{"id":130123,"date":"2011-05-25T15:43:33","date_gmt":"2011-05-25T14:43:33","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-1-3\/"},"modified":"2024-01-23T12:29:23","modified_gmt":"2024-01-23T11:29:23","slug":"deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/deux-mois-de-revolution-en-syrie-un-premier-bilan-1-3\/","title":{"rendered":"DEUX MOIS DE REVOLUTION EN SYRIE. UN PREMIER BILAN (1\/3)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer un point de d\u00e9part acceptable pour le mouvement.<\/strong> Celui-ci a donc l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9 aujourd\u2019hui ses deux mois d\u2019existence. Quel bilan peut-on en dresser ? Quels sont les acquis et les \u00e9checs des parties en pr\u00e9sence ? Surtout, comment se profile l\u2019issue du bras de fer qui oppose d\u00e9sormais le r\u00e9gime aux manifestants et \u00e0 l\u2019opposition ?<\/p>\n<p><strong>1 \/ LES ACQUIS ET LES ECHECS DU REGIME DE BACHAR AL ASSAD<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>1.1 &#8211; Le r\u00e9gime est toujours en place<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de Bachar Al Assad \u00e9tait parvenu, gr\u00e2ce \u00e0 des mesures s\u00e9curitaires pr\u00e9ventives, \u00e0 repousser de pr\u00e8s d\u2019un mois et demi, du 4 f\u00e9vrier au 15 mars, la mise en mouvement de la population syrienne. D\u2019autres initiatives, strictement \u00e9conomiques, avaient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es dans l\u2019urgence au cours des premi\u00e8res semaines de l\u2019ann\u00e9e 2011, dans l\u2019espoir de la maintenir au calme. Lorsque les Syriens sont finalement sortis dans les rues de Daraa, pour les raisons structurelles et conjoncturelles d\u00e9sormais bien connues, le r\u00e9gime a refus\u00e9 d\u2019entendre les dol\u00e9ances. Il a imagin\u00e9 que les moyens de r\u00e9pression qui lui avaient jusqu\u2019ici toujours r\u00e9ussi suffiraient encore une fois \u00e0 intimider les m\u00e9contents et \u00e0 les faire rentrer chez eux. Mais le recours des forces de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 une violence aussi aveugle qu\u2019inutile, qui s\u2019est exerc\u00e9e d\u2019abord sur des enfants, a produit des effets contraires. Un cercle vicieux s\u2019est mis en place : le nombre croissant des victimes a entra\u00een\u00e9 la multiplication des fun\u00e9railles ; des protestataires y ont particip\u00e9 en nombre sans cesse accru ; les services de s\u00e9curit\u00e9 ont fait \u00e0 chaque fois dans leurs rangs de nouvelles victimes ; leurs enterrements ont offert l\u2019occasion \u00e0 la population de laisser libre cours \u00e0 une col\u00e8re grandissante ; les slogans sont naturellement all\u00e9s en se radicalisant\u2026 Dans le reste du pays, l\u2019usage de la violence et des armes a suscit\u00e9 une vague de solidarit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent, de Lattaqui\u00e9 \u00e0 De\u00efr al Zor en passant par Homs et Douma, entre des villes et des r\u00e9gions qui n\u2019entretenaient jusqu\u2019alors aucun rapport particulier. Les Syriens ont commenc\u00e9 \u00e0 manifester pour apporter leur soutien aux populations r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 l\u2019autre bout du pays et pour affirmer qu\u2019ils partageaient leurs revendications. Vendredi 20 mai, plus d\u2019une cinquantaine de manifestations ont r\u00e9uni des dizaines de milliers de participants. Mais le r\u00e9gime est toujours en place, et tout indique dans son comportement qu\u2019il ne veut pas c\u00e9der.<\/p>\n<p><strong>1.2 &#8211; Le r\u00e9gime a montr\u00e9 qu\u2019il ne se laisserait pas facilement abattre<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Pour se maintenir et pour assurer la survie de son r\u00e9gime, le pr\u00e9sident Bachar Al Assad a montr\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 tout et, pour plagier la formule jadis utilis\u00e9e pour qualifier l\u2019action de son pays au Liban et son soutien \u00e0 une partie des Palestiniens, qu\u2019il \u00ab\u00a0r\u00e9sistera\u2026 jusqu\u2019au dernier Syrien\u00a0\u00bb. Il a donn\u00e9 carte blanche \u00e0 son fr\u00e8re Maher Al Assad, le militaire de la famille. Il a aussi ferm\u00e9 les yeux sur les exc\u00e8s de ses appareils de s\u00e9curit\u00e9, au sein desquels ses cousins Hafez Makhlouf et Atef Najib se sont fait remarquer par leur cruaut\u00e9. Il a mobilis\u00e9 ici et l\u00e0 les chabbiha, des bandes de voyous, de voleurs et de criminels, jadis constitu\u00e9es par ses cousins, Moundher et Fawwaz Al Assad, Mohammed Al Assad, Haroun Al Assad, Noume\u00efr Al Assad\u2026 pour faire r\u00e9gner leur loi sur la c\u00f4te et dans la montagne alaouite, berceau de la famille pr\u00e9sidentielle. Leur bilan commun, en termes de morts, de bless\u00e9s, de prisonniers, de disparus\u2026 est impressionnant. Mais, apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 contre des manifestants sans d\u00e9fense les chars et les forces sp\u00e9ciales, le r\u00e9gime a sans doute atteint les limites de ses possibilit\u00e9s. A moins d\u2019appeler \u00e0 la rescousse son aviation, une option d\u00e9licate compte-tenu de la r\u00e9action internationale au pr\u00e9c\u00e9dent libyen, ou de recourir \u00e0 l\u2019arme chimique comme l\u2019avait fait Saddam Huse\u00efn en 1988 contre les Kurdes de Halabja, qui lui serait fatale.<\/p>\n<p> <strong>1.3 &#8211; Le r\u00e9gime est rest\u00e9 uni autour des Al Assad cramponn\u00e9s au pouvoir<br \/>\n<\/strong> <\/p>\n<p>Les d\u00e9veloppements intervenus \u00e0 partir du 15 mars ont mis en premi\u00e8re ligne plusieurs membres importants de la famille pr\u00e9sidentielle, qui d\u00e9tient non seulement la d\u00e9cision en mati\u00e8re politique, mais \u00e9galement les leviers de la vie \u00e9conomique, les cl\u00e9s de la situation militaire et le contr\u00f4le des questions de s\u00e9curit\u00e9. Personne en Syrie ne s\u2019attendait \u00e0 ce que les int\u00e9ress\u00e9s \u00e9talent au grand jour leurs \u00e9ventuelles divergences. Mais certains estimaient possible que, sous la pression des \u00e9v\u00e8nements, la coexistence pacifique et la r\u00e9partition des r\u00f4les deviennent intenables entre \u00ab\u00a0les deux camps\u00a0\u00bb : d\u2019une part, un pr\u00e9sident Bachar Al Assad pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0raisonnable et moderne\u00a0\u00bb, en phase avec la jeunesse de son pays, assist\u00e9 par une jeune femme encore plus charmante et encore plus moderne, tous les deux partisans de r\u00e9formes dont il est de bon ton d\u2019affirmer, puisque l&rsquo;objection de \u00ab\u00a0la vieille garde\u00a0\u00bb a montr\u00e9 ses limites, que la mise en \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e par \u00ab\u00a0l\u2019opposition de leur entourage\u00a0\u00bb ; d\u2019autre part, le camp des \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb arcbout\u00e9s sur la sauvegarde de leurs int\u00e9r\u00eats, compos\u00e9 du militaire de la famille, Maher Al Assad, du banquier de la famille, Rami Makhlouf, et des gendarmes de la famille, Hafez Makhlouf et Atef Najib. Or c\u2019est apparemment sans difficult\u00e9 et sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me que le chef de l\u2019Etat, contredisant l\u2019image qu\u2019on avait voulu donner de lui, s\u2019est rang\u00e9 dans le camp des faucons dont il a pris la direction et assum\u00e9 les agissements. Les rumeurs concernant un d\u00e9part pour Londres de la Premi\u00e8re dame, Asma Al Akhras, avec les enfants du couple pr\u00e9sidentiel, et celles concernant une mise en garde s\u00e9v\u00e8re de Bouchra Al Assad, adress\u00e9e depuis Douba\u00ef \u00e0 ceux de ses fr\u00e8res ou de ses cousins qui oseraient s\u2019en prendre \u00e0 son mari Asef Chawkat, ancien chef des services de renseignements de l\u2019arm\u00e9e de terre et actuel chef adjoint d\u2019Etat-major pour les questions de s\u00e9curit\u00e9, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>1.4 \u2013 Le r\u00e9gime a pr\u00e9venu les divisions au sein des forces arm\u00e9es<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les unit\u00e9s utilis\u00e9es pour mater la r\u00e9bellion ont \u00e9t\u00e9 choisies de mani\u00e8re \u00e0 ne pas exposer la troupe \u00e0 des risques de division, sur fond d\u2019appartenance communautaire. En privil\u00e9giant la Garde R\u00e9publicaine, les Forces sp\u00e9ciales et la 4\u00e8me division, c\u2019est-\u00e0-dire les unit\u00e9s d\u2019\u00e9lite de son arm\u00e9e, essentiellement compos\u00e9es de soldats alaouites encadr\u00e9s par des officiers et sous-officiers eux aussi alaouites, le r\u00e9gime a de facto tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la r\u00e9pression les militaires issus de la communaut\u00e9 sunnite. Alors que cette derni\u00e8re fournit aujourd\u2019hui la masse de la troupe, puisque les Alaouites pr\u00e9f\u00e8rent d\u00e9sormais \u00e0 la carri\u00e8re des armes la fonction publique, facile d\u2019acc\u00e8s pour eux, plus lucrative et moins contraignante, la communaut\u00e9 majoritaire en Syrie ne p\u00e8se d\u2019aucun poids au sein de l\u2019institution. Les rares postes de commandement attribu\u00e9s \u00e0 certains de ses repr\u00e9sentants sont d\u00e9pourvus de valeur strat\u00e9gique et leurs d\u00e9tenteurs sont surveill\u00e9s de pr\u00e8s par leurs subordonn\u00e9s alaouites. Depuis le d\u00e9clenchement des troubles, des cas de r\u00e9bellion ont eu lieu, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, de la part de soldats et parfois d\u2019officiers sunnites et druzes. Les Kurdes ont signal\u00e9 la remise \u00e0 leurs familles de plusieurs soldats abattus par leurs chefs pour avoir refus\u00e9 d\u2019obtemp\u00e9rer aux ordres et d\u2019ouvrir le feu sur les manifestants. Mais, en veillant \u00e0 ne faire appel qu\u2019en dernier recours aux unit\u00e9s compos\u00e9es de soldats sunnites encadr\u00e9s par des officiers sunnites, et en restreignant leurs interventions \u00e0 des th\u00e9\u00e2tres \u00e9loign\u00e9s de leur base, le pouvoir a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici en mesure de pr\u00e9venir l\u2019explosion de l\u2019arm\u00e9e qui demeure l\u2019une de ses grandes pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p><strong>1.5 &#8211; Le r\u00e9gime a marqu\u00e9 quelques points en agitant un complot<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Refusant de consid\u00e9rer d\u2019abord que les demandes des protestataires \u00e9taient l\u00e9gitimes, exigeant ensuite qu\u2019elles soient exprim\u00e9es autrement que dans la rue, et niant finalement contre toute \u00e9vidence le caract\u00e8re politique et pacifique des manifestations, le r\u00e9gime a tour \u00e0 tour ou simultan\u00e9ment imput\u00e9 les troubles et les pertes en vies humaines \u00e0 tout ce qu\u2019il compte d\u2019ennemis plus ou moins r\u00e9els dans son environnement r\u00e9gional. Il a ainsi mis en cause Isra\u00ebl et ses alli\u00e9s Am\u00e9ricains, les agents du prince saoudien Bandar bin Sultan, les partisans de Saad Al Hariri, du Courant du Futur et du 14 mars au Liban, les salafistes, les wahhabites, les jihadistes&#8230; Dans un raisonnement de son point de vue imparable, il n\u2019a cess\u00e9 de redire que, puisque le \u00ab\u00a0complot\u00a0\u00bb visait la Syrie en raison de \u00ab\u00a0ses positions courageuses sur la question palestinienne \u00e0 laquelle elle apportait un soutien sans faille\u00a0\u00bb, il n\u2019\u00e9tait pas seulement en droit mais il avait le devoir de se d\u00e9fendre et \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9radiquer les saboteurs, les terroristes et les infiltr\u00e9s, qui s\u2019attaquaient \u00e0 sa stabilit\u00e9 pour faire le jeu de puissances ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb. Cette rh\u00e9torique sans surprise n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 le mouvement de se poursuivre dans la rue, mais elle a redonn\u00e9 du courage aux partisans du r\u00e9gime qui commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019interroger sur son avenir et sur le leur. Elle a aussi redonn\u00e9 de la voix \u00e0 ceux qui consid\u00e8rent, en Europe et ailleurs, que tout mouvement de revendication contre un r\u00e9gime autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0progressiste, aussi mafieux et n\u00e9faste soit-il pour sa propre population et pour son environnement r\u00e9gional, ne peut qu\u2019\u00eatre un complot ourdi par les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p><strong>1.6 &#8211; Le r\u00e9gime a confirm\u00e9 que le Parti Baath ne lui servait plus \u00e0 rien<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au cours de sa conf\u00e9rence de presse du 24 mars, Bouthayna Chaaban, conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, avait pris soin d\u2019indiquer que les d\u00e9cisions \u00e9conomiques et politiques dont elle annon\u00e7ait la prochaine mise en \u0153uvre avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0adopt\u00e9esar le commandement r\u00e9gional du Parti Baath\u00a0\u00bb. Compos\u00e9 de 14 membres \u00ab\u00a0\u00e9lus\u00a0\u00bb, le commandement r\u00e9gional, la plus haute instance du parti, a pour secr\u00e9taire r\u00e9gional le chef de l\u2019Etat. Il s\u2019agissait sans doute d\u2019une figure de style, car, dans son intervention du 30 mars devant l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple, dont la moiti\u00e9 des 250 membres sont automatiquement des repr\u00e9sentants d\u00e9sign\u00e9s par ce m\u00eame parti, Bachar Al Assad n\u2019a pas jug\u00e9 utile de mentionner une seule et unique fois le nom du Baath. Ce parti restait pourtant \u00e0 cette date, et il l\u2019est encore aujourd\u2019hui en d\u00e9pit de l\u2019annonce de la r\u00e9vision imminente de l\u2019article 8 de la Constitution de 1973, le \u00ab\u00a0parti dirigeant de l\u2019Etat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Cette omission n\u2019avait rien d\u2019un oubli de la part du chef de l\u2019Etat, puisque, deux semaines plus tard, le 16 avril, en mettant en place le nouveau gouvernement et en donnant ses instructions aux nouveaux ministres, pour la moiti\u00e9 d\u2019entre eux baathistes, Bachar Al Assad n\u2019a, encore une fois, jamais utilis\u00e9 les mots Baath et parti\u2026 Les seuls baathistes \u00e0 avoir retenu l\u2019attention des m\u00e9dias depuis le d\u00e9clenchement des manifestations en Syrie sont paradoxalement les d\u00e9put\u00e9s et les militants de Daraa et Banias, qui ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019abandonner leur si\u00e8ge et de rendre leur carte pour protester contre la r\u00e9pression. S\u2019agissant de r\u00e9pression justement, on indiquera que des \u00e9tudiants baathistes se sont illustr\u00e9s, \u00e0 la cit\u00e9 universitaire d\u2019Alep interdite aux forces de l\u2019ordre, en se chargeant d\u2019assurer la dispersion de leurs camardes qui pr\u00e9tendaient y exprimer leurs revendications. Ce faisant, ils ont confirm\u00e9 ce que les Syriens avaient eu l&rsquo;occasion de constater depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Bachar Al Assad, \u00e0 savoir que les membres du parti n\u2019ont plus gu\u00e8re d\u2019utilit\u00e9 pour le r\u00e9gime que comme auxiliaires des moukhabarat.<\/p>\n<p><strong>1.7 \u2013 Le r\u00e9gime a conserv\u00e9 certaines villes \u00e0 l\u2019abri de la contestation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Bachar Al Assad peut se targuer d\u2019avoir dissuad\u00e9 jusqu\u2019ici les villes de Damas et d\u2019Alep de rejoindre le mouvement. Pour des raisons diff\u00e9rentes, son statut de capitale pour la premi\u00e8re et son quadrillage s\u00e9curitaire \u00e9troit pour la seconde, mais aussi pour des raisons identiques, leur structure sociale extr\u00eamement composite et les b\u00e9n\u00e9fices retir\u00e9s par leurs \u00e9lites de l\u2019ouverture \u00e9conomique initi\u00e9e par le pr\u00e9sident, ni l\u2019une ni l\u2019autre n\u2019ont pour le moment tent\u00e9 de se soulever comme l\u2019ont fait Daraa, Lattaqui\u00e9 ou Banias. Deux autres villes importantes, Homs et \u00e0 un moindre degr\u00e9 Hama, leur ont trac\u00e9 la voie, mais jusqu\u2019ici sans succ\u00e8s. Le r\u00e9gime continue pourtant de les surveiller avec m\u00e9fiance : l\u2019histoire de la Syrie ind\u00e9pendante d\u00e9montre que, \u00e0 Damas et Alep, l\u2019aspiration \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9mocratie sont au moins aussi fortes qu\u2019ailleurs. Chez l\u2019une et l\u2019autre, les pratiques autoritaires et mafieuses du r\u00e9gime font l\u2019objet de critiques unanimes, mais la prudence retient de les exprimer autrement que dans des cercles tr\u00e8s priv\u00e9s. La peur des moukhabarat, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, les incertitudes li\u00e9es \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les industriels, commer\u00e7ants et hommes d\u2019affaires, de conserver leurs privil\u00e8ges et de continuer \u00e0 s\u2019enrichir dans la \u00ab\u00a0Syrie nouvelle\u00a0\u00bb, incitent nombre de Damasc\u00e8nes et d\u2019Al\u00e9pins \u00e0 temporiser. En tout \u00e9tat de cause, y compris pour beaucoup de b\u00e9n\u00e9ficiaires du syst\u00e8me actuel, l\u2019absence de participation au mouvement de protestation ne vaut pas adh\u00e9sion au r\u00e9gime. D\u2019ailleurs, si l\u2019on est encore loin d\u2019un soul\u00e8vement de ces deux villes aussi puissant qu\u2019\u00e0 Homs, peu \u00e0 peu, semaine apr\u00e8s semaine, de nouveaux quartiers y rejoignent la contestation.<\/p>\n<p><strong>1.8 &#8211; Le r\u00e9gime continue de se pr\u00e9valoir du soutien des hommes d\u2019affaires<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9centes d\u00e9clarations au New York Times de Rami Makhlouf, affirmant que \u00ab\u00a0nous sommes bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 nous battre jusqu\u2019au bout\u00a0\u00bb, ont constitu\u00e9 une sorte d\u2019avertissement, au moment o\u00f9 certains membres de l\u2019\u00e9lite \u00e9conomique commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019interroger sur la meilleur option. Le cousin du chef de l\u2019Etat indiquait ainsi \u00e0 ses partenaires en affaire, en particulier ceux de la Holding Cham et de la Holding Souriya, cr\u00e9\u00e9es sous les auspices de Bachar Al Assad au d\u00e9but de 2007 pour dissimuler la main mise de la famille pr\u00e9sidentielle sur la vie \u00e9conomique et pour mutualiser les critiques et les risques, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas question de laisser quiconque abandonner le navire. Il fallait faire face. Et sa menace de ne \u00ab\u00a0pas souffrir seuls\u00a0\u00bb, qui visait d\u2019abord les \u00ab\u00a0terroristes islamiques\u00a0\u00bb, coupables entre autres choses de d\u00e9noncer le quasi-monopole exerc\u00e9 par sa compagnie Syriatel sur la t\u00e9l\u00e9phonie mobile en Syrie, pouvait tout aussi bien servir d\u2019avertissement \u00e0 ceux qui, de gr\u00e9 et parfois de force, s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s embarqu\u00e9s \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 dans l\u2019aventure des holdings. Le silence \u00e9tourdissant des hommes d\u2019affaires au cours des deux mois \u00e9coul\u00e9s permet au r\u00e9gime de consid\u00e9rer qu\u2019ils sont toujours de son c\u00f4t\u00e9. Il en est sans doute beaucoup moins s\u00fbr qu\u2019il veut bien le dire.<\/p>\n<p><strong>1.9 &#8211; Le r\u00e9gime appara\u00eet encore \u00e0 certaines minorit\u00e9s comme un moindre mal<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Il en va de Damas et d\u2019Alep comme des minorit\u00e9s religieuses, qui, dans ces deux villes plus que partout ailleurs, vivent \u00e0 la fois imbriqu\u00e9es et repli\u00e9es sur elles-m\u00eames. Elles ne sont pas convaincues, comme le r\u00e9gime ne perd jamais une occasion de l\u2019affirmer\u2026 et comme il tente parfois d\u2019en fournir la d\u00e9monstration en manipulant des groupes terroristes, que la mise \u00e0 terre du r\u00e9gime actuel, domin\u00e9 par une famille de confession alaouite et par ses comparses de la majorit\u00e9 sunnite et des autres minorit\u00e9s, signifiera fatalement l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir des Fr\u00e8res Musulmans. Mais, en Syrie comme ailleurs, le capital est couard, et mieux vaut garantir de petits b\u00e9n\u00e9fices, m\u00eame au prix d\u2019humiliations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, que se lancer dans une aventure o\u00f9 il pourrait y avoir quelque chose \u00e0 perdre, mais certainement pas beaucoup plus \u00e0 gagner. Cela vaut pour les Chr\u00e9tiens, dont le nombre d\u00e9croit constamment pour ne plus d\u00e9passer aujourd\u2019hui les 8 % de la population, qui sont traumatis\u00e9s par les drames v\u00e9cus par leurs coreligionnaires en Irak et en Egypte et qui sont loin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9s par les conseils de \u00ab\u00a0rester vigilants\u00a0\u00bb, voire de s\u2019armer pour assurer leur protection, que leur prodiguent leurs amis des services de s\u00e9curit\u00e9. Cela vaut pour les Isma\u00e9liens, r\u00e9partis entre la r\u00e9gion de Masiaf et Qadmous et celle de Salamiyeh. Cela vaut pour les Druzes, regroup\u00e9s dans la r\u00e9gion excentr\u00e9e et historiquement n\u00e9glig\u00e9e du Hauran. Cela vaut surtout pour les Alaouites, dont une grande majorit\u00e9 n\u2019a jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la pr\u00e9sence \u00e0 la t\u00eate du r\u00e9gime d\u2019une famille et de comparses issus de leurs rangs, mais qui sont \u00e0 pr\u00e9sent devant un choix difficile : prendre leurs distances avec le r\u00e9gime et \u00eatre sanctionn\u00e9s comme des tra\u00eetres, ou ne pas prendre parti et \u00eatre entra\u00een\u00e9s dans sa d\u00e9faite.<\/p>\n<p><strong>1.10 &#8211; Le r\u00e9gime n\u2019a pu emp\u00eacher les Kurdes de rejoindre le mouvement<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Principale minorit\u00e9 ethnique en Syrie, avec pr\u00e8s de 15 % de la population, les Kurdes ont eu droit, depuis le d\u00e9but de la contestation, a un traitement particulier de la part du r\u00e9gime. Leur solidarit\u00e9 communautaire, leurs qualit\u00e9s de combattants et le soutien qu\u2019ils sont susceptibles de trouver aupr\u00e8s de leurs fr\u00e8res du Kurdistan du sud (en Irak) et du nord (en Turquie), ont impos\u00e9 aux responsables syriens de rechercher avec eux un accommodement. Le r\u00e9gime voulait \u00e9viter de s\u2019affaiblir en d\u00e9ployant l\u2019arm\u00e9e et les services de s\u00e9curit\u00e9 sur la totalit\u00e9 du territoire national. Comme d\u2019habitude dans une telle situation, il a donc fait des promesses, en l\u2019occurrence la restitution de la nationalit\u00e9 syrienne aux \u00ab\u00a0Kurdes \u00e9trangers\u00a0\u00bb. Mais, pour ne pas dilapider cette carte, il en a diff\u00e9r\u00e9 la mise en \u0153uvre. Ou plut\u00f4t, il a conditionn\u00e9 son application \u00e0 la neutralit\u00e9 des Kurdes dans la p\u00e9riode actuelle, dont il a tent\u00e9 de sous-traiter la gestion \u00e0 ses anciens alli\u00e9s du Parti des Travailleurs du Kurdistan contre la Turquie. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre interrog\u00e9s sur la meilleure mani\u00e8re pour eux de g\u00e9rer ce moment, qui leur offrait l\u2019opportunit\u00e9 de n\u00e9gocier avec un pouvoir en difficult\u00e9 la r\u00e9cup\u00e9ration des \u00ab\u00a0droits nationaux\u00a0\u00bb des Kurdes de Syrie (autorisation de parler et d\u2019enseigner la langue kurde, cr\u00e9ation de radios et de t\u00e9l\u00e9visions kurdes, possibilit\u00e9 d\u2019observer et de c\u00e9l\u00e9brer les f\u00eates kurdes\u2026), les responsables politiques kurdes ont fini par rejoindre leur base et par placer, comme les autres Syriens, les revendications de libert\u00e9 et de citoyennet\u00e9 en t\u00eate de leurs priorit\u00e9s. La relative bienveillance dont les autorit\u00e9s s\u00e9curitaires continuent de faire preuve vis-\u00e0-vis de ceux qui sortent d\u00e9sormais par milliers pour r\u00e9clamer la libert\u00e9 pourrait donc ne pas durer. Surtout si, apr\u00e8s le quartier kurde de Rokneddin, \u00e0 Damas, les quartiers kurdes d\u2019Alep et la ville kurde de Qoubani (A\u00efn al Arab), les villages kurdes s\u2019\u00e9tendant du Liwa\u2019 d\u2019Iskenderun \u00e0 la fronti\u00e8re irakienne d\u00e9cidaient d\u2019entrer sans r\u00e9serve dans le mouvement.<\/p>\n<p><strong>1.11 &#8211; Le r\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 moralement discr\u00e9dit\u00e9 par ses agissements<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019usage immod\u00e9r\u00e9 de la violence s\u2019est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 retourn\u00e9 contre le r\u00e9gime. Accueillis comme des h\u00e9ros \u00e0 leur sortie de prison, d\u2019o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s apr\u00e8s quelques jours de tortures et de pressions pour laisser la place \u00e0 d\u2019autres, les premiers d\u00e9tenus ont racont\u00e9 \u00e0 ceux qui en doutaient encore de quelle f\u00e9rocit\u00e9 pouvaient faire montre les sbires du r\u00e9gime. Au lieu de dissuader leurs parents, leurs amis et leurs voisins, comme les tortionnaires aux ordres du pouvoir l\u2019imaginaient, leurs r\u00e9cits et les traces des mauvais traitements les ont incit\u00e9s \u00e0 sortir davantage et \u00e0 radicaliser leurs revendications. Aux premiers jours des manifestations, les Syriens d\u00e9filaient au cri de \u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb. Quelques semaines plus tard, ils r\u00e9clamaient la \u00ab\u00a0chute du r\u00e9gime\u00a0\u00bb. Certains veulent aujourd\u2019hui que le chef de l\u2019Etat, qui laisse faire ces horreurs sans intervenir\u2026 s\u2019il ne les ordonne pas, et qui en porte de toute mani\u00e8re la responsabilit\u00e9, fasse comme ses anciens homologues tunisien et \u00e9gyptien : qu\u2019il \u00ab\u00a0d\u00e9gage\u00a0\u00bb. Le bombardement de Homs, le si\u00e8ge de Tall Kalakh, l\u2019humiliation des jeunes d\u2019Al Bayda, la marche de la honte impos\u00e9e \u00e0 ceux de Banias, les tirs contre des manifestations de femmes, les crimes commis \u00e0 Daraa et la d\u00e9couverte de charniers dans et autour de cette derni\u00e8re ville, ne sont pas de nature \u00e0 apaiser la volont\u00e9 des manifestants de se d\u00e9barrasser d\u00e9sormais de Bachar Al Assad et de son entourage dont l\u2019immoralit\u00e9 est aujourd\u2019hui patente.<\/p>\n<p><strong>1.12 &#8211; Le r\u00e9gime a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 perdu la bataille m\u00e9diatique.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ayant constat\u00e9 l\u2019effet d\u00e9vastateur pour les pouvoirs en place de la diffusion des images des troubles plus t\u00f4t intervenus en Tunisie, en Egypte et en Libye, le r\u00e9gime syrien, qui n\u2019avait rien \u00e0 craindre des m\u00e9dias syriens publics et priv\u00e9s, tous contr\u00f4l\u00e9s de pr\u00e8s par des officiers des moukhabarat, s\u2019\u00e9tait entendu, d\u00e8s le mois de janvier 2011, avec son alli\u00e9 qatari. Il s\u2019agissait, en muselant la chaine Al Jazira, dont la couverture des \u00e9v\u00e9nements dans les autres pays avait contribu\u00e9 \u00e0 populariser les mouvements de protestation, de pr\u00e9venir la diffusion des images de la r\u00e9pression que le r\u00e9gime syrien avait bien l\u2019intention de mettre imm\u00e9diatement en \u0153uvre pour ne pas se laisser d\u00e9border. Mais, suite \u00e0 un diff\u00e9rend provoqu\u00e9 entre Damas et Doha par les interventions en faveur des protestataires du cheykh Yousef Al Qardawi, les responsables de l\u2019Emirat, d\u00e9sesp\u00e9rant de Bachar Al Assad et de son entourage, ont laiss\u00e9 la cha\u00eene qu\u2019ils patronnent couvrir comme elle l\u2019avait fait ailleurs la contestation populaire en Syrie. Face aux reportages et aux interviews en direct d\u2019acteurs ou de t\u00e9moins des faits par la cha\u00eene qatarie, mais aussi par la cha\u00eene saoudienne Al Arabiya, la BBC et France 24, le r\u00e9gime n\u2019a pu s\u2019appuyer que sur ses propres m\u00e9dias. Manquant aussi bien de cr\u00e9dibilit\u00e9 que d\u2019audience, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la Syrie, ceux-ci n\u2019ont pu faire entendre la version officielle des faits et des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019\u00e0 ceux qui lui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 acquis. Mis en difficult\u00e9 par la monstruosit\u00e9 des accusations prof\u00e9r\u00e9es contre lui, le r\u00e9gime n\u2019a rien fait pour se tirer d\u2019affaire. Il a au contraire donn\u00e9 le sentiment qu\u2019il avait beaucoup de choses honteuses \u00e0 cacher, en s\u2019obstinant, contre son int\u00e9r\u00eat, \u00e0 refuser l\u2019entr\u00e9e dans le pays de tous les m\u00e9dias \u00e9trangers ind\u00e9pendants, y compris ceux dont il n\u2019avait pas \u00e0 redouter un a priori d\u00e9favorable \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p><strong>1.13 &#8211; Le r\u00e9gime a largement dilapid\u00e9 son capital diplomatique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2011, un consensus existait entre les membres permanents du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 pour consid\u00e9rer qu\u2019il serait toujours d\u00e9licat de sanctionner la Syrie, non pas en raison de son poids militaire mais du fait des capacit\u00e9s de nuisance \u00e9lev\u00e9es qu\u2019elle conservait et qu\u2019elle \u00e9tait susceptible de mettre en \u0153uvre \u00e0 tout moment dans son environnement r\u00e9gional. L\u2019affichage de sa proximit\u00e9 avec l\u2019Iran pr\u00e9occupait les uns et irritait les autres. Mais personne n\u2019envisageait alors d\u2019aller au-del\u00e0 des sanctions jadis inflig\u00e9es au pays et \u00e0 certains de ses membres dirigeants par l\u2019administration am\u00e9ricaine pr\u00e9c\u00e9dente. La situation a depuis lors consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. En quelques mois, le r\u00e9gime de Bachar Al Assad est parvenu \u00e0 d\u00e9courager la quasi-totalit\u00e9 de ses meilleurs soutiens. L\u2019\u00e9mir du Qatar, qui avait jadis tant fait pour aider le chef de l\u2019Etat syrien \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer la communaut\u00e9 internationale via la France, vient de s\u2019en d\u00e9tourner. La Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN, lass\u00e9e de le mettre en garde contre sa politique du tout-r\u00e9pressif et de lui prodiguer des conseils d\u2019ouverture en direction de sa population, adopte \u00e0 son endroit un discours de jour en jour plus critique. A son instigation, semble-t-il, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Barack Obama vient de donner \u00e0 Bachar Al Assad une derni\u00e8re chance : soit il r\u00e9forme s\u00e9rieusement, soit il sera lui-m\u00eame r\u00e9form\u00e9. Pour sa part, le chef de la diplomatie fran\u00e7aise ne cherche plus \u00e0 dissimuler le d\u00e9go\u00fbt que lui inspire le comportement des dirigeants syriens. Avec le soutien du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, qui accueillait encore il y a six mois son jeune homologue syrien \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, il milite au sein des instances europ\u00e9ennes pour l\u2019inscription du nom de Bachar Al Assad en t\u00eate de liste des responsables syriens sanctionn\u00e9s pour leur r\u00f4le dans la r\u00e9pression. Il vient d&rsquo;obtenir gain de cause. La Syrie compte toujours, \u00e9videmment, quelques soutiens de poids, comme la Russie ou la Chine. Mais elle a eu l\u2019occasion de constater, au cours des ann\u00e9es pass\u00e9es, que, en d\u00e9pit de leurs r\u00e9serves et de leurs menaces, ni l\u2019une ni l\u2019autre n\u2019ont jamais utilis\u00e9 en sa faveur leur droit de v\u00e9to. Le paradoxe de la situation est que le meilleur avocat international de la Syrie de Bachar Al Assad reste aujourd\u2019hui\u2026 l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl. Reconnaissants pour la protection de la fronti\u00e8re commune que les Al Assad p\u00e8re et fils ont assur\u00e9e \u00e0 leur pays depuis l\u2019accord de d\u00e9sengagement sur le Golan de 1975, et pour le renoncement \u00e0 toute tentative de r\u00e9cup\u00e9rer par la force cette portion revendiqu\u00e9e de leur territoire national par les h\u00e9rauts de \u00ab\u00a0la r\u00e9sistance et de l\u2019obstruction\u00a0\u00bb, les responsables isra\u00e9liens n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 dire tout haut qu\u2019ils \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8rent le diable qu\u2019ils connaissent \u00e0 celui qu\u2019ils ne connaissent pas\u00a0\u00bb. Mais l\u00e0 non plus, les choses ne sont pas d\u00e9finitives.<\/p>\n<p><strong>1.14 &#8211; Le r\u00e9gime est d\u00e9sormais menac\u00e9 par une crise \u00e9conomique<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La tension cr\u00e9\u00e9e en Syrie par les protestations et par leur r\u00e9pression n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 se r\u00e9percuter sur la vie \u00e9conomique. Dans la capitale, dont le centre n\u2019a pourtant connu de manifestations qu\u2019aux premiers jours du mouvement, au milieu du mois de mars, les Syriens et les \u00e9trangers ont perdu l\u2019habitude de sortir le soir et, en journ\u00e9e, la population songe davantage \u00e0 m\u00e9nager ses ressources qu\u2019\u00e0 fr\u00e9quenter les commerces de la vieille ville et les nouvelles galeries marchandes. Les touristes, sur lesquels la Syrie fondait beaucoup d\u2019espoirs et qui avaient retrouv\u00e9 le chemin de Damas, se sont orient\u00e9s vers d\u2019autres destinations. Les prix tr\u00e8s attrayants propos\u00e9s par la Syrian Air n\u2019ont pas suffi \u00e0 les faire changer d\u2019avis. L\u2019Union Europ\u00e9enne a annonc\u00e9 qu\u2019elle suspendait le financement de certains projets. Les entreprises de plusieurs pays du Golfe ont gel\u00e9 ceux qu\u2019elles r\u00e9alisaient dans le pays. La Bourse de Damas, qui peinait \u00e0 d\u00e9marrer, est devenue atone. Au d\u00e9but du mois d\u2019avril, un vent de panique s\u2019est empar\u00e9 des milieux financiers, en raison de pressions consid\u00e9rables sur le dollar, devenu introuvable sur le march\u00e9 des changes. Au milieu du mois de mai, le gouverneur de la Banque Centrale a menac\u00e9 ceux qui avaient profit\u00e9 de ces circonstances pour retirer plus que les 10 000 $ autoris\u00e9s par la loi. Il est douteux qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 entendu, le principal auteur de ces retraits \u00e9tant, selon toutes probabilit\u00e9s, un riche homme d\u2019affaire proche du pouvoir soucieux de se d\u00e9barrasser des millions de livres syriennes que lui rapporte chaque mois son entreprise de t\u00e9l\u00e9phonie mobile\u2026<\/p>\n<p><strong>1.15 &#8211; Le r\u00e9gime a multipli\u00e9 les engagements\u2026 qu\u2019il n\u2019a pas tenus<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Pour mettre un terme \u00e0 la spirale dangereuse amorc\u00e9e \u00e0 Daraa entre violence de la r\u00e9pression et radicalisation des demandes des manifestants, Bachar Al Assad, joignant la carotte au b\u00e2ton,  est entr\u00e9, vers la fin du mois de mars, dans un cycle de promesses. Le 24 mars, il a demand\u00e9 \u00e0 sa conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique d\u2019annoncer, dans une conf\u00e9rence de presse, une prochaine intervention publique. Il devait y d\u00e9voiler tout un  train de mesures \u00e9conomiques et politiques, parmi lesquelles la lev\u00e9e de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en vigueur depuis 48 ans. Cette d\u00e9claration aurait d\u00fb remplir d\u2019aise les protestataires. Mais, d\u2019une part, elle venait trop tard puisque ces derniers s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9 comme nouvel objectif le renversement du r\u00e9gime. Et, d\u2019autre part, elle manquait de cr\u00e9dibilit\u00e9, puisqu\u2019une autre annonce faite le m\u00eame jour, la fin des tirs sur les manifestants, \u00e9tait aussit\u00f4t d\u00e9mentie sur le terrain, \u00e0 Daraa et \u00e0 Lattaqui\u00e9. Du coup, personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 outre mesure surpris de constater que, lors de son intervention devant l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple, le chef de l\u2019Etat, r\u00e9duisant les revendications des protestataires \u00e0 de simples demandes sociales et \u00e9conomiques et d\u00e9non\u00e7ant les comploteurs \u00e0 l\u2019origine des troubles, n\u2019a m\u00eame pas pris la peine de confirmer cet engagement. Au cours des jours suivants, Bachar Al Assad a proc\u00e9d\u00e9 au limogeage des gouverneurs des villes de Daraa, Homs et Lattaqui\u00e9, dans lesquelles la crise avait pris une tournure particuli\u00e8rement aigue. Il semblait ainsi attribuer \u00e0 la gestion des int\u00e9ress\u00e9s une large part de responsabilit\u00e9 dans la d\u00e9gradation de la situation. Mais la r\u00e9ponse qu\u2019il apportait au probl\u00e8me, le remplacement de civils par des militaires \u00e0 la retraite, a imm\u00e9diatement confirm\u00e9 aux habitants des lieux et \u00e0 l\u2019ensemble des Syriens que le chef de l\u2019Etat restait moins en qu\u00eate d\u2019une solution politique que d\u2019un retour au calme et d\u2019un d\u00e9nouement s\u00e9curitaire. Le 3 avril, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a dissout le gouvernement de Mohammed Naji Otri et charg\u00e9 le ministre de l\u2019Agriculture sortant, Adel Safar, de constituer un nouveau gouvernement. Quelques mois plus t\u00f4t, cette initiative aurait rempli d\u2019aise les Syriens, qui trouvaient depuis longtemps que le cousin de la belle-m\u00e8re du chef de l\u2019Etat, en place depuis 2003, n\u2019avait pas suffisamment combattu la corruption, et qui attribuaient \u00e0 son \u00e9quipe \u00e9conomique la d\u00e9gradation rapide de leurs conditions d\u2019existence. Mais, au moment o\u00f9 elle est intervenue, cette d\u00e9cision ne leur importait plus en rien. Ce n\u2019est pas \u00e0 un changement de gouvernement qu\u2019ils aspiraient d\u00e9sormais, mais \u00e0 un changement de r\u00e9gime. L\u2019affaire de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, dont la lev\u00e9e a \u00e9t\u00e9 finalement annonc\u00e9e sans que cela modifie quoi que ce soit au comportement arbitraire des services de s\u00e9curit\u00e9 sur le terrain, et celle de la restitution de la nationalit\u00e9 syrienne aux Kurdes \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb, d\u00e9cid\u00e9e et inscrite dans un d\u00e9cret sans qu\u2019aucun de ses b\u00e9n\u00e9ficiaires potentiels n\u2019ait encore r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ses droits, ne contribuent pas peu \u00e0 \u00f4ter au r\u00e9gime en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 Bachar Al Assad en particulier, le peu de cr\u00e9dibilit\u00e9 dont ils pouvaient encore se pr\u00e9valoir au sein de la population syrienne.<\/p>\n<p><strong>1.16 &#8211; Le r\u00e9gime a annonc\u00e9 un dialogue sans parvenir \u00e0 convaincre<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Contraint par une situation de plus en plus d\u00e9licate, le r\u00e9gime s\u2019est finalement r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 envisager, sans renoncer \u00e0 des man\u0153uvres, l\u2019ouverture d\u2019un \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb. Au milieu du mois d\u2019avril et au d\u00e9but du mois de mai, une journaliste proche du r\u00e9gime, Samira Al Masalmeh, puis la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, Bouthayna Chaaban, ont successivement affirm\u00e9 qu\u2019elles avaient \u00ab\u00a0initi\u00e9 un dialogue\u00a0\u00bb avec des membres de l\u2019opposition en vue de rechercher une issue \u00e0 la crise. Elles ont toutes deux aussit\u00f4t \u00e9t\u00e9 contredites par lesdits membres de l\u2019opposition, qui ont reconnu avoir parl\u00e9 avec elles, mais de mani\u00e8re informelle, et ont ni\u00e9 avoir entam\u00e9 des n\u00e9gociations pour lesquelles ils ne disposaient d\u2019aucune procuration de la part de quiconque. Au milieu du mois de mai, le ministre de l\u2019Information, Adnan Mahmoud, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son tour lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse que \u00ab\u00a0les jours \u00e0 venir allaient voir la mise en place d\u2019un dialogue national global au niveau des gouvernorats\u00a0\u00bb. Vague \u00e0 souhait, la formule pouvait \u00eatre comprise par chacun comme il le voulait. L\u2019absence de r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019opposition\u00a0\u00bb pouvait signifier la reconnaissance tacite, par le pouvoir, que ce n\u2019\u00e9tait plus avec les seuls opposants traditionnels qu\u2019il devait discuter, mais avec ceux qui, dans les rues des diff\u00e9rentes villes, animaient depuis deux mois le mouvement. Mais elle pouvait aussi faire redouter que, une fois encore, le r\u00e9gime tente de diviser les rangs des manifestants pour circonscrire l\u00e0 o\u00f9 il le pouvait les protestations. D\u2019autant que le rappel, par le ministre, de la \u00ab\u00a0concomitance entre la restauration de la s\u00e9curit\u00e9 et de la stabilit\u00e9, d\u2019une part, et la mise en \u0153uvre des r\u00e9formes, d\u2019autre part\u00a0\u00bb, signifiait que le pouvoir entendait dialoguer les armes \u00e0 la main. On apprenait peu apr\u00e8s que Bachar Al Assad avait charg\u00e9 quatre de ses proches de mener ce dialogue. Il s\u2019agissait des deux vice-pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, Farouq Al Chareh et Najah Al Attar, du conseiller pour les questions de s\u00e9curit\u00e9 du premier nomm\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la retraite Mohammed Nasif Khayr Bek, et de la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l\u2019Etat, Bouthayna Chaaban. Ce choix a \u00e9t\u00e9 accueilli avec un m\u00e9lange de surprise et de moquerie par leurs futurs interlocuteurs, qui ont relev\u00e9 l\u2019\u00e2ge v\u00e9n\u00e9rable de deux d\u2019entre eux, le r\u00f4le largement d\u00e9coratif jou\u00e9 depuis leur nomination par les deux vice-pr\u00e9sidents, et le peu de consid\u00e9ration manifest\u00e9e nagu\u00e8re encore par le chef de l\u2019Etat pour Bouthayna Chaaban, dont il n\u2019\u00e9coute apparemment pas les conseil politiques et qu\u2019il charge d\u2019annoncer aux m\u00e9dias des projets qu\u2019il n\u2019a nullement l\u2019intention de mettre en \u0153uvre\u2026 Surtout, la poursuite simultan\u00e9e de la r\u00e9pression sanglante a imm\u00e9diatement rendu caduc tout espoir de voir les manifestants r\u00e9pondre \u00e0 une telle proposition, qui ne pouvait que leur appara\u00eetre comme une man\u0153uvre destin\u00e9e non pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs revendications politiques, mais \u00e0 casser la dynamique de leur mouvement.<\/p>\n<p><strong>xxxxx<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Convaincu que \u00ab\u00a0l\u2019exception syrienne\u00a0\u00bb le maintiendrait hors d\u2019atteinte des soubresauts du \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb, et persuad\u00e9 que le mur de la peur \u00e9difi\u00e9 autour de sa population par pr\u00e8s de 50 ann\u00e9es d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence et d\u2019abandon de la soci\u00e9t\u00e9 aux services de s\u00e9curit\u00e9 suffirait \u00e0 le prot\u00e9ger, le r\u00e9gime de Bachar Al Assad a tard\u00e9 \u00e0 prendre la mesure du m\u00e9contentement des Syriens. Il a r\u00e9pondu \u00e0 leurs demandes comme il l\u2019avait toujours fait, en adoptant \u00e0 leur \u00e9gard une posture agressive et en s\u2019effor\u00e7ant de les r\u00e9duire au silence par la force des armes. Deux mois apr\u00e8s le d\u00e9but du mouvement de protestation, son bilan appara\u00eet des plus mitig\u00e9s. Certes, il est toujours en place et il a sauvegard\u00e9 l\u2019essentiel, son unit\u00e9 et celle des forces arm\u00e9es. Il conserve autour de lui un certain nombre \u00ab\u00a0d&rsquo;amis\u00a0\u00bb. Mais il a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 et gaspill\u00e9 plusieurs cartes, puisque les manifestations se poursuivent et qu\u2019elles vont m\u00eame en se d\u00e9veloppant. Arriv\u00e9es trop tard et proposant trop peu, les concessions finalement annonc\u00e9es par le r\u00e9gime se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es incapables de r\u00e9pondre aux revendications des manifestants, elles aussi devenues plus radicales avec le temps. Tout donne \u00e0 croire que la  \u00ab\u00a0coalition autoritaire\u00a0\u00bb au pouvoir continuera \u00e0 \u00ab\u00a0faire de la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb. Mais elle ne fera ainsi que s\u2019enfoncer plus profond\u00e9ment dans l\u2019impasse o\u00f9, par aveuglement et surdit\u00e9, elle s\u2019est elle-m\u00eame engag\u00e9e.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n<p>http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les historiens discuteront certainement plus tard du jour exact o\u00f9 il convient de consid\u00e9rer qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en Syrie la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb contre le r\u00e9gime baathiste. On postulera ici que le 15 mars, marqu\u00e9 \u00e0 Damas par un d\u00e9fil\u00e9 de protestataires dans le Souq Hamidiyeh et par plusieurs autres manifestations dans diverses localit\u00e9s, peut constituer un point<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-130123","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=130123"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/130123\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=130123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=130123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}