{"id":131254,"date":"2011-09-27T15:28:01","date_gmt":"2011-09-27T14:28:01","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-nouveau-combat-des-berberes-libyens\/"},"modified":"2024-01-23T12:56:23","modified_gmt":"2024-01-23T11:56:23","slug":"le-nouveau-combat-des-berberes-libyens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-nouveau-combat-des-berberes-libyens\/","title":{"rendered":"Le nouveau combat des Berb\u00e8res libyens"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Thierry Portes<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><em>Fr\u00e8res d&rsquo;armes des rebelles arabes, ils tentent d&rsquo;affirmer leurs revendications culturelles dans la nouvelle Libye.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Yunes Elharaz h\u00e9site encore \u00e0 reprendre son nom berb\u00e8re d&rsquo;Anmmutur. Mais il s&rsquo;est promis de donner \u00e0 son premier enfant, \u00e0 na\u00eetre bient\u00f4t, un pr\u00e9nom de son peuple. Les \u00abAmazighen\u00bb (Amazigh au singulier), comme ils s&rsquo;appellent ici, sur leurs terres haut perch\u00e9es du Djebel Nefousa, ont relev\u00e9 la t\u00eate depuis le d\u00e9but de l&rsquo;insurrection contre le colonel Kadhafi. Premiers \u00e0 s&rsquo;insurger, en m\u00eame temps que les Arabes de Benghazi, \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du pays, les Berb\u00e8res, qui vivent dans l&rsquo;ouest, le long de la fronti\u00e8re tunisienne, m\u00e8nent aujourd&rsquo;hui un double combat, militaire et politique, pour la reconnaissance de leur langue et de leur identit\u00e9 dans la future Libye, celle de l&rsquo;apr\u00e8s-Kadhafi.<\/p>\n<p>\u00c0 Jadu, la bourgade de 15.000 \u00e2mes o\u00f9 Yunes Elharaz a vu le jour, les embl\u00e8mes, slogans et drapeaux berb\u00e8res, interdits sous Kadhafi, ont fleuri. Dans plusieurs b\u00e2timents officiels d\u00e9sormais aux mains des rebelles tr\u00f4nent des portraits de Souleiman al-Barouni, l&rsquo;\u00e9crivain et homme politique qui mena la r\u00e9sistance des Amazighen \u00e0 l&rsquo;occupant italien dans le Djebel Nefousa, \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 toutes les autres villes arabes de Libye, o\u00f9 l&rsquo;ann\u00e9e scolaire s&rsquo;est interrompue au commencement de la r\u00e9bellion en f\u00e9vrier dernier, \u00e0 Jadu les enfants continuent de prendre le chemin de l&rsquo;\u00e9cole, chaque jour en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Alors que leurs maris et fils partaient au front, un groupe de femmes a pris l&rsquo;initiative de dispenser des cours de tamazight, la langue berb\u00e8re. Ces ma\u00eetresses n&rsquo;arborent que des voiles l\u00e9gers, qui ne leur couvrent pas enti\u00e8rement la chevelure. Un \u00e9tranger peut les regarder en face, alors qu&rsquo;\u00e0 Zenten et dans les autres bourgades arabes du Djebel Nefousa, il ne peut apercevoir fugitivement que des niqabs noirs. Encourag\u00e9s par ces ma\u00eetresses n\u00e9es avec la r\u00e9volution, les enfants de Jadu \u00e9crivent au tableau les curieux symboles tamazight, r\u00e9citent quelques le\u00e7ons dans cette langue qu&rsquo;il leur \u00e9tait interdit de parler sous Kadhafi, puis, align\u00e9s sous le pr\u00e9au, entonnent, en l&rsquo;honneur du visiteur, le nouvel hymne de la Libye libre.<\/p>\n<p>Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette \u00e9cole, \u00e0 la terrasse du caf\u00e9 sur la place centrale, les hommes parlent politique. Fathi Anfusi, qui a particip\u00e9 au premier congr\u00e8s des Berb\u00e8res libyens, organis\u00e9 en 2005 \u00e0 Agadir (Maroc), est intarissable. \u00abNous, les Berb\u00e8res, nous avons plus souffert que les Arabes sous Kadhafi, assure-t-il. Nous avons toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s comme des criminels, des agents du Mossad, de la CIA ou des services secrets fran\u00e7ais. Se\u00eff al-Islam (le fils du dictateur) vient encore de dire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision que les Berb\u00e8res veulent venir \u00e0 Tripoli pour tuer des Arabes. Mais nous nous battons tous, Berb\u00e8res et Arabes, pour une Libye libre.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exemple marocain<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Khalifa Amdurakal, un voisin un peu plus \u00e2g\u00e9, rench\u00e9rit : \u00abSi nous avons pris les armes, c&rsquo;est pour nous battre pour la libert\u00e9 de tous les Libyens ! Notre premier objectif, poursuit-il, c&rsquo;est de lib\u00e9rer la Libye. Notre combat amazigh passe apr\u00e8s\u00bb. Apr\u00e8s peut-\u00eatre, mais pas bien loin derri\u00e8re. Dans chaque ville ou bourgade berb\u00e8re, les \u00e9tudiants les plus \u00e9duqu\u00e9s, ceux qui parlent l&rsquo;anglais, ont pris les r\u00eanes de la communication et de nombre de centres de d\u00e9cisions des rebelles. Ils sont g\u00e9n\u00e9ralement des partisans engag\u00e9s de la cause amazigh. \u00c0 Yefren, un joli bourg perch\u00e9 sur son piton rocheux, Madighis Bouzakhar et son fr\u00e8re Mazigh veillent ainsi sur Le Media Center, le journal berb\u00e8re qu&rsquo;ils \u00e9crivent et sur une association de d\u00e9fense et de promotion de la langue et de la culture tamazight. Les deux fr\u00e8res, en relation avec les autres activistes berb\u00e8res du Djebel Nefousa, ont r\u00e9cemment \u00e9crit un courrier au Conseil national de transition qui, \u00e0 Benghazi, fait office de gouvernement de la r\u00e9bellion. Cette missive, qui porte le cachet des villes berb\u00e8res du Djebel Nefousa, reproche au projet de Constitution de la nouvelle Libye de ne pas reconna\u00eetre le tamazight, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arabe, comme l&rsquo;autre langue officielle du futur \u00c9tat. L&rsquo;exemple marocain, premier pays maghr\u00e9bin \u00e0 reconna\u00eetre ces deux langues officielles dans sa Constitution, fait des envieux en Libye. \u00abIci, nous risquons d&rsquo;\u00eatre encore demain victime de discrimination\u00bb, s&rsquo;inqui\u00e8te Madighis, qui ne veut pas plus entendre parler de l&rsquo;islam comme de l&rsquo;unique religion du nouvel \u00c9tat. \u00abToutes les religions doivent \u00eatre reconnues, affirme le jeune homme. On se bat pour la libert\u00e9, pour la d\u00e9mocratie, pas pour revenir en arri\u00e8re, comme sous Kadhafi.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDans le projet de Constitution, r\u00e9pond \u00e0 distance Salem Badrani, qui tient provisoirement les r\u00eanes de la mairie de Jadu, il est donn\u00e9 \u00e0 chacun le droit de s&rsquo;exprimer dans sa langue. Nous pouvons cr\u00e9er toutes les \u00e9coles que nous voulons dans le Djebel Nefousa. Mais ce serait une faute politique aujourd&rsquo;hui de batailler pour la reconnaissance du tamazight comme langue officielle. Amazighen et Arabes, nous nous battons ensemble, et Kadhafi n&rsquo;attend qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour tenter de nous diviser.\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2011\/09\/26\/01003-20110926ARTFIG00791-le-nouveau-combat-des-berberes-libyens.php\">Le Figaro<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Thierry Portes Fr\u00e8res d&rsquo;armes des rebelles arabes, ils tentent d&rsquo;affirmer leurs revendications culturelles dans la nouvelle Libye. Yunes Elharaz h\u00e9site encore \u00e0 reprendre son nom berb\u00e8re d&rsquo;Anmmutur. Mais il s&rsquo;est promis de donner \u00e0 son premier enfant, \u00e0 na\u00eetre bient\u00f4t, un pr\u00e9nom de son peuple. 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