{"id":130346,"date":"2011-06-21T00:10:34","date_gmt":"2011-06-20T23:10:34","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-regime-de-bachar-al-assad-commence-a-ranger-ses-affaires\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:32","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:32","slug":"le-regime-de-bachar-al-assad-commence-a-ranger-ses-affaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-regime-de-bachar-al-assad-commence-a-ranger-ses-affaires\/","title":{"rendered":"Le r\u00e9gime de Bachar al Assad commence \u00e0 ranger ses affaires"},"content":{"rendered":"<p>Les sites Internet de l&rsquo;opposition syrienne ont mis en ligne, le 10 juin 2011, d<a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=hfb2T585rvY&#038;feature=player_embedded\">es images capt\u00e9es avec un t\u00e9l\u00e9phone portable qui montrent des employ\u00e9s de l&rsquo;Etat occup\u00e9s \u00e0 d\u00e9monter \u00e0 Hama une statue monumentale de Hafez Al Assad<\/a>. Alors que la r\u00e9pression faisait le m\u00eame jour, \u00ab\u00a0Vendredi des tribus\u00a0\u00bb, pr\u00e8s de 50 morts dans l&rsquo;ensemble du pays, dont plus des deux tiers dans la seule ville d&rsquo;Idlib, ces images ont rempli d&rsquo;aise ceux qui les ont visionn\u00e9es. Elles d\u00e9montraient que le r\u00e9gime, de moins en moins convaincu de sa capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les symboles de sa puissance et \u00e0 se maintenir en place, commen\u00e7ait \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ce qu&rsquo;il avait de plus cher pour le mettre \u00e0 l&rsquo;abri, si ce n&rsquo;est pour l&#8217;emporter bient\u00f4t avec lui.<\/p>\n<p>Edifi\u00e9es aux entr\u00e9es et aux sorties de la plupart des villes et des villages de Syrie, souvent aussi au centre des agglom\u00e9rations, sur les places et dans les jardins publics, ces statues \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 ancrer dans l&rsquo;esprit des Syriens qu&rsquo;ils vivaient bien dans \u00ab\u00a0la Syrie des Al Assad\u00a0\u00bb. L&rsquo;effigie du \u00ab\u00a0ra&rsquo;\u00ees il\u00e2 l-abad\u00a0\u00bb (pr\u00e9sident \u00e0 vie), devenu depuis son d\u00e9c\u00e8s \u00ab\u00a0al-q\u00e2&rsquo;id al-kh\u00e2led\u00a0\u00bb (dirigeant \u00e9ternel), qui ornait \u00e9galement les fa\u00e7ades de nombreux monuments publics, \u00e9tait cens\u00e9e inspirer \u00e0 tous une crainte r\u00e9v\u00e9rencielle. Lever la main sur l&rsquo;une de ces repr\u00e9sentations signifiait se r\u00e9volter contre son autorit\u00e9, et cet acte insens\u00e9 pouvait valoir \u00e0 son auteur des ann\u00e9es de prison sans jugement.<\/p>\n<p>Lors de son accession au pouvoir, en juillet 2000, le pr\u00e9sident Bachar Al Assad s&rsquo;est abstenu d&rsquo;exiger le retrait des repr\u00e9sentations de son p\u00e8re, m\u00eame lorsqu&rsquo;elles d\u00e9naturaient les paysages, comme les esquisses que r\u00e9alisaient des militaires avec des pierres sur des pans entiers de montagne \u00e0 proximit\u00e9 de leurs cantonnements, ou lorsqu&rsquo;elles mena\u00e7aient la s\u00e9curit\u00e9 des automobilistes, comme les posters occultant la vision \u00e0 travers les vitres arri\u00e8res des v\u00e9hicules. Ayant h\u00e9rit\u00e9 du pouvoir dans les conditions que l&rsquo;on sait, au m\u00e9pris des principes du Parti Baath dont il avait \u00e9galement re\u00e7u la direction en partage, le jeune chef de l&rsquo;Etat se devait de manifester, en laissant les images et effigies de son p\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 elles se trouvaient d\u00e9j\u00e0, qu&rsquo;il s&rsquo;inscrivait sans restriction dans la ligne trac\u00e9e par le fondateur de la dynastie.<\/p>\n<p>En revanche, il s&rsquo;est discr\u00e8tement attaqu\u00e9 aux photos de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Basel Al Assad, qui lui avait ouvert les portes de la succession en trouvant la mort sur la route de l&rsquo;a\u00e9roport international de Damas, au volant de sa grosse cylindr\u00e9e, le 21 janvier 1994. Militaire de carri\u00e8re et cavalier \u00e9m\u00e9rite, le colonel Basel repr\u00e9sentait \u00ab\u00a0l&rsquo;espoir\u00a0\u00bb pour ceux qui s&rsquo;\u00e9taient faits \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e, faute de disposer des moyens de la contrecarrer, qu&rsquo;il prendrait un jour la rel\u00e8ve de son p\u00e8re Hafez Al Assad \u00e0 la t\u00eate du parti et du pays. Son image, en particulier sur les cars et camions de l&rsquo;arm\u00e9e, rappelait continuellement au nouveau chef de l&rsquo;Etat qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait, de fait, qu&rsquo;un pr\u00e9sident par raccroc. Les Syriens qui les apposaient sur les murs de leur boutique ou \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de leur v\u00e9hicule priv\u00e9 n&rsquo;entendaient pas l&rsquo;insulter, mais faire acte d&rsquo;all\u00e9geance \u00e0 la famille Al Assad dans son ensemble et afficher publiquement leur v\u00e9n\u00e9ration pour le p\u00e8re, le fils&#8230; et le fils cadet. Pour d&rsquo;autres, cet acte de d\u00e9votion \u00e9tait moins innocent. Il constituait le moyen le plus s\u00fbr de pr\u00e9venir un certain nombre d&rsquo;ennuis, avec la police en particulier, puisque, plac\u00e9es en \u00e9vidence sur les vitres arri\u00e8res, de telles photos assuraient une relative impunit\u00e9 \u00e0 ceux qui transgressaient le code de la route, circulant sans feux, empruntant les sens interdits ou stationnant hors des emplacements autoris\u00e9s.<\/p>\n<p>Chef d&rsquo;Etat \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb, Bachar Al Assad a ordonn\u00e9, au d\u00e9but de sa premi\u00e8re pr\u00e9sidence, de ne pas lui dresser de statue et de restreindre l&rsquo;exposition de son image \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des bureaux officiels. Mais, s&rsquo;il est parvenu \u00e0 faire respecter cette directive durant quelques mois, la fin du \u00ab\u00a0Printemps de Damas\u00a0\u00bb, en septembre 2001, a aussi marqu\u00e9 un retour en Syrie du culte du chef. Sa mise en avant, apr\u00e8s la p\u00e9riode de flottement au cours de laquelle des Syriens avaient imagin\u00e9 que les choses pouvaient changer dans leur pays, devait signifier que la r\u00e9cr\u00e9ation \u00e9tait termin\u00e9e et que le jeune pr\u00e9sident avait repris les choses en main. Au cours des ann\u00e9es suivantes, \u00e9branl\u00e9 par la guerre en Irak et la d\u00e9faite de Saddam Huse\u00efn en 2003, par les cons\u00e9quences de l&rsquo;assassinat de l&rsquo;ancien Premier ministre libanais Rafiq Al Hariri en 2005, par la guerre entre Isra\u00ebl et le Hezbollah au Liban durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2006, le r\u00e9gime a eu besoin de marquer qu&rsquo;il restait uni autour de son chef. Avec ou sans son consentement, des photos de Bachar Al Assad se sont multipli\u00e9es partout, le montrant en compagnie des h\u00e9ros de l&rsquo;heure, tant\u00f4t avec Hasan Nasrallah, tant\u00f4t avec le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti de Dieu et son grand alli\u00e9 dans la r\u00e9gion, le pr\u00e9sident iranien Mahmoud Ahmadinejad.<\/p>\n<p>Ni les statues du p\u00e8re, ni les photos du fils n&rsquo;ont constitu\u00e9, au d\u00e9but du mouvement de protestation populaire, en f\u00e9vrier \/ mars 2011, des cibles pour les manifestants. Ils d\u00e9siraient sortir et d\u00e9filer dans les rues pour r\u00e9clamer la libert\u00e9 et la dignit\u00e9, et ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 laisser Bachar Al Assad proc\u00e9der lui-m\u00eame, s&rsquo;il le voulait et s&rsquo;il le pouvait, aux r\u00e9formes qu&rsquo;ils attendaient. L&rsquo;attaque contre une repr\u00e9sentation de la compagnie de t\u00e9l\u00e9phonie mobile Syriatel, \u00e0 Daraa, au milieu du mois de mars, ne constituait pas d&rsquo;abord un signe de d\u00e9fiance ou d&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. Elle traduisait plut\u00f4t leur espoir que le chef de l&rsquo;Etat entendrait leurs d\u00e9nonciations de la corruption, et qu&rsquo;il aurait la lucidit\u00e9 et le courage de sanctionner ceux qui, dans son proche entourage et dans sa propre famille, \u00e0 commencer par son cousin Rami Makhlouf, faisaient du tort \u00e0 la Syrie, aux Syriens&#8230; et \u00e0 l&rsquo;image pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>La mise \u00e0 terre de la statue de Hafez Al Assad, dans la m\u00eame ville de Daraa, est intervenue lorsque qu&rsquo;il est apparu aux familles des victimes et \u00e0 l&rsquo;ensemble des manifestants qu&rsquo;il ne servait \u00e0 rien de r\u00e9clamer la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 \u00e0 un r\u00e9gime sourd et autiste, incapable de r\u00e9pondre \u00e0 leurs attentes et uniquement soucieux, en usant de la force, de se maintenir en place. Leur objectif ne pouvait plus se limiter \u00e0 des r\u00e9formes. Pour parvenir \u00e0 ces derni\u00e8res, il fallait renverser le r\u00e9gime et obtenir le d\u00e9part de Bachar Al Assad. Avec un temps de retard, et apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 victimes de la m\u00eame r\u00e9pression, les manifestants de Lattaqui\u00e9, Homs, Banias, Douma, Deir al Zor, Rastan, Hama&#8230; ont finalement abouti \u00e0 la m\u00eame conclusion. Ils ont attaqu\u00e9 et d\u00e9truit partout les effigies pr\u00e9sidentielles, signifiant au chef de l&rsquo;Etat que, puisqu&rsquo;il ne voulait pas entendre sa population, il n&rsquo;avait plus sa place \u00e0 la t\u00eate du pays.<\/p>\n<p>En d\u00e9montant les statues et en mettant en lieux s\u00fbrs les photos des Al Assad p\u00e8re et fils, les autorit\u00e9s syriennes reconnaissent implicitement leur d\u00e9faite. Elles avouent qu&rsquo;elles sont d\u00e9sormais incapables de prot\u00e9ger ces symboles d&rsquo;un pouvoir jusqu&rsquo;ici incontest\u00e9, qu&rsquo;elles ont peur de voir profaner. En entamant cette op\u00e9ration le 10 juin 2011, soit 11 ans jour pour jour apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Hafez Al Assad, le 10 juin 2000, elles admettent que la Syrie n&rsquo;est pas &#8211; ou n&rsquo;est plus &#8211; la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0pr\u00e9sident \u00e0 vie\u00a0\u00bb ou d&rsquo;un \u00ab\u00a0chef pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb. En les mettant hors d&rsquo;atteinte de la col\u00e8re populaire, tout en laissant les militaires, les moukhabarat et les voyous au service du r\u00e9gime tirer \u00e0 balles r\u00e9elles sur les protestataires, arr\u00eater et torturer par milliers jeunes et moins jeunes, bombarder villes et villages, br\u00fbler les r\u00e9coltes et d\u00e9cimer les troupeaux, contraindre \u00e0 la fuite des familles enti\u00e8res, elles confirment qu&rsquo;elles sont indiff\u00e9rentes au sort de leurs concitoyens, qui n&rsquo;ont aucune importance compar\u00e9s aux \u00ab\u00a0idoles\u00a0\u00bb &#8211; comme disent les manifestants &#8211; de la famille Al Assad.<\/p>\n<p>Avant que la contestation d\u00e9bute en Syrie, les services de s\u00e9curit\u00e9 avaient conseill\u00e9 au chef de l&rsquo;Etat de faire proc\u00e9der \u00e0 la mise \u00e0 l&rsquo;abri des statues de son p\u00e8re et de ses propres repr\u00e9sentations. Mais, persuad\u00e9 comme on le sait que son discours de r\u00e9sistance et d&rsquo;obstruction le maintiendrait \u00e0 l&rsquo;abri des troubles intervenus ailleurs, et qu&rsquo;il n&rsquo;aurait aucune difficult\u00e9, en recourant aux m\u00e9thodes exp\u00e9ditives jadis utilis\u00e9es \u00e0 Hama par son p\u00e8re, \u00e0 contraindre les protestataires \u00e0 rentrer chez eux, Bachar Al Assad s&rsquo;est abstenu de suivre leur recommandation. L&rsquo;effet de son initiative tardive est pour lui d\u00e9plorable : elle donne le sentiment qu&rsquo;il range ses affaires, commence \u00e0 faire ses bagages et s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 partir.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les sites Internet de l&rsquo;opposition syrienne ont mis en ligne, le 10 juin 2011, des images capt\u00e9es avec un t\u00e9l\u00e9phone portable qui montrent des employ\u00e9s de l&rsquo;Etat occup\u00e9s \u00e0 d\u00e9monter \u00e0 Hama une statue monumentale de Hafez Al Assad. 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