{"id":130975,"date":"2011-08-26T14:30:19","date_gmt":"2011-08-26T13:30:19","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-regime-syrien-ne-protege-pas-les-minorites-mais-les-utilise-pour-se-proteger\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:55","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:55","slug":"le-regime-syrien-ne-protege-pas-les-minorites-mais-les-utilise-pour-se-proteger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-regime-syrien-ne-protege-pas-les-minorites-mais-les-utilise-pour-se-proteger\/","title":{"rendered":"Le r\u00e9gime syrien ne prot\u00e8ge pas les minorit\u00e9s mais les utilise pour se prot\u00e9ger"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le r\u00e9gime syrien excelle \u00e0 se donner des r\u00f4les. Il a en effet besoin de d\u00e9montrer \u00e0 l\u2019opinion publique int\u00e9rieure comme \u00e0 la communaut\u00e9 internationale qu\u2019il est \u00ab\u00a0indispensable\u00a0\u00bb aux \u00e9quilibres r\u00e9gionaux, \u00e0 d\u00e9faut de contribuer \u00e0 la paix r\u00e9gionale.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p> Install\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de ce r\u00e9gime, en juillet 2000, par un coup d\u2019\u00e9tat constitutionnel &#8211; l\u2019amendement de l\u2019article 83 fixant \u00e0 40 ans l\u2019\u00e2ge minimum d\u2019accession \u00e0 la magistrature supr\u00eame, ramen\u00e9 \u00e0 34 ans en un \u00e9clair pour permettre l\u2019accession au pouvoir de celui que le d\u00e9funt \u00ab\u00a0pr\u00e9sident \u00e9ternel\u00a0\u00bb Hafez Al Assad avait d\u00e9sign\u00e9 comme son successeur &#8211; Bachar Al Assad s\u2019est efforc\u00e9, au cours de ses dix premi\u00e8res ann\u00e9es de pouvoir, de se forger une image. A l\u2019int\u00e9rieur et face aux opinions arabes, il a tent\u00e9 de se faire passer simultan\u00e9ment pour le champion de la r\u00e9sistance aux projets isra\u00e9liens, le h\u00e9raut du refus des injonctions n\u00e9o-imp\u00e9rialistes, le porte-parole des fiert\u00e9s et dignit\u00e9s arabes, l\u2019ultime protecteur des Palestiniens aspirant \u00e0 la reconnaissance de leurs droits spoli\u00e9s, etc\u2026 Face aux Etats occidentaux, publiquement soucieux de la survie des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de la r\u00e9gion menac\u00e9es de disparition, et plus discr\u00e8tement engag\u00e9s dans la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes comme des agissements les moins admissibles de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl, il a veill\u00e9, comme son p\u00e8re avant lui, \u00e0 faire oublier que la politique du r\u00e9gime, officiellement la\u00efque, reposait en r\u00e9alit\u00e9 sur des bases \u00e9minemment confessionnelles, de mani\u00e8re \u00e0 se pr\u00e9senter en \u00ab\u00a0protecteur des minorit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img2265|center><\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es, Bachar Al Assad a ainsi mis en sc\u00e8ne la cohabitation sans nuage, \u00e0 l\u2019ombre du Parti Baath, des multiples confessions &#8211; mais non celle des diverses ethnies\u2026 &#8211; qui composent la soci\u00e9t\u00e9 syrienne et qui lui donnent son incomparable richesse. Rares sont les d\u00e9l\u00e9gations d\u2019acad\u00e9miciens, de parlementaires, de lobbyistes occidentaux \u00e0 avoir \u00e9chapp\u00e9, lors de leurs visites en Syrie, au rite de la rencontre avec un panel de dignitaires religieux, soigneusement choisis au sein des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s musulmanes et chr\u00e9tiennes. On peut comprendre que ces d\u00e9l\u00e9gations n\u2019aient pas trouv\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tonner de l\u2019absence, parmi leurs interlocuteurs, d\u2019un repr\u00e9sentant de la communaut\u00e9 juive syrienne, aujourd\u2019hui r\u00e9duite \u00e0 sa plus simple expression, et avec qui, pour m\u00e9nager certaines susceptibilit\u00e9s, les rencontres sont toujours entour\u00e9es d\u2019une grande discr\u00e9tion. On comprend moins que ces d\u00e9l\u00e9gations ne se soient jamais \u00e9tonn\u00e9es du fait que, dans ce pays \u00ab\u00a0la\u00efc\u00a0\u00bb, leurs interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s \u00e9taient des religieux et non pas des responsables, si ce n\u2019est de partis politiques d\u2019opposition, du moins de formations coopt\u00e9es par le \u00ab\u00a0parti dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb pour offrir l\u2019illusion du multipartisme en Syrie. Quoi qu\u2019il en soit, la mission des dignitaires religieux d\u00e9sign\u00e9s par le r\u00e9gime pour ces entretiens n\u2019\u00e9tait pas de tresser les louanges du pouvoir qui les avait convoqu\u00e9s, au Complexe Ahmed Kaftaro ou au monast\u00e8re de Mar Moussa de pr\u00e9f\u00e9rence. Plus subtilement, elle \u00e9tait de d\u00e9montrer aux visiteurs, par leur attitude et par leurs propos, \u00ab\u00a0la profondeur de la fraternit\u00e9 et de l&rsquo;amour\u00a0\u00bb qui, gr\u00e2ce aux efforts du r\u00e9gime et du chef de l\u2019Etat, r\u00e9gnait partout en Syrie, entre eux-m\u00eames et leurs ouailles.<\/p>\n<p>Il est grand temps de montrer ou de redire ce qu\u2019il en est de la \u00ab\u00a0protection des minorit\u00e9s\u00a0\u00bb par le pouvoir syrien. Ce rappel s\u2019adresse \u00e0 ceux qui, fermant les yeux sur les crimes commis au quotidien contre la population syrienne dans son ensemble, continuent de plaider pour le maintien du r\u00e9gime en place, sous le pr\u00e9texte qu\u2019il serait seul en mesure de garantir la p\u00e9rennit\u00e9, dans des conditions d\u00e9centes, non seulement des minorit\u00e9s confessionnelles dans son pays, mais \u00e9galement des chr\u00e9tiens partout dans la r\u00e9gion. Il s\u2019adresse \u00e9galement \u00e0 ceux qui parent ce r\u00e9gime de toutes les vertus, et qui sont pr\u00eats \u00e0 fermer les yeux sur l\u2019appartenance de la majorit\u00e9 des victimes \u00e0 la majorit\u00e9 sunnite de la population, implicitement consid\u00e9r\u00e9e comme favorable aux Fr\u00e8res Musulmans, si ce n\u2019est gagn\u00e9e \u00e0 la cause de pr\u00e9tendus \u00ab\u00a0groupes terroristes islamiques arm\u00e9s\u00a0\u00bb, dont on a nagu\u00e8re rappel\u00e9 qu\u2019ils faisaient davantage le jeu du r\u00e9gime que celui de la contestation.<\/p>\n<p>Il est remarquable que ceux qui \u00e9voquent la situation plus que dangereuse dans laquelle se retrouveraient les minorit\u00e9s en cas de disparition du r\u00e9gime syrien &#8211; comme le d\u00e9put\u00e9 franco-libanais Nabil Nicolas, proche du g\u00e9n\u00e9ral Michel Aoun, d\u00e9clarant (le 23 mai 2011) sur la cha\u00eene Al Manar du Hizbollah que \u00ab\u00a0la chute du r\u00e9gime syrien signifierait l&rsquo;\u00e9limination des minorit\u00e9s de la r\u00e9gion\u00a0\u00bb, ni plus, ni moins&#8230; -, \u00e9vitent pudiquement de d\u00e9signer contre qui ce r\u00e9gime \u00ab\u00a0prot\u00e8ge\u00a0\u00bb les minorit\u00e9s et \u00ab\u00a0garantit leur avenir\u00a0\u00bb. Faisons-le donc pour eux et nommons l\u2019ennemi, la menace et le danger : la communaut\u00e9 sunnite majoritaire en Syrie. Il n\u2019est pas difficile de donner du cr\u00e9dit \u00e0 une telle affirmation. Il suffit de forcer le trait et de s\u2019arranger pour pr\u00e9senter cette communaut\u00e9 comme li\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre aux ennemis d\u00e9clar\u00e9s du r\u00e9gime syrien : les Fr\u00e8res Musulmans et les organisations islamistes radicales. Peu importe que les premiers nomm\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9s en Syrie et que, condamn\u00e9s \u00e0 mort depuis 1980, ils n\u2019y comptent plus aucun adh\u00e9rent. Peu importe qu\u2019ils aient dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, pour ne pas remonter au-del\u00e0, qu\u2019ils avaient eu tort, dans les ann\u00e9es 1970-1980, de se lancer dans la partie de bras de fer que leur proposait alors le pouvoir et qu\u2019ils avaient d\u00e9finitivement renonc\u00e9 \u00e0 la violence. Peu importe qu\u2019ils affirment, depuis le d\u00e9but de la contestation en Syrie qu\u2019ils n\u2019en sont pas \u00e0 l\u2019origine et que, s\u2019ils l\u2019approuvent et la soutiennent, ils ne la conduisent pas et ne la contr\u00f4lent pas. Peu importe que l\u2019existence et l\u2019autonomie des organisations islamistes radicales par rapport au pouvoir soient entour\u00e9es en Syrie de bien des interrogations. Peu importe qu\u2019aucun t\u00e9moin impartial n\u2019ait \u00e9t\u00e9 en mesure de confirmer leur pr\u00e9sence dans les manifestations en Syrie. Peu importe qu\u2019elles n\u2019aient jamais publi\u00e9 un seul communiqu\u00e9 revendiquant leurs op\u00e9rations ou annon\u00e7ant leur intention de mettre en application un programme qui apparenterait bient\u00f4t ce pays \u00e0 l\u2019Arabie Saoudite.<\/p>\n<p>Des \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb en arme pr\u00e8s de Jisr al-Choughour<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ce qui inqui\u00e8te les amis du r\u00e9gime syrien c\u2019est la possibilit\u00e9 que le pouvoir perde sa forme actuelle, et qu\u2019il \u00e9chappe \u00e0 la famille Al Assad. Issue de la communaut\u00e9 alaouite minoritaire, celle-ci s\u2019est arrang\u00e9e pour \u00e9difier autour d\u2019elle une sorte de ceinture de s\u00e9curit\u00e9 dans laquelle elle a regroup\u00e9, face \u00e0 la communaut\u00e9 majoritaire priv\u00e9e de toute emprise sur la vie politique, l\u2019ensemble des minorit\u00e9s. La question n\u2019a rien de religieux. Elle est bassement utilitaire. Contrairement \u00e0 ce que la propagande du r\u00e9gime colporte, y compris avec le relais d&rsquo;une religieuse chr\u00e9tienne contrainte de rembourser d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre les multiples passe-droits dont elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la part des autorit\u00e9s syriennes, personne ne songe en Syrie \u00e0 chasser les chr\u00e9tiens vers Beyrouth, \u00e0 mettre au tombeau les alaouites, \u00e0 exterminer les isma\u00e9liens, \u00e0 \u00e9radiquer les druzes, les baha\u2019is ou les y\u00e9zidis. En revanche, beaucoup, dans l\u2019ensemble des communaut\u00e9s, et en particulier dans la communaut\u00e9 sunnite puisqu\u2019elle est \u00e0 la fois majoritaire et marginalis\u00e9e, veulent en finir avec un syst\u00e8me qui n\u2019est pas b\u00e2ti sur des principes politiques, mais sur des ambitions strictement familiales, permettant \u00e0 une variante locale de la famille Corleone de confisquer le pouvoir depuis plus de 40 ans, d\u2019en g\u00e9rer la s\u00e9curit\u00e9 au mieux de ses seuls int\u00e9r\u00eats et de capter \u00e0 son profit l\u2019essentiel des ressources \u00e9conomiques du pays.<\/p>\n<p>Des travaux savants, comme ceux de l\u2019ambassadeur hollandais Nikolaos Van Dam (The Struggle for Power in Syria: Sectarianism, Regionalism and Tribalism in Politics, 1961\u20131994), ou de l\u2019universitaire irakien Hanna Batatu (Syria\u2019s Peasantry, the Descendants of its Lesser Rural Notables, and Their Politics) ont expliqu\u00e9 depuis longtemps comment le pouvoir a \u00e9chu en Syrie, au tournant des ann\u00e9es 1960-1970, entre les mains d\u2019un groupe de militaires appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 alaouite, et comment ils se sont arrang\u00e9s pour en conserver le monopole. La lutte pour le pouvoir a eu deux volets : au plan politique, elle a vu le Parti Baath se d\u00e9barrasser progressivement des autres formations politiques, en particulier le Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe (nass\u00e9rien), avec lequel il avait men\u00e9, en 1963, le premier coup d\u2019\u00e9tat ; au niveau social, elle a vu la communaut\u00e9 alaouite travers\u00e9e, en 1970, par une lutte intestine entre les partisans de Hafez Al Assad et de Salah Jadid pour la d\u00e9volution ultime du pouvoir, une fois les repr\u00e9sentants des autres communaut\u00e9s d\u00e9finitivement asservis ou mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n<p>Sous le couvert du Parti Baath, qui \u00e9tablissait son contr\u00f4le sur les travailleurs et les paysans, les militaires alaouites ont cherch\u00e9 \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer autour d\u2019eux des repr\u00e9sentants de toutes les autres communaut\u00e9s, restreignant leur choix \u00e0 ceux qui, renon\u00e7ant \u00e0 contester l\u2019accaparement du pouvoir r\u00e9el par des membres issus d&rsquo;une minorit\u00e9, \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 jouer le r\u00f4le de comparses et \u00e0 se contenter d&rsquo;assumer des fonctions dans le pouvoir virtuel. Les crises successives &#8211; la guerre d\u2019octobre 1973, l\u2019entr\u00e9e des troupes syriennes au Liban en 1976, le mouvement de contestation du Parti Baath du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, la lutte arm\u00e9e avec les Fr\u00e8res Musulmans en 1982\u2026 &#8211; n\u2019ont rien modifi\u00e9 \u00e0 cette situation, bien au contraire. Ce n\u2019est pas parce que des sunnites ont occup\u00e9 et occupent encore des postes de grande visibilit\u00e9 &#8211; la vice-pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique (Abdel-Halim Khaddam, de 1985 \u00e0 2005, puis Farouq Al Chareh et Najah Al Attar, jusqu\u2019\u00e0 ce jour), la direction du conseil des ministres (Abdel-Raouf Al Kasm, Mahmoud Al Zoubi, Moustapha Miro, Naji Otri, Adel Safar), le perchoir de l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple (Abdel-Qader Qaddoura, Mahmoud Al Abrach), la fonction de Chef d\u2019Etat-major\u2026 devenu un tremplin pour le portefeuille de ministre de la D\u00e9fense (Moustapha Tlass, Hasan Tourkmani) &#8211; qu\u2019ils ont pes\u00e9 et qu\u2019ils p\u00e8sent de quelque mani\u00e8re dans la vie politique. Les alaouites, qui monopolisent le pouvoir r\u00e9el, gr\u00e2ce au contr\u00f4le et au noyautage par des membres de leur communaut\u00e9 des services de s\u00e9curit\u00e9, des unit\u00e9s d\u2019\u00e9lite de l\u2019Arm\u00e9e et de la Garde R\u00e9publicaine, attendent de ces faire-valoir, comme des intellectuels, des hommes de religion et des hommes d\u2019affaires de leurs communaut\u00e9s, qu\u2019ils fassent nombre autour d\u2019eux et qu\u2019ils contribuent, comme le Front National Progressiste dans la vie politique, \u00e0 offrir l\u2019apparence d\u2019un syst\u00e8me syrien ouvert et pluraliste.<\/p>\n<p>Pour convaincre les uns et les autres de se rallier \u00e0 lui, sous Hafez Al Assad comme sous Bachar Al Assad, le r\u00e9gime a recours \u00e0 divers moyens et subterfuges : l\u2019id\u00e9ologie pour les uns, l\u2019int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel pour d\u2019autres, l\u2019aspiration \u00e0 la reconnaissance et aux honneurs pour quelques uns, la m\u00e9fiance si ce n\u2019est la peur des autres communaut\u00e9s pour tous\u2026 Les sunnites, qui repr\u00e9sentent, arabes et kurdes r\u00e9unis, entre 75 et 80 % la masse de la population, sont devenus un \u00e9pouvantail utile dans cette tentative de rassemblement des minorit\u00e9s. Surtout apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements sanglants de la fin des ann\u00e9es 1970 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. La propagande du r\u00e9gime a alors consist\u00e9 \u00e0 opposer \u00e0 toute demande d\u2019ouverture politique la perspective d\u2019une arriv\u00e9e au pouvoir des Fr\u00e8res Musulmans, fanatiques, sanguinaires, r\u00e9trogrades, traitres \u00e0 leur pays, vendus \u00e0 l\u2019Occident&#8230; Mais, vis-\u00e0-vis de ceux qui refusaient de se laisser tromper, s\u00e9duire et finalement coopter par lui, le r\u00e9gime n\u2019a pas craint d\u2019utiliser les armes r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 ses \u00ab\u00a0ennemis\u00a0\u00bb politiques : la menace, le chantage et finalement les sanctions.<\/p>\n<p>Tout en affirmant \u00ab\u00a0prot\u00e9ger\u00a0\u00bb les minorit\u00e9s, le r\u00e9gime syrien n\u2019\u00e9prouve aucune g\u00eane \u00e0 s\u00e9vir contre les membres de ces m\u00eames minorit\u00e9s qui refusent de se comporter \u00e0 son \u00e9gard en \u00ab\u00a0dhimmi-s\u00a0\u00bb politiques, autrement dit en \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb, et qui r\u00e9clament d\u2019\u00eatre trait\u00e9s, eux et tous les autres Syriens, en citoyens libres, \u00e9gaux en droits et en devoirs. Faut-il rappeler, pour ne prendre qu&rsquo;un exemple, que les Assyriens, qui ont jadis donn\u00e9 leur nom \u00e0 la Syrie et qui, entre Syriaques et Chald\u00e9ens, y comptent pr\u00e8s d\u2019un million d\u2019\u00e2mes, y sont aussi brim\u00e9s que les Kurdes, les Arm\u00e9niens ou les Tcherkesses, dans leurs revendications \u00ab\u00a0nationales\u00a0\u00bb qui n&rsquo;ont rien de s\u00e9paratistes ? Ils n\u2019ont le droit ni de parler leur langue hors de leurs \u00e9glises, ni de l\u2019enseigner, ni de l\u2019utiliser pour imprimer des journaux, ni de b\u00e9n\u00e9ficier de programmes de radios ou de t\u00e9l\u00e9visions dans leur langue, ni d\u2019arborer leur drapeau \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb, ni de c\u00e9l\u00e9brer leurs festivit\u00e9s\u2026 Faut-il rappeler que leur principal mouvement, l\u2019Organisation D\u00e9mocratique Assyrienne (ODA), a eu, dans la Syrie baathiste, une histoire mouvement\u00e9e, parsem\u00e9e de prisonniers politiques et de martyrs ? Faut-il rappeler qu\u2019ils ne se reconnaissent nullement dans \u00ab\u00a0l\u2019Assyrien de service\u00a0\u00bb, Sa\u00efd Ilya, \u00ab\u00a0\u00e9lu\u00a0\u00bb dans les conditions habituelles &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0nomm\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; au Commandement R\u00e9gional du Parti Baath, lors de son 10\u00e8me congr\u00e8s de juin 2005, pour faire croire que les Assyriens de Syrie, l\u2019ensemble des chr\u00e9tiens de ce pays et les habitants du gouvernorat de Hassakeh disposaient d\u2019une voix au sein de la plus haute instance du parti r\u00e9put\u00e9 diriger l\u2019Etat et la soci\u00e9t\u00e9 ? Faut-il rappeler que, depuis le d\u00e9but des troubles, une douzaine de cadres dirigeants de l\u2019ODA ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s parce qu\u2019ils participaient aux manifestations, et qu\u2019ils r\u00e9clamaient de ce \u00ab\u00a0r\u00e9gime-qui-prot\u00e8ge-les-minorit\u00e9s\u00a0\u00bb qu\u2019il modifie son comportement vis-\u00e0-vis de l\u2019ensemble de la population, qu\u2019il lui accorde les libert\u00e9s figurant en toutes lettres dans la Constitution et qu\u2019il renonce \u00e0 monopoliser le pouvoir?<\/p>\n<p>On pourrait en dire beaucoup sur les conditions faites \u00e0 chacune des multiples communaut\u00e9s confessionnelles qui composent la Syrie. Elles sont toutes \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9es\u00a0\u00bb de la m\u00eame mani\u00e8re, avec la m\u00eame brutalit\u00e9 que l\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis le d\u00e9but du mouvement de contestation de la part des militaires et des moukhabarat accourus \u00ab\u00a0au-secours-des-populations-en-butte-aux-islamistes-radicaux\u00a0\u00bb \u00e0 Daraa, Jisr al Choughour ou Maaret al Numan. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait croire, les alaouites ne sont pas mieux lotis \u00e0 ce niveau que les autres. Du moins ceux d\u2019entre eux qui refusent de faire all\u00e9geance au r\u00e9gime de Bachar Al Assad. Les uns parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pardonn\u00e9 \u00e0 Hafez Al Assad son comportement vis-\u00e0-vis de Salah Jadid, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1993 dans la prison o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 en 1970. D\u2019autres parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont toujours pas aval\u00e9 la transmission dynastique du pouvoir et l\u2019installation \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat d\u2019un jeune homme sans exp\u00e9rience, dont le seul atout \u00e9tait d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0le fils de son p\u00e8re\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres encore parce que leurs sympathies sont situ\u00e9es plus \u00e0 gauche que le \u00ab\u00a0socialisme de la mamelle\u00a0\u00bb du Parti Baath. Beaucoup enfin parce qu\u2019ils n\u2019ont jamais retir\u00e9 le moindre profit, dans les villes, mais surtout dans les villages et les campagnes, de la monopolisation du pouvoir en Syrie, depuis pr\u00e8s de 50 ans, par des membres de leur communaut\u00e9. Leur situation est peu enviable. Ceux qui se taisent, s\u2019abstiennent de critiquer le r\u00e9gime et supportent en silence les exactions des chabbihas, dont la particularit\u00e9 avant les \u00e9v\u00e9nements \u00e9tait de s\u2019en prendre de pr\u00e9f\u00e9rence aux membres de leur propre communaut\u00e9, ne risquent pas grand-chose. Mais ceux qui se rebellent contre l\u2019accaparement du pouvoir et qui d\u00e9noncent la volont\u00e9 du r\u00e9gime de mettre tous les alaouites de son c\u00f4t\u00e9, en cherchant \u00e0 leur faire croire qu\u2019ils sont menac\u00e9s et qu\u2019ils seront extermin\u00e9s au cas o\u00f9 il serait amen\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre, sont victimes d\u2019une double peine. Sanctionn\u00e9s pour leur refus de se plier \u00e0 l\u2019ordre en place, ils le sont aussi pour leur \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Bachar Al Assad, on ne compte plus les membres de communaut\u00e9s minoritaires qui ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s ou qui, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tenus du temps de son p\u00e8re, ont \u00e9t\u00e9 remis en prison pour des s\u00e9jours plus ou moins longs. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, leur faute est unique. Elle est toujours la m\u00eame : en r\u00e9clamant la d\u00e9mocratie au r\u00e9gime, ils laissent clairement entendre, quand ils ne l\u2019\u00e9crivent pas, qu\u2019ils font davantage confiance \u00e0 la d\u00e9mocratie qu\u2019au r\u00e9gime pour assurer leur protection et celle de tous les autres citoyens Syriens. Aucun d\u2019entre eux ne se bat au nom ou dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle il appartient, mais au nom et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous les Syriens qui consid\u00e8rent que, aussi imparfaite soit-elle, la d\u00e9mocratie doit \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, en Syrie comme ailleurs, \u00e0 n\u2019importe quel syst\u00e8me pr\u00e9tendant assurer, et garantissant de fait pour autant qu\u2019il y trouve son int\u00e9r\u00eat, la \u00ab\u00a0protection des minorit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9gime syrien excelle \u00e0 se donner des r\u00f4les. Il a en effet besoin de d\u00e9montrer \u00e0 l\u2019opinion publique int\u00e9rieure comme \u00e0 la communaut\u00e9 internationale qu\u2019il est \u00ab\u00a0indispensable\u00a0\u00bb aux \u00e9quilibres r\u00e9gionaux, \u00e0 d\u00e9faut de contribuer \u00e0 la paix r\u00e9gionale. Install\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de ce r\u00e9gime, en juillet 2000, par un coup d\u2019\u00e9tat constitutionnel &#8211;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-130975","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130975","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130975"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130975\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130975"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130975"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130975"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}