{"id":131515,"date":"2011-11-01T01:22:33","date_gmt":"2011-11-01T00:22:33","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/consequences-dune-intervention-militaire-en-syrie\/"},"modified":"2024-01-23T12:56:43","modified_gmt":"2024-01-23T11:56:43","slug":"consequences-dune-intervention-militaire-en-syrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/consequences-dune-intervention-militaire-en-syrie\/","title":{"rendered":"Cons\u00e9quences d\u2019une intervention militaire en Syrie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jeffrey White<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien qu\u2019une action militaire en Syrie comporte des risques, ne pas intervenir face \u00e0 un r\u00e9gime qui a maintenant pleinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa nature violente et r\u00e9pressive comporte ses propres dangers.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La question de l&rsquo;intervention militaire en Syrie va se poser de plus en plus dans les semaines \u00e0 venir du fait de la poursuite de la violence par le r\u00e9gime, de la fin de l\u2019intervention de l\u2019OTAN en Libye et de la mont\u00e9e d\u2019une opposition arm\u00e9e aliment\u00e9e par les d\u00e9fections dans les forces du r\u00e9gime. Malgr\u00e9 le poids \u00e9motionnel de ces facteurs et d&rsquo;autres, toute discussion sur l&rsquo;intervention doit tenir compte des principaux enjeux li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de la force militaire : \u00e0 savoir, la finalit\u00e9, les moyens et les risques encourus. Il faut des objectifs clairs.<\/p>\n<p>Toute action militaire en Syrie devra avoir des objectifs clairs et r\u00e9alistes. L\u2019objectif minimal serait de mettre en place des mesures de protection pour la population syrienne, qui court actuellement des risques importants. Un autre objectif pourrait \u00eatre de donner \u00e0 l&rsquo;opposition la possibilit\u00e9 de combattre militairement les forces du r\u00e9gime. A l&rsquo;heure actuelle, le r\u00e9gime a les mains libres pour agir contre l&rsquo;opposition. Un objectif plus ambitieux serait de d\u00e9faire  Bashar al-Asad, les forces \u00e9trang\u00e8res intervenant seules ou en coop\u00e9ration avec l&rsquo;opposition. Quels que soit les objectifs retenus, ils doivent \u00eatre clairement compris et accept\u00e9es par ceux qui participeront \u00e0 l&rsquo;intervention.<\/p>\n<p>En outre, les objectifs doivent \u00eatre raisonnablement atteignables avec les forces disponibles et dans un d\u00e9lai politiquement viable (des semaines ou des mois, mais pas des ann\u00e9es). Ils doivent \u00e9galement \u00eatre fond\u00e9s sur les int\u00e9r\u00eats du peuple syrien, et pas seulement ni m\u00eame principalement sur les besoins des parties intervenantes. L\u2019absence d\u2019objectifs clairs, r\u00e9alisables, et l\u00e9gitimes avant l&rsquo;intervention pourrait conduire \u00e0 une opposition politique et publique, enlisement, des d\u00e9fections dans le camp des intervenants, et une ind\u00e9cision face aux revers et aux crises.<\/p>\n<p><strong>Evaluer les capacit\u00e9s<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9cision d&rsquo;intervention doit \u00e9galement reposer sur une compr\u00e9hension claire de la force et r\u00e9sistance du r\u00e9gime. Sur la base de ce qu\u2019il a montr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, le gouvernement semble capable d&rsquo;une lutte prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 de l&rsquo;opposition \u00e0 maintenir une longue lutte doit aussi \u00eatre \u00e9valu\u00e9e. Les opposants d\u2019Assad seront-ils capable d&rsquo;endurer une violence susceptible de devenir encore plus forte? Peuvent-ils d\u00e9velopper une v\u00e9ritable composante arm\u00e9e et profiter d\u2019une assistance militaire externe? L&rsquo;opposition libyenne a d\u00e9montr\u00e9 toutes ces capacit\u00e9s et d\u2019ailleurs presque d\u00e8s le d\u00e9but de la r\u00e9volution ; en Syrie, la situation est beaucoup moins claire.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9finir les moyens<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il y a diff\u00e9rents moyens de parvenir aux objectifs retenus quels qu\u2019ils soient. Afin de prot\u00e9ger la population, par exemple, les intervenants pourraient \u00e9tablir des \u00ab\u00a0zones de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb aux fronti\u00e8res de la Syrie. Ils pourraient \u00e9galement cr\u00e9er un sanctuaire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Syrie, bien que cette option permettrait de prot\u00e9ger un nombre limit\u00e9 de personnes d\u00e9plac\u00e9es ou \u00e0 risque &#8211; l&rsquo;opposition largement r\u00e9partie, ne contr\u00f4lant aucun territoire important. La situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de la Libye, o\u00f9 de larges enclaves rebelles constitu\u00e9es au d\u00e9but du conflit et pour la plupart maintenues pendant toute la guerre, se sont av\u00e9r\u00e9es cruciales dans l\u2019issue du conflit.<\/p>\n<p>Les forces de la r\u00e9sistance syrienne sont aujourd\u2019hui assez modestes, mais elles semblent avoir au moins une certaine capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper. Pour leur permettre de mieux combattre le r\u00e9gime, les nations intervenant pourraient fournir une aide militaire indirecte sous la forme d&rsquo;armes, d\u2019entra\u00eenements et de conseils. Au lieu de se trouver face \u00e0 des civils non arm\u00e9s qui peuvent \u00eatre tu\u00e9s en toute impunit\u00e9, les forces Assad verraient ainsi augmenter les perspectives d\u2019affrontements avec des opposants arm\u00e9s. Cette option entra\u00eenerait un accroissement des d\u00e9penses militaires pour le r\u00e9gime, une d\u00e9stabilisation psychologique de ses forces, et potentiellement l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du taux de d\u00e9fection.<\/p>\n<p>En outre, des zones interdites au survol a\u00e9rien, \u00e0 la travers\u00e9e de v\u00e9hicules et aux tirs d\u2019armes pourraient \u00eatre impos\u00e9es en Syrie pour limiter les op\u00e9rations militaires du r\u00e9gime. Comme en Libye, cela limiterait la capacit\u00e9 d&rsquo;Assad \u00e0 mener des op\u00e9rations offensives contre la population.<\/p>\n<p>Intervenir pour renverser le r\u00e9gime serait l\u2019attitude la plus ambitieuse et complexe. En Libye, les op\u00e9rations de l&rsquo;OTAN destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger la population ont finalement facilit\u00e9 la chute du r\u00e9gime ; les op\u00e9rations de protection en Syrie pourraient avoir un effet similaire.<\/p>\n<p>La mise en oeuvre de l&rsquo;une ou l\u2019autre de ces alternatives requiert l&rsquo;engagement de ressources. La configuration des forces d\u00e9pend de l\u2019option retenue. Des ressources limit\u00e9es peuvent suffire si l&rsquo;intervention se limite \u00e0 fournir une assistance militaire ; des ressources beaucoup plus importantes seraient n\u00e9cessaires pour contrer les actions militaires du r\u00e9gime ou viser un changement de r\u00e9gime.<\/p>\n<p><strong>\u00c9valuation des risques<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Une intervention est par nature risqu\u00e9e. Dans le cas de la Syrie, les risques potentiels incluent des pertes parmi les forces d&rsquo;intervention et dans la population syrienne, une possible \u00e9volution en guerre civile ou conflit avec les Etats voisins, et la perspective pour les nations intervenant de devenir responsables de l&rsquo;\u00e9volution du conflit et de son issue.<\/p>\n<p>Cependant, ne pas intervenir comporte ses propres risques. La violence contre la population est susceptible de s\u2019accro\u00eetre, comme cela s&rsquo;est produit en Libye avant l&rsquo;intervention. Le r\u00e9gime pourrait riposter \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur s\u2019il se sent menac\u00e9 par la pression interne. Et la situation actuelle pourrait devenir une guerre d&rsquo;usure sans dur\u00e9e ni issue claires. Le pire sc\u00e9nario serait que le r\u00e9gime gagne par l&rsquo;\u00e9crasement de l&rsquo;opposition.<\/p>\n<p><strong>Le processus d&rsquo;intervention<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le cas de la Libye a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;intervention ne suit pas un cours simple et lin\u00e9aire. Divers facteurs la conduisent, parfois dans des directions impr\u00e9visibles. L\u2019attitude du r\u00e9gime \u00e9volue face \u00e0 la pression interne et externe, et la mission d\u2019intervention elle-m\u00eame pourrait \u00e9voluer avant qu&rsquo;elle ne soit termin\u00e9e. Une action militaire externe, m\u00eame limit\u00e9e, pourrait encourager les rebelles arm\u00e9s et leur permettre d&rsquo;intensifier les attaques contre les forces du r\u00e9gime, favorisant ainsi plus de d\u00e9fections. Et l\u2019usure viendra, certainement pour le r\u00e9gime et les rebelles, et potentiellement pour les forces d&rsquo;intervention. Alors qu\u2019en Libye l\u2019OTAN n\u2019a pas subi d\u2019effusion de sang, l&rsquo;intervention en Syrie pourrait \u00eatre diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>En bref, l&rsquo;intervention ne se passera pas exactement comme pr\u00e9vu. Les nombreux processus impliqu\u00e9s entra\u00eeneront n\u00e9cessairement des contingences qui d\u00e9fieront les parties intervenantes. Le r\u00e9gime pourrait menacer de repr\u00e9sailles, que ce soit contre la population, contre les forces d&rsquo;intervention, ou m\u00eame dans leurs pays d&rsquo;origine. Le conflit peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 la fois en Syrie et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Par exemple, Damas a d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9 de frapper Isra\u00ebl s&rsquo;il \u00e9tait attaqu\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur. M\u00eame la dynamique normale des op\u00e9rations militaires &#8211; y compris les combats, les poursuites, et l&rsquo;erreur humaine &#8211; pourrait conduire les \u00e9v\u00e9nements dans des directions impr\u00e9vues.<\/p>\n<p><strong>Le\u00e7ons de prudence tir\u00e9es de la Libye<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le cas libyen montre qu\u2019une intervention militaire limit\u00e9e peut prot\u00e9ger la population et contribuer \u00e0 faire tomber un r\u00e9gime intol\u00e9rable. Elle montre aussi que les risques li\u00e9s \u00e0 une telle action peuvent \u00eatre maintenus \u00e0 un niveau acceptable, au moins dans certaines circonstances.<\/p>\n<p>Toutefois, la Libye offre \u00e9galement quelques le\u00e7ons n\u00e9gatives. Une intervention limit\u00e9e signifie une influence limit\u00e9e sur le terrain et sur le r\u00e9sultat. Du d\u00e9but \u00e0 la fin, l&rsquo;opposition libyenne a eu au moins autant d&rsquo;effet sur le cours des choses que l&rsquo;intervention de l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<p>En outre, le cas libyen peut laisser penser que toute intervention en Syrie pourrait se prolonger. Un r\u00e9gime enracin\u00e9 est un adversaire redoutable : les forces de Mouammar Kadhafi ont ripost\u00e9 avec une certaine habilet\u00e9 et une d\u00e9termination r\u00e9elle, endurant sept mois d&rsquo;op\u00e9rations de l&rsquo;OTAN et la lutte de plus en plus efficace des rebelles avant de succomber. De toutes \u00e9vidences, la Syrie ne sera pas plus facile.<\/p>\n<p>Le cas Libyen permet \u00e9galement de rappeler que l&rsquo;opposition syrienne est complexe et peut se r\u00e9v\u00e9ler difficile \u00e0 g\u00e9rer. Sa composition, ses motivations, ses intentions et capacit\u00e9s ne seront jamais totalement claires et, en fait, sont susceptibles de changer au cours de l&rsquo;intervention.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La situation en Syrie continuera d&rsquo;\u00e9voluer avec ou sans intervention militaire ext\u00e9rieure, et ceux qui envisagent une action devraient \u00eatre pr\u00eats \u00e0 faire face aux incertitudes qui s\u2019en suivront. Les effets des sanctions, la coh\u00e9sion du r\u00e9gime, et la nature et r\u00e9sistance de l&rsquo;opposition sont des questions qui ne pourront \u00eatre r\u00e9solues qu\u2019au cours du temps. Et forc\u00e9ment, la question se posera de savoir comment, pourquoi et dans quelles conditions soutenir l&rsquo;opposition arm\u00e9e ou non. Cependant, attendre d\u2019avoir plus de visibilit\u00e9 pour d\u00e9cider d&rsquo;intervenir peut conduire \u00e0 la paralysie.<\/p>\n<p>Incontestablement, une intervention militaire en Syrie, quelque soit son degr\u00e9, serait compliqu\u00e9e et laborieuse et impliquerait des risques. Mais ne pas intervenir face \u00e0 un r\u00e9gime qui a pleinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa nature violente et r\u00e9pressive comporte ses propres dangers, et, probablement, des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Quoi qu\u2019il en soit, les Etats-Unis et ses alli\u00e9s devraient maintenant commencer \u00e0 discuter de la question publiquement &#8211; un d\u00e9bat s\u00e9rieux serait un signal important pour le r\u00e9gime.<\/p>\n<p><em>Jeffrey White est un expert en affaires militaires et en questions de s\u00e9curit\u00e9 au <a href=\"http:\/\/www.washingtoninstitute.org\/templateC05.php?CID=3415\">Washington Institute<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.middleeasttransparent.com\/spip.php?page=article&#038;id_article=16664&#038;lang=en\">(Traduit de l\u2019anglais)<br \/>\n<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeffrey White Bien qu\u2019une action militaire en Syrie comporte des risques, ne pas intervenir face \u00e0 un r\u00e9gime qui a maintenant pleinement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa nature violente et r\u00e9pressive comporte ses propres dangers. 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