{"id":131237,"date":"2011-09-25T09:02:36","date_gmt":"2011-09-25T08:02:36","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/razan-zeitouneh-la-frondeuse-de-damas\/"},"modified":"2024-01-23T12:56:21","modified_gmt":"2024-01-23T11:56:21","slug":"razan-zeitouneh-la-frondeuse-de-damas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/razan-zeitouneh-la-frondeuse-de-damas\/","title":{"rendered":"Razan Zeitouneh, la frondeuse de Damas"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Delphine Minoui, \u00e0 Beyrouth.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Recherch\u00e9e par la police secr\u00e8te, cette jeune avocate syrienne de 34 ans milite dans la clandestinit\u00e9 pour d\u00e9noncer les exactions du r\u00e9gime de Damas. Malgr\u00e9 l\u2019arrestation de son mari et malgr\u00e9 les menaces. Seul lien avec l\u2019ext\u00e9rieur : Internet. Jointe par Skype, elle t\u00e9moigne de sa d\u00e9termination \u00e0 porter jusqu\u2019au bout la flamme de la libert\u00e9.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Elle parle d\u2019une traite, sans point ni virgule. Trop press\u00e9e de d\u00e9noncer la \u00ab boucherie \u00bb orchestr\u00e9e par Bachar el-Assad. \u00ab Si je me tais, qui le fera \u00e0 ma place ? \u00bb s\u2019enflamme Razan Zeitouneh, \u00e0 l\u2019autre bout d\u2019une mauvaise connexion Skype, son unique lucarne sur le monde ext\u00e9rieur. \u00c0 34 ans, cette avocate damasc\u00e8ne paie le prix fort de son engagement d\u00e9mocratique. En mai dernier, deux mois apr\u00e8s le d\u00e9but de la r\u00e9volte syrienne, son beau-fr\u00e8re puis son mari ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s pour la faire taire. Sans nouvelle d\u2019eux, la jeune insoumise vit d\u00e9sormais dans la clandestinit\u00e9, changeant de cachette au gr\u00e9 des menaces qu\u2019elle re\u00e7oit dans sa bo\u00eete courriel. Traqu\u00e9e par la police secr\u00e8te, elle n\u2019a pas vu la lumi\u00e8re du jour depuis des mois, et se contente de courtes sorties nocturnes, le temps d\u2019une mini-course pour s\u2019alimenter. Rien, pourtant, ne semble faire plier cette jeune ic\u00f4ne de la contestation aux cheveux blonds comme le bl\u00e9. \u00ab Aujourd\u2019hui, le mur de la peur est tomb\u00e9. C\u2019est tout un peuple qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 et qui cherche \u00e0 retrouver sa dignit\u00e9. Assad est all\u00e9 trop loin.<\/p>\n<p>En moins de six mois, plus de 2 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et des milliers d\u2019autres se sont retrouv\u00e9es derri\u00e8re les barreaux. Les Syriens n\u2019ont plus rien \u00e0 perdre. C\u2019est le moindre de mes devoirs que de relayer le cri de leur r\u00e9volte \u00bb, confie Razan, port\u00e9e par le courage de ces milliers de manifestants qui marchent vers la mort d\u00e8s qu\u2019ils descendent dans la rue.<\/p>\n<p>Quand la r\u00e9volte explose, \u00e0 la mi-mars, Razan Zeitouneh s\u2019avoue d\u2019abord surprise par l\u2019audace de son propre peuple. \u00ab Je pensais notre soci\u00e9t\u00e9 fig\u00e9e \u00e0 jamais. \u00c0 force d\u2019\u00eatre surveill\u00e9s et musel\u00e9s, les Syriens avaient fini par s\u2019enfermer dans une sorte d\u2019apathie. Moi-m\u00eame, j\u2019\u00e9tais convaincue que tout mon travail, en tant qu\u2019activiste, ne changerait jamais rien. Et puis, l\u2019exemple tunisien, puis \u00e9gyptien, nous a redonn\u00e9 espoir \u00bb, explique l\u2019opposante. Sa r\u00e9volte \u00e0 elle d\u00e9marre il y a bien plus longtemps. Un peu par hasard.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9gime syrien<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9e en 1977 en Libye, de parents syriens, elle grandit en Arabie Saoudite avant de rentrer, adolescente, \u00e0 Damas. F\u00e9rue de journalisme, elle rate les examens d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et se replie sur le droit. En 2001, sa rencontre avec Haytham al-Maleh, un c\u00e9l\u00e8bre juriste, sera d\u00e9terminante. Saisissant la br\u00e8che ouverte par le tr\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00ab printemps de Damas \u00bb, initi\u00e9 par le tout jeune pr\u00e9sident Bachar el-Assad, ils fondent ensemble l\u2019Association syrienne des droits de l\u2019homme. Ironie de l\u2019histoire : quelques mois plus tard, Razan se retrouve \u00e0 d\u00e9fendre les intellectuels et les dissidents brutalement arr\u00eat\u00e9s par le r\u00e9gime syrien. Commence, alors, le d\u00e9but d\u2019une longue bataille de dix ans contre une justice arbitraire, machiav\u00e9lique et corrompue. \u00ab C\u2019est triste \u00e0 dire, mais de tous les cas que j\u2019ai d\u00e9fendus, je n\u2019en ai gagn\u00e9 aucun \u00bb, dit-elle. Soudain, les souvenirs remontent \u00e0 la surface : \u00ab J\u2019avais pris l\u2019habitude de me rendre tous les dimanches au tribunal sp\u00e9cial de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, o\u00f9 les prisonniers politiques \u00e9taient jug\u00e9s.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublierai jamais l\u2019humiliation subie par les \u00e9pouses, priv\u00e9es de visite et condamn\u00e9es \u00e0 faire le pied de grue pendant des heures sous un soleil de plomb ou sous la pluie dans l\u2019espoir d\u2019entrapercevoir leur fils, leur fr\u00e8re ou leur mari. Il leur arrivait m\u00eame de se faire tabasser par les forces de l\u2019ordre d\u00e8s qu\u2019elles cherchaient \u00e0 trop s\u2019approcher. \u00bb<\/p>\n<p>Connue pour son franc-parler, Razan se retrouve, elle aussi, rapidement dans le collimateur des \u00abmokhaberat \u00bb, les services de renseignements. Chaque convocation \u00e9quivaut \u00e0 une vraie s\u00e9ance de torture psychologique. \u00ab P\u00e9n\u00e9trer dans le bureau des services, c\u2019est comme entrer dans un tombeau. Tu ne sais jamais si tu en sortiras vivante \u00bb, dit-elle. Mais ni les sermons de ses bourreaux, ni l\u2019inqui\u00e9tude de ses parents ne parviennent \u00e0 avoir raison de sa fougue. Rapidement d\u00e9laiss\u00e9e par la plupart de ses amis, qui lui reprochent son \u00abinconscience\u00bb, Razan sait, en revanche, qu\u2019elle peut compter sur le soutien ind\u00e9fectible de son mari, Wael al-Hamada. Employ\u00e9 dans une compagnie priv\u00e9e, c\u2019est un fervent d\u00e9fenseur, comme elle, des libert\u00e9s humaines. \u00ab En 2004, juste apr\u00e8s notre mariage, il y a eu le fameux massacre des Kurdes de Qamishli. Avec Wael, nous avons pass\u00e9 notre lune de miel \u00e0 enqu\u00eater sur cette ignoble tuerie \u00bb, raconte-t-elle. Brusquement, un silence envahit la ligne Skype. \u00ab Au d\u00e9but du soul\u00e8vement, il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 m\u2019encourager \u00e0 poursuivre mes activit\u00e9s et \u00e0 manifester. Aujourd\u2019hui, je sais qu\u2019il est en prison \u00e0 cause de moi. Wael, c\u2019est mon h\u00e9ros \u00bb, reprend-elle.<\/p>\n<p><strong>Quid des promesses de r\u00e9formes faites par le ra\u00efs de Damas ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Depuis l\u2019arrestation de son mari, elle ne participe plus aux manifestations. De sa cachette, elle passe ses journ\u00e9es et l\u2019essentiel de ses nuits devant l\u2019\u00e9cran de son ordinateur, pos\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son lit. Connect\u00e9e vingt-quatre heures sur vingt-quatre \u00e0 Internet, un des principaux vecteurs de la contestation, elle contourne les filtres pour alerter la presse internationale sur la situation des opposants, tout en venant en aide aux familles des victimes de la r\u00e9pression. Parmi eux, plus d\u2019une centaine de gamins, comme le jeune Hamza al-Khatib, 13 ans, dont le corps sans vie, mutil\u00e9, y compris au niveau des parties g\u00e9nitales, fut remis, en mai dernier, \u00e0 sa famille, un mois apr\u00e8s son arrestation. \u00ab Ce sont de v\u00e9ritables crimes contre l\u2019humanit\u00e9 ! \u00bb s\u2019insurge Razan. Elle-m\u00eame avoue avoir renonc\u00e9 depuis longtemps \u00e0 avoir des enfants \u00ab \u00e0 cause de l\u2019environnement barbare et instable du pays \u00bb. Avant d\u2019ajouter, sur le ton de l\u2019ironie : \u00ab Quand je pense qu\u2019Assad ose taxer les opposants d\u2019extr\u00e9misme religieux&#8230; Si ceux qui r\u00e9clament pacifiquement la d\u00e9mocratie sont des salafistes, alors nous sommes tous des salafistes ! \u00bb Quid des promesses de r\u00e9formes faites par le ra\u00efs de Damas ?<\/p>\n<p><strong>Ce sont de v\u00e9ritables crimes contre l\u2019humanit\u00e9 !<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est trop tard ! Nous voulons un vrai changement en profondeur, pas de simples mesures cosm\u00e9tiques visant \u00e0 satisfaire la communaut\u00e9 internationale \u00bb, r\u00e9pond la jeune effront\u00e9e qui rejette tout compromis avec le pouvoir. Aujourd\u2019hui, elle fonde ses espoirs dans le ralliement au mouvement de protestation de la classe marchande, rest\u00e9e jusqu\u2019ici en retrait. \u00ab Avec le renforcement de la crise \u00e9conomique, il est possible qu\u2019ils se mettent \u00e0 soutenir notre r\u00e9volution \u00bb, dit-elle. Encourag\u00e9e par la flamme de la contestation qui, de Deraa \u00e0 Hama, est en train de d\u00e9teindre sur la capitale, un des derniers pr\u00e9s carr\u00e9s d\u2019Assad, Razan est n\u00e9anmoins consciente que la route qui m\u00e8ne vers la libert\u00e9 est encore sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. Y compris la sienne. \u00ab Je sais que si je suis arr\u00eat\u00e9e, je ne serai jamais lib\u00e9r\u00e9e sous ce r\u00e9gime. C\u2019est pourquoi j\u2019essaie de participer au maximum \u00e0 cette page exceptionnelle de l\u2019histoire de la Syrie \u00bb, souffle-t-elle.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/madame.lefigaro.fr\/societe\/razan-zeitouneh-frondeuse-de-damas-240911-175950\">Le Figaro<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Delphine Minoui, \u00e0 Beyrouth. Recherch\u00e9e par la police secr\u00e8te, cette jeune avocate syrienne de 34 ans milite dans la clandestinit\u00e9 pour d\u00e9noncer les exactions du r\u00e9gime de Damas. Malgr\u00e9 l\u2019arrestation de son mari et malgr\u00e9 les menaces. Seul lien avec l\u2019ext\u00e9rieur : Internet. 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