{"id":129936,"date":"2011-05-03T16:20:06","date_gmt":"2011-05-03T15:20:06","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/syrie-les-habitants-de-tall-kalakh-fuient-la-colere-dassad\/"},"modified":"2024-01-23T11:58:01","modified_gmt":"2024-01-23T10:58:01","slug":"syrie-les-habitants-de-tall-kalakh-fuient-la-colere-dassad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/syrie-les-habitants-de-tall-kalakh-fuient-la-colere-dassad\/","title":{"rendered":"Syrie: les habitants de Tall Kalakh fuient la col\u00e8re d&rsquo;Assad"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Delphine Minoui<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>03\/05\/2011\t <\/p>\n<p><strong>REPORTAGE &#8211; Environ 1500 familles syriennes ont quitt\u00e9 cette ville proche de la fronti\u00e8re pour gagner le Liban.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><img2063|center><br \/>\n<strong>De notre envoy\u00e9e sp\u00e9ciale \u00e0 Beqaya.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du pont de pierre qui s\u00e9pare la Syrie du Liban, une masse sombre et \u00e9paisse se dessine \u00e0 travers un horizon nuageux. Aussit\u00f4t, des voix de femmes r\u00e9sonnent dans le lit de la rivi\u00e8re. Puis les voil\u00e0 qui prennent forme sous nos yeux, drap\u00e9es dans de longues robes noires, le visage p\u00e2le, les yeux hagards. En quelques secondes \u00e0 peine, ces m\u00e8res de familles syriennes ont franchi ce petit corridor clandestin pour trouver refuge au pays du C\u00e8dre.<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;ai mal \u00e0 la t\u00eate\u00bb, g\u00e9mit l&rsquo;une d&rsquo;elles, jetant au sol deux gros sacs en plastique. Ils sont remplis de v\u00eatements, de chaussures et de bijoux amass\u00e9s \u00e0 la va-vite avant de fuir \u00e0 pied la violence de Tall Kalakh, une ville situ\u00e9e \u00e0 4 km de ce point de passage non officiel. Si l&rsquo;arm\u00e9e libanaise ferme les yeux sur l&rsquo;afflux soudain de r\u00e9fugi\u00e9s &#8211; <strong>environ 1500 familles depuis mercredi dernier, d&rsquo;apr\u00e8s un membre de la S\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/strong> libanaise -, ce n&rsquo;est pas le cas du c\u00f4t\u00e9 syrien. \u00ab<strong>Les tanks de l&rsquo;arm\u00e9e syrienne encerclent Tall Kalakh pour en finir avec les manifestations antir\u00e9gime<\/strong>. Pour arriver \u00e0 la fronti\u00e8re, il nous a fallu traverser plus de cinq check points, et subir des interrogatoires\u00bb, raconte-t-elle, tremblotante, avant de s&rsquo;engouffrer avec ses compagnes d&rsquo;infortune \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re d&rsquo;une voiture. Partag\u00e9e entre la crainte de parler et l&rsquo;envie de t\u00e9moigner, elle finit par nous inviter \u00e0 les suivre, \u00e0 condition que leurs noms ne soient pas divulgu\u00e9s. \u00abOn a tant de choses \u00e0 vous dire, mais ici, c&rsquo;est trop dangereux\u00bb, murmure-t-elle. Un demi-kilom\u00e8tre plus loin, dans le village libanais de Beqaya, la porte s&rsquo;ouvre sur un jardin rempli d&rsquo;enfants. Accroch\u00e9es aux fen\u00eatres d&rsquo;une maison en ciment blanc, des chaussettes s\u00e8chent au vent. La ma\u00eetresse des lieux, une Libanaise mari\u00e9e \u00e0 un Syrien, y h\u00e9berge contre un modeste loyer une dizaine de familles de l&rsquo;autre rive. \u00abIl y a quelques jours, une femme et ses quatre enfants nous ont demand\u00e9 secours en pleine nuit\u00bb, dit-elle, en nous accueillant dans son salon.<\/p>\n<p>\u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, une des nouvelles venues s&rsquo;est assise en tailleur sur un petit matelas qui, la journ\u00e9e, fait office de canap\u00e9. Elle s&#8217;emporte: <strong>\u00abBachar el-Assad est un rat !\u00bb<\/strong> Lundi, elle a pris le risque de faire rapidement l&rsquo;aller-retour \u00e0 Tall Kalakh pour y r\u00e9cup\u00e9rer quelques biens apr\u00e8s avoir fui, mercredi dernier, les combats qui y opposaient les forces pro-Assad aux manifestants. Dans son t\u00e9l\u00e9phone portable, elle a m\u00eame rapport\u00e9 la copie d&rsquo;une vid\u00e9o prise vendredi &#8211; jour de manifestation en Syrie &#8211; par un voisin.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9pression sanglante<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>On y voit des milliers d&rsquo;hommes d\u00e9filer dans le souk en hurlant: \u00abSunnites et alaouites, nous sommes tous des fr\u00e8res !\u00bb Le message est fort. Il vise le r\u00e9gime du parti Baas syrien, contr\u00f4l\u00e9 par les alaouites, une branche minoritaire du chiisme, au pouvoir depuis 1963, et que les protestataires de Tall Kalakh &#8211; ville \u00e0 majorit\u00e9 sunnite &#8211; accusent de discrimination \u00e0 leur encontre. D&rsquo;apr\u00e8s ces derniers, le pouvoir de Damas serait \u00e9galement en train d&rsquo;armer les habitants des villages alaouites environnants pour qu&rsquo;ils pr\u00eatent main-forte \u00e0 la r\u00e9pression. Si notre interlocutrice ose \u00abcracher\u00bb sur le r\u00e9gime, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle \u00abn&rsquo;a plus rien \u00e0 perdre\u00bb. \u00abMon mari a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 il y a presque deux ans. Depuis, je suis sans nouvelle de lui. J&rsquo;ignore s&rsquo;il est mort ou vivant\u00bb, nous confie-t-elle, en ajoutant que quinze autres membres de sa famille sont actuellement derri\u00e8re les barreaux. Leur crime? \u00abSi seulement je le savais\u2026 Vous savez, la r\u00e9pression n&rsquo;est pas nouvelle. \u00c7a fait plus de quarante ans qu&rsquo;on \u00e9touffe\u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Et puis, il y a six semaines, le verrou de la peur a fini par sauter. D&rsquo;abord \u00e0 Deraa, \u00e0 100 km au sud de Damas, o\u00f9 le premier cort\u00e8ge de protestataires est descendu dans la rue. Puis dans les autres villes du pays, o\u00f9 la contestation s&rsquo;est progressivement propag\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment atteindre la capitale. \u00ab\u00c0 force de crever de faim et de voir une minorit\u00e9 au pouvoir s&rsquo;enrichir sur notre dos, les Syriens ont fini par craquer\u00bb, explique cet autre r\u00e9fugi\u00e9 syrien, qui dit avoir \u00e9galement \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par les r\u00e9voltes tunisienne et \u00e9gyptienne. Le prix \u00e0 payer est pourtant \u00e9lev\u00e9. \u00ab\u00c0 Tall Kalakh, 40 personnes sont mortes depuis le d\u00e9but des manifestations, et 750 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es. Partout, sur les toits, il y a des tireurs embusqu\u00e9s. Ils s&rsquo;attaquent m\u00eame aux fun\u00e9railles des manifestants morts sous les balles. Depuis quelques jours, l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es\u00bb, raconte-t-il.<\/p>\n<p>Son r\u00e9cit est interrompu par l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un autre homme, les yeux cern\u00e9s de fatigue. Le temps de reprendre sa respiration, il raconte sa travers\u00e9e: \u00ab\u00c0 chaque check point, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fouill\u00e9 des pieds \u00e0 la t\u00eate. Heureusement que je n&rsquo;avais pas d&rsquo;images dans mon t\u00e9l\u00e9phone portable. L&rsquo;autre jour, ils ont arr\u00eat\u00e9 un homme, rien que parce qu&rsquo;il avait photographi\u00e9 une mitrailleuse de l&rsquo;arm\u00e9e.\u00bb Craint-il que Bachar el-Assad ne reproduise, dans certaines villes, le massacre de Hama &#8211; commandit\u00e9 en 1982 par son p\u00e8re? \u00abC&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait!\u00bb, s&rsquo;insurge-t-il. Malgr\u00e9 la r\u00e9pression sanglante, il envisage pourtant de repartir au plus vite.<\/p>\n<p>\u00c0 Tall Kalakh, de nouvelles manifestations sont pr\u00e9vues d\u00e8s mercredi.<strong> \u00abAu d\u00e9part, nous demandions plus de libert\u00e9. Face \u00e0 la tuerie qui est en cours, nous voulons d\u00e9sormais nous battre jusqu&rsquo;\u00e0 la chute du r\u00e9gime!\u00bb, dit-il.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2011\/05\/02\/01003-20110502ARTFIG00721-syrie-les-habitants-de-tall-kalakh-fuient-la-colere-d-assad.php\">Le Figaro<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Delphine Minoui 03\/05\/2011 REPORTAGE &#8211; Environ 1500 familles syriennes ont quitt\u00e9 cette ville proche de la fronti\u00e8re pour gagner le Liban. De notre envoy\u00e9e sp\u00e9ciale \u00e0 Beqaya. 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