{"id":129599,"date":"2011-03-27T10:44:53","date_gmt":"2011-03-27T09:44:53","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/bachar-al-assad-dirige-t-il-encore-la-syrie\/"},"modified":"2024-01-23T11:57:50","modified_gmt":"2024-01-23T10:57:50","slug":"bachar-al-assad-dirige-t-il-encore-la-syrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/bachar-al-assad-dirige-t-il-encore-la-syrie\/","title":{"rendered":"Bachar Al-Assad dirige-t-il encore la Syrie ?"},"content":{"rendered":"<p> pour Le Monde.fr | 25.03.11 |<\/p>\n<p><strong>Une \u00e9trange affaire, l&rsquo;interdiction puis l&rsquo;autorisation de distribution d&rsquo;un quotidien appartenant \u00e0 un cousin du chef de l&rsquo;Etat syrien, contraint les observateurs, \u00e0 quelques heures de manifestations annonc\u00e9es comme massives, \u00e0 s&rsquo;interroger sur l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;autorit\u00e9 que le pr\u00e9sident Bachar Al-Assad exerce encore sur le r\u00e9gime de son pays.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les faits qui suscitent cette interrogation sont les suivants.<\/p>\n<p>T\u00f4t dans la matin\u00e9e du jeudi 24 mars, le minist\u00e8re syrien de l&rsquo;information a interdit la distribution du quotidien <em>Al Watan<\/em>, qualifi\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendant en Syrie. Comme il est de r\u00e8gle dans ce pays, o\u00f9 le pouvoir consid\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;a de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne sur ses d\u00e9cisions, il n&rsquo;a pas consid\u00e9r\u00e9 utile d&rsquo;informer le public des motifs de cette mesure. Le contenu du journal a toutefois \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur le site alwatanonline.com. Cela a permis de supposer que l&rsquo;interdiction faisait suite \u00e0 des propos extr\u00eamement va-t-en guerre de son r\u00e9dacteur en chef, Waddah AbedRabbo, signataire d&rsquo;un \u00e9ditorial, le \u00ab\u00a0Point de vue d&rsquo;<em>Al Watan<\/em>\u00ab\u00a0, dont le moins qu&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;il n&rsquo;appelait pas \u00e0 l&rsquo;apaisement.<\/p>\n<p>Au lendemain du massacre \u2013 une centaine de morts \u2013 commis \u00e0 Daraa, dans le sud du pays, par la r\u00e9pression des forces d&rsquo;intervention de diff\u00e9rents services de s\u00e9curit\u00e9, il \u00e9crivait : \u00ab\u00a0<em>Est-il raisonnable. qu&rsquo;un groupe de jeunes fixe au gouvernement un d\u00e9lai pour r\u00e9pondre \u00e0 ses revendications ? Est-ce une mani\u00e8re de faire pacifique et civilis\u00e9e ? Certains d&rsquo;entre eux veulent et cherchent l&rsquo;affrontement arm\u00e9 avec la S\u00e9curit\u00e9. Il n&rsquo;est plus possible dans ces conditions de consid\u00e9rer leur mouvement comme &lsquo;pacifique&rsquo;. Il s&rsquo;agit au contraire d&rsquo;une v\u00e9ritable bataille entre des forces de s\u00e9curit\u00e9 et des groupes arm\u00e9s. Ce qui impose un traitement de la question selon des principes radicalement diff\u00e9rents<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et il concluait : \u00ab\u00a0<em>Nous devons donc agir dans les rues, dans les mosqu\u00e9es, dans les caf\u00e9s et les restaurants, sur Internet et sur les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision satellitaire. Nous sommes tous responsables. Nous sommes tous vis\u00e9s. Que personne d&rsquo;entre vous ne dise que les Services de s\u00e9curit\u00e9 m\u00e8nent le combat. Certes, ils sont sur le terrain, face aux \u00e9l\u00e9ments arm\u00e9s. Mais le terrain, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est toute la Syrie, ses universit\u00e9s et ses rues. Leur protection est aussi bien notre responsabilit\u00e9 que celle de la s\u00e9curit\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb Bref, le journal appelait implicitement \u00e0 une contre-r\u00e9volution de la part des soutiens habituels du r\u00e9gime, face \u00e0 une contestation \u00e0 laquelle il refusait tout caract\u00e8re \u00ab\u00a0pacifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, revenant sur sa d\u00e9cision du matin, le minist\u00e8re syrien de l&rsquo;information autorisait la mise en vente du journal, sans indiquer, encore une fois, les raisons de son revirement. Compte-tenu du mode de fonctionnement du r\u00e9gime syrien, il n&rsquo;y a pas lieu de douter que cette mesure a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par une tr\u00e8s haute personnalit\u00e9 du r\u00e9gime, favorable pour sa part, si ce n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occupation du terrain \u00e0 laquelle le quotidien appelait, du moins \u00e0 une politique de la tension. Le message qu&rsquo;il tenait \u00e0 faire passer \u00e0 la population \u00e9tait d\u00e9pourvu d&rsquo;ambig\u00fcit\u00e9 : le pouvoir syrien ne c\u00e9dera ni aux ultimatum, ni aux manifestations dans la rue auxquelles il a les moyens de s&rsquo;opposer, que ce soit en recourant \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e ou en mobilisant les membres du parti Baath et des organisations de masse qui lui sont inf\u00e9od\u00e9es. Pour avoir d\u00e9j\u00e0 vues ces milices \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre contre des militants des droits de l&rsquo;homme, les Syriens savent qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 de menaces en l&rsquo;air.<\/p>\n<p>Cette vraie-fausse interdiction succ\u00e9dait, \u00e0 quelques jours d&rsquo;intervalle, \u00e0 une autre vraie-fausse information, tout aussi intrigante. Le 8 mars dans la matin\u00e9e, le site de l&rsquo;agence officielle syrienne de presse Sana mettait en ligne le texte d&rsquo;un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel annon\u00e7ant une amnistie pour les prisonniers politiques. Deux heures plus tard, il \u00e9tait \u00ab\u00a0momentan\u00e9ment retir\u00e9 pour modification\u00a0\u00bb. Mais le retrait temporaire s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e9finitif. Cette affaire d\u00e9montrait soit que Bachar Al-Assad \u00e9tait all\u00e9 trop vite en besogne et qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas fini de s&rsquo;interroger sur l&rsquo;opportunit\u00e9 de cette mesure, soit qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 convaincu \u2013 et peut-\u00eatre m\u00eame contraint \u2013 par son entourage de renoncer \u00e0 ce qui ne pouvait qu&rsquo;appara\u00eetre comme une concession majeure aux revendications de sa population, au moment o\u00f9 celle-ci commen\u00e7ait \u00e0 se faire entendre dans la rue.<\/p>\n<p>L&rsquo;intervention, jeudi 24 mars au soir, de la conseill\u00e8re politique et m\u00e9diatique du chef de l&rsquo;Etat, Bouthayna Chaaban, a volontairement ou involontairement contribu\u00e9 \u00e0 entretenir des doutes sur la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir que d\u00e9tient encore Bachar Al-Assad sur le syst\u00e8me \u00e0 la t\u00eate duquel il a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 d&rsquo;autorit\u00e9 en juillet 2000. Au cours d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse improvis\u00e9e \u00e0 la h\u00e2te, \u00e0 la veille d&rsquo;un vendredi peut-\u00eatre d\u00e9cisif dans la mobilisation de la population, elle n&rsquo;a pas craint d&rsquo;affirmer que \u00ab\u00a0<em>le pr\u00e9sident avait interdit aux forces de l&rsquo;ordre de faire usage de leurs armes contre les citoyens, m\u00eame si elles \u00e9taient elles-m\u00eames prises pour cible et comptaient dans leurs rangs des morts et des bless\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Or, comme tous les t\u00e9moignages diffus\u00e9s via Facebook et Youtube le confirment, ce ne sont pas de pr\u00e9tendus terroristes du <em>Jound Al-Cham<\/em> ou du <em>Fatah Al-Islam<\/em>, soudain r\u00e9apparus l\u00e0 o\u00f9 le r\u00e9gime en avait besoin, qui sont \u00e0 l&rsquo;origine des tirs, mais des membres des forces de s\u00e9curit\u00e9. Ils ne l&rsquo;ont pas fait sans en avoir re\u00e7u l&rsquo;ordre. Si ce n&rsquo;est pas Bachar Al-Assad qui le leur a donn\u00e9, seul quelqu&rsquo;un dans son entourage imm\u00e9diat, pour ne pas dire au sein de sa famille, a pu prendre le risque de le faire dans son dos.<\/p>\n<p>On ne peut exclure que le chef de l&rsquo;Etat syrien, marchant r\u00e9solument sur les traces de Mouammar Kadhafi, soit pass\u00e9 ma\u00eetre dans le recours au double langage, dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de se maintenir l\u00e0 o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 il y a bient\u00f4t onze ans par ceux qui y avaient int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;autre hypoth\u00e8se est que son fr\u00e8re, Maher Al-Assad, qui a la haute main sur l&rsquo;arm\u00e9e, son cousin Rami Makhlouf, qui contr\u00f4le la vie \u00e9conomique en Syrie\u2026 et qui est justement le propri\u00e9taire du journal <em>Al Watan<\/em>, et son autre cousin Hafez Makhlouf, homme fort des services de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Damas, pour ne citer qu&rsquo;eux parmi les membres de la famille et du clan au pouvoir, non int\u00e9ress\u00e9s par des changements qui affecteront leurs int\u00e9r\u00eats et leurs privil\u00e8ges avant ceux du pr\u00e9sident, m\u00e8nent contre lui une guerre de tranch\u00e9e et cherchent \u00e0 l&rsquo;entra\u00eener dans la voie de la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Les manifestations du vendredi 25 mars et la r\u00e9ponse qui leur sera apport\u00e9e par le pouvoir fourniront sans doute des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 ceux qui s&rsquo;interrogent sur la r\u00e9alit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;autorit\u00e9 personnelle dont dispose encore Bachar Al-Assad sur son propre r\u00e9gime.<\/p>\n<p><strong>Ignace Leverrier, ancien diplomate, chercheur arabisant<br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>pour Le Monde.fr | 25.03.11 | Une \u00e9trange affaire, l&rsquo;interdiction puis l&rsquo;autorisation de distribution d&rsquo;un quotidien appartenant \u00e0 un cousin du chef de l&rsquo;Etat syrien, contraint les observateurs, \u00e0 quelques heures de manifestations annonc\u00e9es comme massives, \u00e0 s&rsquo;interroger sur l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;autorit\u00e9 que le pr\u00e9sident Bachar Al-Assad exerce encore sur le r\u00e9gime de son pays.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-129599","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129599"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129599\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}