{"id":130776,"date":"2011-08-05T22:59:31","date_gmt":"2011-08-05T21:59:31","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/les-etats-unis-et-la-syrie-comment-sanctionner-sans-rompre\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:49","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:49","slug":"les-etats-unis-et-la-syrie-comment-sanctionner-sans-rompre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-etats-unis-et-la-syrie-comment-sanctionner-sans-rompre\/","title":{"rendered":"Les Etats-Unis et la Syrie : comment sanctionner sans rompre ?"},"content":{"rendered":"<p>Le 2 ao\u00fbt dernier, la secr\u00e9taire d&rsquo;Etat am\u00e9ricaine, Hillary Clinton, a re\u00e7u une d\u00e9l\u00e9gation de l&rsquo;opposition syrienne, une premi\u00e8re depuis sa prise de fonction. Au cours de cette visite, toute aussi symbolique que celle qu&rsquo;il avait effectu\u00e9e \u00e0 Moscou, il y a un peu plus d&rsquo;un mois, Radwan Ziadeh, opposant syrien r\u00e9sidant \u00e0 Washington, a indiqu\u00e9 ce qu&rsquo;il esp\u00e9rait voir les Etats-Unis entreprendre \u00e0 l&rsquo;encontre du r\u00e9gime de Damas : \u00ab\u00a0Nous souhaitons que le Pr\u00e9sident Obama demande \u00e0 Bachar al-Assad de se retirer imm\u00e9diatement [&#8230;] Nous avons \u00e9galement besoin que les Etats-Unis obtiennent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ONU de nouvelles sanctions et que les crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 commis en Syrie soient jug\u00e9s par un tribunal p\u00e9nal international\u00a0\u00bb. On comprend ces incitations : jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res semaines, la position am\u00e9ricaine s&rsquo;est caract\u00e9ris\u00e9e, au niveau des d\u00e9clarations, par une grande retenue . Elles n&rsquo;ont connu une mont\u00e9e en puissance qu&rsquo;\u00e0 la suite des exactions commises contre l&rsquo;ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 Damas. Il semble malgr\u00e9 tout que la prudence vis-\u00e0-vis de la Syrie demeure encore la r\u00e8gle.<\/p>\n<p><img2234|center><\/p>\n<p><strong>Une relation bilat\u00e9rale en dents de scie<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, les relations entre Damas et Washington ont conserv\u00e9 un caract\u00e8re complexe, oscillant entre tentative de coop\u00e9ration, n\u00e9gociation et confrontation verbale. La Syrie, consid\u00e9r\u00e9e depuis 1979 par le D\u00e9partement d\u2019Etat comme soutenant le terrorisme, a fait l\u2019objet de longues r\u00e9flexions et de vifs d\u00e9saccords dans les cercles d\u00e9cisionnels am\u00e9ricains. Certains ont pr\u00f4n\u00e9 son isolement diplomatique tant qu\u2019aucune inflexion politique n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 consentie par Damas, tandis que d\u2019autres en appelaient \u00e0 la retenue et au dialogue dans le but de parvenir rapidement \u00e0 une paix avec Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>La situation actuelle refl\u00e8te le balancement entre ces diff\u00e9rentes positions. Damas est partie prenante de toute une s\u00e9rie d\u2019enjeux capitaux qui p\u00e8sent sur le maintien de la paix r\u00e9gionale. Elle est une alli\u00e9e de l\u2019Iran, elle dispose de relais politiques et s\u00e9curitaires au Liban, elle est frontali\u00e8re de l\u2019Irak, elle soutient des groupes qualifi\u00e9s de terroristes par les Etats-Unis&#8230; Tous ces \u00e9l\u00e9ments n\u2019ont pourtant jamais conduit les diff\u00e9rentes administrations am\u00e9ricaines \u00e0 mener une politique de continuit\u00e9 vis-\u00e0-vis de Damas. Certains pr\u00e9sidents se sont dress\u00e9s contre le pouvoir de nuisance que Damas se flattait de d\u00e9tenir. D\u2019autres ont adopt\u00e9 une attitude plus prudente, cherchant co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 conserver avec la Syrie une ligne diplomatique ouverte. Mais aucun n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019intimidation, au chantage et \u00e0 la menace.<\/p>\n<p>Pour mieux comprendre la politique am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Damas, il est donc n\u00e9cessaire d\u2019effectuer un petit retour en arri\u00e8re. Depuis la pr\u00e9sidence de George W. Bush, l\u2019approche am\u00e9ricaine envers Damas a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9, mais les r\u00e9sultats de cette \u00e9volution restent peu probants. Au vu de la r\u00e9volution que m\u00e8ne d\u00e9sormais le peuple syrien, il convient de s\u2019interroger sur la mani\u00e8re dont Washington red\u00e9finit sa diplomatie.<\/p>\n<p><strong>De Bush \u00e0 Obama, la continuit\u00e9 du \u00ab je t\u2019aime&#8230; moi non plus \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au lendemain du 11 septembre 2001, le Moyen-Orient, qui n&rsquo;est pas la priorit\u00e9 de la nouvelle administration am\u00e9ricaine, effectue un retour fracassant sur la sc\u00e8ne internationale. La guerre d\u00e9clar\u00e9e par Georges W. Bush contre le terrorisme offre l\u2019occasion \u00e0 la Syrie d\u2019offrir son expertise dans la lutte contre l\u2019islam politique radical. Mais les dirigeants syriens d\u00e9chantent rapidement, voyant en 2003 la guerre s\u2019installer \u00e0 leur porte. Il n\u2019est plus seulement question de lutte contre le terrorisme mais de \u00ab\u00a0regime change\u00a0\u00bb. Les Syriens comprennent qu\u2019eux-m\u00eames pourraient faire partie du plan de recomposition du Moyen-Orient voulu par l\u2019administration n\u00e9oconservatrice am\u00e9ricaine. A compter de cette date, la Syrie se retrouve sous la pression des Etats-Unis, et les condamnations internationales pleuvent sur Damas pour plusieurs raisons : non-respect du programme \u00ab\u00a0p\u00e9trole contre nourriture\u00a0\u00bb des Nations Unies qui interdit l\u2019achat de p\u00e9trole irakien ; vente et transfert d\u2019armes \u00e0 destination de Bagdad qui impliquent des personnalit\u00e9s syriennes telles que Rami Makhlouf et Firas Tlass, fils de l\u2019ancien ministre de la D\u00e9fense ; poursuite de l\u2019occupation militaire du Liban ; soup\u00e7ons entourant le possible d\u00e9veloppement d\u2019un programme d\u2019armes de destruction massive, chimiques voire nucl\u00e9aires. Tous ces \u00e9l\u00e9ments conduisent les faucons am\u00e9ricains \u00e0 mettre la pression sur Damas, et \u00e0 r\u00e9diger en 2003 le \u00ab\u00a0Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act\u00a0\u00bb (SALSRA), qui offre au chef de l\u2019ex\u00e9cutif am\u00e9ricain toute une panoplie de sanctions qui ne seront jamais int\u00e9gralement mises en \u0153uvre. Ce texte pr\u00e9voit entre autres choses :<\/p>\n<p>l\u2019interdiction des exportations \u00e0 destination de la Syrie, \u00e0 l\u2019exception de la nourriture et des m\u00e9dicaments,<\/p>\n<p>l\u2019interdiction pour les avions syriens de survoler le territoire am\u00e9ricain,<\/p>\n<p>l\u2019interdiction aux entreprises am\u00e9ricaines d\u2019investir en Syrie,<\/p>\n<p>la r\u00e9duction des contacts diplomatiques avec Damas,<\/p>\n<p>la limitation des d\u00e9placements pour les diplomates syriens aux Etats-Unis dans un rayon de 40 kilom\u00e8tres autour de Washington,<\/p>\n<p>le blocage des transactions avec toutes les entreprises ayant un lien avec le r\u00e9gime syrien.<\/p>\n<p>Cet arsenal de mesure ne modifie pas profond\u00e9ment l\u2019attitude des dirigeants syriens, qui pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019en tenir \u00e0 leur habituelle strat\u00e9gie de nuisance, poursuivre leurs ing\u00e9rences au Liban et entretenir une porosit\u00e9 volontaire de leur fronti\u00e8re avec l\u2019Irak. Cette r\u00e9action n\u2019impressionne pas une administration am\u00e9ricaine alors domin\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments bellicistes. Les sanctions se durcissent progressivement et ciblent \u00e0 chaque fois davantage certains responsables syriens. Damas campe malgr\u00e9 tout sur ses positions jusqu\u2019au 14 f\u00e9vrier 2005, qui engage les deux pays dans une p\u00e9riode de crise ouverte. Suite \u00e0 l\u2019attentat dont est victime \u00e0 Beyrouth l\u2019ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie est point\u00e9e du doigt, et Margaret Scobey, ambassadrice des Etats-Unis \u00e0 Damas, est aussit\u00f4t rappel\u00e9e \u00e0 Washington.<\/p>\n<p>De 2005 \u00e0 2009, les relations diplomatiques entre les deux Etats restent au point mort. Des visites se poursuivent, surtout dans le sens Washington Damas, mais aucune v\u00e9ritable discussion n\u2019est possible entre une administration am\u00e9ricaine peu ouverte au dialogue et un r\u00e9gime syrien peu dispos\u00e9 \u00e0 la concession. Seules des provocations verbales animent durant ces ann\u00e9es les chancelleries respectives. Les armes parlent \u00e0 l\u2019occasion, comme lors d\u2019un raid d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res am\u00e9ricains, le 26 octobre 2008 \u00e0 Ab\u00fb Kam\u00e2l, sur la fronti\u00e8re syro-irakienne, officiellement destin\u00e9 \u00e0 \u00e9liminer un commando d\u2019insurg\u00e9s r\u00e9fugi\u00e9 en Syrie. Mais la volont\u00e9 d\u2019isoler politiquement la Syrie domine alors la strat\u00e9gie n\u00e9oconservatrice am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Avec la prise de fonction de Barack Obama, en janvier 2009, une nouvelle approche est inaugur\u00e9e. On consid\u00e8re d\u00e9sormais, \u00e0 Washington, qu\u2019il faut se r\u00e9engager diplomatiquement avec Damas, qui joue un r\u00f4le essentiel dans la r\u00e9gion, notamment au regard du processus de paix isra\u00e9lo-arabe, priorit\u00e9 affich\u00e9e du d\u00e9but de mandat du nouveau pr\u00e9sident. L\u2019administration d\u00e9mocrate fra\u00eechement \u00e9lue est \u00e9galement persuad\u00e9e qu\u2019en se rapprochant de la Syrie, celle-ci s\u2019\u00e9loignera de l\u2019Iran, mais \u00e9galement du Hamas et du Hizbollah. Mais, d\u00e8s 2010, les Am\u00e9ricains se rendent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : la strat\u00e9gie du \u00ab\u00a0donnant-donnant\u00a0\u00bb ne fonctionne pas avec la Syrie. Ainsi malgr\u00e9 les visites de personnalit\u00e9s am\u00e9ricaines de premier plan, tel que John Kerry, pr\u00e9sident du comit\u00e9 des affaires \u00e9trang\u00e8res au S\u00e9nat, ou Georges Mitchell, envoy\u00e9 sp\u00e9cial du pr\u00e9sident pour le Moyen-Orient, Damas campe sur une attitude de d\u00e9fiance, refuse de collaborer avec l\u2019Agence Internationale de l\u2019Energie Atomique (AIEA), entrave les activit\u00e9s du Tribunal Sp\u00e9cial pour le Liban (TSL), ne montre gu\u00e8re de souplesse dans les pourparlers avec les Isra\u00e9liens&#8230;<\/p>\n<p>Le changement de strat\u00e9gie de la part des Am\u00e9ricains n\u2019entraine donc pas de r\u00e9action notable de la part de Damas, les dirigeants syriens s\u2019imaginant en position de force, et interpr\u00e9tant les ouvertures am\u00e9ricaines comme des marques de faiblesse de leur part ou comme la reconnaissance par les Etats-Unis qu\u2019ils ne peuvent se passer de la coop\u00e9ration de la Syrie. L\u2019attitude des Etats-Unis aurait pourtant du les inciter \u00e0 la prudence, car, si la logique du dialogue pr\u00e9domine \u00e0 Washington sous la pr\u00e9sidence de Barack Obama, y compris vis-\u00e0-vis de la Syrie, elle n\u2019exclut pas pour autant le recours aux sanctions. Le SALSRA, bien que non-int\u00e9gralement appliqu\u00e9, est ainsi prorog\u00e9 en mai 2009. Il est toujours en vigueur aujourd\u2019hui. Alors que les Syriens imaginaient accueillir un nouvel ambassadeur am\u00e9ricain d\u00e8s avril 2009, ce qui aurait marqu\u00e9 leur retour en grande pompe sur la sc\u00e8ne internationale, Robert Ford n\u2019y arrive qu\u2019en janvier 2011, au terme d\u2019un bras de fer entre Barack Obama et le Congr\u00e8s, aussi r\u00e9ticent que les Isra\u00e9liens face \u00e0 cette nomination. A mi-mandat du pr\u00e9sident am\u00e9ricain, force est de constater que si la nouvelle administration semble plus ouverte au dialogue, sa patience est des plus limit\u00e9es.<\/p>\n<p><img2235|center><\/p>\n<p><strong>La relation bilat\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9volution en Syrie<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Compte-tenu de ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 les relations entre les Etats-Unis et la Syrie aux cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, agit\u00e9es et marqu\u00e9es par de multiples signes de provocation et de d\u00e9fiance, on aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce que l\u2019administration am\u00e9ricaine s\u2019empresse d\u2019appeler \u00e0 la chute du r\u00e9gime de Bachar al-Assad, une fois les premi\u00e8res manifestations populaires enclench\u00e9es. Mais, \u00e0 l\u2019inverse de ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec l\u2019Egypte ou le Y\u00e9men, il n\u2019en est rien.<\/p>\n<p>Certains experts am\u00e9ricains incitent l&rsquo;administration \u00e0 faire preuve de prudence dans le traitement du cas syrien. Bachar al-Assad est en effet plus un adversaire qu\u2019un ennemi pour les Etats-Unis, mais \u00e9galement pour leur alli\u00e9 isra\u00e9lien. L\u2019Etat h\u00e9breu en a conscience. Il fait logiquement observer \u00e0 Washington qu\u2019une chute du r\u00e9gime syrien pourrait avoir pour lui des cons\u00e9quences s\u00e9rieuses. Mieux vaut d\u00e8s lors privil\u00e9gier un adversaire connu et sur lequel on a une prise &#8211; au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, Isra\u00ebl a plusieurs fois survol\u00e9 le territoire syrien et y a men\u00e9 une attaque a\u00e9rienne contre un site de recherche suppos\u00e9e nucl\u00e9aire, sans que la Syrie ose relever l\u2019affront autrement que par des menaces rest\u00e9es sans suite &#8211; que l\u2019inconnu. Plusieurs sc\u00e9narios pessimistes s&#8217;empilent en effet sur la table des strat\u00e8ges am\u00e9ricains, annon\u00e7ant soit l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Damas d\u2019un r\u00e9gime de type islamiste, soit l\u2019\u00e9clatement du pays dans un sc\u00e9nario \u00e0 l\u2019irakienne.<\/p>\n<p>Mais la vision appelant au maintien du statu quo satisfait de moins en moins les d\u00e9cideurs \u00e0 Washington, comme d&rsquo;ailleurs \u00e0 Tel Aviv, ainsi que le montre un r\u00e9cent discours de Shimon Peres. Barack Obama, dont le principal objectif dans la r\u00e9gion reste le r\u00e8glement du conflit isra\u00e9lo-arabe, semble peu \u00e0 peu acquis \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau r\u00e9gime en Syrie pourrait \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 cet \u00e9gard. Il pense que, occup\u00e9 par la relance de la vie politique et \u00e9conomique, dans un contexte o\u00f9 les questions int\u00e9rieures seront pr\u00e9dominantes, le nouveau pouvoir en Syrie aura d\u2019autres choses \u00e0 faire que reprendre \u00e0 son compte la strat\u00e9gie de nuisance et d\u2019obstruction de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Une transition politique pourrait donc avoir des effets positifs sur la paix r\u00e9gionale. De plus, les quatre mois de manifestation en Syrie ont permis de constater que les Fr\u00e8res Musulmans, \u00e9ternel \u00e9pouvantail, n&rsquo;ont plus l&rsquo;influence qu\u2019ils d\u00e9tenaient dans les ann\u00e9es 1980. S\u2019il est probable que les sunnites, majoritaires dans le pays, seront majoritaires au sein du nouveau pouvoir, rien ne permet de croire que leur Association y occupera une place pr\u00e9pond\u00e9rante, manifestants et opposants &#8211; Fr\u00e8res Musulmans compris &#8211; appelant de concert \u00e0 la mise en place d\u2019un Etat \u00ab\u00a0madani\u00a0\u00bb, la\u00efc mod\u00e9r\u00e9. Un autre \u00e9l\u00e9ment est pris en compte par l\u2019administration am\u00e9ricaine : la r\u00e9sistance des protestataires au pi\u00e8ge de la guerre civile tendu par le r\u00e9gime. Si l\u2019on excepte la p\u00e9riode de la fin des ann\u00e9es 1970 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, au cours de laquelle les torts sont d&rsquo;ailleurs partag\u00e9s entre les \u00ab\u00a0islamistes\u00a0\u00bb et le pouvoir, la violence sectaire est toujours rest\u00e9e un ph\u00e9nom\u00e8ne marginal en Syrie. Les manifestants font preuve aujourd\u2019hui d\u2019une maturit\u00e9 politique impressionnante, refusant de faire le jeu du r\u00e9gime, alors m\u00eame que celui-ci pousse ses miliciens \u00e0 commettre exaction sur exaction.<\/p>\n<p>Washington s\u2019interroge donc chaque jour davantage sur l\u2019int\u00e9r\u00eat de soutenir Bachar al-Assad. Le temps o\u00f9 Barack Obama \u00ab\u00a0d\u00e9plorait\u00a0\u00bb le recours \u00e0 la violence des forces de s\u00e9curit\u00e9 et o\u00f9 Hillary Clinton appelait le \u00ab\u00a0r\u00e9formateur\u00a0\u00bb Bachar al-Assad \u00e0 mettre en \u0153uvre un calendrier de r\u00e9formes semble d\u00e9pass\u00e9. La p\u00e9riode est d\u00e9sormais aux sanctions.<\/p>\n<p>D\u00e9s le 29 avril, des mesures \u00e0 l\u2019encontre de Maher al-Assad, fr\u00e8re du pr\u00e9sident, ainsi que de son cousin, Atif Najib, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par Washington. Elles incluaient \u00e9galement le plus haut responsable du directoire du renseignement syrien. Moins d\u2019un mois apr\u00e8s, une nouvelle s\u00e9rie de sanctions a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, contrebalan\u00e7ant les prises de position r\u00e9serv\u00e9es des dirigeants am\u00e9ricains. Bachar al-Assad en a \u00e9t\u00e9 la principale victime. Le 19 mai, lors de son discours sur la situation au Moyen-Orient, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a lanc\u00e9 une mise en garde \u00e0 son homologue syrien, le mettant en demeure de \u00ab r\u00e9former ou partir \u00bb. Plusieurs autres hauts responsables syriens ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 la cible de Washington : Farouq al-Chareh, vice-pr\u00e9sident ; Adel Safar, Premier ministre ; Mohammad Ibrahim al-Chaar, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ; Ali Habib Mahmoud, ministre de la D\u00e9fense ; Abdul Fatah Qoudsiyeh, chef du renseignement militaire ; Mohammad Dib Zeitoun, directeur de la s\u00e9curit\u00e9 politique. A cette liste, le D\u00e9partement du Tr\u00e9sor a ult\u00e9rieurement ajout\u00e9 Hafez Makhlouf, cousin de Bachar al-Assad et membre des services de renseignements, mais aussi des institutions syriennes en lien avec les forces de s\u00e9curit\u00e9, un grand groupe \u00e9conomique affili\u00e9 au r\u00e9gime, la Holding Cham, et son pr\u00e9sident Nabil Rafik al-Kouzbari.<\/p>\n<p><img2233|center><br \/>\nD\u2019autres initiatives ont \u00e9t\u00e9 prises par les Am\u00e9ricains en soutien aux protestataires syriens. Ainsi, comme les Britanniques l\u2019avaient fait pr\u00e9c\u00e9demment avec l\u2019ambassadeur Sami Khiami, le D\u00e9partement d\u2019Etat a convoqu\u00e9 le 6 juillet l\u2019ambassadeur Imad Mustapha. Il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par Eric Boswell, secr\u00e9taire-assistant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 diplomatique au D\u00e9partement d\u2019Etat, qui l\u2019a mis en garde contre la poursuite de la surveillance et le recours \u00e0 la menace \u00e0 l\u2019encontre de citoyens syriens et syro-am\u00e9ricains r\u00e9sidant sur le territoire am\u00e9ricain, ce genre d\u2019action pouvant mener \u00e0 des poursuites judiciaires.<\/p>\n<p>Le fait le plus m\u00e9diatis\u00e9 et le plus significatif s\u2019est toutefois d\u00e9roul\u00e9 en Syrie. Les 7 et 8 juillet, l\u2019ambassadeur am\u00e9ricain Robert Ford s\u2019est rendu dans la ville de Hama, encercl\u00e9e et sans doute sur le point d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9e par les forces arm\u00e9es. Il y a rencontr\u00e9 l\u2019opposition locale. Pour les autorit\u00e9s syriennes, cette visite a constitu\u00e9 une \u00ab\u00a0preuve\u00a0\u00bb de la collaboration am\u00e9ricaine avec les \u00ab\u00a0saboteurs\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0incitation \u00e0 la violence, \u00e0 la manifestation et au refus du dialogue\u00a0\u00bb. Pour les protestataires, cette visite est au contraire apparue providentielle, les habitants de la ville redoutant la r\u00e9p\u00e9tition imminente des \u00e9v\u00e9nements de 1982. La r\u00e9plique du r\u00e9gime ne se fait pas attendre. Le 10 juillet, une manifestation de menhebbakjis &#8211; un terme forg\u00e9 par les manifestants pour tourner en d\u00e9rision ceux qui font profession \u00ab\u00a0d&rsquo;aimer\u00a0\u00bb Bachar al-Assad &#8211; est organis\u00e9e aux alentours de l\u2019ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 Damas. Elle d\u00e9g\u00e9n\u00e8re rapidement. En r\u00e9ponse, Robert Ford poste le jour suivant une note sur sa page Facebook, dans lequel il constate avec ironie \u00ab\u00a0le laisser-faire du gouvernement syrien quand il s\u2019agit de manifestations anti-am\u00e9ricaines, tandis que les nervis des services de s\u00e9curit\u00e9 frappent des manifestants pacifiques\u00a0\u00bb. Dans cette m\u00eame note, il invite les sceptiques \u00e0 comparer les d\u00e9gradations que son ambassade a subies \u00e0 l\u2019\u00e9tat des locaux du parti Ba\u2019th et du si\u00e8ge de la police \u00e0 Hama, intacts selon lui.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dire que, pour les Etats-Unis, le recours \u00e0 la violence est d\u2019abord et avant tout le fait du r\u00e9gime de Bachar al-Assad. S\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 atteint, le point de rupture est d\u00e9sormais proche entre le pouvoir syrien et l\u2019administration am\u00e9ricaine. Comme Hillary Clinton le souligne, le 11 juillet, le r\u00e9gime syrien a \u00ab\u00a0soit autoris\u00e9, soit incit\u00e9\u00a0\u00bb les manifestants \u00e0 s\u2019en prendre aux locaux de la repr\u00e9sentation am\u00e9ricaine, situ\u00e9e dans un quartier ultra-s\u00e9curis\u00e9 dans lequel vivent g\u00e9n\u00e9raux et membres de la famille al-Assad, le chef de l\u2019Etat compris&#8230; La secr\u00e9taire d\u2019Etat affirme \u00e0 cette occasion que Bachar al-Assad a \u00ab\u00a0perdu sa l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0\u00bb et qu\u2019il n\u2019est \u00ab\u00a0pas indispensable.<\/p>\n<p><strong>Washington entre volont\u00e9 de r\u00e9engagement et realpolitik<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>De plus en plus nombreuses, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent aux Etats-Unis pour appeler \u00e0 des mesures et des sanctions plus fortes \u00e0 l\u2019encontre de Damas. Le 5 mai 2011, la congressiste de Floride, Ileana Ros-Lehtinen, et le congressiste Eliot Engel de New York, membres du Comit\u00e9 des Affaires Etrang\u00e8res, ont ainsi \u00e9crit au pr\u00e9sident Barack Obama pour l\u2019appeler \u00e0 mettre int\u00e9gralement en \u0153uvre le SALSRA.<\/p>\n<p>Des opposants syriens appellent \u00e9galement les Etats-Unis \u00e0 durcir leurs sanctions, notamment dans le domaine \u00e9conomique. A leurs yeux, l\u2019administration am\u00e9ricaine a franchi un pas capital en d\u00e9clarant Bachar al-Assad \u00ab\u00a0ill\u00e9gitime\u00a0\u00bb et en d\u00e9montrant, lors de la visite de Robert Ford \u00e0 Hama, le soutien des Etats-Unis aux protestataires. Mais, selon eux, les Etats-Unis doivent aller plus loin et adopter des sanctions unilat\u00e9rales, toute r\u00e9solution internationale restant pour le moment menac\u00e9e de blocage au Conseil de S\u00e9curit\u00e9 par la Russie et la Chine. Le secteur \u00e9nerg\u00e9tique syrien est une cible actuellement \u00e9tudi\u00e9e. Le r\u00e9gime est en effet hautement d\u00e9pendant de sa production p\u00e9troli\u00e8re qui, bien que peu \u00e9lev\u00e9e &#8211; moins de 390 000 barils par jours &#8211; et de m\u00e9diocre qualit\u00e9, lui permet de financer un quart voire un tiers de son budget annuel. L\u2019Etat syrien ne pouvant \u00e0 l\u2019heure actuelle imposer de charges fiscales suppl\u00e9mentaires \u00e0 la population, il devra puiser dans les r\u00e9serves de la Banque centrale. Celles-ci s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 17 milliards de dollars, plus des trois quarts de son budget annuel qui tourne en moyenne autour de 21 milliards de dollars. Les Etats-Unis pourraient aussi faire pression sur les pays acheteurs d\u2019hydrocarbures syriens, tel que la France, l\u2019Allemagne, l\u2019Italie ou les Pays-Bas. Des pressions sur des entreprises p\u00e9troli\u00e8res seraient \u00e9galement envisageables afin que celles-ci cessent temporairement leurs activit\u00e9s en Syrie. Au del\u00e0 du secteur \u00e9nerg\u00e9tique, Washington \u00e9tudie \u00e9galement la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9largir les sanctions \u00e0 certaines entreprises li\u00e9es au r\u00e9gime, de mani\u00e8re \u00e0 susciter la d\u00e9fection d\u2019\u00e9lites \u00e9conomiques, jusque l\u00e0 en grande partie encore fid\u00e8les au pouvoir.<\/p>\n<p>Si elles sont mises en \u0153uvre, ces mesures n\u2019auront toutefois qu\u2019une efficacit\u00e9 limit\u00e9e. Les Etats-Unis ont conscience qu\u2019ils n\u2019ont que peu de poids sur le r\u00e9gime syrien, et qu\u2019\u00e0 eux seuls ils ne peuvent le conduire \u00e0 modifier son comportement. La Syrie ne d\u00e9pend pas de ses relations commerciales avec les Etats-Unis, ni de sa technologie, secteur a\u00e9ronaval exclu. Si des sanctions contre des responsables syriens sont adopt\u00e9es, elles ne seront pas d\u2019une importance cruciale au vu de la faible quantit\u00e9 des avoirs syriens aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains connaissent les limites de leur influence. Eux-m\u00eames s\u2019interrogent sur l\u2019utilit\u00e9 de sanctionner Damas plus que ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas. Washington ne tient pas \u00e0 se substituer aux protestataires dans les pressions exerc\u00e9es sur le r\u00e9gime, par crainte de l\u00e9gitimer le discours du pouvoir sur la \u00ab conspiration \u00bb. Dans une interview accord\u00e9e \u00e0 la revue Foreign Policy, le 14 juillet, Robert Ford a affirm\u00e9 que Washington pouvait \u00ab\u00a0soutenir\u00a0\u00bb les protestataires pacifiques, mais ne pouvait pas aller plus loin. Aucune autre forme de soutien n\u2019aurait un poids significatif. Pire, elle pourrait \u00e0 terme s\u2019av\u00e9rer contre-productive.<\/p>\n<p> ***<\/p>\n<p>Les Etats-Unis avancent avec prudence. L&rsquo;administration semble sinc\u00e8re dans ses d\u00e9clarations et dans les sanctions qu\u2019elle impose \u00e0 la Syrie. Mais elle n\u2019ose pas s\u2019aventurer dans ce que certains consid\u00e8rent \u00e0 Washington comme des eaux troubles. Les responsables am\u00e9ricains savent d&rsquo;ailleurs que ce qu\u2019ils d\u00e9cident n\u2019a que peu d\u2019impact en Syrie. Avec le temps, la mise en oeuvre de sanctions dans le secteur \u00e9nerg\u00e9tique appara\u00eet probable. Mais elles risquent de rester mesur\u00e9es et, en tout \u00e9tat de cause, elles ne r\u00e9pondront pas totalement aux attentes des opposants syriens. Bref, \u00e0 ce jour encore, les Etats-Unis semblent \u00eatre davantage dans l\u2019expectative que dans l\u2019action, sans doute parce que Washington s&rsquo;est fait \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que la solution diplomatique \u00e0 la crise ne proviendra que des pays voisins de la Syrie, au premier rang desquels la Turquie, qui dispose de liens commerciaux &#8211; et nagu\u00e8re encore politiques &#8211; puissants avec Damas.<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments expliquent les difficult\u00e9s \u00e9prouv\u00e9es par les Etats-Unis \u00e0 s\u2019engager plus concr\u00e8tement contre le r\u00e9gime de Bachar al-Assad. Tout montre que, \u00e0 ce stade encore, la solution privil\u00e9gi\u00e9e reste diplomatique &#8211; l&rsquo;ambassadeur Robert Ford est encore \u00e0 son poste, alors qu\u2019en avril un diplomate am\u00e9ricain avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0malmen\u00e9\u00a0\u00bb et que, en juillet, son ambassade a \u00e9t\u00e9 la cible d\u2019attaques organis\u00e9es par le r\u00e9gime &#8211; et que la rupture des relations n&rsquo;interviendra pas \u00e0 l&rsquo;initiative de Washington. M\u00eame si certains affectent de s&rsquo;interroger sur l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 ou la faisabilit\u00e9 d&rsquo;une intervention militaire, tout porte \u00e0 croire qu&rsquo;un tel d\u00e9veloppement n&rsquo;est nullement \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. D\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e sur de nombreux fronts, l\u2019OTAN ne tient pas \u00e0 &#8211; et n&rsquo;est plus en mesure de &#8211; s\u2019attaquer \u00e0 qui que ce soit. De plus, pour les protestataires syriens rien ne serait plus n\u00e9faste \u00e0 leur r\u00e9volution qu\u2019une intervention militaire ext\u00e9rieure, qui \u00f4terait son caract\u00e8re populaire et pacifique \u00e0 leur r\u00e9volution.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 2 ao\u00fbt dernier, la secr\u00e9taire d&rsquo;Etat am\u00e9ricaine, Hillary Clinton, a re\u00e7u une d\u00e9l\u00e9gation de l&rsquo;opposition syrienne, une premi\u00e8re depuis sa prise de fonction. Au cours de cette visite, toute aussi symbolique que celle qu&rsquo;il avait effectu\u00e9e \u00e0 Moscou, il y a un peu plus d&rsquo;un mois, Radwan Ziadeh, opposant syrien r\u00e9sidant \u00e0 Washington, a<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-130776","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130776","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130776"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130776\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130776"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130776"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130776"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}