{"id":131464,"date":"2011-10-24T00:18:58","date_gmt":"2011-10-23T23:18:58","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/lopposition-syrienne-tiraillee-entre-la-peur-du-regime-et-le-soutien-a-la-rue\/"},"modified":"2024-01-23T12:56:38","modified_gmt":"2024-01-23T11:56:38","slug":"lopposition-syrienne-tiraillee-entre-la-peur-du-regime-et-le-soutien-a-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/lopposition-syrienne-tiraillee-entre-la-peur-du-regime-et-le-soutien-a-la-rue\/","title":{"rendered":"L\u2019opposition syrienne tiraill\u00e9e entre la peur du r\u00e9gime et le soutien \u00e0 la rue"},"content":{"rendered":"<p><strong><br \/>\nL\u2019opposition syrienne tiraill\u00e9e entre la peur du r\u00e9gime et le soutien \u00e0 la rue<br \/>\nIl peut \u00eatre utile, \u00e0 l\u2019intention de ceux qui n\u2019ont d\u00e9couvert la Syrie qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion des tragiques \u00e9v\u00e9nements qui s\u2019y d\u00e9roulent depuis le printemps 2011, comme de ceux pour qui la Syrie se r\u00e9duit \u00e0 ses villes, ses paysages, ses monuments et la proverbiale qualit\u00e9 d\u2019accueil de sa population, de proposer une pr\u00e9sentation synth\u00e9tique de la sc\u00e8ne politique syrienne. Il ne s\u2019agira pas ici d&rsquo;en refaire l&rsquo;histoire, d\u00e9j\u00e0 disponible pour la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;arriv\u00e9e aux affaires de Bachar Al Assad, ni de parler de tous et de chacun des partis politiques qui composent le pouvoir et l&rsquo;opposition. Il s&rsquo;agira plut\u00f4t de pr\u00e9ciser o\u00f9 se situe aujourd\u2019hui, apr\u00e8s 10 ans de gestion sans partage du pr\u00e9sident h\u00e9ritier et 6 mois de contestation de son autorit\u00e9, le centre de gravit\u00e9 de la sc\u00e8ne politique en g\u00e9n\u00e9ral et les lignes de fracture de l&rsquo;opposition syrienne en particulier. Souvent prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, parce que les conditions auxquelles elle \u00e9tait confront\u00e9e lui interdisaient toute activit\u00e9 et l\u2019isolaient largement du monde ext\u00e9rieur, cette opposition est mise au d\u00e9fi aujourd&rsquo;hui de montrer qu\u2019elle est en mesure de s\u2019organiser et d\u2019acqu\u00e9rir la l\u00e9gitimit\u00e9 qui en fera une alternative cr\u00e9dible au r\u00e9gime en place. A ce jour, le pari est loin d&rsquo;\u00eatre gagn\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>1 \/ Lorsque Bachar Al Assad prend ses fonctions, en juillet 2000, les partis politiques arabes &#8211; les seuls dont il sera ici question, car les partis kurdes et assyriens, bien que soumis aux m\u00eames restrictions que les autres, se situent dans une probl\u00e9matique l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente &#8211; sont grosso modo r\u00e9partis <strong>en deux grands ensembles<\/strong> :<\/p>\n<p>Le premier, le Front National Progressiste (FNP), r\u00e9unit autour du Parti Baath les formations qui, pour des raisons id\u00e9ologiques parfois, et par calculs opportunistes souvent, ont accept\u00e9 de se ranger, en mars 1972, sous l\u2019\u00e9gide du parti quelque temps plus tard consacr\u00e9 \u00ab\u00a0dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb (art. 8 de la Constitution de 1973). Lorsque le \u00ab\u00a0Printemps de Damas\u00a0\u00bb d\u00e9bute, la r\u00e9partition du pouvoir et des r\u00f4les au sein du FNP est totalement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e entre, d\u2019une part, le Parti Baath, th\u00e9oriquement d\u00e9tenteur de toutes les pr\u00e9rogatives mais pratiquement soumis au contr\u00f4le et \u00e0 la supr\u00e9matie des moukhabarat, et les autres partis, r\u00e9duits au rang de simples \u00ab\u00a0suppl\u00e9tifs\u00a0\u00bb. A cette date, ils n\u2019ont en effet le droit ni d\u2019installer des enseignes pour signaler l\u2019emplacement de leur si\u00e8ge, ni de disposer d\u2019antennes ou de bureaux hors de la capitale, ni de publier des revues ou des bulletins internes, ni de diffuser des communiqu\u00e9s\u2026 qui ne seraient d&rsquo;ailleurs pas repris par les m\u00e9dias tous au main du pouvoir baathiste, ni de se r\u00e9unir en congr\u00e8s, ni de proc\u00e9der au recrutement de nouveaux militants dans les rangs des \u00e9tudiants, ni de s\u2019approcher de l\u2019Arm\u00e9e, etc\u2026 Ces \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb sont au nombre de 7 [1]. Deux sont le r\u00e9sultat d\u2019une scission au sein du Parti Communiste, les cinq autres proviennent, par un processus de divisions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, soit du Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe, un parti nass\u00e9rien cr\u00e9\u00e9 et jadis dirig\u00e9 par le Dr Jamal AL ATASSI, soit du Mouvement Socialiste Arabe de Akram AL HOURANI, qui, en rejoignant le Parti Baath en 1952, est partiellement responsable de son orientation socialiste. Ce qui unit ces 8 formations politiques, ce sont essentiellement trois choses :<\/p>\n<p>la priorit\u00e9 accord\u00e9e aux questions \u00ab\u00a0nationales\u00a0\u00bb, qawmiya, autrement dit  aux questions arabes ou pan-arabes, au d\u00e9triment des questions \u00ab\u00a0patriotiques\u00a0\u00bb, wataniya, c\u2019est-\u00e0-dire aux questions syriennes ;<br \/>\nl\u2019adh\u00e9sion au socialisme, ichtir\u00e2kiya, et le rejet cat\u00e9gorique du lib\u00e9ralisme, assimil\u00e9 \u00e0 une forme d\u2019opportunisme, de romantisme d\u00e9connect\u00e9 de toute r\u00e9alit\u00e9 et, pour tout dire, d\u2019instrument de promotion du n\u00e9o-imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain ;<\/p>\n<p>l\u2019attachement \u00e0 une la\u00efcit\u00e9 rigoureuse, \u2018ilm\u00e2niya, destin\u00e9e \u00e0 interdire toute intrusion du religieux dans le domaine politique, de mani\u00e8re \u00e0 prot\u00e9ger contre toute concurrence l\u2019id\u00e9ologie dominante ou plut\u00f4t unique, celle du Parti Baath.<\/p>\n<p>Le second ensemble, le Rassemblement National D\u00e9mocratique, regroupe depuis 1979 des partis politiques qui, sans diff\u00e9rer notablement des partis du FNP dont ils sont issus ou auxquels ils ont donn\u00e9 naissance, sur les 3 points qui viennent d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9s, refusent d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la remorque du Parti Baath et affichent leur volont\u00e9 d\u2019agir selon des voies et dans une perspective d\u00e9mocratiques [2].<\/p>\n<p>En reprenant une cat\u00e9gorisation spatiale qui nous est famili\u00e8re, on pourrait dire que, au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 2000, l\u2019ensemble des partis politiques tol\u00e9r\u00e9s en Syrie &#8211; tol\u00e9r\u00e9s, parce qu\u2019aucune loi n\u2019y encadre et ne prot\u00e8ge l\u2019activit\u00e9 des organisations politiques, et que leur existence comme la s\u00e9curit\u00e9 de leurs membres et dirigeants y d\u00e9pendent uniquement de la bienveillance ou de la malveillance \u00e0 leur \u00e9gard des responsables s\u00e9curitaires &#8211; se situent \u00e0 gauche ou au centre gauche. Deux partis font alors cavalier seul : le Parti de l\u2019Action Communiste (PAC), dont les cadres et les militants arr\u00eat\u00e9s dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 commencent \u00e0 peine \u00e0 sortir de prison, situ\u00e9 plus \u00e0 gauche ; et le Parti Syrien National Social (PSNS), plus connu au Liban sous le sigle PPS (Parti Populaire Syrien), plac\u00e9 au centre-droite. La question du positionnement des Fr\u00e8res Musulmans (FM) ne se pose pas, dans la mesure o\u00f9 Bachar AL ASSAD ayant refus\u00e9 de saisir la main que l\u2019Association lui a tendue lors de son accession \u00e0 la pr\u00e9sidence, les FM n\u2019ont en Syrie ni structure, ni bureaux, ni militants d\u00e9clar\u00e9s. Tout au plus \u00e9voquent-ils des ans\u00e2r, des partisans, qui pourraient se rallier \u00e0 eux mais qu\u2019ils ne connaissent pas, par d\u00e9finition, et sur lesquels ils n\u2019ont donc ni autorit\u00e9, ni pouvoir.<\/p>\n<p>2 \/ Durant le Printemps de Damas, quelques personnalit\u00e9s plus ou moins connues tentent de cr\u00e9er de nouveaux partis politiques. Le d\u00e9put\u00e9 Riyad SEIF, qui vient de d\u00e9noncer \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple les magouilles ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l\u2019octroi des deux licences exclusives de t\u00e9l\u00e9phonie mobile \u00e0 Rami MAKHLOUF, cousin du chef de l\u2019Etat, et \u00e0 des amis libanais de la famille pr\u00e9sidentielle, les fr\u00e8res Najib et Taha MIQATI, annonce au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 2001, son intention de cr\u00e9er, sous le nom de Parti de la Paix Sociale, une formation politique d\u2019orientation lib\u00e9rale. Son arrestation, le 1er septembre 2001, trahit la crainte \u00e9prouv\u00e9e par le r\u00e9gime face \u00e0 cette tentative de r\u00e9cup\u00e9rer la bourgeoisie traditionnelle, ralli\u00e9e au r\u00e9gime apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que la rigidit\u00e9 id\u00e9ologique du Parti Baath dans le domaine \u00e9conomique pouvait fort bien s\u2019accommoder de pratiques inavou\u00e9es de type lib\u00e9ral, g\u00e9n\u00e9ratrices de ressources consid\u00e9rables. Le r\u00e9gime redoute \u00e9galement de le voir d\u00e9tourner de Bachar AL ASSAD, dans la perspective de nouveaux profits, la nouvelle bourgeoisie, constitu\u00e9e \u00e0 la faveur de l\u2019ouverture \u00e9conomique contr\u00f4l\u00e9e de la Syrie, au cours de la d\u00e9cennie 1990, par les fonctionnaires et bureaucrates enrichis par les pots de vin, les passe-droits, les d\u00e9tournements de contrats, la r\u00e9mun\u00e9ration de leurs services\u2026 bref par la corruption.<\/p>\n<p>Cette tentative est loin d\u2019\u00eatre unique. Entre 2001 et 2008, ce sont plus d\u2019une trentaine de projets de partis politiques qui sont annonc\u00e9s en Syrie ou par des Syriens \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la Syrie. Certes, faute d\u2019un cadre juridique, d\u2019une part, et en raison du verrouillage de la vie politique, d\u2019autre part, aucun de ces projets ou \u00e0 peu pr\u00e8s ne voie effectivement le jour. Mais ils n\u2019en r\u00e9v\u00e8lent pas moins des d\u00e9sirs et des intentions de la part de ceux qui en sont \u00e0 l\u2019origine. Or, \u00e0 l\u2019examen de ces projets, que constate-t-on ?<\/p>\n<p><strong>Trois choses :<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>aucun des partis dont la cr\u00e9ation est annonc\u00e9e ne revendique un positionnement qawm\u00ee, nationaliste arabe, tandis que le tiers d\u2019entre eux, une dizaine environ, prend soin de se d\u00e9clarer watan\u00ee, patriotique syrien ;<br \/>\nsi quelques nouveaux partis, \u00e0 l\u2019instar de celui de Riyad SEIF, font montre de pr\u00e9occupations sociales (ijtim\u00e2\u2019iya), aucun ne se r\u00e9clame du socialisme (ichtir\u00e2kiya). Un seul se dit marxiste. En revanche, une demi-douzaine prennent le risque de f\u00e2cher ou de provoquer en se d\u00e9clarant ouvertement lib\u00e9raux ;<\/p>\n<p>un seul s\u2019affirme r\u00e9solument la\u00efc (\u2018ilm\u00e2n\u00ee). Aucun ne se pr\u00e9tend religieux (d\u00een\u00ee). Cela sugg\u00e8re que la quasi-totalit\u00e9 de ces projets de partis se situent entre les deux, penchant pour une d\u00e9mocratie (un terme qui figure plus d\u2019une vingtaine de fois dans la d\u00e9nomination de ces nouvelles formations, sous forme de nom ou d\u2019adjectif) de type madan\u00ee, c\u2019est-\u00e0-dire civile ou la\u00efque mod\u00e9r\u00e9e. Le contenu des deux termes n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent, mais le qualificatif madan\u00ee \u00e9vite le recours au mot \u2018ilm\u00e2n\u00ee, dont la connotation ath\u00e9e dans la majorit\u00e9 des pays arabes g\u00e8ne la plupart des Syriens.<br \/>\nVirtuellement parlant, puisque ces partis en projet deviennent rarement des partis r\u00e9els, cette efflorescence traduit une aspiration des Syriens, ou du moins de ceux qui pr\u00e9tendent parler en leur nom, \u00e0 une prise de distance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des discours jusqu\u2019alors dominants et, peut-\u00eatre pour tenter de mettre en accord les propos et les comportements, leur d\u00e9sir d\u2019un recentrage, d\u2019un repositionnement vers le centre, de la vie politique.<\/p>\n<p>3 \/ La D\u00e9claration de Damas pour le Changement National D\u00e9mocratique en Syrie, qui est annonc\u00e9e le 16 octobre 2005, refl\u00e8te pr\u00e9cis\u00e9ment cette tendance. Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e par quelques intellectuels, comme Michel KILO, qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du Manifeste des 99 puis du Communiqu\u00e9 des 1000, lors du Printemps de Damas. Elle a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e avant sa publication avec l\u2019avocat Ali Sadreddin AL BAYANOUNI, qui \u00e9tait alors le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Association des Fr\u00e8res Musulmans. Elle pr\u00f4ne non pas une r\u00e9volution mais un passage progressif et contr\u00f4l\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie, dans un cadre d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019omnipr\u00e9sence et de l\u2019omnipotence de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Lors de sa publication, la D\u00e9claration a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e par le RND au nom des 5 partis qui le composent, par l\u2019Alliance D\u00e9mocratique Kurde en Syrie et le Front D\u00e9mocratique Kurde en Syrie qui regroupent chacun 4 ou 5 partis kurdes, par les Comit\u00e9s de Relance de la Soci\u00e9t\u00e9 Civile, par le Parti du Futur du cheykh Nawwaf AL BACHIR, chef de la tribu des Baggara en Syrie, et par des personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes. On retrouve parmi elles l\u2019industriel Riyad SEIF, le cheykh Jawdat SA\u00cfD, ap\u00f4tre de la non-violence en Syrie, le Dr Abdel-Razzaq E\u00cfD, membre fondateur des Comit\u00e9s de Relance de la Soci\u00e9t\u00e9 Civile, l\u2019homme d&rsquo;affaires al\u00e9pin Samir NACHCHAR, aujourd\u2019hui membre du bureau ex\u00e9cutif du tout nouveau Conseil National Syrien, l\u2019avocat Haytham AL MALEH, c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9fenseur des Droits de l&rsquo;Homme en Syrie et pivot du Congr\u00e8s de Salut National tenu le 16 juillet 2011 \u00e0 Istanbul, etc.<\/p>\n<p>Cette D\u00e9claration est aussit\u00f4t la cible d\u2019attaques men\u00e9es par ceux qui per\u00e7oivent, au sein du r\u00e9gime, qu\u2019elle met directement en cause les fondamentaux sur lesquels il campe. Ils lui font plusieurs reproches :<\/p>\n<p>le premier est de rel\u00e9guer au second plan la question nationale (arabe), qui doit selon eux primer sur la question patriotique (syrienne), au nom du slogan bien connu \u00ab\u00a0l\u00e2 sawt fawq sawt al ma\u2019araka\u00a0\u00bb. Il signifie que quand on est en guerre &#8211; sous-entendu avec Isra\u00ebl &#8211; aucune voix ne doit manquer au pouvoir et que les questions proprement patriotiques \/ syriennes doivent rester au second plan par rapport \u00e0 la seule v\u00e9ritable question qui compte : la lutte nationale \/ arabe contre l&rsquo;ennemi commun ;<\/p>\n<p>le second est de faire mention de l\u2019Islam, qualifi\u00e9e dans le texte de la D\u00e9claration de \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rence culturelle majeure dans la vie du peuple syrien\u00a0\u00bb, alors que seule une la\u00efcit\u00e9 int\u00e9grale, exprim\u00e9e dans le slogan \u00ab\u00a0ad-din li-Llah wa-l-watan li-l-jami'\u00a0\u00bb (la religion appartient \u00e0 Dieu, la patrie \u00e0 tous), est susceptible, selon eux, de garantir et de prot\u00e9ger les droits des Syriens, en particulier ceux des minorit\u00e9s confessionnelles ;<\/p>\n<p>le troisi\u00e8me est de promouvoir, sans le dire clairement, en r\u00e9clamant un retrait de l\u2019Etat et en exigeant les libert\u00e9s publiques et priv\u00e9es, un certain lib\u00e9ralisme\u2026 y compris dans le champ \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Ces reproches sont partag\u00e9s par certains des cosignataires de la D\u00e9claration. Tout en maintenant un pied dans la place, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas se laisser voler la direction de l\u2019opposition qui constitue une rente de situation vis-\u00e0-vis du pouvoir&#8230; si elle est bien g\u00e9r\u00e9e, ils ne m\u00e9nagent pas leurs critiques au texte qu&rsquo;ils ont pourtant sign\u00e9. Ils tentent d&rsquo;obtenir sa modification, pour l&rsquo;infl\u00e9chir dans le sens voulu et le ramener sur des positions plus \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb en Syrie. C\u2019est le cas, en particulier, du Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe D\u00e9mocratique, dont les figures les plus embl\u00e9matiques, l\u2019avocat damasc\u00e8ne Hasan ABDEL-AZIM, l\u2019avocat al\u00e9pin Abdel-Majid MANJOUNEH et le juge Raja AL NASER, se montrent actifs \u00e0 ce niveau. N\u2019\u00e9tant pas parvenus \u00e0 leur fin et marginalis\u00e9s lors du premier Conseil National de la D\u00e9claration, le 1er d\u00e9cembre 2007, ils g\u00e8lent leur participation\u2026 mais sans aller au bout de leur d\u00e9marche de retrait. Cette divergence facilite une intervention des moukhabarat, qui arr\u00eatent une douzaine des dirigeants nouvellement \u00e9lus, dont Fida AL HOURANI et Riyad SEIF. Respectivement pr\u00e9sidente et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la D\u00e9claration, ils sont condamn\u00e9s, comme leurs amis, \u00e0 2 ans et demi de prison. Mais la D\u00e9claration parvient \u00e0 survivre \u00e0 ce coup d&rsquo;arr\u00eat et, bien qu\u2019affaiblie, elle joue un r\u00f4le, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2011, dans la mobilisation qui se met en place via les r\u00e9seaux sociaux afin d\u2019inciter les Syriens \u00e0 descendre dans la rue.<\/p>\n<p>4 \/ Le 25 juin 2011, alors que la contestation entre dans son 4\u00e8me mois, des partis de l\u2019opposition et quelques opposants ind\u00e9pendants tiennent une r\u00e9union secr\u00e8te, dans la banlieue de Damas, au cours de laquelle ils d\u00e9cident de mettre en place un Comit\u00e9 de Coordination Nationale des Forces de Changement National D\u00e9mocratique en Syrie (CNCD). A la t\u00eate de ce nouveau rassemblement, on retrouve l\u2019avocat Hasan ABDEL-AZIM, porte-parole du RND et transfuge h\u00e9sitant de la D\u00e9claration de Damas. Parmi ses composantes, figurent des partis clairement positionn\u00e9s \u00e0 gauche : le Parti de l\u2019Action Communiste, qui a toujours h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 ali\u00e9ner son autonomie en adh\u00e9rant au RND puis \u00e0 la D\u00e9claration de Damas, et le Rassemblement de la Gauche Marxiste, cr\u00e9\u00e9 en 2007, dont l\u2019intitul\u00e9 dit bien l\u2019objectif. Les intentions que le CNCD affiche reprennent en gros les demandes de la rue. Il veut contribuer \u00e0 la recherche d\u2019une sortie de la crise, il entend soutenir la protestation, etc. Mais il ambitionne aussi, sans le dire, de ramener l\u2019ensemble de la sc\u00e8ne politique vers la gauche. Si sa strat\u00e9gie ne fait pas automatiquement le jeu du r\u00e9gime, le CNCD se positionne malgr\u00e9 tout \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate des partis dits progressistes r\u00e9unis autour du Parti Baath\u2026 avec lesquels l\u2019entame d\u2019un dialogue n\u2019appara\u00eet qu\u2019une question de temps ou d\u2019opportunit\u00e9.<\/p>\n<p>La rue syrienne, dont les d\u00e9monstrations pacifiques quotidiennes sont au m\u00eame moment la cible de repr\u00e9sailles sanglantes des forces de s\u00e9curit\u00e9, s&rsquo;\u00e9tonne qu\u2019une nouvelle rencontre, le lundi 27 juin, puisse se tenir publiquement dans un grand h\u00f4tel de Damas sans \u00eatre le moins du monde perturb\u00e9e. Cela d\u00e9montre au moins que, si le r\u00e9gime, dont ni la tol\u00e9rance ni la largeur d\u2019esprit ne sont les qualit\u00e9s premi\u00e8res, n\u2019approuve pas l\u2019action que cherchent \u00e0 mener ces opposants, l&rsquo;opposition qu&rsquo;incarne le CNCD ne le d\u00e9range pas beaucoup.<\/p>\n<p>Un slogan est bient\u00f4t mis en avant par certains d\u2019entre eux, qui confirme leur proximit\u00e9 id\u00e9ologique avec le Front National Progressiste. Il se d\u00e9cline sous deux formes : \u00ab\u00a0l\u00e2 d\u00eemuqr\u00e2tiya d\u00fbna \u2018ilm\u00e2niya\u00a0\u00bb (pas de d\u00e9mocratie sans la\u00efcit\u00e9) ou \u00ab\u00a0al \u2018ilm\u00e2niya qabla al d\u00eemuqr\u00e2tiya\u00a0\u00bb (la la\u00efcit\u00e9 [passe]avant la d\u00e9mocratie). Or faire de la la\u00efcit\u00e9 (\u2018ilm\u00e2niya), un pr\u00e9alable \u00e0 la d\u00e9mocratie, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9, en Syrie, renoncer \u00e0 toute modification du statu quo actuel. C\u2019est se montrer sourd aux demandes de la rue. Elle r\u00e9clame la d\u00e9mocratie pour en finir avec la dictature en place. Elle ne demande pas un Etat \u00ab\u00a0d\u00een\u00ee\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire religieux ou islamique comme en Iran. Elle ne veut pas non plus d\u2019un Etat \u00ab\u00a0\u2018ilm\u00e2n\u00ee\u00a0\u00bb que l\u2019immense majorit\u00e9 des Syriens apparente &#8211; \u00e0 tort, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 &#8211; \u00e0 un Etat impie ou ath\u00e9e. C\u2019est consid\u00e9rer surtout que, pour emp\u00eacher l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des tenants de l\u2019Etat madan\u00ee (civil ou la\u00efc mod\u00e9r\u00e9), r\u00e9clam\u00e9 par la majorit\u00e9 des manifestants, il faut permettre au r\u00e9gime actuel de rester en place. Et, l\u2019immobilisme n\u2019\u00e9tant plus tenable, mieux vaut parier encore une fois sur la volont\u00e9 de r\u00e9forme mise en avant par Bachar Al-Assad, m\u00eame si la rue syrienne, qui depuis plusieurs mois \u00ab\u00a0entend le bruit de la meule mais ne voit pas la farine\u00a0\u00bb, a d\u00e9finitivement cess\u00e9 d&rsquo;y croire.<\/p>\n<p>5 \/ C\u2019est sur ce fond que se dessine le positionnement des diff\u00e9rentes forces de l\u2019opposition, la D\u00e9claration de Damas au centre, et le Comit\u00e9 de Coordination \u00e0 gauche, d\u2019une part par rapport aux diff\u00e9rents congr\u00e8s qui se succ\u00e8dent hors de Syrie depuis le d\u00e9but du mois de juillet \u00e0 un rythme croissant, et d\u2019autre part par rapport aux diff\u00e9rents \u00ab\u00a0Conseils\u00a0\u00bb annonc\u00e9s depuis le 29 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Pour la D\u00e9claration de Damas, dont il n\u2019est pas inutile de rappeler que, apr\u00e8s le ralliement au Comit\u00e9 de Coordination de la majorit\u00e9 des partis composant le RND, elle se r\u00e9sume d\u00e9sormais \u00e0 des militants ind\u00e9pendants et \u00e0 un nombre restreint de partis arabes, kurdes et assyriens, dont le Parti D\u00e9mocratique du Peuple (ex-Parti Communiste\/Bureau Politique de Riyad TURK), la ligne immuable consiste \u00e0 se ranger derri\u00e8re la contestation. Celle-ci d\u00e9tient seule le privil\u00e8ge de d\u00e9terminer le plafond des revendications, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est elle qui m\u00e8ne la lutte sur le terrain et qui paye au prix fort le d\u00e9sir de libert\u00e9 de la population. La rue r\u00e9clamant aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0la chute du r\u00e9gime\u00a0\u00bb, la D\u00e9claration consid\u00e8re que ce serait trahir les manifestants que demander moins. La rue et les Comit\u00e9s Locaux de Coordination ayant reconnu la repr\u00e9sentativit\u00e9 du \u00ab\u00a0Conseil National Syrien\u00a0\u00bb, la D\u00e9claration fait de m\u00eame. Les manifestants exigeant d\u00e9sormais une \u00ab\u00a0protection internationale\u00a0\u00bb, la D\u00e9claration reprend ce slogan. Lorsque les Syriens, las d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9s sans d\u00e9fense \u00e0 la sauvagerie d&rsquo;un r\u00e9gime pr\u00eat \u00e0 sacrifier le tiers de la population pour se maintenir, finira par r\u00e9clamer une \u00ab\u00a0intervention \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb, la D\u00e9claration de Damas h\u00e9sitera sans doute \u00e0 dire haut et fort qu&rsquo;elle approuve aussi cette demande.<\/p>\n<p>En revanche, le Comit\u00e9 de Coordination, qui associe aux formations politiques d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es des intellectuels de gauche, peine \u00e0 se d\u00e9barrasser des id\u00e9ologies et des vieux r\u00e9flexes partisans qui conduisent ses diff\u00e9rentes composantes \u00e0 soumettre les demandes de la rue au filtre de leur positionnement et de leurs int\u00e9r\u00eats. Il peine aussi \u00e0 renoncer \u00e0 jouer un r\u00f4le politique d\u2019interm\u00e9diaire avec le r\u00e9gime, dont la rue ne voit plus la n\u00e9cessit\u00e9 depuis qu\u2019elle a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019elle ne voulait rien moins que la chute du r\u00e9gime. Si Bachar AL ASSAD se montre un jour dispos\u00e9 \u00e0 discuter, les contestataires ne veulent plus aborder avec lui autre chose que les modalit\u00e9s de son abandon du pouvoir. Or, dans leur majorit\u00e9, les membres du CNCD ne sont pas sur cette ligne. D\u00e9sireux de \u00ab\u00a0faire encore de la politique\u00a0\u00bb et de se donner un r\u00f4le, ils pr\u00e9f\u00e8rent cultiver l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 en parlant de \u00ab\u00a0mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart du r\u00e9gime\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de \u00ab\u00a0renversement du r\u00e9gime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;ils redoutent, au fond, sans oser le dire pour la majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux, c&rsquo;est la perspective de l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir en Syrie, sous le couvert d&rsquo;un \u00ab\u00a0Etat d\u00e9mocratique madan\u00ee\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0islamistes\u00a0\u00bb, autrement dit des Fr\u00e8res Musulmans. Que cette \u00e9ventualit\u00e9 soit faible ne suffit pas \u00e0 att\u00e9nuer leur inqui\u00e9tude. A tout prendre, leur attachement pour la d\u00e9mocratie n&rsquo;\u00e9tant pas au-dessus de toute \u00e9preuve, ils pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 cette \u00e9ventualit\u00e9 le maintien en place du r\u00e9gime actuel. Ils sont pr\u00eats, si le r\u00e9gime fait quelques concessions, all\u00e8ge la r\u00e9pression et entame certaines r\u00e9formes, \u00e0 tendre ou \u00e0 saisir la main des partis du FNP et \u00e0 rechercher avec le pouvoir le compromis qui fermera la voie \u00e0 une telle perspective.<\/p>\n<p>*****<\/p>\n<p>Tels sont les termes du dilemme auquel les opposants syriens sont aujourd&rsquo;hui confront\u00e9s et qu&rsquo;ils devront r\u00e9soudre pour ne pas \u00eatre totalement discr\u00e9dit\u00e9s aux yeux des r\u00e9volutionnaires :<\/p>\n<p>&#8211; faire le choix de la d\u00e9mocratie que r\u00e9clame la rue, sans mettre de condition \u00e0 la participation au nouveau pouvoir de tel ou tel courant &#8211; patriote, lib\u00e9ral et\/ou islamiste &#8211; repr\u00e9sent\u00e9 dans la population ;<\/p>\n<p>&#8211; ou favoriser le maintien en place du pouvoir actuel en d\u00e9cidant, contre la rue, que la priorit\u00e9 des priorit\u00e9s n&rsquo;est pas de favoriser une transition d\u00e9mocratique mais d&#8217;emp\u00eacher par tous les moyens l&rsquo;arriv\u00e9e aux affaires de ceux dont ils divergent au niveau id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>[1] Le Parti Communiste Syrien \/  branche Khaled Bakdach, le Parti Communiste Syrien \/ branche Yousef Faysal, le Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe, le Parti Unioniste Socialiste D\u00e9mocratique, le Parti des Unionistes Socialistes, le Mouvement des Socialistes Arabes et le Parti de l\u2019Union Arabe D\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>[2] Le Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe D\u00e9mocratique, le Parti Communiste \/ Bureau Politique, le Parti Baath D\u00e9mocratique, le Mouvement des Socialistes Arabes et le Mouvement R\u00e9volutionnaire des Travailleurs.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019opposition syrienne tiraill\u00e9e entre la peur du r\u00e9gime et le soutien \u00e0 la rue Il peut \u00eatre utile, \u00e0 l\u2019intention de ceux qui n\u2019ont d\u00e9couvert la Syrie qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion des tragiques \u00e9v\u00e9nements qui s\u2019y d\u00e9roulent depuis le printemps 2011, comme de ceux pour qui la Syrie se r\u00e9duit \u00e0 ses villes, ses paysages, ses monuments<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-131464","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=131464"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131464\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=131464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=131464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=131464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}