{"id":130480,"date":"2011-07-04T18:34:54","date_gmt":"2011-07-04T17:34:54","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/deux-mois-plus-un-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-3-3\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:39","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:39","slug":"deux-mois-plus-un-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-3-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/deux-mois-plus-un-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-3-3\/","title":{"rendered":"DEUX MOIS\u2026 PLUS UN DE REVOLUTION EN SYRIE. UN PREMIER BILAN (3\/3)"},"content":{"rendered":"<p>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer un point de d\u00e9part acceptable pour le mouvement. Celui-ci a donc l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9 aujourd\u2019hui ses deux mois\u2026 plus un d\u2019existence. Quel bilan peut-on en dresser ? Quels sont les acquis et les \u00e9checs des partenaires en pr\u00e9sence ? Surtout, comment se profile l\u2019issue du bras de fer qui oppose d\u00e9sormais le r\u00e9gime aux manifestants et \u00e0 l\u2019opposition ?<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/05\/24\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-13\">1 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DU REGIME DE BACHAR AL ASSAD<br \/>\n<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.middleeasttransparent.com\/spip.php?page=article&#038;id_article=14649&#038;lang=fr\">2 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DE LA CONTESTATION<br \/>\n<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>3 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DE L\u2019OPPOSITION<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>3.1 &#8211; L\u2019opposition comme telle n\u2019est pas \u00e0 l\u2019origine de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Comme dans les autres pays arabes touch\u00e9s depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e 2010 par des mouvements de protestation populaire contre les pouvoirs en place, les partis politiques de l\u2019opposition syrienne ne sont pas en tant que tels \u00e0 l\u2019origine de la contestation. Ce ne sont pas des opposants qui ont sign\u00e9 les premiers appels diffus\u00e9s sur Internet, au cours du mois de janvier 2011, pour inciter les Syriens \u00e0 se mobiliser contre le r\u00e9gime et \u00e0 se diriger vers les places publiques, \u00e0 Damas et Alep en particulier, afin d\u2019y \u00e9tablir des espaces symboliques de \u00ab\u00a0Syrie lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019ignorant &#8211; ou affectant d\u2019ignorer &#8211; \u00e0 cette date d\u2019o\u00f9 provenaient ces messages, le r\u00e9gime ne les a pas imput\u00e9s \u00e0 l\u2019opposition, mais \u00e0 des \u00ab\u00a0ennemis de la Syrie\u00a0\u00bb et \u00e0 des \u00ab\u00a0parties syriennes li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb. Dans le communiqu\u00e9 diffus\u00e9 le 30 Janvier pour inviter ses concitoyens d\u2019Alep \u00e0 occuper, les 4 et 5 f\u00e9vrier, la place Saadallah Al Jabiri, l\u2019opposant Ghassan Najjar, membre dirigeant du Courant Islamique D\u00e9mocratique Ind\u00e9pendant en Syrie et de la D\u00e9claration de Damas, n\u2019a pas revendiqu\u00e9 la paternit\u00e9 de l\u2019appel pr\u00e9c\u00e9demment diffus\u00e9 \u00e0 ce propos. Il l\u2019a \u00ab\u00a0approuv\u00e9\u00a0\u00bb et il l\u2019a \u00ab\u00a0appuy\u00e9\u00a0\u00bb, ce qui \u00e9quivalait \u00e0 une reconnaissance implicite qu\u2019il n\u2019en \u00e9tait pas l\u2019auteur. De m\u00eame, ce ne sont pas les revendications traditionnelles de l\u2019opposition qui ont jet\u00e9 les gens dans les rues \u00e0 Daraa, au milieu du mois de mars, pour le v\u00e9ritable coup d\u2019envoi de la contestation, mais la col\u00e8re populaire face aux agissements irresponsables des services de s\u00e9curit\u00e9 du r\u00e9gime.<\/p>\n<p><strong>3.2 &#8211; L\u2019opposition a contribu\u00e9 au d\u00e9clenchement de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>En revanche, il est indubitable que, en amont, des opposants ont contribu\u00e9 individuellement ou collectivement \u00e0 la mobilisation. On peut en voir le meilleur exemple dans l\u2019activit\u00e9 inlassable d\u00e9ploy\u00e9e durant la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019Intifada par Souhe\u00efr Al Atassi, pr\u00e9sidente du \u00ab\u00a0Forum pour le Dialogue D\u00e9mocratique\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 durant le printemps de Damas en hommage \u00e0 son p\u00e8re, Jamal Al Atassi, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2000) du Parti de l\u2019Union Socialiste Arabe D\u00e9mocratique. Au d\u00e9but du mois de janvier 2011, elle signait un appel sur Facebook en faveur d\u2019un \u00ab\u00a0bateau du retour\u00a0\u00bb qui ram\u00e8nerait en Syrie des citoyens jadis chass\u00e9s de leur pays ou contraints de le quitter pour \u00e9chapper \u00e0 la mort ; d\u00e9but f\u00e9vrier, elle participait aux sit-in de solidarit\u00e9 organis\u00e9s sur la place Bab Touma \u00e0 Damas pour exprimer le soutien de la jeunesse syrienne aux Egyptiens qui occupaient au m\u00eame moment la place Tahrir au Caire ; milieu f\u00e9vrier, elle manifestait devant l\u2019ambassade de Libye en Syrie pour d\u00e9noncer la r\u00e9pression men\u00e9e par le r\u00e9gime de Moammar Al Qaddafi contre les Libyens \u00e0 leur tour descendus dans la rue ; le 16 mars, elle s\u2019associait sur la place Merjeh, au c\u0153ur de la capitale, aux demandes de femmes et m\u00e8res de prisonniers r\u00e9clamant que leurs proches soient d\u00e9f\u00e9r\u00e9s devant un tribunal, si des griefs existaient contre eux, et dans le cas contraire qu\u2019ils soient lib\u00e9r\u00e9s. Arr\u00eat\u00e9e \u00e0 cette occasion en compagnie d\u2019autres opposants et opposantes, et lib\u00e9r\u00e9e le 3 avril, elle vit depuis lors dans la clandestinit\u00e9. <\/p>\n<p>Elle avait auparavant jou\u00e9 un r\u00f4le pionnier en cr\u00e9ant sur Facebook une page destin\u00e9e \u00e0 associer le plus grand nombre possible d\u2019internautes aux d\u00e9bats d&rsquo;un forum virtuel, destin\u00e9 \u00e0 remplacer celui qu\u2019elle ne pouvait plus organiser \u00e0 son domicile. Son refus de se plier aux injonctions du r\u00e9gime, qui lui avait demand\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2009, de cesser cette activit\u00e9, lui avait valu plusieurs convocations par les moukhabarat\u2026 Son obstination et son courage ont inspir\u00e9 nombre de ses concitoyens, en particulier parmi les jeunes, \u00e9tudiants et autres, qu\u2019elle a souvent entra\u00een\u00e9s dans son sillage. On pourrait \u00e9galement \u00e9voquer ici l\u2019influence d\u2019activistes comme l\u2019ancien d\u00e9put\u00e9 et industriel Riyad Seif, l\u2019ancien leader communiste Riyad Turk, l\u2019avocat Haytham Al Maleh, l\u2019intellectuel Michel Kilo, les fr\u00e8res Akram et Anwar Al Bounni, et quelques dizaines d\u2019autres. Il faut donc reconna\u00eetre \u00e0 la fois que ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019appel des partis de l\u2019opposition que les Syriens ont commenc\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9parer, au d\u00e9but de 2011, \u00e0 descendre dans la rue, mais que des membres de l\u2019opposition ont contribu\u00e9, par leurs initiatives et par leur action plus ou moins obscure durant les ann\u00e9es 2000 \u00e0 2010, \u00e0 pr\u00e9parer les esprits \u00e0 la d\u00e9marche de contestation ouverte du r\u00e9gime, qui, il y a quelques mois encore, paraissait totalement impossible.<\/p>\n<p><strong>3.3 &#8211; L\u2019opposition s\u2019est ins\u00e9r\u00e9e dans la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers appels \u00e0 manifester, relay\u00e9s \u00e0 travers la Syrie au d\u00e9but du mois de janvier 2011 via les r\u00e9seaux sociaux, l\u2019opposition a trouv\u00e9 sa place dans la contestation. Les mots d\u2019ordre et les objectifs propos\u00e9s aux protestataires reprenaient en effet les demandes qui, depuis des d\u00e9cennies, \u00e9taient celles des opposants. La liste en est d\u00e9sormais bien connue. On mentionnera uniquement ici pour m\u00e9moire : la fin de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, la suppression des lois et des tribunaux d\u2019exception, la remise en libert\u00e9 de tous les d\u00e9tenus d\u2019opinion, l\u2019interdiction aux services de renseignements d\u2019interf\u00e9rer dans la vie quotidienne des citoyens, l\u2019octroi aux Syriens des libert\u00e9s qui leur sont th\u00e9oriquement reconnues par la Constitution, l\u2019autorisation aux partis politiques, aux syndicats, aux organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile de travailler parmi la population, etc. Si quelques v\u00e9t\u00e9rans de l\u2019opposition traditionnelle ont h\u00e9sit\u00e9 avant de rejoindre un mouvement qui les surprenait pour de multiples raisons &#8211; il n\u2019avait pas de contenu id\u00e9ologique pr\u00e9cis, il n\u2019avan\u00e7ait pas de projet alternatif, il utilisait des techniques nouvelles de communication qui leur \u00e9chappaient, il \u00e9tait dirig\u00e9 par des animateurs anonymes qui n\u2019avaient jamais adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 un parti politique et qui diffusaient mots d\u2019ordre et slogans via Internet\u2026 &#8211; les plus jeunes d\u2019entre eux n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 un moment \u00e0 descendre dans les rues avec leurs camarades. Ils ont rapidement \u00e9t\u00e9 rejoints par les autres. A Daraa, \u00e0 Douma, \u00e0 Homs et ailleurs, de Lattaqui\u00e9 \u00e0 Al Bou Kamal, les militants des partis qui composent le Rassemblement National D\u00e9mocratique, ceux des partis kurdes et assyriens, les membres des Comit\u00e9s de la Soci\u00e9t\u00e9 Civile, les activistes des diff\u00e9rentes Organisations de D\u00e9fense des Droits de l\u2019Homme ont d\u00e9fil\u00e9 avec et parmi les autres habitants, sans chercher ni \u00e0 revendiquer un r\u00f4le particulier, ni \u00e0 imposer d\u2019autres directives que celles provenant des Coordinations peu \u00e0 peu mises en place pour tenter d\u2019unifier le mouvement.<\/p>\n<p><strong>3.4 &#8211; L\u2019opposition a renforc\u00e9 la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si la participation d\u2019opposants \u00e0 la protestation est rest\u00e9e discr\u00e8te, l\u2019absence de banderoles et de slogans sp\u00e9cifiques ne permettant pas de les identifier comme tels dans les manifestations, l\u2019opposition a en revanche apport\u00e9 un appui important \u00e0 la contestation en diffusant par ses r\u00e9seaux et moyens habituels des communiqu\u00e9s de soutien et d\u2019encouragement. Le pouvoir syrien avait eu beau jeu, au cours du mois de janvier 2010, d\u2019attribuer \u00e0 des \u00ab\u00a0manipulations d\u2019ennemis de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb les appels lanc\u00e9s sur Internet, depuis la Syrie, par des activistes syriens auxquels la prudence imposait de conserver leur anonymat. Mais, d\u00e8s le mois de f\u00e9vrier, la publication de communiqu\u00e9s par des partis clairement identifi\u00e9s comme appartenant \u00e0 l\u2019opposition de l\u2019int\u00e9rieur, qui formulaient les m\u00eames revendications en les signant de leur nom, a priv\u00e9 le pouvoir de cet argument. Outre les partis, des personnalit\u00e9s \u00e9minentes appartenant \u00e0 toutes les tendances de l\u2019\u00e9chiquier politique se sont prononc\u00e9es pour la contestation, tout en mettant en garde contre la tentation de r\u00e9pondre par les m\u00eames moyens \u00e0 la violence utilis\u00e9e par le r\u00e9gime pour r\u00e9tablir autour des citoyens le mur de la peur en voie d\u2019\u00e9croulement. De l\u2019ext\u00e9rieur de la Syrie, des organisations et des personnalit\u00e9s jadis contraintes \u00e0 l\u2019exil en raison de leurs id\u00e9es ou de leurs engagements se sont \u00e9galement rang\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de la population, insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver son caract\u00e8re pacifique \u00e0 la contestation. L\u2019un des premiers \u00e0 tenir ce discours a \u00e9t\u00e9 le Dr Isam Al Attar, un ancien contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des Fr\u00e8res Musulmans, interdit de s\u00e9jour dans son pays d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du Parti Baath, au milieu des ann\u00e9es 1960. De France, plusieurs intellectuels syriens comme l\u2019universitaire Burhan Ghalioun, l\u2019historien Farouq Mardam Bey ou le critique litt\u00e9raire Soubhi Hadidi, ont formul\u00e9 ou sign\u00e9 les m\u00eames appels et recommandations.<\/p>\n<p><strong>3.5 &#8211; L\u2019opposition a peu profit\u00e9 de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Alors que la contestation a d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9 les cent jours, on constate que l\u2019opposition en tant que force politique organis\u00e9e n\u2019a pas tir\u00e9 profit, pour elle-m\u00eame, de sa participation au mouvement en cours, qui met pourtant en avant les th\u00e8mes qui sont les siens depuis longtemps. Globalement parlant, les partis de l\u2019opposition syrienne continuent en effet d\u2019appara\u00eetre aux jeunes de 18 \u00e0 35 ans qui forment le gros des manifestants, comme scl\u00e9ros\u00e9s, st\u00e9riles et d\u00e9pass\u00e9s (une rapide pr\u00e9sentation de ces partis figure ici). Contraints de vivre durant pr\u00e8s de 30 ans dans l\u2019autarcie qui pouvait seule assurer leur survie, ces partis n\u2019ont su profiter ni du bref interm\u00e8de du Printemps de Damas, entre septembre 2000 et septembre 2001, ni de l\u2019opportunit\u00e9 ouverte par la publication de la D\u00e9claration de Damas, en octobre 2005. A l\u2019exception du Parti Communiste &#8211; Bureau Politique, rebaptis\u00e9 Parti du Peuple D\u00e9mocratique au milieu des ann\u00e9es 2000, leur id\u00e9ologie ne s\u2019est gu\u00e8re renouvel\u00e9e. Leurs dirigeants ou anciens dirigeants, Riyad Turk, Abdel-Aziz Al Khayyer, Hasan Abdel-Azim, Abdallah Hocheh, Fateh Jamous, Ahmed Faez Al Fawwaz, Tareq Abou l-Hasan, Ghiyath Ouyoun al-Soud, Abdel-Aziz Manjouneh\u2026 sont dans leur majorit\u00e9 des personnalit\u00e9s respect\u00e9es. Il en va de m\u00eame des \u00ab\u00a0opposants ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb, qui peuvent \u00eatre des intellectuels, comme Aref Dalileh, Michel Kilo ou Huse\u00efn Al Awdat, des avocats comme Haytham Al Maleh, Mohannad Al Hasani, Anwar Al Bounni ou Khalil Maatouq, d\u2019anciens hommes d\u2019affaires, comme Riyad Seif, Samir Nachchar ou Mamoun Al Homsi, des m\u00e9decins ou des dentistes comme Kamal Al Labwani, Radwan Ziyadeh ou Ammar Al Qourabi\u2026 Mais, surveill\u00e9s, soumis \u00e0 des tracasseries continuelles, priv\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias et souvent emprisonn\u00e9s, ils manquent de bases populaires. Ils ont \u00e9t\u00e9 incapables de rallier &#8211; mais il est vrai que ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 leur premier objectif &#8211; ceux qui descendaient dans la rue pour revendiquer davantage de libert\u00e9 pour eux et pour tous les Syriens. L\u2019annonce de la cr\u00e9ation d\u2019un Comit\u00e9 de Coordination des Forces Nationales D\u00e9mocratiques, le 26 juin, a fourni l\u2019occasion \u00e0 l\u2019opposition d\u2019inviter pour la premi\u00e8re fois les \u00ab\u00a0forces vives dirigeant les manifestations pacifiques\u00a0\u00bb \u00e0 rejoindre les organisations politiques pour travailler ensemble au changement dans le pays. Il est trop t\u00f4t pour se prononcer sur le r\u00e9sultat de cet appel. Mais, comme on l&rsquo;expliquera plus loin, il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019il soit entendu.<\/p>\n<p><strong>3.6 &#8211; L\u2019opposition a servi de porte-parole \u00e0 la contestation\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Quand les m\u00e9dias arabes et occidentaux ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser, de mani\u00e8re \u00e9chelonn\u00e9e dans le temps, au mouvement de contestation en Syrie que peu d\u2019observateurs croyaient possible au d\u00e9part et que les autorit\u00e9s syriennes s\u2019attachaient \u00e0 d\u00e9crire comme un simple orage d\u2019\u00e9t\u00e9, ils ont cherch\u00e9 \u00e0 donner la parole \u00e0 la protestation. Mais, faute de pouvoir obtenir les noms des v\u00e9ritables meneurs, contraints de rester dans l\u2019anonymat et d\u2019utiliser des pseudonymes pour garantir leur s\u00e9curit\u00e9, et incapables d\u2019\u00e9tablir avec eux un contact direct puisque la Syrie avait ferm\u00e9 ses portes aux m\u00e9dias \u00e9trangers \u00ab\u00a0hostiles\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ind\u00e9pendants, les journalistes se sont tourn\u00e9s vers les membres connus de l\u2019opposition qui participaient au mouvement. En r\u00e9pondant aux interviews et en laissant leur image plus ou moins famili\u00e8re appara\u00eetre sur les \u00e9crans, ceux-ci ont non seulement donn\u00e9 une voix et un visage \u00e0 la contestation, mais ils lui ont permis de gagner en cr\u00e9dibilit\u00e9. Alors que le r\u00e9gime s\u2019effor\u00e7ait de faire croire \u00e0 l\u2019opinion publique internationale que son action \u00e9tait l\u00e9gitime, puisqu\u2019il ne faisait que se d\u00e9fendre contre un \u00ab\u00a0complot ourdi de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb, financ\u00e9 par les ennemis de la Syrie et mis en \u0153uvre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur par des \u00ab\u00a0terroristes islamistes arm\u00e9s\u00a0\u00bb, la cr\u00e9dibilit\u00e9 dont b\u00e9n\u00e9ficiaient ces opposants a convaincu la plupart des observateurs que la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente. Tous en effet ont dit et redit que la r\u00e9volution \u00e9tait pacifique, unitaire et non confessionnelle. Que le seul complot \u00e9tait celui que dirigeait le r\u00e9gime pour mettre \u00e0 terre le peuple. Qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autres groupes arm\u00e9s en Syrie que les voyous auxquels Bachar Al Assad confiait les plus sales besognes. Que les promesses d\u2019ouverture et les mesures de r\u00e9forme du chef de l\u2019Etat, jamais totalement mises en \u0153uvre, n\u2019\u00e9taient que de la poudre aux yeux. Que le pouvoir n\u2019avait pas l\u2019intention de changer mais de gagner du temps afin de rester en place. Qu\u2019il \u00e9tait moins int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 dialoguer qu\u2019\u00e0 diviser les opposants\u2026 Or il est difficile de traiter de menteurs des hommes comme ceux dont les noms ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s, qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 des terroristes, et qui n\u2019ont fait des ann\u00e9es de prison que par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leurs id\u00e9es et \u00e0 leur engagement en faveur de leurs concitoyens.<\/p>\n<p><strong>3.7 &#8211; \u2026 subissant les repr\u00e9sailles du r\u00e9gime contre certains de ses membres<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Pour mettre fin \u00e0 la contestation, le r\u00e9gime a donc consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il devait non seulement ramener les protestataires chez eux en les terrorisant par tous les moyens, mais aussi les priver de relais dans les opinions publiques ext\u00e9rieures. Pour ce faire, il a men\u00e9 une politique syst\u00e9matique d\u2019arrestation des opposants, qui, en r\u00e9pondant aux questions des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9visions \u00e9trang\u00e8res, avaient contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant le travail de d\u00e9sinformation de ses services sp\u00e9cialis\u00e9s. La liste de ces arrestations est longue. Elle comprend Ahmed Maatouq, Mohammed Najati Tayyara, Ghiyath Ouyoun al Soud, Mahmoud Issa, Abdel-Naser Kahlous, Mohammed Omar Kardas, Qasem Azzawi, Fahmi Yousef&#8230; Pour des raisons diff\u00e9rentes, d\u2019autres opposants notoires ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 travers tout le pays. Certains avaient eux-m\u00eames appel\u00e9 \u00e0 manifester, comme Georges Sabra, membre du Parti du Peuple D\u00e9mocratique, \u00e9l\u00e9ment moteur de la mobilisation dans sa ville de Qatana. D\u2019autres avaient apport\u00e9 aux manifestations la caution de leur pr\u00e9sence, personne ne pouvant imaginer qu\u2019un d\u00e9mocrate comme Riyad Seif, arr\u00eat\u00e9 le 6 mai dans le quartier du Midan \u00e0 Damas, ait pu participer \u00e0 une d\u00e9monstration violente. Pour faire pression sur eux, les services de s\u00e9curit\u00e9 ont \u00e9galement emprisonn\u00e9 pour des p\u00e9riodes plus ou moins longues Omar Qachach (85 ans), Hassan Abdel-Azim (81 ans), Ghassan Najjar (75 ans), Hazem Nahhar, Loua\u00ef Huse\u00efn, Fayez Sara, et des dizaines d\u2019autres, arabes et kurdes. Au milieu du mois de mai, les moukhabarat ont m\u00eame arr\u00eat\u00e9 une douzaine de membres et de dirigeants de l\u2019Organisation Assyrienne D\u00e9mocratique qui avaient d\u00e9montr\u00e9, en participant au mouvement de protestation dans la Jazireh, que les chr\u00e9tiens syriens \u00e9taient eux aussi favorables au changement.<\/p>\n<p><strong>3.8 &#8211; L\u2019opposition a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e par les revendications de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus ou moins rapide en fonction des villes et des villages, et en relation directe avec le niveau de violence subie par les populations, la contestation est pass\u00e9e de la revendication de libert\u00e9 \u00e0 l\u2019appel \u00e0 la chute du r\u00e9gime et au d\u00e9part de Bachar Al Assad. Cette \u00e9volution a mis l\u2019opposition en situation d\u00e9licate, aussi bien vis-\u00e0-vis du pouvoir, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s mal dispos\u00e9 \u00e0 son endroit, que face \u00e0 la contestation. Par coh\u00e9rence avec ses id\u00e9es et par respect du principe de d\u00e9mocratie, l\u2019opposition ne peut qu\u2019h\u00e9siter \u00e0 appeler \u00e0 un \u00ab\u00a0renversement du r\u00e9gime\u00a0\u00bb. Si cet objectif est aujourd\u2019hui explicitement r\u00e9clam\u00e9 par une majorit\u00e9 de manifestants, il est aussi, implicitement, reconnu in\u00e9vitable ou souhaitable par une majorit\u00e9 d\u2019opposants. Il ne peut toutefois s\u2019inscrire dans un projet politique que s\u2019il est atteint, non pas par un rapport de forces \u00e9tabli dans la rue, mais par des moyens proprement politiques. Autrement dit, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un affrontement entre projets politiques concurrents, sanctionn\u00e9 par des \u00e9lections libres et honn\u00eates, et non par une r\u00e9volution, surtout si se profilent derri\u00e8re elle les risques d\u2019une subversion, d\u2019une r\u00e9volte arm\u00e9e, d\u2019une guerre civile ou, pour les musulmans, d\u2019une fitna. C\u2019est l&rsquo;inqui\u00e9tude face \u00e0 un processus r\u00e9volutionnaire en marche qu\u2019ils ne contr\u00f4laient pas, qui semble, au moins en partie, \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la \u00ab\u00a0r\u00e9union consultative\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0opposants sans appartenance partisane\u00a0\u00bb qui s\u2019est tenue, lundi 27 juin, dans un grand h\u00f4tel de la capitale. Les participants se sont prononc\u00e9s pour un \u00ab\u00a0changement de r\u00e9gime par des voies pacifiques\u00a0\u00bb. Certains intervenants ont parl\u00e9 de \u00ab\u00a0changements radicaux\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0renversement du r\u00e9gime\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Mais, il est r\u00e9v\u00e9lateur de leur malaise que, pour \u00e9voquer la situation actuelle, ils aient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, dans le communiqu\u00e9 final de leur rencontre, les termes de \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb (azma) et de \u00ab\u00a0soul\u00e8vement (intifadha) \u00e0 celui de \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb (thawra)\u2026 pourtant \u00e9crit sur les murs, cri\u00e9 par les manifestants et utilis\u00e9 par des centaines de sites et de pages Internet depuis des mois en Syrie.<\/p>\n<p><strong>3.9 &#8211; L\u2019opposition cherche sa place entre la contestation et le r\u00e9gime<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans la plus grande discr\u00e9tion, profitant de l\u2019agitation et de la pol\u00e9mique qui pr\u00e9c\u00e9daient cette r\u00e9union de concertation, une vingtaine de partis politiques de l\u2019opposition d\u00e9mocratique arabes et kurdes s\u2019\u00e9taient r\u00e9unis \u00e0 Damas deux jours plus t\u00f4t. Les m\u00e9dias syriens, qui ont fait \u00e9cho \u00e0 la rencontre de l\u2019H\u00f4tel S\u00e9miramis avec l&rsquo;intention de redorer l\u2019image ternie du r\u00e9gime, sont rest\u00e9s muets sur cette premi\u00e8re rencontre. Avec la contribution d\u2019opposants ind\u00e9pendants r\u00e9serv\u00e9s sur la rencontre du 27 juin, ces partis ont eux aussi \u00ab\u00a0recherch\u00e9 les conditions d\u2019une sortie de la crise\u00a0\u00bb. Ils ont \u00e9tabli, au terme d\u2019une journ\u00e9e de travail, un diagnostic de la situation et r\u00e9dig\u00e9 des propositions permettant d\u2019aboutir \u00e0 un \u00ab\u00a0changement national d\u00e9mocratique pacifique\u00a0\u00bb. La comparaison entre les d\u00e9clarations finales de l\u2019une et l\u2019autre r\u00e9unions montre que les formations politiques rassembl\u00e9es le 25 juin, sans aval tacite du r\u00e9gime et sans couverture m\u00e9diatique, sont all\u00e9es plus loin dans leurs conclusions que les ind\u00e9pendants r\u00e9unis le 27 juin. Se positionnant plus pr\u00e8s de la contestation, elles se sont prononc\u00e9es, sans utiliser non plus le mot \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb, en faveur d\u2019un \u00ab\u00a0changement politique global\u00a0\u00bb, passant par la \u00ab\u00a0remise du pouvoir \u00e0 un gouvernement de transition, la convocation d\u2019un congr\u00e8s national et la pr\u00e9paration d\u2019une nouvelle constitution\u00a0\u00bb. Il appara\u00eet donc que, entre la volont\u00e9 du r\u00e9gime de Bachar Al Assad de se maintenir en place le plus longtemps possible et la volont\u00e9 de la rue syrienne de le jeter dans les poubelles de l\u2019Histoire le plus vite possible, l\u2019opposition syrienne n\u2019est pas actuellement en mesure de parler d\u2019une seule voix, sauf pour condamner le recours \u00e0 la violence par le pouvoir et adjurer les protestataires de ne pas c\u00e9der aux provocations. Qu\u2019il s\u2019agisse de posture ou de conviction, elle se divise en revanche sur la sempiternelle question du changement : pour aboutir au mieux en pr\u00e9servant le maximum de vies humaines, faut-il pr\u00e9coniser un \u00ab\u00a0changement DU r\u00e9gime\u00a0\u00bb, comme semblent le souhaiter et le croire possible les ind\u00e9pendants, ou un \u00ab\u00a0changement DE  r\u00e9gime\u00a0\u00bb, comme l\u2019expriment sans ambigu\u00eft\u00e9 les partis politiques ?<\/p>\n<p><strong>3.10 &#8211; L\u2019opposition reste pour le r\u00e9gime un non-interlocuteur<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9but du mois d\u2019avril, le r\u00e9gime syrien a commenc\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019il lui serait impossible d\u2019apaiser la tension dans la rue et d\u2019att\u00e9nuer le m\u00e9contentement des opinions publiques ext\u00e9rieures \u00e0 son \u00e9gard sans engager un dialogue. Ou au moins sans faire semblant de l\u2019engager, de mani\u00e8re \u00e0 gagner du temps. Il s\u2019est donc mis en qu\u00eate d\u2019interlocuteurs. Il ne pouvait reconna\u00eetre une l\u00e9gitimit\u00e9 quelconque aux animateurs de la protestation, qu\u2019il avait arr\u00eat\u00e9s dans les rues ou derri\u00e8re leurs ordinateurs. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il ne voulait pas leur accorder plus d\u2019importance qu\u2019ils n\u2019en m\u00e9ritaient \u00e0 ses yeux. D\u2019autre part, ils ne pouvaient nullement repr\u00e9senter un mouvement de contestation toujours \u00e9clat\u00e9 et pour l\u2019heure encore fort peu coordonn\u00e9. Il n\u2019avait donc d\u2019autre choix que de se tourner vers l\u2019opposition. Mais, au lieu de demander aux partis politiques de constituer une d\u00e9l\u00e9gation, il a lui-m\u00eame choisi parmi les figures de l\u2019opposition ind\u00e9pendante ceux avec qui il voulait parler. Le contraire aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9tonnant, et ce pour deux raisons. D\u2019une part, cela aurait abouti \u00e0 reconna\u00eetre aux partis qui constituent l\u2019opposition la l\u00e9gitimit\u00e9 et la repr\u00e9sentativit\u00e9 qui leur ont toujours \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du Parti Baath, consacr\u00e9 seule force politique l\u00e9gitime par l\u2019article 8 de la constitution de 1973. D\u2019autre part, il devait rester clair pour tous les Syriens que la l\u00e9gitimit\u00e9, qui ne peut pas provenir d\u2019\u00e9lections libres puisque le pays n\u2019en a plus connu depuis 1963, reste en Syrie le fait du prince, qui l\u2019accorde \u00e0 qui il veut, pour les missions qu\u2019il veut et pour le temps qu\u2019il veut. La preuve en est que les personnalit\u00e9s de l\u2019opposition ind\u00e9pendante s\u00e9lectionn\u00e9es par les soins du r\u00e9gime avaient toutes \u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment ou un autre condamn\u00e9es \u00e0 la prison par ce m\u00eame r\u00e9gime, certaines dans un pass\u00e9 lointain, d\u2019autres dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, et l\u2019une d\u2019entre elles\u2026 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 approch\u00e9e et avoir exprim\u00e9 son avis sur les conditions d\u2019un \u00e9ventuel dialogue.<\/p>\n<p><strong>3.11 &#8211; \u2026 mais elle fournit de facto au r\u00e9gime ses seuls interlocuteurs<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>On sait comment les choses se sont pass\u00e9es. Les m\u00e9dias officiels ont fait courir le bruit que les opposants que le r\u00e9gime avait d\u00e9sign\u00e9s, l\u2019\u00e9conomiste Aref Dalileh, l\u2019intellectuel Michel Kilo, l\u2019analyste politique Fayez Sara, l\u2019\u00e9diteur Loua\u00ef Huse\u00efn, l\u2019ing\u00e9nieur Selim Kheir Bek, \u00e9taient consentants et qu\u2019ils avaient entam\u00e9 le dialogue avec ses repr\u00e9sentants, la journaliste Samira Al Masalmeh, le g\u00e9n\u00e9ral Manaf Tlass et la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, Bouthayna Chaaban. Les int\u00e9ress\u00e9s ont imm\u00e9diatement ramen\u00e9 les choses \u00e0 leur juste dimension, pr\u00e9cisant dans quelles conditions les \u00ab\u00a0rencontres\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9es et niant qu\u2019il se soit agi d\u2019un \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb. Quoi qu\u2019il en soit, cette affaire a profit\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition. Elle a d\u2019abord d\u00e9montr\u00e9 que le r\u00e9gime, aussi autoritaire et brutal soit-il en Syrie, ne pouvait se dispenser de parler avec le peuple, et que, pour ce faire, il avait besoin d\u2019interm\u00e9diaires. Or, ni les d\u00e9put\u00e9s, ni les m\u00e9dias, ni les organisations de masse n\u2019exprimant en Syrie la voix de la population, seules des personnalit\u00e9s d\u2019opposition, aussi faible soit cette opposition, pouvaient tenir ce r\u00f4le de m\u00e9diateur. Qui plus est, en offrant aux opposants choisis un statut d\u2019interlocuteur, et en les faisant recevoir par le vice-pr\u00e9sident Farouq Al Chareh, second personnage de l\u2019Etat, le r\u00e9gime a confirm\u00e9 ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait toujours acharn\u00e9 \u00e0 nier jusqu\u2019ici : la Syrie n\u2019est pas le d\u00e9sert politique qu\u2019il pr\u00e9tend. L\u2019opposition syrienne ne manque pas d\u2019hommes politiques responsables, raisonnables, comp\u00e9tents, capables de discuter, d\u2019argumenter et d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s. Bref, qu\u2019il le veuille ou non, il existe en Syrie une alternative. Ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0Bachar ou le chaos\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>3.11 &#8211; L\u2019opposition peine \u00e0 unir ses rangs face au pouvoir<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La cr\u00e9ation, le 26 juin, du Comit\u00e9 de Coordination des Forces Nationales D\u00e9mocratiques plus haut \u00e9voqu\u00e9, \u00e9tait destin\u00e9e, avant de tendre la main aux dirigeants de la protestation sur le terrain, \u00e0 unifier les diff\u00e9rentes composantes de l\u2019opposition, elle-m\u00eame prise en tenaille entre deux forces dont les aspirations apparaissent de semaine en semaine plus inconciliables : le r\u00e9gime, qui parle de r\u00e9formes pour rester en place, et la protestation, convaincue que les r\u00e9formes exigent le d\u00e9part du r\u00e9gime. Les partis politiques concern\u00e9s se sont abstenus de commenter le choix du pouvoir en faveur d\u2019opposants ind\u00e9pendants, destin\u00e9s \u00e0 lui servir d\u2019interlocuteurs avec les manifestants. Ils n\u2019en ont pas moins consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il fallait tr\u00e8s vite engager une discussion au sein de l\u2019opposition, y compris avec les m\u00e9diateurs potentiels, de mani\u00e8re \u00e0 interdire au r\u00e9gime d\u2019imaginer jouer comme \u00e0 son habitude les uns contre les autres. Le Comit\u00e9 de Coordination, qui est l\u2019aboutissement actuel de leur r\u00e9flexion, affirme donc avec force, dans le premier document diffus\u00e9 sous son nom, que \u00ab\u00a0le r\u00e9gime ne trouvera personne pour r\u00e9pondre \u00e0 son invitation aussi longtemps que le climat n\u00e9cessaire n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 mis en place\u00a0\u00bb. La liste des partis et des personnalit\u00e9s inclus dans le Comit\u00e9 montre que cette tentative de regroupement se d\u00e9marque nettement de la D\u00e9claration de Damas pour le Dialogue National D\u00e9mocratique. Rendue publique le 16 octobre 2005, celle-ci se proposait, elle aussi, de \u00ab\u00a0conduire pacifiquement et progressivement la Syrie d\u2019un r\u00e9gime autoritaire \u00e0 un r\u00e9gime d\u00e9mocratique pluraliste\u00a0\u00bb. Mais elle marquait un quadruple glissement sur l\u2019\u00e9chiquier politique syrien et un recentrage de la probl\u00e9matique jusqu\u2019alors dominante en Syrie : elle se voulait patriotique (syrienne), centriste, lib\u00e9rale et madani (la\u00efque mod\u00e9r\u00e9e). Le Comit\u00e9 revient \u00e0 des positions plus classiques en s\u2019affichant, au moins dans sa composition, nationaliste (pan-arabiste), gauchiste, socialiste et ilmani (la\u00efc). Il campe donc sur des positions id\u00e9ologiques proches de celles du r\u00e9gime, dont il ne se d\u00e9marque gu\u00e8re que par son aspiration \u00e0 la d\u00e9mocratie. Ce repositionnement pourrait permettre des rencontres avec quelques partis du Front National Progressiste, puisque le Comit\u00e9 se dit \u00ab\u00a0ouvert \u00e0 toutes les forces et cadres politiques dispos\u00e9s \u00e0 apporter leur contribution \u00e0 la vie politique\u00a0\u00bb. Il pense vraisemblablement au Parti Baath et \u00e0 l\u2019aile dite Yousef Faysal du Parti Communiste, la composante du Front National Progressiste la plus proche de l\u2019opposition. Mais une tentative de rassemblement sur cette base para\u00eet vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Si elle ne peut qu\u2019avoir l\u2019agr\u00e9ment du pouvoir, dont elle fait objectivement le jeu, elle a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 un rejet de la part de la D\u00e9claration de Damas. Dans un communiqu\u00e9 dat\u00e9 du 27 juin, celle-ci a qualifi\u00e9 le Comit\u00e9 de \u00ab\u00a0force en voie de quitter la sc\u00e8ne, en raison de son incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter au mouvement et aux nouveaux alignements\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Surtout, ce jugement n&rsquo;est gu\u00e8re diff\u00e9rent de celui de la rue, qui ne veut plus ni du parti au pouvoir, ni de l\u2019Etat omnipr\u00e9sent, ni de grands discours sur la r\u00e9sistance, ni d\u2019un anti-imp\u00e9rialisme de fa\u00e7ade&#8230; Alors que le Comit\u00e9 parle encore de \u00ab\u00a0lancer un dialogue s\u00e9rieux et responsable, une fois en place les conditions requises de cr\u00e9dibilit\u00e9 et de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, la rue syrienne a d\u00e9j\u00e0 fait son choix. La participation sans pr\u00e9c\u00e9dent de la population aux manifestations du vendredi 1er juillet montre que, pour les Syriens, il n\u2019est plus temps de dialoguer et qu\u2019ils adh\u00e8rent en masse au slogan retenu pour ce jour-l\u00e0 : \u00ab\u00a0Vendredi D\u00e9gage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>3.12 &#8211; L\u2019opposition souhaite n\u00e9gocier au nom de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>A supposer malgr\u00e9 tout que, constatant son incapacit\u00e9 \u00e0 contraindre le r\u00e9gime au d\u00e9part, la contestation se rallie \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un dialogue, le second d\u00e9fi consistera pour l\u2019opposition  \u00e0 obtenir de ceux qui protestent dans les rues la procuration qui lui permettra de n\u00e9gocier en leur nom. Or, pour toute une s\u00e9rie de raisons, ce r\u00e9sultat para\u00eet loin d&rsquo;\u00eatre acquis. Il n\u2019est pas du tout certain, d\u2019abord, que les protestataires souhaiteront confier aux forces politiques r\u00e9unies dans le Comit\u00e9, qui s\u2019est mis en place en partie dans ce but, le soin de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats. Si l\u2019on en juge au nombre des manifestations de d\u00e9sapprobation qui se sont d\u00e9roul\u00e9es aussit\u00f4t connus les r\u00e9sultats de la rencontre de l&rsquo;H\u00f4tel S\u00e9miramis, on peut en douter. Il se pourrait que les contestataires optent pour d\u2019autres composantes de l\u2019opposition, comme la D\u00e9claration de Damas ou l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ses composantes absentes du Comit\u00e9, ou qu\u2019ils choisissent directement d\u2019autres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9s par eux comme plus proches de leurs pr\u00e9occupations, comme Riyad Seif, Akram Al Bounni, Haytham Al Maleh, Ghassan Najjar, Yaser Al Eiti, Ahmed Tomeh&#8230; L\u2019autre hypoth\u00e8se est que chaque ville ou chaque foyer de contestation d\u00e9signe des porte-parole dans des camps diff\u00e9rents. Mais la question des procurations pose une autre question, en amont, qui concerne les proc\u00e9dures qui pourraient permettre \u00e0 un mouvement, sans doute en voie de coordination mais toujours condamn\u00e9 \u00e0 la clandestinit\u00e9, de proc\u00e9der de mani\u00e8re un tant soit peu d\u00e9mocratique au choix de ses repr\u00e9sentants. Enfin, lorsqu\u2019ils seront en mesure de sortir \u00e0 la lumi\u00e8re, ceux qui auront dirig\u00e9 le mouvement depuis les coulisses pendant des mois souhaiteront vraisemblablement ne laisser \u00e0 personne d&rsquo;autre qu&rsquo;eux-m\u00eames le soin de parler en leur nom\u2026 On est loin d\u2019une telle issue, personne, dans l\u2019opposition, n\u2019\u00e9tant en mesure d\u2019offrir la moindre garantie \u00e0 ceux qui se hasarderaient maintenant \u00e0 sortir du bois. Une autre s\u00e9rie de questions concerne les pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e0 toute n\u00e9gociation. Un consensus existe sur un socle commun comme le retrait de l\u2019arm\u00e9e et des services de s\u00e9curit\u00e9, la lib\u00e9ration des prisonniers, l\u2019autorisation de poursuivre les manifestations pacifiques\u2026 Mais les divergences demeurent sur des points beaucoup plus nombreux : faut-il avoir obtenu au pr\u00e9alable l\u2019annulation de l\u2019article 8 de la constitution, la traduction en justice des auteurs de crimes et de tortures, la mise en place d\u2019un gouvernement d\u2019union nationale, le retour en Syrie des exil\u00e9s et des bannis\u2026 ? La derni\u00e8re s\u00e9rie de questions touche directement au fond du probl\u00e8me. S\u2019agira-t-il de parler avec le r\u00e9gime de la participation au pouvoir ou de la transmission du pouvoir ? En d\u2019autres termes, des conditions de son d\u00e9part ou seulement de son recyclage ?<\/p>\n<p><strong>3.13 &#8211; L\u2019opposition voit plus loin que la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Alors que la contestation a progressivement relev\u00e9 le niveau de ses revendications pour r\u00e9clamer d\u00e9sormais la chute du r\u00e9gime et le d\u00e9part de Bachar Al Assad, les partis politiques ont d\u2019autres horizons. Il est de bon ton, chez les uns et les autres, d\u2019affirmer que les efforts sont concentr\u00e9s sur les \u00e9ch\u00e9ances pr\u00e9sentes. Mais, par la force des choses, les politiques sont l\u00e9gitimement d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9occup\u00e9s par le jour d\u2019apr\u00e8s, c\u2019est-\u00e0-dire par la p\u00e9riode qui, avec la disparition du r\u00e9gime actuel et\/ou \u00e0 la faveur de la mise en place d\u2019un r\u00e9gime d\u00e9mocratique en Syrie, ouvrira le champ \u00e0 la concurrence id\u00e9ologique et \u00e0 la lutte politique entre partis. La retenue des forces en pr\u00e9sence, qui diminue semaine apr\u00e8s semaine, s\u2019explique autant par la crainte de vendre la peau du lion alors qu\u2019il est toujours vivant, que par la conscience qu\u2019il leur faudra alors compter sur de nouveaux concurrents, issus du mouvement de protestation et ayant fait leurs classes dans l\u2019animation de la contestation. Or les partis ignorent encore \u00e0 ce stade, outre l&rsquo;identit\u00e9, les intentions et les ambitions de ces probables futurs adversaires. Quoi qu\u2019il en soit, quelques partis et certains membres de l\u2019opposition, parmi lesquels des combattants de la 25\u00e8me heure, semblent d\u00e9j\u00e0 se placer pour le sprint final. Ils esp\u00e8rent bien tirer parti de l&rsquo;ultime effort qui conduira aux \u00e9lections l\u00e9gislatives ou \u00e0 l\u2019\u00e9lection d\u2019un nouveau pr\u00e9sident, dans un d\u00e9lai de 6 mois \u00e0 1 an, ponctu\u00e9 par la mise en place d\u2019un gouvernement de transition, la cr\u00e9ation d\u2019une assembl\u00e9e constituante et l\u2019adoption d\u2019une nouvelle Constitution.<\/p>\n<p><strong>3.14 &#8211; L\u2019opposition ext\u00e9rieure en qu\u00eate d\u2019un r\u00f4le<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La probl\u00e9matique de la relation actuelle et \u00e0 venir entre l\u2019opposition politique stricto sensu et les personnalit\u00e9s et partis qui surgiront de la contestation se double d\u2019une autre probl\u00e9matique. Elle met en pr\u00e9sence l\u2019opposition de l\u2019int\u00e9rieur et celle de l\u2019ext\u00e9rieur. Alors qu\u2019en Syrie les partis d\u2019opposition font montre jusqu\u2019ici de r\u00e9serve, dans leurs discours comme dans leurs prises de position, en refusant de se comporter avant l\u2019heure comme s\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 remport\u00e9 les \u00e9lections, une m\u00eame vigilance appara\u00eet de mise parmi les opposants en exil \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Ceux qui appartiennent \u00e0 des partis pr\u00e9sents en Syrie, qu\u2019il s\u2019agisse des diff\u00e9rentes composantes du Rassemblement National D\u00e9mocratique, de la D\u00e9claration de Damas, de la galaxie des partis kurdes ou du Parti de l\u2019Action Communiste, campent en g\u00e9n\u00e9ral sur les m\u00eames positions qu\u2019eux. Ils appuient donc la contestation, et ils se montrent, dans leurs communiqu\u00e9s, dans leurs articles ou dans leurs interventions publiques sur les t\u00e9l\u00e9visions de leurs pays de r\u00e9sidence, mobilis\u00e9s au service de sa perp\u00e9tuation et de son bon aboutissement. D\u2019autres organisations, comme les Fr\u00e8res Musulmans, qui sont condamn\u00e9s \u00e0 mort en Syrie depuis 1980 et priv\u00e9s de toute structure sur place, mais qui avaient \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la D\u00e9claration de Damas, ont choisi de participer \u00e0 tous les efforts d\u2019unification tent\u00e9s ici et l\u00e0, de mani\u00e8re \u00e0 contribuer \u00e0 leur succ\u00e8s et \u00e0 emp\u00eacher le r\u00e9gime de jouer aussi sur la division de l\u2019opposition ext\u00e9rieure. Ils font preuve en m\u00eame temps d\u2019une tr\u00e8s grande prudence, \u00e0 la fois pour pr\u00e9venir les accusations que le r\u00e9gime est toujours pr\u00eat \u00e0 utiliser contre eux et pour rassurer sur leurs intentions leurs partenaires et leurs adversaires de l\u2019opposition la\u00efque. Il est difficile de se prononcer sur la r\u00e9alit\u00e9 des liens, secrets par la force des choses, qu\u2019entretiennent en Syrie les organisations cr\u00e9\u00e9es autour de personnalit\u00e9s de poids \u00e9cart\u00e9es du pouvoir, comme le Front de Salut National de l\u2019ancien vice-pr\u00e9sident Abdel-Halim Khaddam, en exil en France depuis fin 2005, et le Parti Arabe D\u00e9mocratique de Rifaat Al Assad, oncle depuis longtemps d\u00e9chu de Bachar Al Assad. Leur influence se limite au cercle &#8211; qui peut \u00eatre vaste &#8211; des anciens camarades ou oblig\u00e9s de l\u2019un et de l\u2019autre, et elle est conditionn\u00e9e par leurs ressources autant que par leurs ambitions. Une multitude de partis politiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, en Europe et aux Etats-Unis surtout, au cours de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e, autour de personnalit\u00e9s sans grande envergure. Ils sont sans influence sur la rue syrienne. L\u2019approche pr\u00e9sum\u00e9e de la fin du r\u00e9gime a sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 certains hommes d\u2019affaires syriens en exil qu\u2019il \u00e9tait temps de faire quelque chose et d\u2019investir une partie de leurs ressources dans le succ\u00e8s de la contestation. Leur apparition et leur activit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 accueillies avec r\u00e9serve par ceux qui craignent une reproduction, dans le paysage politique syrien, de la situation ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019Union avec l\u2019Egypte, marqu\u00e9e par la pr\u00e9\u00e9minence de partis au service des int\u00e9r\u00eats des \u00e9lites urbaines de Damas et d\u2019Alep. Pour le moment, et en attendant que les conditions soient m\u00fbres pour la tenue d\u2019un grand congr\u00e8s national de l\u2019opposition syrienne \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, les opposants de l\u2019ext\u00e9rieur se vouent, en fonction des capacit\u00e9s et des moyens des uns et des autres, \u00e0 des t\u00e2ches parfois visibles, mais beaucoup plus souvent discr\u00e8tes. <\/p>\n<p>Certains ont re\u00e7u ou se sont donn\u00e9 pour mission de plaider aupr\u00e8s des Etats concern\u00e9s en faveur d\u2019un abandon du r\u00e9gime de Bachar Al Assad, dont ils s\u2019efforcent de d\u00e9montrer la nocivit\u00e9 \u00e0 la fois pour le peuple syrien, pour l\u2019environnement r\u00e9gional de la Syrie et pour les int\u00e9r\u00eats de ces Etats. D\u2019autres travaillent \u00e0 diffuser aupr\u00e8s des m\u00e9dias \u00e9trangers les informations et les images qui montrent avec quelle inhumanit\u00e9 le r\u00e9gime syrien, uniquement pr\u00e9occup\u00e9 de sa survie, traite les habitants pacifiques de villes et de villages entiers. D\u2019autres, encore plus discrets, s\u2019efforcent d\u2019approvisionner en t\u00e9l\u00e9phones mobiles les manifestants qui, au p\u00e9ril de leur vie, transmettent depuis l\u2019int\u00e9rieur les t\u00e9moignages des manifestations et de la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>*****<\/p>\n<p>Vendredi 1er juillet, les Syriens ont encore une fois fait mentir celui qu\u2019ils ne veulent plus reconna\u00eetre comme leur pr\u00e9sident. Sortant pacifiquement comme ils le font depuis plus de 3 mois, ils ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re indubitable que le mouvement de protestation n\u2019\u00e9tait pas en voie d\u2019essoufflement, bien au contraire. Ils savent que la victoire n\u2019est pas encore l\u00e0 et qu\u2019elle co\u00fbtera encore cher en vies humaines. Mais ils apparaissent de jour en jour plus certains de leur victoire.<\/p>\n<p>Refusant de reconna\u00eetre l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de sa d\u00e9faite, Bachar Al Assad compte moins d\u00e9sormais sur les capacit\u00e9s de son arm\u00e9e et de ses services, que sur l\u2019ind\u00e9cision des puissances \u00e9trang\u00e8res, inqui\u00e8tes du vide que provoquerait sa disparition, obnubil\u00e9es par le fantasme d\u2019un possible r\u00e9gime islamiste et plus attach\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de 7 millions et demi d\u2019Isra\u00e9liens qu\u2019\u00e0 la vie de 23 millions de Syriens. Il laisse la r\u00e9pression suivre son cours, tout en multipliant les concessions et les man\u0153uvres. A coup de promesses d\u00e9j\u00e0 cent fois rest\u00e9es sans suite, il tente de convaincre qu\u2019il a entendu les demandes de la population et qu\u2019il est pr\u00eat aujourd&rsquo;hui \u00e0 leur donner satisfaction.<\/p>\n<p>Entre un r\u00e9gime qu\u2019elle conna\u00eet trop bien et une contestation qu\u2019elle ne contr\u00f4le pas, l\u2019opposition syrienne s\u2019interroge. Elle per\u00e7oit que les d\u00e8s sont jet\u00e9s et que la protestation ira \u00e0 son terme. Mais elle ignore dans quelles conditions. Elle risque fort, si elle se montre plus pr\u00e9occup\u00e9e de son propre avenir que des attentes de la rue, d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame emport\u00e9e, dans sa forme actuelle, par ceux qui veulent tourner la page et obtenir en Syrie un changement radical.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/07\/02\/deux-mois-plus-un-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-33\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer un point<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-130480","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130480","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130480"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130480\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130480"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}