{"id":127385,"date":"2010-05-22T16:27:05","date_gmt":"2010-05-22T15:27:05","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/les-deux-corps-de-rima\/"},"modified":"2024-01-23T11:31:32","modified_gmt":"2024-01-23T10:31:32","slug":"les-deux-corps-de-rima","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-deux-corps-de-rima\/","title":{"rendered":"Les deux corps de Rima !"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Quand une femme se d\u00e9nude,<br \/>\nelle se rev\u00eat de pudeur. \u00bb<\/em><\/p>\n<p> Plutarque<\/p>\n<p>Elle est indiscutablement belle Rima, la petite Libanaise de Srifa. Le charme et la s\u00e9duction qui se d\u00e9gagent de son corps de d\u00e9esse n&rsquo;ont d&rsquo;\u00e9gal que la joie de vivre qui brille dans l&rsquo;\u00e9clat de ses  prunelles. Pauvre Rima dont le corps admirable, reconnu le plus beau des \u00c9tats-Unis, la transforme en une double paria culturelle : dans son pays d&rsquo;origine et dans son pays d&rsquo;adoption. Rejet\u00e9e aux \u00c9tats-Unis au titre de son appartenance \u00e0 la confession \u00ab chiite \u00bb qui la rend automatiquement assimilable au Hezbollah, elle est stipendi\u00e9e par ce dernier parce qu&rsquo;elle a accept\u00e9 la r\u00e8gle du jeu qui l&rsquo;a men\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00e9lue Miss USA. Dans les deux cas, les inquisiteurs de tout bord stigmatisent Rima au nom de \u00ab valeurs \u00bb collectives d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 et s&rsquo;approprient ainsi le corps de la belle sans que cette derni\u00e8re puisse dire quoi que ce soit. Sans le savoir et sans le vouloir, la petite Rima de Srifa se trouve ainsi affubl\u00e9e de deux corps culturels diam\u00e9tralement oppos\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Le corps exhib\u00e9 d&rsquo;Aphrodite et de Cyb\u00e8le : d\u00e9esses de l&rsquo;Olympe<br \/>\nIl est ais\u00e9 de comprendre que la culture techno-financi\u00e8re dans laquelle nous vivons a d\u00e9finitivement transform\u00e9 l&rsquo;homme en \u00ab chose \u00bb. Rima, en tant que Miss USA, a donc accept\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une \u00ab chose \u00bb parmi d&rsquo;autres. Elle entre ainsi dans l&rsquo;horizon d&rsquo;une culture qui a atteint le niveau pr\u00e9logique, celui de la tyrannie de la \u00ab v\u00e9rit\u00e9 sociale inconsciente \u00bb (Foucault).<br \/>\nCouvert ou d\u00e9nud\u00e9, le corps f\u00e9minin est la conqu\u00eate par excellence du tout-puissant pouvoir de l&rsquo;ordre patrimonial et patriarcal. Il est porteur et il manifeste tous les stigmates des n\u00e9vroses sociales, d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident. Le d\u00e9shabillage et la chosification de la nudit\u00e9 de la femme en Occident sont all\u00e9s de pair avec la puissance montante des ligues f\u00e9minines, notamment am\u00e9ricaines. L&rsquo;ordre \u00e9tabli veut que la femme s&rsquo;exhibe ? D&rsquo;accord ! Mais, en m\u00eame temps, et par \u00ab strat\u00e9gie inconsciente du Sujet \u00bb (Foucault), elle se prot\u00e8ge contre l&rsquo;agressivit\u00e9 libidinale du m\u00e2le en \u00e9masculant culturellement ce dernier. Tel est en tout cas l&rsquo;effet du tout-puissant f\u00e9minisme occidental et de la gender culture.<\/p>\n<p>La nudit\u00e9 de la d\u00e9esse peut avoir deux lectures. La premi\u00e8re, externe, consid\u00e8re le corps comme un simple objet porteur des signes et des valeurs d&rsquo;une culture : Aphrodite est l&rsquo;objet du d\u00e9sir d&rsquo;\u00c9ros. La deuxi\u00e8me, par contre, est interne ou subjective, elle appartient en propre \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 m\u00eame de la personne dont le corps est ainsi chosifi\u00e9. Par strat\u00e9gie, Aphrodite se m\u00e9tamorphose alors en la d\u00e9esse-m\u00e8re Cyb\u00e8le sur laquelle le jeune Attis r\u00e9pand son sperme en se masturbant. Furieuse, Cyb\u00e8le le frappe de folie. Attis s&rsquo;enfuit et s&rsquo;\u00e9mascule lui-m\u00eame. De son sang na\u00eet le pin parasol.<\/p>\n<p>En condamnant la jeune Rima au nom des valeurs d&rsquo;un ordre \u00e9tabli particulier, le repr\u00e9sentant du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a clairement exprim\u00e9 les enjeux de ce qui appara\u00eet superficiellement comme un conflit culturel. Apr\u00e8s tout, le voile ou le \u00ab hijab \/ niqab \/ burqa \u00bb de la femme musulmane moderne est, lui aussi, un masque stigmatisant le corps de la femme au nom d&rsquo;un ordre \u00e9tabli \u00e0 la fois patrimonial et patriarcal, totalisant et totalitaire \u00c0 son tour, ce morceau d&rsquo;\u00e9toffe d\u00e9finit la femme comme \u00ab chose \u00bb que les forces normatives, celles de la  \u00ab v\u00e9rit\u00e9 sociale inconsciente \u00bb, s&rsquo;approprient et marquent de leur puissance en s&rsquo;appropriant son corps.<\/p>\n<p>Le corps cach\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 de Pers\u00e9phone : d\u00e9esse des enfers<br \/>\nUne lecture externe permet d&rsquo;affirmer que le voile de la femme musulmane appartient effectivement au m\u00eame registre que les diff\u00e9rents stigmates des modes vestimentaires m\u00eame lorsque ces derni\u00e8res mettent le corps \u00e0 nu. Mais on peut aussi appliquer au m\u00eame voile, une lecture interne, c&rsquo;est-\u00e0-dire du dedans. Dans ces conditions, le voile est un \u00ab champ strat\u00e9gique \u00bb. La femme voil\u00e9e accepte sa condition et manipule le stigmate \u00e0 son avantage. Par un double jeu de renversement, Aphrodite devient alors Pers\u00e9phone ou H\u00e9cate, la d\u00e9esse-m\u00e8re des enfers. Derri\u00e8re le tchador ou la burqa, la femme se d\u00e9fend contre l&rsquo;agressivit\u00e9 libidinale du m\u00e2le, et en l&rsquo;infantilisant. Le stigmate devient alors subjectivement, du dedans, le signe visible du tabou de l&rsquo;inceste. Une telle lecture me para\u00eet historiquement autoris\u00e9e car, apr\u00e8s tout, dans les harems des sultans, la patronne incontest\u00e9e des lieux \u00e9tait, non pas la premi\u00e8re \u00e9pouse, mais la m\u00e8re, la Valid\u00e9 Sultane (walidat al-sultan). C&rsquo;est cette derni\u00e8re qui r\u00e9gnait sur l&rsquo;univers f\u00e9minin et libidinal de son fils, de son h\u00e9ros : le ma\u00eetre du monde.<br \/>\nL&rsquo;enjeu du tchador\/burqa est \u00e9minemment politique et citoyen. Ne pouvant prot\u00e9ger son individualit\u00e9 et son autonomie au sein d&rsquo;un \u00ab espace public \u00bb lui garantissant ses droits fondamentaux de personne humaine, la femme stigmatis\u00e9e n&rsquo;a d&rsquo;autre issue que d&rsquo;instrumenter le stigmate lui-m\u00eame. Le voile devient un \u00e9cran protecteur derri\u00e8re lequel elle prot\u00e8ge une fonction maternelle dominante au sein de \u00ab l&rsquo;espace priv\u00e9 \u00bb.  \u00c0 cause de la congruit\u00e9 de l&rsquo;espace public, la femme musulmane contemporaine accepte de plein gr\u00e9 le port de ce voile qui prot\u00e8ge l&rsquo;espace priv\u00e9 de sa propre individualit\u00e9. Dans une telle lecture politique, l&rsquo;intelligibilit\u00e9 du voile r\u00e9siderait soit dans l&rsquo;absence de l&rsquo;espace public, soit dans sa non-perception ou encore dans le refus culturel de tout espace public non islamique. C&rsquo;est ce que dit Hassan Fadlallah.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les rapports entre la nudit\u00e9 et le port du voile, d&rsquo;une part, et l&rsquo;ordre \u00e9tabli d&rsquo;autre part sont un sujet in\u00e9puisable. Deux registres de lecture doivent demeurer pr\u00e9sents :<\/p>\n<p>&#8211; D&rsquo;un point de vue \u00ab du dehors \u00bb, il s&rsquo;agit d&rsquo;un signe, semblable \u00e0 tous les stigmates qui marquent l&#8217;emprise d&rsquo;une culture ou d&rsquo;une mode sur le corps.<\/p>\n<p>&#8211; Mais d&rsquo;un point de vue \u00ab du dedans \u00bb, il s&rsquo;agit d&rsquo;une ruse ou d&rsquo;un champ strat\u00e9gique du Sujet. Le tchador\/hijab\/burqa\/niqab aurait un statut quasi-identique, dans son effet infantilisant, \u00e0 celui du discours des redoutables ligues f\u00e9minines nord-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>L&rsquo;Orient Le Jour<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Quand une femme se d\u00e9nude, elle se rev\u00eat de pudeur. \u00bb Plutarque Elle est indiscutablement belle Rima, la petite Libanaise de Srifa. Le charme et la s\u00e9duction qui se d\u00e9gagent de son corps de d\u00e9esse n&rsquo;ont d&rsquo;\u00e9gal que la joie de vivre qui brille dans l&rsquo;\u00e9clat de ses prunelles. 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