{"id":131527,"date":"2011-11-01T22:52:50","date_gmt":"2011-11-01T21:52:50","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-printemps-arabe-cree-des-dissensions-entre-la-turquie-et-liran\/"},"modified":"2024-01-23T12:56:45","modified_gmt":"2024-01-23T11:56:45","slug":"le-printemps-arabe-cree-des-dissensions-entre-la-turquie-et-liran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-printemps-arabe-cree-des-dissensions-entre-la-turquie-et-liran\/","title":{"rendered":"Le printemps arabe cr\u00e9e des dissensions entre la Turquie et l&rsquo;Iran"},"content":{"rendered":"<p><strong>par G\u00d6N\u00dcL TOL et ALEX VATANKA<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>A tous \u00e9gard, c\u2019est une ann\u00e9e difficile pour l&rsquo;Iran. La r\u00e9cente r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un complot iranien pr\u00e9sum\u00e9 visant \u00e0 assassiner l&rsquo;ambassadeur saoudien \u00e0 Washington s&rsquo;ajoute \u00e0 une ann\u00e9e o\u00f9 les querelles entre l&rsquo;ayatollah Ali Khamenei et le pr\u00e9sident Mahmoud Ahmadinejad ont \u00e9branl\u00e9 la coh\u00e9sion interne, et la crise dans la Syrie voisine a menac\u00e9 de faire chuter le plus proche alli\u00e9 de l&rsquo;Iran dans le monde arabe, celui \u00e0 travers lequel il soutient le Hezbollah et le Hamas.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Moins remarqu\u00e9e, peut-\u00eatre, mais tout aussi importante, a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9t\u00e9rioration marqu\u00e9e des relations avec l\u2019autre partenaire important de l&rsquo;Iran dans la r\u00e9gion, la Turquie. Non seulement les r\u00e9volutionnaires et manifestants arabes ont bien compris la tentative maladroite de l&rsquo;Iran de s\u2019attribuer une partie du cr\u00e9dit du printemps arabe, mais en plus la Turquie a habilement capitalis\u00e9 sur les changements exceptionnels qui ont lieu au Moyen-Orient pour accro\u00eetre son influence et son prestige parmi les populations arabes, au d\u00e9triment de son ancien partenariat avec l&rsquo;Iran.<\/p>\n<p>Certes, la relation \u00e9troite et coordonn\u00e9e entre les deux pays est assez r\u00e9cente, puisqu\u2019elle r\u00e9sulte de l&rsquo;\u00e9lection en Iran du pr\u00e9sident Mohammed Khatami en 1997 et de l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir en Turquie du parti islamique AKP, en 2002. De nombreux analystes occidentaux, l\u00e9gitimement inquiets de cette nouvelle alliance, ont \u00e0 tort expliqu\u00e9 ces liens grandissants par un penchant religieux commun.<\/p>\n<p>Cependant, pendant des si\u00e8cles, jusqu\u2019\u00e0 l&rsquo;\u00e9lection de 2002, Ottomans et Perses ont lutt\u00e9 pour le pouvoir et l&rsquo;influence au Moyen-Orient et en Asie centrale. Cette rivalit\u00e9 s\u2019est raviv\u00e9e. \u00c0 cet \u00e9gard, le printemps arabe illustre deux r\u00e9alit\u00e9s fondamentales : tout d&rsquo;abord, ce sont des int\u00e9r\u00eats politiques et \u00e9conomiques concrets qui ont motiv\u00e9 l\u2019intensification des relations turco-iraniennes au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, et non pas une vision partag\u00e9e d\u2019un \u00e9tat religieux. Ensuite, l\u2019issue de la rivalit\u00e9 d&rsquo;influence actuelle aura une incidence sur l\u2019architecture de la s\u00e9curit\u00e9 au Moyen-Orient pour les ann\u00e9es \u00e0 venir. Les r\u00e9centes positions turques ont d\u00e9sormais ruin\u00e9 tout espoir iranien qu\u2019Ankara rejoigne le front du refus, compos\u00e9 de l&rsquo;Iran, de la Syrie, du Hamas et du Hezbollah, et qui vise \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 l&rsquo;Occident. La politique r\u00e9cente d&rsquo;Ankara indique clairement que la Turquie voit ses int\u00e9r\u00eats en termes de s\u00e9curit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p>Les signes d&rsquo;une intense rivalit\u00e9 irano-turque sont apparus avant m\u00eame le d\u00e9but du printemps arabe. Par exemple, en mai 2010, l&rsquo;Iran a r\u00e9agi jalousement \u00e0 la vague de soutien populaire arabe envers Ankara g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;exp\u00e9dition d\u2019une flottille pour Gaza. Mais c\u2019est la r\u00e9action de la Turquie, cet \u00e9t\u00e9, face \u00e0 l&rsquo;insurrection syrienne, qui a particuli\u00e8rement agac\u00e9 T\u00e9h\u00e9ran. Mi-ao\u00fbt, le gouvernement turc a chang\u00e9 sa politique et vivement critiqu\u00e9 la r\u00e9pression violente du r\u00e9gime d&rsquo;Assad. Ankara a ensuite commenc\u00e9 \u00e0 accueillir des r\u00e9unions de l&rsquo;opposition syrienne, et en septembre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a annonc\u00e9 qu&rsquo;il avait coup\u00e9 tout dialogue avec Damas.<\/p>\n<p>Le revirement de la Turquie a eu lieu malgr\u00e9 les demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es faites par l\u2019Iran \u00e0 Ankara pour que la Turquie maintienne son soutien au gouvernement syrien, un alli\u00e9 strat\u00e9gique de T\u00e9h\u00e9ran. Les m\u00e9dias d\u2019\u00e9tat iraniens ont intensifi\u00e9 leur propagande contre les dirigeants turcs, les accusant d\u2019avoir retourn\u00e9 leur veste afin de permettre \u00e0 la Turquie de devenir une base pour une intervention militaire occidentale en Syrie, selon le mod\u00e8le libyen.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la provocation de l&rsquo;Iran par la Turquie est all\u00e9e plus loin que la simple critique du r\u00e9gime d&rsquo;Assad. Lorsque Erdogan a fait la \u00ab\u00a0tourn\u00e9e du printemps arabe\u00a0\u00bb en Egypte, Libye et Tunisie en septembre, il a exhort\u00e9 ses h\u00f4tes arabes \u00e0 adopter la la\u00efcit\u00e9 dans leurs nouvelles constitutions et a plaid\u00e9 pour un \u00ab\u00a0islam d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb. C\u2019est cet accent mis sur l\u2019aspect la\u00efc qui a clairement touch\u00e9 la corde sensible des th\u00e9ocrates qui dirigent l&rsquo;Iran, dont l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9mocratie se limite \u00e0 la tenue d&rsquo;une mascarade \u00e9lectorale en 2009 et qui croient ardemment en la doctrine du <em>Velaayat e-Faghih<\/em>, un gouvernement par le clerg\u00e9.<\/p>\n<p>Le fait que l&rsquo;AKP au pouvoir en Turquie prenne le dessus sur le r\u00e9gime chiite de T\u00e9h\u00e9ran en termes d\u2019influence sur les populations arabes a conduit les iraniens \u00e0 accuser les turcs d\u2019\u00eatre le fer de lance d&rsquo;une campagne d&rsquo;importation d\u2019un \u00ab\u00a0islam am\u00e9ricain\u00a0\u00bb dans la r\u00e9gion, sous entendant que seul l&rsquo;Iran repr\u00e9sente un mod\u00e8le r\u00e9volutionnaire islamiste indig\u00e8ne.<\/p>\n<p>Huile sur le feu, Ankara a accept\u00e9 le 15 septembre d\u2019installer des radars am\u00e9ricains sur son sol dans le cadre d&rsquo;un bouclier de d\u00e9fense antimissile de l&rsquo;OTAN d\u00e9ploy\u00e9 essentiellement pour se d\u00e9fendre contre les missiles iraniens. T\u00e9h\u00e9ran le sait bien, le bouclier a pour vocation principale de d\u00e9fendre Isra\u00ebl contre la menace de missiles iraniens, affaiblissant ainsi l&rsquo;un des atouts militaires de l&rsquo;Iran contre son ennemi d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p>La semaine derni\u00e8re, le g\u00e9n\u00e9ral Yahya Safavi, haut conseiller militaire de Khamenei, a somm\u00e9 la Turquie de reconsid\u00e9rer sa politique envers la Syrie, sa participation au bouclier antimissile de l&rsquo;OTAN, et sa promotion de la la\u00efcit\u00e9. Safavi a accus\u00e9 la Turquie d &lsquo;\u201dagir en ligne avec les objectifs am\u00e9ricains\u201c et a averti qu&rsquo;un tel comportement ne serait pas tol\u00e9r\u00e9 par les voisins d&rsquo;Ankara en Iran, Syrie et Irak.<\/p>\n<p>Les relations tendues entre l&rsquo;Iran et la Turquie pourraient bient\u00f4t se d\u00e9t\u00e9riorer plus encore, Ankara soup\u00e7onnant de plus en plus l&rsquo;Iran d\u2019accro\u00eetre son soutien au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) bas\u00e9 en Irak, comme il l&rsquo;a fait dans les ann\u00e9es 1990. Depuis 1999, la Turquie et l&rsquo;Iran ont coop\u00e9r\u00e9 dans la lutte contre le PKK, signant cette ann\u00e9e l\u00e0 un accord portant sur l\u2019\u00e9change de renseignements et la coordination des op\u00e9rations anti-insurrectionnelles. L&rsquo;accord pr\u00e9voyait \u00e9galement que la Turquie aide l&rsquo;Iran \u00e0 combattre deux groupes dissidents iraniens bas\u00e9s en Irak, les Moudjahiddines du peuple (MKO) et, apr\u00e8s 2004, le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK).<\/p>\n<p>Cette coop\u00e9ration anti-insurrectionnelle a subi un couac en ao\u00fbt, lorsque les forces de s\u00e9curit\u00e9 iraniennes auraient captur\u00e9 un haut dirigeant du PKK, Murat Karayilan, mais ne l\u2019auraient maintenu en d\u00e9tention que bri\u00e8vement. La \u00ab\u00a0fuite\u00a0\u00bb de Karayilan, malgr\u00e9 les renseignements fournis par Ankara \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, a fait na\u00eetre des soup\u00e7ons chez les turcs qui consid\u00e8rent que l&rsquo;Iran aurait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment laiss\u00e9 partir Karayilan, pour l\u2019utiliser \u00e9ventuellement comme un atout contre Ankara. Le refus de l&rsquo;Iran en septembre de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel des turcs pour des op\u00e9rations conjointes contre le PKK dans les montagnes de Qandil ont accru ces soup\u00e7ons.<\/p>\n<p>Afin de contrebalancer le possible soutien iranien au PKK, la Turquie a resserr\u00e9 ses liens avec l&rsquo;Irak. Le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res irakien, Hoshyar Zebari, a rendu visite \u00e0 la Turquie ce mois-ci et, dans les r\u00e9unions avec le pr\u00e9sident turc Abdullah G\u00fcl et d&rsquo;autres, il aurait promis d\u2019aider la Turquie dans la d\u00e9fense de sa s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;augmentation r\u00e9cente des attaques du PKK contre la Turquie, et le manque de soutien syrien et iranien dans la lutte contre ce groupe terroriste, pourrait raviver la politique \u00e9trang\u00e8re s\u00e9curitaire des ann\u00e9es 1990 en Turquie, ce qui aggraverait plus encore les tensions avec Damas et T\u00e9h\u00e9ran.<\/p>\n<p>Parmi les nombreuses cons\u00e9quences du Printemps arabe, il faut citer la divergence croissante entre les int\u00e9r\u00eats turcs et iraniens. Alors que la Turquie s\u2019est adroitement adapt\u00e9e aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s politiques dans la r\u00e9gion, l&rsquo;Iran, en d\u00e9pit de sa rh\u00e9torique r\u00e9volutionnaire, va devenir de plus en plus isol\u00e9s, apparaissant comme un des r\u00e9gimes les plus corrompus et autocratiques dans un environnement en mutation rapide. Ankara et T\u00e9h\u00e9ran promeuvent clairement deux options diff\u00e9rentes pour la r\u00e9gion, et leur influence \u00e0 long terme dans le monde arabe d\u00e9pendra dans une large mesure, de la vision finalement retenue par les pays arabes.<\/p>\n<p><em>Gonul Tol est le directeur du Centre d&rsquo;\u00e9tudes turques au Middle East Institute. Alex Vatanka est chercheur du Middle East Institute et de l\u2019Ecole des op\u00e9rations sp\u00e9ciales de l\u2019US Air Force.<br \/>\n<\/em> <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.middleeasttransparent.com\/spip.php?page=article&#038;id_article=16688&#038;lang=en\">traduit de l&rsquo;anglais<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par G\u00d6N\u00dcL TOL et ALEX VATANKA A tous \u00e9gard, c\u2019est une ann\u00e9e difficile pour l&rsquo;Iran. 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