00e8res leur r\u00e9pondent qu\u2019ils n\u2019ont jamais revendiqu\u00e9 le monopole de la repr\u00e9sentation ni de l\u2019islam, ni m\u00eame des courants islamistes. Il suffit de lire certains articles qui paraissent aujourd\u2019hui pour constater que les \u00e9radicateurs ne sont pas l\u00e0 o\u00f9 les ennemis de l\u2019Association cherchent \u00e0 le faire croire.<\/p>\n<p>Des r\u00e9serves sont encore exprim\u00e9es par une minorit\u00e9 d\u2019intellectuels et de membres de communaut\u00e9s non musulmanes sur le caract\u00e8re madan\u00ee (civil) de l\u2019Etat dans le projet des Fr\u00e8res Musulmans. Ne voyant de salut pour la Syrie multiconfessionnelle que dans la mise en \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable et totale &lsquo;ilm\u00e2niya (la\u00efcit\u00e9), qui s\u00e9pare radicalement la religion de l\u2019\u00e9tat, les d\u00e9tracteurs du projet nient la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me madan\u00ee (civil) qui reconna\u00eet l\u2019existence et le poids de la religion dans la vie des individus et de l\u2019Etat, mais qui, contrairement \u00e0 un syst\u00e8me d\u00een\u00ee (religieux), ne soumet pas l\u2019Etat aux imp\u00e9ratif religieux, comme c\u2019est le cas par exemple en Iran. Les Fr\u00e8res, qui rappellent avec constance que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat th\u00e9ocratique est \u00e9tranger \u00e0 l\u2019islam\u00a0\u00bb, font remarquer qu\u2019\u00e0 leur connaissance la majorit\u00e9 de la population syrienne, sunnite et socialement conservatrice, n\u2019est pas pr\u00eate aujourd\u2019hui \u00e0 accepter un autre syst\u00e8me politique qu\u2019un \u00e9tat madan\u00ee. Et s\u2019il est vrai que la majorit\u00e9 des manifestants syriens qui d\u00e9filent dans les rues ne mettent pas en avant leur appartenance religieuse et focalisent leurs revendications sur la libert\u00e9 et la dignit\u00e9, il para\u00eet hasardeux d\u2019en conclure qu\u2019ils sont favorables \u00e0 un syst\u00e8me &lsquo;ilm\u00e2n\u00ee, que beaucoup, y compris parmi les chr\u00e9tiens, assimilent \u00e0 tort ou \u00e0 raison, mais c\u2019est une situation de fait, \u00e0 un syst\u00e8me ath\u00e9e.<\/p>\n<p>Des craintes, plut\u00f4t que des critiques ou des r\u00e9serves, sont enfin formul\u00e9es par des membres de diverses communaut\u00e9s religieuses en Syrie sur le comportement que comptent avoir les Fr\u00e8res Musulmans avec leurs compatriotes des autres confessions. Elles \u00e9manent de certains milieux alaouites, qui exhibent la vieille fatwa prise \u00e0 leur encontre par Ibn Taymiyya (\u00e0 la fin du 13\u00e8me ou au d\u00e9but du 14\u00e8me si\u00e8cle), et de responsables comme de fid\u00e8les de diverses \u00e9glises chr\u00e9tiennes. Elles sont aliment\u00e9es par le slogan dont la paternit\u00e9 est pr\u00eat\u00e9e aux manifestants : Al &lsquo;Alaw\u00ee f\u00ee t t\u00e2bout wa al Mas\u00eeh\u00ee f\u00ee Bayrout (les alaouites au tombeau et les chr\u00e9tiens au Liban). Aux uns et aux autres, les Fr\u00e8res rappellent que leur unique hostilit\u00e9 va au r\u00e9gime en place et que, si des membres d\u2019autres confessions\u2026 mais \u00e9galement des sunnites ont \u00e9t\u00e9 victimes de leurs op\u00e9rations, au plus fort de leur lutte contre le r\u00e9gime de Hafez Al Assad, ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vis\u00e9s en raison de leur croyance mais de leur participation et de leur soutien au pouvoir. Ils affirment que, pour eux, musulmans et non-musulmans sont des citoyens et qu\u2019ils b\u00e9n\u00e9ficient de ce fait de la totalit\u00e9 des droits et sont soumis \u00e0 la totalit\u00e9 des devoirs qui s\u2019attachent \u00e0 cet \u00e9tat. Agir autrement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres, quelle que soit leur croyance ou leur incroyance, serait contraire aux pr\u00e9ceptes de l\u2019islam, qui \u00e9nonce l\u00e2 ikr\u00e2h f\u00ee d d\u00een (pas de contrainte en religion) et l\u00ee d\u00een\u00ee wa laka d\u00eenouka (\u00e0 chacun sa religion).<\/p>\n<p><strong>Les Fr\u00e8res eux-m\u00eames s&rsquo;interrogent&#8230;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Handicap\u00e9s par les r\u00e9serves que leur histoire et leur projet politique suscitent parmi leurs futurs adversaires, les Fr\u00e8res Musulmans, de retour dans leur pays, auront encore bien d\u2019autres d\u00e9fis \u00e0 relever. Ils devront reconstruire leur base militante, \u00e9difier les structures de leur nouvelle organisation, reb\u00e2tir leurs r\u00e9seaux sociaux, trouver leur place &#8211; ou se faire leur place &#8211; sur une sc\u00e8ne politique qui risque, comme dans les autres pays ayant reconquis leur libert\u00e9, d\u2019\u00eatre explos\u00e9e entre une multitude de partis\u2026 Mais trois questions se posent \u00e0 eux avec une acuit\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Devront-ils modifier le nom de leur Association, comme l\u2019ont fait les Tunisiens de Rached Ghannouchi, dont le Mouvement de la Tendance Islamique est devenu en 1989 Al Nahda, ou comme les Alg\u00e9riens du d\u00e9funt Mahfoud Nahnah, dont le Mouvement pour la Soci\u00e9t\u00e9 Islamique est devenu en 1990 le Mouvement de la Soci\u00e9t\u00e9 pour la Paix ? Ce point a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet chez eux de d\u00e9bats internes. Un accord de principe s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 en ce sens. Mais il n\u2019est pas all\u00e9 \u00e0 son terme parce que les Fr\u00e8res syriens, sans \u00eatre oppos\u00e9s \u00e0 cette id\u00e9e sur le fond, n\u2019ont pas souhait\u00e9 prendre une d\u00e9cision qui aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e. Elle n\u2019aurait pas manqu\u00e9 d\u2019appara\u00eetre en effet comme \u00ab\u00a0un cadeau sans contrepartie\u00a0\u00bb au r\u00e9gime de Bachar Al Assad, qui aurait partout proclam\u00e9 la disparition d\u00e9finitive des Fr\u00e8res et sa victoire sur l\u2019Association.<\/p>\n<p>Devront-ils maintenir l\u2019ensemble de leurs activit\u00e9s sous le vocable des Fr\u00e8res Musulmans ? Ils se demandent, en d\u2019autres termes, s\u2019il ne serait pas judicieux, pour mieux distinguer entre les activit\u00e9s sociales, caritatives et religieuses de l\u2019Association, d\u2019une part, et ses activit\u00e9s proprement politiques, d\u2019autre part, de donner \u00e0 son aile politique une d\u00e9nomination sp\u00e9cifique. En proc\u00e9dant de la sorte, les Fr\u00e8res jordaniens, qui ont cr\u00e9\u00e9 en 1992 le Parti du Front de l\u2019Action Islamique, et les Fr\u00e8res \u00e9gyptiens, qui ont annonc\u00e9 au printemps 2011 la naissance du Parti Libert\u00e9 et Justice, ont partiellement d\u00e9connect\u00e9 les deux types d\u2019activit\u00e9, ce qui traduit la reconnaissance d\u2019une certaine autonomie du politique.<\/p>\n<p>Devront-ils aller jusqu\u2019\u00e0 renoncer aux qualificatifs d\u2019islamique ou de musulman dans leur d\u00e9nomination ? Cette d\u00e9cision, qui ne concernerait \u00e9videmment que l\u2019aile politique de l\u2019Association, pourrait permettre aux Fr\u00e8res de r\u00eaver d\u2019un vaste parti dont les caract\u00e9ristiques &#8211; d\u00e9mocrate en politique, lib\u00e9ral en \u00e9conomie et conservateur au plan social &#8211; lui permettraient d\u2019accueillir dans ses rangs des Syriens d\u2019autres communaut\u00e9s ou confessions se reconnaissant dans ces orientations.<\/p>\n<p><strong>Les Fr\u00e8res Musulmans et la communaut\u00e9 sunnite<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Quand on leur pose la question de leur audience future en Syrie, les Fr\u00e8res r\u00e9pondent qu\u2019ils n\u2019auront pas de peine \u00e0 rallier \u00e0 eux et \u00e0 leur projet politique \u00ab\u00a0un certain nombre de Syriens\u00a0\u00bb, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes. Mais ils s\u2019avouent totalement incapables d\u2019en \u00e9valuer le nombre. Il d\u00e9pendra, entre autres choses, de l\u2019ad\u00e9quation de leur programme aux aspirations de la population, et de leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9duire et \u00e0 accueillir les nouveaux militants. Ils h\u00e9sitent \u00e0 fournir eux-m\u00eames une fourchette, mais ils pensent que, dans un premier temps, ils pourraient obtenir les suffrages de 10 % environ du corps \u00e9lectoral. Ils savent en effet qu\u2019ils sont loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 m\u00eame dans les rangs des sunnites, qui constituent pourtant leur base \u00e9lectorale potentielle. Ils savent aussi qu\u2019une majorit\u00e9 de leurs coreligionnaires, m\u00eame religieux pratiquants, ne voient pas plus de raison de voter en leur faveur que les catholiques de France d\u2019apporter leurs voix au Parti Chr\u00e9tien-D\u00e9mocrate de Christine Boutin.<\/p>\n<p>Les Fr\u00e8res Musulmans ne seront pas les bienvenus chez eux. Ni leurs adversaires, ni leurs amis ne seront dispos\u00e9s \u00e0 se serrer pour leur faire de la place sur la sc\u00e8ne politique ou pour leur faciliter les choses. Ils seront en concurrence avec d\u2019autres organisations politiques, dont certaines d\u2019inspiration elles aussi islamique. On peut citer ici le Mouvement Justice et D\u00e9veloppement, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Londres en 2005 par Anas Al Abdeh, qui sera \u00e9galement confront\u00e9 au d\u00e9fi d\u2019une installation en Syrie. On peut citer aussi le Groupe d&rsquo;Action Nationale pour la Syrie de Ahmed Ramadan et Obeida Nahas, jadis proches de l&rsquo;Association, qui conna\u00eetra la m\u00eame situation. On doit surtout mentionner le Courant Islamique D\u00e9mocratique Ind\u00e9pendant en Syrie, qui est l\u2019une des composantes importantes de la D\u00e9claration de Damas et qui, cr\u00e9\u00e9 dans le pays, dispose d\u00e9j\u00e0 de bases populaires sur le terrain, \u00e0 Damas, Alep et De\u00efr al Zor en particulier. Ce Courant compte dans ses rangs des personnalit\u00e9s vieillissantes mais tr\u00e8s respect\u00e9es par les jeunes r\u00e9volutionnaires syriens : le penseur Jawdat Sa\u00efd, ap\u00f4tre de la non-violence, le syndicaliste Ghassan Al Najjar, l\u2019avocat Haytham Al Maleh\u2026 Il compte \u00e9galement des personnalit\u00e9s directement en prise avec les jeunes Syriens, comme le Dr Yaser Al E\u00efti ou le professeur Ahmed Tomeh. Ces gens-l\u00e0 ne sont pas des ennemis des Fr\u00e8res. Mais, anim\u00e9s d\u2019ambitions concurrentes l\u00e9gitimes, ils ne leur c\u00e8deront pas facilement le terrain qu\u2019ils ont conquis et occup\u00e9 en Syrie \u00e0 leurs risques et p\u00e9rils &#8211; la majorit\u00e9 d\u2019entre eux a connu la prison sous Bachar Al Assad &#8211; depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p><img2505|center><br \/>\nLes Fr\u00e8res Musulmans, qui exercent dans leur immense majorit\u00e9, non pas des activit\u00e9s li\u00e9es au culte musulman mais des m\u00e9tiers profanes &#8211; m\u00e9decin, avocat, ing\u00e9nieur, architecte, professeur, commer\u00e7ant, homme d\u2019affaires\u2026 -, devront par ailleurs tenir compte des r\u00e9ticences \u00e9prouv\u00e9es depuis toujours pour eux par l\u2019appareil religieux sunnite, qui voit dans les Fr\u00e8res Musulmans, au mieux des contre-pouvoirs, au pire de dangereux perturbateurs. Les im\u00e2ms, pr\u00e9dicateurs et autres charg\u00e9s de cours dans les mosqu\u00e9es ne feront rien pour faciliter la t\u00e2che \u00e0 ceux dont ils redoutent l\u2019emprise sur leurs fid\u00e8les\u2026 qui sont aussi leur client\u00e8le. Or ces hommes de religion, dont certains jouissent d\u2019une r\u00e9putation consid\u00e9rable et dont quelques uns se sont fait remarquer par leur courage dans la d\u00e9nonciation de la r\u00e9pression &#8211; le cheykh Rajeh Krayyem, les fr\u00e8res Sariya et Ousama Al Rifa&rsquo;i, le cheykh Mohammed Rateb Al Naboulsi, le cheykh Mohammed Abou al-Houda Yaqoubi\u2026 &#8211; constituent, \u00e0 Damas, \u00e0 Alep et dans les autres grandes villes une sorte de caste. Leurs divisions internes ne les emp\u00eacheront pas de se liguer, \u00e9ventuellement de faire front commun contre la concurrence que repr\u00e9sentent pour eux les Fr\u00e8res Musulmans.<\/p>\n<p>Ceux-ci devront enfin proc\u00e9der \u00e0 un vaste travail de clarification sur les \u00e9v\u00e9nements de ce qu\u2019on appelle en Syrie les \u00ab\u00a0ann\u00e9es de sang\u00a0\u00bb. Par leur attitude comme par leurs discours, ils devront convaincre l\u2019ensemble de leurs compatriotes, au-del\u00e0 de la seule communaut\u00e9 sunnite. Puisqu\u2019ils portent une part de responsabilit\u00e9 dans les \u00e9v\u00e8nements du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, il leur faudra solliciter le pardon de leurs compatriotes, victimes directes ou collat\u00e9rales de leurs agissements, et renouveler leur engagement le plus ferme de se maintenir d\u00e9sormais quoi qu\u2019il arrive \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute violence. Bref, ils seront durant un certain temps sous observation.<\/p>\n<p><strong>Les Fr\u00e8res Musulmans un parti centriste<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Interrog\u00e9s sur le syst\u00e8me qu\u2019ils pourraient prendre pour mod\u00e8le dans l\u2019application de leur programme en Syrie, les Fr\u00e8res Musulmans mettent en avant la Turquie. Ce faisant, ils n\u2019\u00e9voquent pas d\u2019abord le programme de l\u2019AKP, mais la \u00ab\u00a0moralit\u00e9\u00a0\u00bb de son comportement. Ils consid\u00e8rent en effet que ce ne sont pas les id\u00e9es &#8211; politiques, \u00e9conomiques, sociales\u2026 &#8211; de ce parti qui lui valent depuis 2002 le suffrage des \u00e9lecteurs, mais, d\u2019une part son positionnement sur un cr\u00e9neau \u00ab\u00a0d\u00e9mocrate conservateur\u00a0\u00bb qui correspond \u00e0 la mentalit\u00e9 de la majorit\u00e9 de la population turque, et d\u2019autre part une gestion des affaires publiques qui se caract\u00e9rise globalement par le respect des r\u00e8gles d\u00e9mocratiques, la justice et la lutte contre la corruption. Selon eux, les \u00e9lecteurs turcs sont reconnaissants \u00e0 l\u2019AKP d\u2019avoir mis au pas un appareil militaire dans lequel l\u2019occident voyait d\u2019abord un gardien du statu quo k\u00e9maliste, mais qui avait fini par symboliser pour les Turcs l\u2019autoritarisme, la violation des Droits de l&rsquo;Homme et la compromission de l\u2019Etat avec les mafias. Selon les Fr\u00e8res, m\u00eame taill\u00e9 \u00e0 la serpe, ce tableau devrait suffire \u00e0 convaincre les observateurs occidentaux qu\u2019il est inutile et peut-\u00eatre contreproductif d\u2019entretenir pour une population donn\u00e9e des ambitions qui d\u00e9passent consid\u00e9rablement le niveau actuel de son \u00e9volution.<\/p>\n<p>A titre d\u2019illustration de ce principe pour la Syrie, on peut jeter un \u0153il sur la liste rendue publique, le 29 ao\u00fbt 2011, des 94 personnalit\u00e9s syriennes pressenties pour faire partie, si elles en \u00e9taient d\u2019accord, d\u2019un Conseil National de Transition (CNT)\u2026 dont les objectifs, il faut bien le dire, \u00e9taient aussi flous que les conditions de s\u00e9lection de ses membres. Quoi qu&rsquo;il en soit, on rel\u00e8ve que, dans leur majorit\u00e9, les personnalit\u00e9s figurant sur cette liste se situent au centre de l\u2019\u00e9chiquier politique, qui est aussi le cr\u00e9neau des Fr\u00e8res. Ceux-ci \u00ab\u00a0obtiennent\u00a0\u00bb 5 si\u00e8ges sur les 94, ce qui donne une id\u00e9e du poids politique qu&rsquo;on leur attribue a priori en Syrie. On rel\u00e8ve surtout que rares sont les personnalit\u00e9s retenues qui appartiennent aux partis ou \u00e0 la mouvance nationaliste et\/ou de gauche.<\/p>\n<p>Cette liste refl\u00e8te d\u2019abord, \u00e9videmment, le positionnement de ses auteurs. Il est donc compr\u00e9hensible, s\u2019il s\u2019agit d\u2019hommes d\u2019affaires comme on l\u2019a dit, qu\u2019ils aient tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart les principales figures de la Coordination Nationale des Forces de Changement National D\u00e9mocratique, et aient privil\u00e9gi\u00e9 les dirigeants de la D\u00e9claration de Damas pour le Changement national d\u00e9mocratique. La premi\u00e8re est une coalition de formations ancr\u00e9es \u00e0 gauche, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Damas le dernier jour du mois de juin 2011. La seconde est une plateforme, cr\u00e9\u00e9e 6 ans plus t\u00f4t, pour r\u00e9\u00e9quilibrer vers le centre la sc\u00e8ne politique syrienne. Quelles que soient leurs arri\u00e8re-pens\u00e9es, les inspirateurs ou les promoteurs de ce CNT n\u2019auraient pu, au risque d\u2019\u00eatre d\u00e9savou\u00e9s par la rue, constituer une liste en complet d\u00e9calage par rapport aux attentes des \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb et de la population. Or cette liste a \u00e9t\u00e9 globalement bien accueillie. On peut y voir le signe que la population syrienne, dans l\u2019\u00e9tat actuel de son \u00e9volution, se situe au centre, et qu\u2019elle donne son accord au retour des Fr\u00e8res dans leur pays, comme l\u2019une des composantes, mais comme l\u2019une des composantes seulement, de la vie politique dans la Syrie post-Bachar Al Assad.<\/p>\n<p><img2504|center><\/p>\n<p><strong>Un mot encore<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on imagine souvent, et contrairement \u00e0 ce qu\u2019on serait tent\u00e9 de d\u00e9duire des r\u00e9centes d\u00e9clarations de certains hauts responsables religieux chr\u00e9tiens du Moyen-Orient, les Fr\u00e8res Musulmans ont des amis au sein de l\u2019ensemble des communaut\u00e9s. Tous ne voient pas n\u00e9cessairement dans les membres de l\u2019Association en g\u00e9n\u00e9ral, et dans chacun des Fr\u00e8res Musulmans en particulier, des parangons de d\u00e9mocratie. Ils ne leur \u00e9pargnent pas \u00e0 l\u2019occasion leurs critiques. Mais ils ont en commun de consid\u00e9rer que la Syrie aurait plus \u00e0 perdre qu\u2019\u00e0 gagner \u00e0 exclure l\u2019Association du nouveau jeu politique, auquel les Fr\u00e8res, qui n\u2019ont ni les moyens, ni l\u2019intention de \u00ab\u00a0sauter sur le pouvoir\u00a0\u00bb, se disent pr\u00eats \u00e0 participer en respectant les r\u00e8gles et les proc\u00e9dures d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie. Ils ne regardent pas le prochain retour des Fr\u00e8res sur la sc\u00e8ne politique syrienne avec une angoisse que justifieraient leurs erreurs pass\u00e9es. Mais ils s&rsquo;interrogent sur la contribution que les Fr\u00e8res Musulmans peuvent apporter \u00e0 la r\u00e9appropriation de la politique par la population syrienne, maintenue durant quatre d\u00e9cennies \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute d\u00e9cision en ce domaine, et au r\u00e9veil d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile abandonn\u00e9e par le r\u00e9gime baathiste, durant la m\u00eame p\u00e9riode, \u00e0 la surveillance tatillonne et brutale des moukhabarat, devenus avec le temps en Syrie le seul v\u00e9ritable \u00ab\u00a0parti dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>*****<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude est une version d\u00e9velopp\u00e9e de l&rsquo;article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les Fr\u00e8res musulmans syriens dans la r\u00e9volution et dans la Syrie post-Bachar Al-Assad\u00a0\u00bb, publi\u00e9 dans le cadre d&rsquo;un dossier sp\u00e9cial sur la Syrie par<a href=\"http:\/\/www.moyenorient-presse.com\/?p=1010\"> la revue Moyen-Orient, n\u00b0 12, octobre-d\u00e9cembre 2011<\/a>. <a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/11\/19\/que-veulent-et-que-peuvent-les-freres-musulmans-syriens\/\">L&rsquo;introduction<\/a>, la <a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/11\/22\/que-veulent-et-que-peuvent-les-freres-musulmans-syriens-13-2\/\">premi\u00e8re partie<\/a>, le <a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/11\/25\/que-veulent%E2%80%A6-et-que-peuvent-les-freres-musulmans-syriens-2-13\/\">d\u00e9but de la seconde partie<\/a> et <a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/11\/30\/que-veulent-et-que-peuvent-les-freres-musulmans-syriens-2-23\/\">la fin de la seconde partie<\/a> ont pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9t\u00e9 mises en ligne.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que veulent\u2026 et que peuvent les Fr\u00e8res Musulmans syriens ? 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