{"id":129878,"date":"2011-04-25T17:28:47","date_gmt":"2011-04-25T16:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/des-dissensions-se-font-jour-dans-le-systeme-syrien\/"},"modified":"2024-01-23T11:57:58","modified_gmt":"2024-01-23T10:57:58","slug":"des-dissensions-se-font-jour-dans-le-systeme-syrien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/des-dissensions-se-font-jour-dans-le-systeme-syrien\/","title":{"rendered":"Des dissensions se font jour dans le syst\u00e8me syrien"},"content":{"rendered":"<p>Au lendemain d\u2019un \u201cVendredi Saint\u201d marqu\u00e9 en Syrie par une r\u00e9pression sans pr\u00e9c\u00e9dant, qui a fait entre 80 et 120 morts selon le d\u00e9compte des diff\u00e9rentes organisations de d\u00e9fense des Droits de l\u2019Homme, deux d\u00e9put\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9 la sensation en annon\u00e7ant en direct, sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Al Jazira, qu\u2019ils renon\u00e7aient \u00e0 leur si\u00e8ge \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple. Tous les deux repr\u00e9sentants du gouvernorat de Daraa, dont les habitants venaient encore une fois de payer un lourd tribut \u00e0 leur revendication de dignit\u00e9 et de libert\u00e9, <strong>Naser AL HARIRI et Khalil AL RIFA\u00cf<\/strong> ont justifi\u00e9 leur d\u00e9cision par le constat de leur incapacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger et d\u00e9fendre ceux qu\u2019ils avaient la responsabilit\u00e9 de repr\u00e9senter \u00e0 la Chambre. Surtout, ils ont explicitement mis en cause le double langage qui para\u00eet \u00eatre devenu la ligne de conduite officielle de l\u2019Etat syrien. Alors qu\u2019ils avaient re\u00e7u du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Bachar AL ASSAD, la promesse qu\u2019aucun coup de feu ne serait plus tir\u00e9 sur ceux qui exprimaient leurs revendications de mani\u00e8re pacifique, des francs-tireurs avaient encore une fois ouvert le feu sur la foule, samedi 23 avril, tuant de sang-froid plusieurs jeunes gens. Or, les meurtriers ne pouvaient qu\u2019appartenir aux forces de s\u00e9curit\u00e9 ou \u00eatre de m\u00e8che avec elles, puisqu\u2019ils \u00e9taient positionn\u00e9s au sommet d\u2019\u00e9difices publics s\u00e9v\u00e8rement surveill\u00e9s auxquels il \u00e9tait impossible aux simples citoyens d\u2019acc\u00e9der sans les v\u00e9rifications d\u2019usage. Les deux d\u00e9put\u00e9s ne pouvaient donc pas cautionner, en gardant le silence, le jeu trouble auquel se livrait le pouvoir, qui s\u2019engageait un moment \u00e0 la retenue pour frapper avec plus de violence l\u2019instant suivant.<\/p>\n<p>Un autre repr\u00e9sentant du Hauran, le cheykh<strong> Yousef ABOU ROUMIYEH<\/strong>, qui avait assist\u00e9, le 30 mars, au discours du chef de l\u2019Etat, \u00e9tait intervenu \u00e0 la Chambre, trois jours plus tard, pour d\u00e9noncer la situation pr\u00e9valant \u00e0 Daraa. Epargnant la personne de Bachar AL ASSAD, auquel il continuait de faire confiance, il avait explicitement mis en cause son cousin maternel, <strong>Atef NAJIB<\/strong>, chef de la S\u00e9curit\u00e9 politique de la ville et organisateur de la r\u00e9pression, depuis lors remplac\u00e9 \u00e0 son poste. Mais il n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9missionner. Il avait malgr\u00e9 tout \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 pour interrogatoire par les services de s\u00e9curit\u00e9, qui ne d\u00e9siraient pas recueillir les preuves de ses assertions, mais uniquement savoir comment son intervention \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e du Peuple avait \u00e9t\u00e9 film\u00e9e et s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e sur Internet et les r\u00e9seaux sociaux\u2026<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me personnalit\u00e9 officielle de Daraa a toutefois annonc\u00e9 sa d\u00e9mission, ce m\u00eame samedi 23 avril. Nomm\u00e9 par le minist\u00e8re des Awqafs, qui supervise en Syrie l\u2019enseignement religieux et g\u00e8re les personnels du culte musulman, <strong>Rizq Abdel-Rahman ABA ZAYD<\/strong> a fait savoir qu\u2019il renon\u00e7ait \u00e0 sa fonction de mufti du gouvernorat pour \u201cprotester contre l\u2019assassinat de manifestants pacifiques par les forces de s\u00e9curit\u00e9\u201d. Mettant lui aussi en \u00e9vidence la contradiction entre les promesses d\u2019apaisement faites \u201cau plus haut niveau\u201d et la f\u00e9rocit\u00e9 de la r\u00e9pression sur le terrain, il estimait inadmissible qu\u2019en r\u00e9ponse \u00e0 leur demande d\u2019une solution politique \u00e0 la crise, les habitants de la ville se voient opposer une r\u00e9ponse s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>A la t\u00eate du pouvoir lui-m\u00eame, des diff\u00e9rences de vue ont commenc\u00e9 \u00e0 transpara\u00eetre entre responsables sur la mani\u00e8re la plus ad\u00e9quate de sortir de la situation actuelle. C\u2019est ce qu\u2019on peut d\u00e9duire d\u2019un article publi\u00e9 par le site http:\/\/www.champress.net\/ du journaliste<strong> Ali JAMALLO<\/strong>. Membre du Parti Baath et relais des services syriens de renseignements dans les m\u00e9dias pour le meilleur mais surtout pour le pire, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a sign\u00e9, sous le titre \u201cDes morts dans l\u2019administration syrienne\u201d, un \u00e9ditorial d\u2019une rare virulence. Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de faire diversion en d\u00e9versant sa bile et ses critiques sur la responsable de l\u2019information ext\u00e9rieure au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Bouchra KANAFANI (80 ans), il s\u2019en prend \u00e0 ceux qui sont, en r\u00e9alit\u00e9, la cible de son article : <strong>Souleiman QADDAH<\/strong> (68 ans), vice-pr\u00e9sident du Front national progressiste, un regroupement d\u2019une dizaine de formations politiques pour la plupart sans importance sens\u00e9 illustrer sous l\u2019\u00e9gide du Parti Baath le \u201cpluripartisme \u00e0 la syrienne\u201d, et <strong>Abdallah AL AHMAR<\/strong> (75 ans), secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint du commandement national, c\u2019est-\u00e0-dire panarabe, du Parti Baath. Il affecte de d\u00e9couvrir que l\u2019un et l\u2019autre ont un \u00e2ge certain et que cela les emp\u00eache de r\u00e9pondre \u00e0 leurs \u201cobligations nationales\u201d.<\/p>\n<p>S\u2019agissant du premier, le journaliste se demande \u201cquel besoin a la Syrie d\u2019un responsable, qui, apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 30 ans au commandement r\u00e9gional (syrien) du Baath avant d\u2019occuper ses fonctions actuelles \u00e0 la direction du Front, n\u2019a pas eu le courage de se rendre dans sa r\u00e9gion pour y faire son devoir national lorsque la guerre civile a d\u00e9but\u00e9 dans son pays\u201d. Le journaliste ne le pr\u00e9cise pas, mais tout le monde le sait en Syrie, <strong>Souleiman QADDAH est originaire du gouvernorat de Daraa<\/strong>, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du <strong>village d\u2019Al Harak<\/strong>\u2026 o\u00f9, comme ailleurs, les protestations ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9es dans le sang. Ce qui motive l\u2019ire du journaliste est donc sans doute moins l\u2019absence de courage du haut responsable que son refus de cautionner, en se rendant les mains vides aupr\u00e8s de ses proches et de leurs voisins, la politique s\u00e9curitaire du pouvoir sur laquelle, quelles que soient ses fonctions, il n\u2019a pas la moindre prise.<\/p>\n<p>Concernant le second, Ali JAMALLO n\u2019a rien de pr\u00e9cis \u00e0 lui reprocher, si ce n\u2019est d\u2019\u00eatre toujours l\u00e0 alors qu\u2019il avait arrach\u00e9 des larmes \u00e0 tous les baathistes en annon\u00e7ant, lors du 10\u00e8me congr\u00e8s du parti, en juin 2005, qu\u2019il \u201callait se retirer\u201d pour prendre sa retraite. Il est fr\u00e9quent, en Syrie, de trouver des responsables politiques et s\u00e9curitaires maintenus \u00e0 leur poste en d\u00e9pit de leur \u00e2ge avanc\u00e9. On peut citer parmi eux le g\u00e9n\u00e9ral<strong> Mohammed Nasif KHAYR BEK<\/strong> (75 ans), adjoint pour les questions de s\u00e9curit\u00e9 du vice-pr\u00e9sident <strong>Farouq AL CHAREH<\/strong>. On peut mentionner aussi, dans le nouveau gouvernement de Adel SAFAR, le g\u00e9n\u00e9ral Ali HABIB (72 ans), ministre de la D\u00e9fense, et Walid AL MOALLEM (70 ans), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Si Abdallah AL AHMAR est seul \u00e0 susciter la col\u00e8re du journaliste, la cause doit donc en \u00eatre recherch\u00e9e ailleurs. Le rapprochement avec son camarade Souleiman QADDAH sugg\u00e8re que lui non plus n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de ce que les inspirateurs du journaliste, autrement dit les moukhabarat\u2026 dont on sait qu\u2019ils priment en Syrie sur la totalit\u00e9 des hommes politiques, attendaient de lui en ces temps troubl\u00e9s. Nul n\u2019a entendu dire en effet que, lorsque s<strong>on fief d\u2019Al Tall<\/strong>, aux portes de Damas, a \u00e9t\u00e9 concern\u00e9 par les manifestations, le 25 mars, il ait fait montre d\u2019une quelconque vell\u00e9it\u00e9 de prendre contact avec les protestataires afin de les dissuader.<\/p>\n<p>La discr\u00e9tion et l\u2019absence du terrain est en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019attitude la mieux partag\u00e9e des responsables politiques syriens depuis le d\u00e9but de la crise. La focalisation des critiques sur les seuls Souleiman QADDAH et Abdallah AL AHMAR a donc pour objectif, compte-tenu des proc\u00e9d\u00e9s tortueux qu\u2019affectionne la presse syrienne, de faire savoir, sans le dire explicitement, que les deux hommes ont suscit\u00e9 le m\u00e9contentement des v\u00e9ritables inspirateurs d\u2019Ali JAMALLO. Sans doute les deux hauts responsables baathistes n\u2019ont-ils pas encourag\u00e9 les habitants d\u2019Al Harak et d\u2019Al Tall \u00e0 aller de l\u2019avant. Mais ils ont au moins donn\u00e9 \u00e0 penser, et peut-\u00eatre ont-ils dit tout haut au sein des instances ferm\u00e9es qui dirigent le pays, <strong>qu\u2019ils n\u2019approuvaient pas la politique du tout r\u00e9pressif<\/strong> mise en oeuvre par le pouvoir. Cela suffisait pour les faire clouer au pilori.<\/p>\n<p>Il y a d\u00e9j\u00e0 un mois, les sites Internet syriens avaient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une autre affaire. De retour de sa r\u00e9gion natale (il est origine du village de Sanama\u00efn), o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait rendu, le 21 mars, et avait d\u00e9couvert de ses propres yeux l\u2019ampleur et la cruaut\u00e9 de la r\u00e9pression, le vice-pr\u00e9sident de la R\u00e9publique <strong>Farouq AL CHAREH<\/strong> avait dit tout fort au chef de l\u2019Etat sa d\u00e9sapprobation. Il avait le sentiment que, en agissant comme il le faisait, le pouvoir syrien allait droit dans le mur. Les versions diff\u00e9raient sur les cons\u00e9quences de son audace. Selon les uns, il avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 d\u2019un coup de feu par le fr\u00e8re cadet de Bachar AL ASSAD, le g\u00e9n\u00e9ral <strong>Maher AL ASSAD<\/strong>. La chose ne paraissait pas impossible, l\u2019int\u00e9ress\u00e9, g\u00e9n\u00e9ral dans la 4\u00e8me division de l\u2019Arm\u00e9e syrienne mais patron de facto des forces arm\u00e9es du pays, ayant d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 la preuve, en tirant \u00e0 bout portant, en 1999, sur son beau-fr\u00e8re <strong>Asef CHAWKAT<\/strong>, qu\u2019il \u00e9tait un homme violent. Selon les autres, appel\u00e9 en renfort par les fonctionnaires du palais pr\u00e9sidentiel qui s\u2019inqui\u00e9taient des \u00e9clats de voix sortant du bureau pr\u00e9sidentiel, Maher s\u2019\u00e9tait content\u00e9 de tirer un coup de feu dans les pieds du vice-pr\u00e9sident, qui avait d\u00fb \u00eatre bri\u00e8vement hospitalis\u00e9 pour des palpitations. Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019affaire s\u2019\u00e9tant \u00e9bruit\u00e9e, le r\u00e9gime avait \u00e9t\u00e9 contraint de la d\u00e9mentir. Pour faire bonne figure, il avait montr\u00e9 Farouq AL CHAREH recevant, le 28 mars, une d\u00e9l\u00e9gation chinoise en visite dans le pays. L\u2019agence de presse officielle SANA avait mis dans sa bouche, le m\u00eame jour, l\u2019annonce que le chef de l\u2019Etat allait tr\u00e8s bient\u00f4t prononcer un discours qui rassurerait tous les Syriens.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ajoute \u00e0 cela qu\u2019au moins un diplomate, l<strong>\u2019ambassadeur de Syrie en Inde, Riyad Kamal ABBAS<\/strong>, aurait fait d\u00e9fection, et que<strong> plusieurs cas de r\u00e9bellion et de refus des ordres ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s<\/strong>, avec des cons\u00e9quences dramatiques pour leurs auteurs qui \u00e9taient souvent des officiers subalternes, le sentiment pr\u00e9vaut parmi les Syriens que des dissensions ont commenc\u00e9 \u00e0 se faire jour au sommet du syst\u00e8me et qu\u2019elles iront d\u00e9sormais en s\u2019accroissant.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/syrie.blog.lemonde.fr\/2011\/04\/24\/des-dissensions-se-font-jour-dans-le-systeme-syrien\/\">CHAM INFO (sur Lemonde.fr)<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au lendemain d\u2019un \u201cVendredi Saint\u201d marqu\u00e9 en Syrie par une r\u00e9pression sans pr\u00e9c\u00e9dant, qui a fait entre 80 et 120 morts selon le d\u00e9compte des diff\u00e9rentes organisations de d\u00e9fense des Droits de l\u2019Homme, deux d\u00e9put\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9 la sensation en annon\u00e7ant en direct, sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Al Jazira, qu\u2019ils renon\u00e7aient \u00e0 leur si\u00e8ge<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-129878","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129878\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}