{"id":130168,"date":"2011-05-31T15:36:02","date_gmt":"2011-05-31T14:36:02","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-2-3\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:26","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:26","slug":"deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-2-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-2-3\/","title":{"rendered":"DEUX MOIS DE REVOLUTION EN SYRIE. UN PREMIER BILAN (2\/3)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab r\u00e9volution \u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer un point de d\u00e9part acceptable pour le mouvement. Celui-ci a donc aujourd\u2019hui deux mois et demi d\u2019existence. Quel bilan peut-on en dresser ? Quels sont les acquis et les \u00e9checs des partenaires en pr\u00e9sence ? Surtout, comment se profile l\u2019issue du bras de fer qui oppose d\u00e9sormais le r\u00e9gime aux manifestants et \u00e0 l\u2019opposition ?<\/strong><\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/05\/24\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-13\/\">1 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DU REGIME DE BACHAR AL ASSAD<\/a><br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>2 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DE LA CONTESTATION<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1 &#8211; La contestation a renvers\u00e9 le mur de la peur<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9pit de l\u2019appel d\u2019air provoqu\u00e9 par les r\u00e9volutions tunisienne et \u00e9gyptienne, rares \u00e9taient les observateurs \u00e0 consid\u00e9rer, au d\u00e9but du mois de mars, qu\u2019un mouvement de contestation pouvait appara\u00eetre en Syrie. Compte-tenu du contre-exemple qu\u2019offraient les opposants libyens incapables d\u2019aboutir dans leur entreprise de renversement du r\u00e9gime de Moammar Qaddafi, par bien des aspects semblable \u00e0 celui de Bachar Al Assad, plus rares encore \u00e9taient ceux qui estimaient, au milieu du mois de mars, que le mouvement qui semblait enfin d\u00e9marrer puisse durer. La difficult\u00e9 qu\u2019il avait eue \u00e0 prendre son envol, en d\u00e9pit de la multiplicit\u00e9 des appels lanc\u00e9s via Facebook tout au long du mois de f\u00e9vrier, faisait douter de sa capacit\u00e9 \u00e0 survivre. Reposant sur un \u00e9tat d\u2019urgence en vigueur depuis pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle, et \u00e9tay\u00e9 \u00e0 la fois par un arsenal l\u00e9gislatif ad hoc, des tribunaux sp\u00e9ciaux inf\u00e9od\u00e9s aux services de renseignements et les pratiques arbitraires de moukhabarat \u00e9chappant \u00e0 tout contr\u00f4le, le mur de la peur paraissait aussi infranchissable que le mur de Berlin\u2026 avant son d\u00e9mant\u00e8lement. Il a pourtant subi le m\u00eame sort. A ce jour, le bilan des acquis politiques de la contestation est sans doute relativement mince. Mais le seul fait que des Syriens continuent de sortir et de manifester dans la rue, malgr\u00e9 deux mois et demi d\u2019une r\u00e9pression d\u2019une extr\u00eame cruaut\u00e9 o\u00f9 tous les moyens ont \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre par les appareils du pouvoir engag\u00e9s sur le terrain, est d\u00e9j\u00e0 un grand succ\u00e8s en soi. Alors que le seuil symbolique d\u2019un millier de morts a \u00e9t\u00e9 franchi, alors que les bless\u00e9s se comptent par milliers, alors que les d\u00e9tenus et disparus sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 pr\u00e8s de 15 000 et que chaque jour apporte son lot d\u2019informations et d\u2019images terrifiantes, les protestataires sont bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne plus trembler. Ils ont d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 beaucoup trop cher leur demande de libert\u00e9 pour laisser la peur les envahir et les t\u00e9taniser \u00e0 nouveau. Ils veulent faire en sorte que, puisque le pouvoir syrien tergiverse, ne propose le dialogue que pour gagner du temps et ne se pliera qu\u2019au rapport de forces, il connaisse \u00e0 son tour les affres de la peur.<\/p>\n<p><strong>2.2 &#8211; La contestation ne stagne pas\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le 9 mai, Bouthayna Chaaban, conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, affirmait dans une interview \u00e0 un journaliste du New York Times, exceptionnellement autoris\u00e9 \u00e0 rester quelques heures en Syrie pour recueillir l\u2019oracle, que \u00ab le mouvement de protestation allait vers sa fin \u00bb et que \u00ab l\u2019Etat aurait bient\u00f4t achev\u00e9 de reprendre la situation en main \u00bb. Son optimisme s\u2019expliquait, d\u2019une part, par la conviction que ses compatriotes ne sauraient r\u00e9sister \u00e0 la f\u00e9rocit\u00e9 des services de s\u00e9curit\u00e9, et, d\u2019autre part, par la diminution des images diffus\u00e9es depuis la Syrie, suite aux coupures de courant et au contr\u00f4le renforc\u00e9 des \u00e9changes t\u00e9l\u00e9phoniques et Internet avec l\u2019\u00e9tranger, auquel coop\u00e9rait activement Rami Makhlouf, cousin de Bachar Al Assad et propri\u00e9taire de Syriatel. Mais, comme \u00e0 chacune de ses interventions, les Syriens se sont employ\u00e9s \u00e0 la faire mentir en descendant plus nombreux encore dans les rues. Ainsi, recoup\u00e9e avec les images fournies par le point quotidien d\u2019information \u00ab Syrian Revolution News Round-Up \u00bb, la carte des manifestations du vendredi 20 mai, baptis\u00e9 \u00ab Jouma\u2019at Azadi \u00bb (Vendredi de la Libert\u00e9), en hommage aux Kurdes ayant partout rejoint la protestation, montre que plus d\u2019une centaine de cort\u00e8ges ont ce jour-l\u00e0 sillonn\u00e9 les rues et les quartiers d\u2019une cinquantaine de villes. Le vendredi 27, \u00ab Jouma\u2019at Houmat al Diyar \u00bb, en hommage \u00e0 l\u2019arm\u00e9e appel\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les citoyens et la patrie, il y en a eu 130, selon l\u2019Organisation Nationale des Droits de l\u2019Homme en Syrie. Il est exact, comme certains le soulignent, que la majorit\u00e9 des 22 millions de Syriens n\u2019a jamais pris part \u00e0 ces manifestations. Mais, si l\u2019on cherche par cette observation \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019enthousiasme des protestataires, \u00e0 dissuader les h\u00e9sitants et \u00e0 rassurer la communaut\u00e9 internationale, le r\u00e9gime, lui, ne s\u2019y trompe pas. L\u2019annonce, le 13 mai, de son intention de lancer bient\u00f4t un dialogue national, signifie qu\u2019il a compris qu\u2019il avait \u00e0 faire \u00e0 une vague de fond qui ne retomberait pas de sit\u00f4t et qu\u2019il ne parviendrait pas \u00e0 la briser par les moyens de coercition habituels.<\/p>\n<p><strong>2.3 &#8211; \u2026 mais elle gagne du terrain semaine apr\u00e8s semaine<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la contestation n\u2019a \u00e9t\u00e9 ni lin\u00e9aire, ni continu. Il a connu des hauts et des bas, des temps forts et des p\u00e9riodes de creux. Il aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9tonnant qu\u2019il en aille autrement. Mais, au long des deux mois et demi \u00e9coul\u00e9s, de nouveaux milieux et de nouvelles r\u00e9gions ont r\u00e9guli\u00e8rement rejoint le camp des manifestants. Certaines listes de victimes \u00e9tablies par des organisations syriennes de d\u00e9fense des Droits de l\u2019Homme permettent de constater que les protestataires tu\u00e9s dans les rues par les services de s\u00e9curit\u00e9 n\u2019appartiennent pas uniquement aux milieux d\u00e9favoris\u00e9s des banlieues urbaines et de la campagne. M\u00eame si leur situation est loin d\u2019\u00eatre ce qu\u2019elle est en Occident, ce n\u2019est pas d\u2019abord pour exprimer des revendications \u00e9conomiques que des m\u00e9decins, des ing\u00e9nieurs, des professeurs, des avocats, des architectes et des commer\u00e7ants participent au mouvement. Dans un pays o\u00f9 les chiffres du ch\u00f4mage annonc\u00e9s sont largement sous-estim\u00e9s, les \u00e9tudiants et les dipl\u00f4m\u00e9s ont sans doute des pr\u00e9occupations l\u00e9gitimes li\u00e9es \u00e0 l\u2019emploi. Mais que dire des quinquag\u00e9naires et sexag\u00e9naires abattus dans les cort\u00e8ges ou jet\u00e9s en prison ? Vendredi 18 mars, les manifestations \u00e9taient circonscrites aux villes de Daraa, Banias, Homs et Damas. Une semaine plus tard, elles concernaient \u00e9galement les villes de Lattaqui\u00e9, Alep, Idlib, Hama, Jableh, Hassakeh, Raqqa et une dizaine de municipalit\u00e9s des environs de la capitale. Le vendredi 1er avril, les m\u00eames agglom\u00e9rations \u00e9taient rejointes par Qamichli et De\u00efr al Zor. Le 8 avril, les villes d\u2019Al Bou Kamal et de Tartous \u00e9taient \u00e0 leur tour atteintes par les protestations, qui s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 la plus grande partie du gouvernorat de Daraa et de la grande banlieue de Damas. Le 15 avril s\u2019y ajoutaient Soue\u00efda et Rastan, le 22 avril Palmyre, le 29 avril Maaret al Numan, le 6 mai Tall Kalakh\u2026 Aujourd\u2019hui, tous les gouvernorats du pays sont concern\u00e9s. A des degr\u00e9s divers, bien entendu. Mais \u00e0 l\u2019inverse de la Bourse de Damas, la courbe de la mobilisation reste fermement orient\u00e9e \u00e0 la hausse.<\/p>\n<p><strong>2.4 &#8211; La contestation a montr\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas religieuse\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Certains observateurs se sont \u00e9mus de constater que les plus grosses manifestations d\u00e9marraient \u00e0 la sortie des moqu\u00e9es, apr\u00e8s la pri\u00e8re du vendredi ou au terme de rites fun\u00e9raires. Ils ont cru voir l\u2019expression d\u2019une contestation religieuse dans ce qui n\u2019est que la cons\u00e9quence des pressions exerc\u00e9es sur la population : les Syriens ne peuvent plus se r\u00e9unir ailleurs que dans les lieux de culte, depuis que les stades ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s au public\u2026 avant d\u2019\u00eatre transform\u00e9s en prisons \u00e0 ciel ouvert. Certains imams ont jou\u00e9 ici et l\u00e0 un r\u00f4le important, comme le cheykh Ahmed Al Sayasneh \u00e0 Daraa, le cheykh Anas Al Ayrout \u00e0 Banias ou le cheykh Ali Chandarli \u00e0 Lattaqui\u00e9. Mais c\u2019est la violence meurtri\u00e8re de la r\u00e9pression, et non pas leurs discours, qui ont conduit \u00e0 la d\u00e9gradation de la situation dans ces trois villes. Non seulement aucun homme de religion n\u2019a incit\u00e9 ses fid\u00e8les \u00e0 se livrer \u00e0 des actions l\u00e9galement r\u00e9pr\u00e9hensibles, ne serait-ce que pour ne pas les envoyer \u00e0 la mort, mais tout le monde a encore en m\u00e9moire les images du cheykh Mohammed Sa\u00efd Ramadan Al Bouti, la personnalit\u00e9 religieuse la plus influente de Syrie, quittant pr\u00e9cipitamment et sous bonne escorte la Mosqu\u00e9e des Omeyyades de Damas dont il est le pr\u00e9dicateur, pour ne pas \u00eatre impliqu\u00e9 dans la manifestation qui s\u2019y d\u00e9roulait. Et, lorsque le cheykh Krayyem Rajeh, ma\u00eetre reconnu en lecture du Coran, a voulu d\u00e9noncer en chaire la profanation de certaines mosqu\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e et les services de s\u00e9curit\u00e9, il n\u2019a appel\u00e9 personne \u00e0 la r\u00e9volte, mais s\u2019est content\u00e9 &#8211; ce qui est d\u00e9j\u00e0 risqu\u00e9 en Syrie &#8211; d\u2019annoncer sa d\u00e9mission. On ne peut pas non plus voir une orientation religieuse de la contestation dans le recours \u00e0 des formules comme \u00ab Allah akbar \u00bb quand tombent des victimes sous les yeux des manifestants. Quand ils crient \u00ab Allah, Souriya, Hourriya wa bass\u2026 \u00bb (Dieu, la Syrie, la Libert\u00e9\u2026 et c\u2019est tout), ils ne font que reprendre en le transformant le slogan des partisans du chef de l\u2019Etat \u00ab Allah, Souriya, Bachar wa bass \u00bb. Comment leur reprocher ce recours au nom de Dieu, quand Bachar Al Assad lui-m\u00eame, pr\u00e9sident d\u2019un Etat qui revendique haut et fort sa \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb\u2026 tout en manipulant des groupes islamistes en Syrie, en Irak ou au Liban, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 conclure un discours, le 10 novembre 2005, sur l\u2019expression depuis lors sur toutes les l\u00e8vres officielles : \u00ab Souriya, Allah h\u00e2m\u00ee-h\u00e2 \u00bb (C\u2019est Dieu qui prot\u00e8ge la Syrie) ?<\/p>\n<p><strong>2.5 &#8211; \u2026 mais elle reste vigilante face au pi\u00e8ge du confessionnalisme<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Non religieuse, la contestation en Syrie a aussi veill\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part \u00e0 ne pas se laisser entra\u00eener dans le pi\u00e8ge des dissensions confessionnelles. Il se peut que des cris aient \u00e9t\u00e9 prof\u00e9r\u00e9s contre telle ou telle communaut\u00e9 sous le coup de la col\u00e8re. Mais le visionnage de centaines de vid\u00e9os permet d\u2019affirmer que, tout en sachant \u00e0 quelle communaut\u00e9 appartiennent dans leur majorit\u00e9 les agents des moukhabarat et les voyous d\u00e9sign\u00e9s sous le sobriquet de \u00ab chabbiha \u00bb qui les assistent, les protestataires ne veulent voir qu\u2019une chose : c\u2019est le r\u00e9gime qui porte la plus grosse part de responsabilit\u00e9 dans les crimes commis par ces hommes. Plusieurs slogans utilis\u00e9s d\u2019un bout du pays \u00e0 l\u2019autre expriment d\u2019ailleurs avec force la pr\u00e9occupation des manifestants de d\u00e9passer les appartenances communautaires. Ils r\u00e9p\u00e8tent sans cesse : \u00ab W\u00e2hed w\u00e2hed w\u00e2hed, al chaab al souri w\u00e2hed \u00bb (Un, un, un, le peuple syrien est un), ou \u00ab Kullu-na sunni wa-alawi wa-duruzi wa-kurdi \u00bb (Nous sommes tous sunnites, alaouites, druzes et kurdes). Conscients du pi\u00e8ge dans lequel le pouvoir allait tenter d\u2019entra\u00eener les manifestants, pour les r\u00e9primer plus durement encore au nom de la \u00ab pr\u00e9servation de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00bb, les animateurs du mouvement ont tr\u00e8s vite mis en ligne, le 24 mars, sur la page Facebook de \u00ab The Syrian Revolution 2011 \u00bb, un \u00ab code d\u2019\u00e9thique contre le sectarisme en Syrie \u00bb r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019opposant Yasin Al Hajj Saleh. Avant qu\u2019un \u00ab Vendredi Azadi \u00bb (vendredi de la libert\u00e9) ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 au Kurdes, le 20 mai, les manifestations avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es, le 22 avril, sous le signe du \u00ab Vendredi saint \u00bb, en solidarit\u00e9 avec les chr\u00e9tiens en pleine c\u00e9l\u00e9brations pascales. Certes, la participation des membres de cette derni\u00e8re communaut\u00e9, qui ne d\u00e9passent pas les 8 % de la population, peut manquer de visibilit\u00e9, surtout dans les cort\u00e8ges qui se mettent en branle \u00e0 partir des mosqu\u00e9es. Mais elle est r\u00e9elle, dans les universit\u00e9s de Damas et d\u2019Alep par exemple. Et \u00e0 Homs, on trouvait, vendredi 27 mai, parmi les t\u00e9moins oculaires dispos\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner de la r\u00e9pression en cours ce jour-l\u00e0 dans la ville, un Tony et un Abou Georges qui ne peuvent \u00eatre que des chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p><strong>2.6 &#8211; La contestation est rest\u00e9e largement pacifique et non violente<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers jours, le slogan \u00ab silmiyeh, silmiyeh\u2026 \u00bb (pacifique, pacifique) a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus souvent scand\u00e9s, comme si les manifestants esp\u00e9raient d\u00e9sarmer la r\u00e9pression en insistant sur le fait qu\u2019ils ne disposaient pas d\u2019armes, et voulaient s\u2019encourager \u00e0 la patience en se rappelant les uns aux autres que le changement qu\u2019ils appelaient de leurs v\u0153ux devait se d\u00e9rouler sans violence. Malgr\u00e9 tout accus\u00e9s d\u2019\u00eatre des \u00ab terroristes \u00bb, d\u00e9nigr\u00e9s dans les m\u00e9dias officiels et r\u00e9prim\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e, ils ont tent\u00e9 de se montrer encore plus convaincants, offrant du th\u00e9 et des g\u00e2teaux aux militaires, d\u00e9filant ici la poitrine nue ou arborant l\u00e0 des rameaux d\u2019olivier. Mais rien n\u2019est parvenu \u00e0 convaincre le r\u00e9gime de recourir \u00e0 d\u2019autres moyens que les armes et le meurtre. Alors que le bilan de la r\u00e9pression s\u2019allonge chaque jour et que chaque semaine apporte son lot d\u2019images plus insoutenables que celles de la pr\u00e9c\u00e9dente, la retenue et la discipline de ceux qui continuent de manifester pour exprimer leur volont\u00e9 de changement suscitent l\u2019admiration du monde entier. Il est exact que des protestataires ont d\u00e9truit \u00e0 Daraa l\u2019agence de la compagnie Syriatel de Rami Makhlouf, saccag\u00e9 \u00e0 Hama le si\u00e8ge du gouvernorat, incendi\u00e9 \u00e0 Jisr al Choughour la permanence du Parti Baath, vandalis\u00e9 en quelques endroits des postes des services de s\u00e9curit\u00e9, laissant \u00e9clater leur col\u00e8re contre des lieux hautement symboliques de la corruption, de la r\u00e9pression et de la folie meurtri\u00e8re du r\u00e9gime. Mais, au terme de deux mois et demi de manifestations quasi quotidiennes, la liste des destructions qui leur sont imput\u00e9es contient surtout, ce qui est \u00e9videmment beaucoup plus grave pour le pouvoir, les portraits g\u00e9ants du chef de l\u2019Etat qui ornent rituellement les fa\u00e7ades des administrations et les incontournables statues de Hafez Al Assad des entr\u00e9es et sorties des agglom\u00e9rations de Syrie. En revanche, ce que les t\u00e9moins sont nombreux \u00e0 avoir vu et \u00e0 rapporter, ce sont les destructions provoqu\u00e9es par les tirs des canons des chars de l\u2019arm\u00e9e, les voitures \u00e9cras\u00e9es par les chenilles des blind\u00e9s, les magasins vandalis\u00e9s par les moukhabarat et les chabihha\u2026 pour ne rien dire ici des pertes en vies humaines d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provoqu\u00e9es par les militaires et les francs-tireurs.<\/p>\n<p><strong>2.7 &#8211; La contestation a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le v\u00e9ritable visage du r\u00e9gime syrien<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il aura suffi que les habitants de Daraa se soul\u00e8vent, entra\u00eenant petit \u00e0 petit derri\u00e8re eux l\u2019ensemble des gouvernorats du pays, pour qu&rsquo;apparaisse au grand jour la v\u00e9ritable nature du r\u00e9gime syrien : un syst\u00e8me d\u00e9pourvu de toute id\u00e9ologie, dirig\u00e9 par les membres d\u2019une \u00ab famille \u00bb et leurs complices, dont la politique se r\u00e9sume \u00e0 se maintenir en place avec ou contre l\u2019assentiment de la population syrienne, quitte \u00e0 recourir aux moyens de coercition les plus primitifs contre ceux qui, en contestant la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette situation, menacent l\u2019existence des d\u00e9tenteurs du pouvoir et leur main mise sur l\u2019\u00e9conomie et les ressources nationales. En quelques semaines, par leur pers\u00e9v\u00e9rance et leur endurance, les manifestants ont ouvert les yeux de ceux qui voyaient encore dans Bachar Al Assad, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2011, un homme moderne et un r\u00e9formateur, entrav\u00e9 dans ses bonnes intentions par une \u00ab vieille garde \u00bb h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re, un alibi commode mais mal choisi. Si l\u2019on excepte certains thurif\u00e9raires imp\u00e9nitents, moins attentifs \u00e0 la gestion du chef de l\u2019Etat syrien qu\u2019\u00e0 ses postures nationalistes, anti-imp\u00e9rialistes et la\u00efques, il est d\u00e9sormais \u00e9vident pour la majorit\u00e9 des opinions publiques que Bachar Al Assad, en acceptant l\u2019h\u00e9ritage que voulait lui transmettre son p\u00e8re au m\u00e9pris des principes baathistes eux-m\u00eames, en a aussi adopt\u00e9 les m\u00e9thodes. Refusant d\u2019octroyer aux protestataires ce qu\u2019ils r\u00e9clamaient, de peur de s\u2019engager dans la spirale infernale des concessions et de finir en exil ou devant un tribunal, comme ses homologues tunisien et \u00e9gyptien, Bachar Al Assad a ferm\u00e9 la porte au dialogue pendant qu\u2019il en \u00e9tait encore temps. Et, dans l\u2019espoir de b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 son tour d\u2019une paix de trente ans, il a depuis plusieurs semaines recours aux tirs \u00e0 balles r\u00e9elles sur des manifestants d\u00e9sarm\u00e9s, au blocus des villes r\u00e9volt\u00e9es, aux assassinats de masse, aux emprisonnements de milliers d\u2019hommes et de femmes, \u00e0 la strat\u00e9gie de la terreur, aux menaces, aux tortures et aux liquidations.<\/p>\n<p><strong>2.8 &#8211; La contestation a contribu\u00e9 \u00e0 unir les Syriens \u00e0 travers tout le pays<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le calvaire de la ville de Daraa, que le r\u00e9gime a tent\u00e9 de faire plier en s\u2019y livrant \u00e0 une r\u00e9pression d\u2019une extr\u00eame duret\u00e9, a provoqu\u00e9 \u00e0 travers toute la Syrie une vague de solidarit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent. Des villages voisins, bient\u00f4t eux aussi soumis aux repr\u00e9sailles, elle a gagn\u00e9 la totalit\u00e9 du gouvernorat puis l\u2019ensemble du pays. A Soue\u00efda, \u00e0 Douma, \u00e0 Homs, \u00e0 Lattaqui\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 Qamichli, la population est sortie pour exprimer son soutien \u00e0 la ville martyre, s\u2019attirant souvent un traitement similaire. L\u2019habitude a \u00e9t\u00e9 prise partout par les manifestants d\u2019arborer des pancartes, de suspendre des banderoles ou de crier des slogans d\u2019appui et d\u2019encouragement \u00e0 l\u2019ensemble des villes sur lesquelles se concentraient, au m\u00eame moment, les interventions de l\u2019arm\u00e9e et des services de s\u00e9curit\u00e9. Cette solidarit\u00e9 est d\u2019autant plus remarquable que, en Syrie, les r\u00e9flexes r\u00e9gionalistes sont encore puissants. Alors que le r\u00e9gime esp\u00e9rait, en recourant partout \u00e0 la violence et \u00e0 la force des armes, faire rentrer chacun chez soi, l\u2019exposition aux m\u00eames violences s\u00e9curitaires a fait sortir de chez eux en nombre croissant les habitants de r\u00e9gions qui ne se connaissaient pas, soudain rapproch\u00e9s par leur volont\u00e9 commune de changer un syst\u00e8me dont ils \u00e9taient les uns et les autres les victimes. La fiert\u00e9 d\u2019avoir vaincu la peur, par respect pour soi-m\u00eame et par sympathie pour les autres, a \u00e9galement suscit\u00e9 une sorte de comp\u00e9tition, inspirant des appels aux villes et r\u00e9gions encore immobiles \u00e0 rejoindre le mouvement. Honor\u00e9s au cours de c\u00e9r\u00e9monies collectives, les martyrs ont constitu\u00e9 une sorte de trait d\u2019union entre toutes les r\u00e9gions participant \u00e0 la protestation.<\/p>\n<p><strong>2.9 &#8211; La contestation a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait patriotique et citoyenne<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Dans leurs slogans comme dans leur comportement, les manifestants ont montr\u00e9 un immense attachement \u00e0 la Syrie, leur patrie. En de nombreux endroits, ils ont tourn\u00e9 en d\u00e9rision les accusations prof\u00e9r\u00e9es contre eux par les plus hauts responsables, \u00e0 commencer par Bachar Al Assad, pour qui seuls des \u00ab agents de l\u2019\u00e9tranger \u00bb et des \u00ab infiltr\u00e9s \u00bb pouvaient trouver \u00e0 redire \u00e0 sa gestion et critiquer le champion qu\u2019il pr\u00e9tend \u00eatre de la \u00ab r\u00e9sistance et obstruction \u00bb aux projets imp\u00e9rialistes dans la r\u00e9gion. Ils ont affirm\u00e9 haut et fort qu\u2019ils voulaient r\u00e9cup\u00e9rer la ville de Quneitra, jadis abandonn\u00e9e sans combat par les troupes de Hafez Al Assad, et qu\u2019ils tenaient au Golan occup\u00e9, objet depuis 20 ans de n\u00e9gociations avec les Isra\u00e9liens que ni l\u2019une ni l\u2019autre des parties en pr\u00e9sence n\u2019a jamais vraiment cherch\u00e9 \u00e0 faire aboutir. D\u00e9tournant le slogan \u00ab Bi-l rouh, bi-l damm\u2026 \u00bb utilis\u00e9 pour exprimer l\u2019all\u00e9geance \u00e0 Hafez puis \u00e0 Bachar Al Assad, ils ont cri\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 \u00ab donner leur vie et leur sang pour la Syrie \u00bb. Ils ont dit qu\u2019ils en avaient assez d\u2019\u00eatre trait\u00e9s comme des sujets et qu\u2019ils voulaient devenir des citoyens responsables de leur vie et de leur destin. Ils ne voulaient plus se laisser conduire comme des moutons l\u00e0 o\u00f9 le pouvoir d\u00e9cidait, au mieux de ses seuls int\u00e9r\u00eats, soutenant les Am\u00e9ricains contre l\u2019Irak, en 1991, puis s\u2019opposant \u00e0 ces m\u00eames Am\u00e9ricains dans le m\u00eame pays, 12 ans plus tard. Ils voulaient que soient n\u00e9goci\u00e9es entre tous les Syriens, dans le respect de l\u2019opinion majoritaire, les orientations de la vie politique, \u00e9conomique, sociale, culturelle, diplomatique ou d\u00e9fensive de leur pays, qui n\u2019appartenait ni \u00e0 un parti, ni \u00e0 un clan, et encore moins \u00e0 une famille, mais qui \u00e9tait leur bien commun. L\u2019absence de r\u00e9f\u00e9rence dans leurs slogans \u00e0 la \u00ab patrie arabe \u00bb ne signifie pas que les \u00ab r\u00e9volutionnaires syriens \u00bb ignorent ou refusent cette dimension. Mais elle traduit leur conviction qu\u2019il ne saurait y avoir de \u00ab vrais Arabes \u00bb aussi longtemps qu\u2019il n\u2019y aura pas de \u00ab vrais Syriens \u00bb, de \u00ab vrais Egyptiens \u00bb, de \u00ab de vrais Libyens \u00bb\u2026 c\u2019est-\u00e0-dire partout de v\u00e9ritables citoyens. La nation arabe n\u2019est pas un regroupement de troupeaux. Elle n\u2019est pas faite du rassemblement de peuples ne disposant d\u2019aucun droit et n\u2019ayant aucun mot \u00e0 dire sur les affaires de leur propre pays. A l\u2019oppos\u00e9 du discours officiel, qui fait une priorit\u00e9 de la construction de la nation arabe pour mieux enr\u00e9gimenter la population, les manifestants estiment qu\u2019ils ne seront capables de prendre leur part dans la construction du monde arabe que dans la mesure o\u00f9 ils seront d\u2019abord devenus de v\u00e9ritables \u00ab citoyens Syriens \u00bb.<\/p>\n<p><strong>2.10 &#8211; La contestation a partout les m\u00eames objectifs\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs semaines avant que les Syriens parviennent enfin \u00e0 descendre dans les rues, les internautes \u00e0 l\u2019origine des appels \u00e0 manifester avaient formul\u00e9 les objectifs qui devaient, selon eux, inspirer partout les manifestants. Bien qu\u2019\u00e9manant de groupes ou d\u2019individus qui n\u2019entretenaient que des contacts limit\u00e9s les uns avec les autres, compte-tenu de la surveillance qui s\u2019exer\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 sur les moyens de communication et de d\u00e9placement, un accord s\u2019est rapidement d\u00e9gag\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de faire de la libert\u00e9, et non de la chute du r\u00e9gime ou du d\u00e9part de Bachar al Assad, la revendication fondamentale. Les autres demandes n\u2019\u00e9taient que les d\u00e9clinaisons de cette premi\u00e8re exigence. Pour \u00eatre libres, les Syriens devaient d\u2019abord \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9s de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, comme de l\u2019omnipr\u00e9sence des moukhabarat et des tribunaux d\u2019exception qui en \u00e9taient la cons\u00e9quence. Ils devaient ensuite avoir le droit de cr\u00e9er les partis politiques qui leur convenaient et de choisir ceux qui les repr\u00e9senteraient et les gouverneraient. Ils devaient aussi pouvoir disposer de m\u00e9dias ind\u00e9pendants, capables d\u2019exprimer les opinions les plus diverses, en toute autonomie et sans risque de sanctions. Ils devaient encore \u00eatre \u00e0 m\u00eame de recourir \u00e0 une Justice qui ne soit asservie \u00e0 aucun pouvoir et qui se prononce selon le Droit&#8230; La lib\u00e9ration imm\u00e9diate des d\u00e9tenus d\u2019opinion devait \u00eatre le signe de la disposition des autorit\u00e9s \u00e0 aller dans le sens r\u00e9clam\u00e9 par les manifestants. On les a donc vu d\u00e9filer partout au cri de \u00ab Hourriyeh, hourriyeh, nehna baddna al hourriye \u00bb (Libert\u00e9, libert\u00e9, nous voulons la libert\u00e9) et de \u00ab Allah, Souriya, Hourriya wa-bass \u00bb (Dieu, la Syrie, la libert\u00e9 et c\u2019est tout).<\/p>\n<p><strong>2.11 &#8211; \u2026 mais elle n\u2019a pas partout atteint le m\u00eame stade\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Alors que certaines villes h\u00e9sitaient encore \u00e0 rejoindre le mouvement et \u00e0 sortir pour r\u00e9clamer la libert\u00e9, les habitants de Daraa, Lattaqui\u00e9, Homs et Banias avaient d\u00e9j\u00e0 fait le constat \u00e0 leur d\u00e9triment que le pouvoir n\u2019avait pas l\u2019intention de dialoguer. Loin de vouloir reconna\u00eetre le bien fond\u00e9 de leurs demandes, il faisait tout ce qui \u00e9tait en son pouvoir pour casser leur protestation. Choqu\u00e9s par l\u2019accroissement rapide du nombre des victimes et par la cruaut\u00e9 manifest\u00e9e par ceux que le r\u00e9gime avait charg\u00e9s de la r\u00e9pression, ils se sont rendus \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : la libert\u00e9 \u00e0 laquelle ils aspiraient et pour laquelle tant de leurs parents, amis, voisins ou camarades \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9s, ne pourrait \u00eatre obtenue que par un renversement du r\u00e9gime. Quelque temps et quelques centaines de morts plus tard, ils en sont venus \u00e0 la conviction que la r\u00e9pression \u00e9tait men\u00e9e sur le terrain, non pas \u00e0 l\u2019insu ou malgr\u00e9 le chef de l\u2019Etat, comme sa conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique Bouthayna Chaaban avait pour mission de le faire accroire, mais aux vu et su et conform\u00e9ment aux ordres explicites de Bachar Al Assad. Ils ont donc franchi un nouveau palier dans leur protestation. Pour parvenir \u00e0 la libert\u00e9 par les moyens pacifiques qui restait leur objectif, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 exiger le d\u00e9part du chef de l\u2019Etat, que ne r\u00e9clamaient pas encore ceux qui entraient seulement au m\u00eame moment dans le mouvement. C\u2019est ainsi que s\u2019explique l\u2019apparente contradiction relev\u00e9e par les observateurs dans les revendications des manifestants.<\/p>\n<p><strong>2.12 &#8211; \u2026 et elle n\u2019est pas encore per\u00e7ue comme un mouvement national<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Bien que les protestataires aient partout fait du 25 mars le \u00ab Vendredi de la Dignit\u00e9 \u00bb, du 1er avril le \u00ab Vendredi des Martyrs \u00bb, du 8 avril le \u00ab Vendredi de la Fermet\u00e9 \u00bb, du 15 avril le \u00ab Vendredi de la D\u00e9termination \u00bb, etc., deux autres \u00e9l\u00e9ments emp\u00eachent la contestation d\u2019appara\u00eetre comme un v\u00e9ritable mouvement national, plut\u00f4t que comme une somme de mouvements locaux entre lesquels une coordination existe, mais dont l\u2019unit\u00e9 reste \u00e0 r\u00e9aliser. Le premier \u00e9l\u00e9ment est la gestion avant tout locale de la protestation. Ses animateurs voulaient susciter un vaste mouvement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays. C\u2019est ce qu\u2019ils souhaitaient en appelant leurs compatriotes \u00e0 sortir en masse, les 4 et 5 f\u00e9vrier, pour occuper et \u00ab lib\u00e9rer \u00bb dans les villes des lieux publics symboliques. On sait qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suivis. La contre-propagande du r\u00e9gime qui a tout fait et tout dit pour d\u00e9cr\u00e9dibiliser un mouvement \u00ab inspir\u00e9 par l\u2019\u00e9tranger \u00bb, le quadrillage policier massif mis en place par les autorit\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des agglom\u00e9rations, et l\u2019ignorance par les Syriens qu\u2019ils \u00e9taient capables de surmonter leur peur, ont dissuad\u00e9 la grande masse des h\u00e9sitants \u00e0 participer \u00e0 des rassemblements. Ils ont donc \u00e9t\u00e9 diff\u00e9r\u00e9s de semaine en semaine, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u00e9tincelle de Daraa mette le feu aux poudres et provoque la vague de r\u00e9probation dont on constate aujourd\u2019hui l\u2019ampleur. Le second \u00e9l\u00e9ment, ce sont les r\u00e9ticences de certains Syriens, dans tous les milieux, dans toutes les communaut\u00e9s et dans toutes les r\u00e9gions, \u00e0 emboiter le pas \u00e0 ceux qui en sont venus \u00e0 appeler \u00e0 la chute du r\u00e9gime et au d\u00e9part de Bachar Al Assad. On ne peut nier que, aussi insatisfaits soient-ils par la gestion du pouvoir actuel, de nombreux Syriens pr\u00e9f\u00e8rent le statu quo \u00e0 une r\u00e9volution qui pourrait s\u2019av\u00e9rer positive pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, mais qui privera les actuels b\u00e9n\u00e9ficiaires du syst\u00e8me d\u2019une partie au moins de leurs ressources, qui redistribuera les cartes et qui risque de s\u2019accompagner d\u2019un nombre accru de pertes en vies humaines.<\/p>\n<p><strong>2.13 &#8211; La contestation n\u2019a pas de figure embl\u00e9matique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si la contestation en Syrie se voit et s\u2019entend, bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du pays, elle n\u2019est pas encore parvenue \u00e0 s\u2019incarner dans une figure embl\u00e9matique. Elle a partout des meneurs, mais, parce qu\u2019ils sont condamn\u00e9s \u00e0 la clandestinit\u00e9, elle n\u2019a ni un Lech Walesa, ni un Vaclav Havel. Elle a plus d\u2019un millier de martyrs, qu\u2019honorent les diff\u00e9rentes villes. Mais elle n\u2019a pas encore l\u2019ic\u00f4ne qu\u2019\u00e9tait devenue pour les Tunisiens le vendeur \u00e0 la sauvette Mohammed Bouazizi et pour les Egyptiens le bloggeur Khaled Sa\u00efd. A moins que le jeune Hamzeh Al Khatib (13 ans), arr\u00eat\u00e9 alors qu\u2019il apportait des provisions aux habitants de Daraa assi\u00e9g\u00e9e et tortur\u00e9 \u00e0 mort ans par les moukhabarat, devenu le symbole des souffrances et de la r\u00e9sistance de la ville, soit \u00e9galement adopt\u00e9 par l\u2019ensemble des protestataires syriens. Apr\u00e8s plus de deux mois d\u2019existence, la contestation syrienne reste par ailleurs une contestation sans visage, sans chef, sans porte-parole. Elle ne s\u2019incarne pas dans un homme, dans une femme ou dans un groupe d\u2019hommes et de femmes qui en seraient les repr\u00e9sentants ou les porte-parole accr\u00e9dit\u00e9s. Il est \u00e9vident que les conditions ne sont pas remplies d\u2019une apparition au grand jour de ceux qui, dans l\u2019ombre, animent, organisent, coordonnent ou choisissent les mots d\u2019ordre des prochains vendredis. Tout cela ne facilite pas l\u2019identification d\u2019un mouvement que l\u2019opposition traditionnelle soutient et auquel elle participe, mais sans y jouer le r\u00f4le moteur et sans pr\u00e9tendre l\u2019orienter, le contr\u00f4ler, ou le repr\u00e9senter. Du moins \u00e0 ce stade. Car le temps viendra peut-\u00eatre o\u00f9 le pouvoir recherchera enfin des interlocuteurs, sans que les animateurs anonymes de la contestation puissent prendre le risque de se d\u00e9couvrir. Les uns et les autres pourraient alors faire appel aux \u00ab opposants \u00bb (les acquis et les \u00e9checs de l&rsquo;opposition feront l&rsquo;objet de la 3\u00e8me partie de cette \u00e9tude).<\/p>\n<p><strong>2.14 &#8211; La contestation n\u2019a toujours pas fait basculer les deux grandes villes<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les animateurs de la contestation ne se bercent pas d\u2019illusion : les habitants des beaux quartiers de Damas et d\u2019Alep ne les rejoindront au mieux qu\u2019au dernier moment, pour sauver ce qu\u2019ils pourront, voler au secours de la victoire et tenter de r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 leur profit un mouvement qu\u2019ils auront auparavant d\u00e9nigr\u00e9 ou observ\u00e9 avec suspicion. Cette situation, qui se reproduit \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents dans la plupart des grandes villes, ne les pr\u00e9occupe pas outre mesure. Ils travaillent \u00e0 mobiliser le reste des quartiers, encore nombreux, surtout lorsqu\u2019ils sont le fief de minorit\u00e9s confessionnelles, \u00e0 h\u00e9siter sur le choix \u00e0 effectuer. Ils sont confiants que les r\u00e9volutions restent toujours le fait de minorit\u00e9s engag\u00e9es, convaincues de la grandeur de leur cause et pr\u00eates \u00e0 beaucoup de sacrifices et d\u2019altruisme. Et ils gardent en t\u00eate l\u2019objectif de parvenir \u00e0 occuper enfin l\u2019une des grandes places publiques, la place des Abbassides \u00e0 Damas et la place Saadallah Al Jabiri \u00e0 Alep, pour installer en \u00ab territoire lib\u00e9r\u00e9 \u00bb le centre symbolique de la \u00ab nouvelle Syrie \u00bb.<\/p>\n<p><strong>2.15 &#8211; La contestation a acquis la bienveillance de militaires\u2026<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas lieu de douter, tant les t\u00e9moignages abondent, que des militaires, y compris au sein de la 4\u00e8me Division, de la Garde R\u00e9publicaine et des Forces Sp\u00e9ciales, noyau dur des troupes fid\u00e8les au r\u00e9gime, ont refus\u00e9 de tirer sur les manifestants, en constatant qu\u2019ils avaient \u00e0 faire \u00e0 de simples citoyens d\u00e9sarm\u00e9s et pacifiques, et non aux terroristes ou aux infiltr\u00e9s contre lesquels on les avait en principe engag\u00e9s. Officiers ou simples soldats, ceux auxquels leur conscience dictait de ne pas ouvrir le feu ont \u00e9t\u00e9 pour la plupart imm\u00e9diatement pass\u00e9s par les armes par les agents des moukhabarat escortant et surveillant les unit\u00e9s militaires\u2026 comme aux plus beaux jours de Hafez Al Assad, o\u00f9 les gardes assurant la surveillance des casernes \u00e9taient eux-m\u00eames surveill\u00e9s par des agents des services de renseignements. Selon un officier de la 4\u00e8me Division, un alaouite de Masyaf laiss\u00e9 pour mort pour avoir refus\u00e9 de liquider Ousama Al Sayasneh, fils de l\u2019imam de la grande mosqu\u00e9e de Daraa, plusieurs centaines de militaires appartenant \u00e0 la 3\u00e8me et \u00e0 la 5\u00e8me divisions, d\u00e9ploy\u00e9es en appui dans et autour de la ville, auraient ainsi \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s par les armes. Des familles d\u2019officiers et de simples soldats ont donn\u00e9 \u00e0 ce sujet des t\u00e9moignages concordants. Signe \u00e9vident que leur d\u00e9c\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas intervenu de mani\u00e8re naturelle et que le commandement ne tenait pas \u00e0 leur rendre honneur, des d\u00e9pouilles d\u2019officiers ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es \u00e0 leurs familles sans \u00eatre accompagn\u00e9es, comme le veut l\u2019usage, de repr\u00e9sentants de la hi\u00e9rarchie. Mais on ne peut d\u00e9duire de ces agissements individuels plus qu\u2019ils ne signifient, \u00e0 savoir que des militaires, \u00e0 titre personnel, n\u2019ont pu se r\u00e9soudre \u00e0 accomplir des gestes auxquels rien ne les avait pr\u00e9par\u00e9s et que leur conscience r\u00e9prouvait, quoi qu\u2019il en soit de la sympathie ou de l\u2019antipathie \u00e9prouv\u00e9e par eux pour les manifestants.<\/p>\n<p><strong>2.16 &#8211; \u2026 mais elle n\u2019a pas encore provoqu\u00e9 de divisions dans l\u2019arm\u00e9e<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019espoir de la contestation de parvenir \u00e0 une division de l\u2019arm\u00e9e, moins destin\u00e9e \u00e0 dresser ses \u00e9l\u00e9ments les uns contre les autres qu\u2019\u00e0 affaiblir le r\u00e9gime en le privant d\u2019une partie de ses soutiens, para\u00eet encore lointain. Mais, comme l\u2019a soulign\u00e9 la mobilisation du vendredi 27 mai, \u00ab Joumaat Houmat al Diyar \u00bb (Vendredi des Protecteurs de la Patrie), les protestataires ne d\u00e9sesp\u00e8rent pas de convaincre la troupe de se ranger avec le temps du c\u00f4t\u00e9 du peuple. Plusieurs messages de personnalit\u00e9s politiques ou religieuses avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement adress\u00e9s \u00e0 l\u2019arm\u00e9e syrienne, lui rappelant quelles \u00e9taient ses missions et l\u2019invitant \u00e0 ne pas retourner ses armes contre ceux qu\u2019elle avait vocation de prot\u00e9ger, au profit d\u2019un pouvoir qui n\u2019avait pour elle pas le moindre respect. Dans les rangs des protestataires, on a la conviction que des d\u00e9sertions massives et le ralliement \u00e0 la contestation d\u2019unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e ne pourront intervenir que lorsque les cheykhs, chefs tribaux et personnalit\u00e9s religieuses, auront jet\u00e9 leur poids dans la balance.<\/p>\n<p><strong>2.17 &#8211; La contestation n\u2019a pas le soutien clair des milieux d\u2019affaires<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Comme on pouvait s\u2019y attendre, les milieux d\u2019affaires, principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019ouverture \u00e9conomique intervenue en Syrie au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, se sont gard\u00e9s d\u2019afficher un soutien quelconque \u00e0 la protestation. Le choix \u00e9tait et reste pour eux difficile, entre la pr\u00e9servation d\u2019int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats, limit\u00e9s mais palpables, et l\u2019appui \u00e0 un mouvement de lib\u00e9ration dont certains approuvent les objectifs, tout en redoutant qu\u2019il porte atteinte \u00e0 leurs avantages et qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le au bout du compte pr\u00e9judiciable \u00e0 leurs affaires et \u00e0 leur pr\u00e9rogatives. Ils ont tout lieu de se m\u00e9fier par ailleurs des cons\u00e9quences que ne manquerait pas d\u2019avoir leur vell\u00e9it\u00e9 de se ranger, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, du cot\u00e9 de la contestation. Pour pr\u00e9venir la contagion, le r\u00e9gime ne manquerait pas de ch\u00e2tier avec la plus grande s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ceux chez qui il soup\u00e7onnerait ne serait-ce qu\u2019une certaine sympathie envers les manifestants. Malgr\u00e9 cela, il se dit que des commer\u00e7ants et des industriels ont mis en place des proc\u00e9dures qui leur permettent d\u2019apporter en toute discr\u00e9tion une aide mat\u00e9rielle au mouvement. Du c\u00f4t\u00e9 des protestataires, on a conscience que le contr\u00f4le des manifestations, le rejet de la violence, le respect des biens publics et priv\u00e9s, et le refus des slogans hostiles \u00e0 une composante ou une autre de la soci\u00e9t\u00e9, constituent des \u00e9l\u00e9ments importants dans leur strat\u00e9gie de r\u00e9cup\u00e9ration des hommes d\u2019affaires. Si des slogans ont pris pour cible la corruption et les corrompus, dont le parangon reste le cousin du chef de l\u2019Etat, ils n\u2019ont jamais vis\u00e9 d\u2019autres hommes d\u2019affaires et encore moins menac\u00e9 une classe sociale d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>2.18 &#8211; La contestation a gagn\u00e9 la bataille m\u00e9diatique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le renversement du mur de la peur, l\u2019affirmation du caract\u00e8re pacifique de la protestation et la pr\u00e9servation de l\u2019unit\u00e9 nationale, la conqu\u00eate des opinions publiques est \u00e0 ce jour l\u2019un des principaux acquis de la r\u00e9volution en cours. Le courage des manifestants a suscit\u00e9 l\u2019admiration et la sympathie de ceux qui, \u00e0 travers le monde, ont constat\u00e9 le sto\u00efcisme avec lequel les Syriens affrontaient l\u2019arm\u00e9e et ses chars, les moukhabarat et leurs instruments de torture, les chabbiha et leur violence haineuse. La discipline des d\u00e9fil\u00e9s, la volont\u00e9 consensuelle des slogans, l\u2019humour des protestataires leur ont valu le respect et l\u2019estime de tous, et en premier lieu de ceux qui savent par exp\u00e9rience de quoi le r\u00e9gime syrien est capable. S\u2019ils n\u2019ont pas grand m\u00e9rite \u00e0 avoir gagn\u00e9 la bataille de l\u2019image, face \u00e0 un adversaire aussi d\u00e9nu\u00e9 de sens moral, ils ont aussi gagn\u00e9, dans des conditions beaucoup plus difficiles, la bataille de la technique. Depuis les premi\u00e8res manifestations, boycott\u00e9es ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment d\u00e9form\u00e9es par les m\u00e9dias syriens, ils ont veill\u00e9 \u00e0 faire parvenir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays les images permettant aux internautes et aux t\u00e9l\u00e9spectateurs de juger par eux-m\u00eames du comportement des parties en pr\u00e9sence. Gr\u00e2ce aux conseils d\u2019amis tunisiens et \u00e9gyptiens, qui leur ont recommand\u00e9 d\u2019arborer des panneaux et banderoles en d\u2019autre langue que l\u2019arabe, d\u2019y faire figurer la date et le lieu des manifestations, de pr\u00e9senter des t\u00e9moignages non sujets \u00e0 caution\u2026 ils ont constamment am\u00e9lior\u00e9 la diffusion et la cr\u00e9dibilit\u00e9 de leur message. Des activistes se sont charg\u00e9s de d\u00e9voiler au jour le jour, sur une page d\u00e9di\u00e9e de Facebook, les mensonges des journaux gouvernementaux et des t\u00e9l\u00e9visions officielles. D\u2019autres ont tenu la liste des \u00ab ennemis de la r\u00e9volution \u00bb, rapportant les faits et gestes des hommes politiques, des hommes d\u2019affaires, des artistes, des hommes de religion\u2026 favorables \u00e0 la r\u00e9pression men\u00e9e par le r\u00e9gime. Des chansons ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es et enregistr\u00e9es pour souligner le courage des manifestants ou pour tourner en d\u00e9rision les accusations du r\u00e9gime.<\/p>\n<p><strong>2.19 &#8211; La contestation en passe de gagner la bataille diplomatique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas \u00e9tonnant, dans ces conditions, que la bataille diplomatique ait \u00e9galement tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019avantage de la protestation. Les semaines passant, les pays d\u00e9mocratiques les plus favorables \u00e0 la Syrie se sont d\u00e9marqu\u00e9s du r\u00e9gime et, sous la pression de leur opinion publique, r\u00e9volt\u00e9e par la sauvagerie de la r\u00e9pression et conquise par la dignit\u00e9 des manifestants, ils se sont r\u00e9solus \u00e0 placer Bachar Al Assad, son fr\u00e8re Maher Al Assad, leurs cousins Makhlouf, Chalich et Najib, en t\u00eate de liste des responsables syriens sanctionn\u00e9s pour leurs agissements. Stimul\u00e9s et incit\u00e9s \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans leur contestation pacifique par cette reconnaissance, les manifestants n\u2019attendent plus qu\u2019une chose : que le conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU officialise la cr\u00e9ation d\u2019une cour p\u00e9nale internationale pour juger les crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 du r\u00e9gime syrien. Ils pensent que c\u2019en sera fait alors de Bachar Al Assad et de son r\u00e9gime, puisque l\u2019affirmation internationale de leur ill\u00e9gitimit\u00e9 devrait encourager les hauts fonctionnaires, les diplomates et les cadres de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 prendre leurs distances et \u00e0 rejoindre les rangs de la contestation.<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/05\/30\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-23\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab r\u00e9volution \u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-130168","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130168"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130168\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}