{"id":125468,"date":"2009-06-01T19:21:12","date_gmt":"2009-06-01T18:21:12","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/le-yemen-nouvelle-base-arriere-dal-qaida\/"},"modified":"2024-01-23T11:27:04","modified_gmt":"2024-01-23T10:27:04","slug":"le-yemen-nouvelle-base-arriere-dal-qaida","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/le-yemen-nouvelle-base-arriere-dal-qaida\/","title":{"rendered":"Le Y\u00e9men, nouvelle base arri\u00e8re d&rsquo;al-Qaida"},"content":{"rendered":"<p>Musaad al Nahdi (\u00e0 gauche) et Khalid Ba Tais (droite) accus\u00e9s d&rsquo;avoir orchestr\u00e9 plusieurs attaques contre des \u00e9trangers r\u00e9sidants au Y\u00e9men, assistent au proc\u00e8s d&rsquo;une cellule terroriste affili\u00e9e \u00e0 al-Qaida, le 11 mai 2009. Cr\u00e9dits photo : AP<br \/>\nWashington refuse de renvoyer \u00e0 Sanaa les prisonniers y\u00e9m\u00e9nites de Guantanamo, de peur qu&rsquo;ils rallient les djihadistes qui multiplient les attentats.<\/p>\n<p>Et si le sort de la prison de Guantanamo, que Barack Obama a promis de fermer d&rsquo;ici \u00e0 janvier, se jouait \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0, dans les sables du d\u00e9sert du Y\u00e9men. Plus d&rsquo;un tiers de ses captifs &#8211; 96 exactement sur 240 &#8211; sont originaires de ce pays du Golfe, le plus pauvre et l&rsquo;un des plus instables des \u00c9tats arabes. Les Y\u00e9m\u00e9nites forment le plus important contingent de d\u00e9tenus sur la base am\u00e9ricaine de l&rsquo;\u00eele de Cuba. Mais Washington refuse de renvoyer chez eux ces \u00abcombattants ennemis\u00bb, au risque de cr\u00e9er une crise de confiance avec l&rsquo;un de ses alli\u00e9s dans la lutte antiterroriste.<\/p>\n<p>L&rsquo;Administration am\u00e9ricaine redoute que, sit\u00f4t lib\u00e9r\u00e9s, les Y\u00e9m\u00e9nites rejoignent la mouvance locale d&rsquo;al-Qaida, qui a fusionn\u00e9 en janvier avec la branche saoudienne du r\u00e9seau terroriste, faisant craindre du m\u00eame coup \u00e0 Riyad l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;\u00abun nouvel Afghanistan\u00bb \u00e0 sa fronti\u00e8re sud. Depuis, deux attentats suicides ont tu\u00e9 quatre touristes sud-cor\u00e9ens. Et en avril, la visite de Nicolas Sarkozy a d\u00fb \u00eatre report\u00e9e, en raison d&rsquo;incidents s\u00e9curitaires r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur le site d&rsquo;exportation de gaz par Total que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique devait inaugurer dans le golfe d&rsquo;Aden. L&rsquo;an dernier d\u00e9j\u00e0, deux Belges ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en visitant un site touristique dans l&rsquo;Hadramaout, et l&rsquo;ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 Sanaa \u00e9tait la cible d&rsquo;un attentat suicide causant 17 morts, y\u00e9m\u00e9nites.<\/p>\n<p>\u00abLe Y\u00e9men est devenu un refuge pour djihadistes\u00bb, met en garde le g\u00e9n\u00e9ral David Petraeus, le plus haut grad\u00e9 am\u00e9ricain au Moyen-Orient. Deux des Saoudiens les plus recherch\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s en mars pr\u00e8s de Taez, au sud de Sanaa. Mais la plupart de la centaine d&rsquo;autres traqu\u00e9s par Riyad sont toujours repli\u00e9s au-del\u00e0 des 1 300 km de la fronti\u00e8re poreuse entre les deux pays. D\u00e9but avril, la d\u00e9couverte d&rsquo;une grotte &#8211; avec armes, cordes et cam\u00e9ras pour ligoter et filmer des otages &#8211; est venue confirmer les craintes de Dennis C. Blair, le directeur du renseignement am\u00e9ricain : la patrie ancestrale d&rsquo;Oussama Ben Laden sert non seulement de \u00abbase pour des op\u00e9rations d&rsquo;al-Qaida \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays \u00bb, mais contribue \u00abaussi \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement de terroristes et \u00e0 faciliter leurs d\u00e9placements \u00bb. <\/p>\n<p>\u00abIl devient une source d&rsquo;informations\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLa menace est s\u00e9rieuse\u00bb, reconna\u00eet Abdel Karim Eriani, le conseiller politique du pr\u00e9sident Ali Abdallah Saleh. \u00abAl-Qaida dispose d&rsquo;argent pour recruter, souligne-t-il dans son salon encombr\u00e9 de livres, et Ben Laden ne s&rsquo;est jamais cach\u00e9 pour dire que le Y\u00e9men constituait un terrain id\u00e9al pour son organisation.\u00bb Un \u00c9tat faible, des tribus puissantes, enclines \u00e0 abriter des activistes au nom de la l\u00e9gendaire hospitalit\u00e9 clanique, et des montagnes pour cacher les cellules terroristes : les similitudes avec l&rsquo;Afghanistan sont frappantes.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, le pr\u00e9sident Ali Abdallah Saleh a jou\u00e9 la carte islamiste pour consolider son fragile pouvoir. Apr\u00e8s avoir envoy\u00e9 des milliers de djihadistes combattre les Russes \u00e0 Kaboul dans les ann\u00e9es 1980, Sanaa les a enr\u00f4l\u00e9s, \u00e0 leur retour, dans l&rsquo;arm\u00e9e pour mater la r\u00e9bellion s\u00e9paratiste du Sud. Plus r\u00e9cemment, le pouvoir utilisa encore ces suppl\u00e9tifs contre les insurg\u00e9s za\u00efdites (chiites) dans le nord.<\/p>\n<p>La menace islamiste a \u00e9t\u00e9 provisoirement neutralis\u00e9e par un programme de r\u00e9habilitation des terroristes, auquel particip\u00e8rent plus de 400 sympathisants d&rsquo;al-Qaida, emprisonn\u00e9s sous pression am\u00e9ricaine, apr\u00e8s les attentats du 11 septembre 2001. Mais \u00abce programme a surtout permis aux autorit\u00e9s de sceller un accord tacite avec les djihadistes aux termes duquel ces derniers s&rsquo;engageaient \u00e0 ne pas commettre d&rsquo;attentats au Y\u00e9men, mais ailleurs, le pouvoir fermait les yeux\u00bb, d\u00e9plore l&rsquo;analyste politique Mourad Zafer. Quelques-uns sont all\u00e9s en Irak combattre les forces am\u00e9ricaines. \u00ab\u201cVous nous avez tromp\u00e9s\u201d, nous disent aujourd&rsquo;hui les Am\u00e9ricains, qui n&rsquo;ont plus confiance dans les Y\u00e9m\u00e9nites pour accueillir les prisonniers de Guantanamo et les r\u00e9habiliter\u00bb, constate, amer, Eriani.<\/p>\n<p>Furieux, les Am\u00e9ricains le furent d\u00e9j\u00e0 quand Sanaa lib\u00e9ra fin 2007 Jamal Badawi, l&rsquo;un des cerveaux de l&rsquo;attentat contre le torpilleur USS Cole, qui tua 17 marines, en octobre 2000 au large d&rsquo;Aden. Mais en mati\u00e8re de reconversion d&rsquo;activistes, le Y\u00e9men voit les choses diff\u00e9remment. \u00abBadawi est en r\u00e9sidence surveill\u00e9e, il rencontre sa famille, il est coop\u00e9ratif\u00bb, affirme un ministre qui tient \u00e0 rester anonyme. \u00abN&rsquo;est-ce pas mieux de le neutraliser ainsi ? Il devient une source d&rsquo;informations. Les Am\u00e9ricains ne sont pas tr\u00e8s contents, mais ce n&rsquo;est pas notre probl\u00e8me\u00bb, assure-t-il.<\/p>\n<p>Pour manger avec le diable, mieux vaut se munir d&rsquo;une longue cuill\u00e8re. Depuis l&rsquo;attentat contre un b\u00e2timent des forces de s\u00e9curit\u00e9, en ao\u00fbt 2008, les autorit\u00e9s mesurent les limites de la coop\u00e9ration des djihadistes. \u00abEn visant d\u00e9sormais le r\u00e9gime, les terroristes ont franchi un nouveau palier\u00bb, rel\u00e8ve un diplomate occidental.<\/p>\n<p>\u00abAl-Qaida cherche \u00e0 harceler le pouvoir en multipliant ses op\u00e9rations, pas forc\u00e9ment spectaculaires, afin de maintenir un \u00e9tat de peur \u00e0 travers le pays, d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9 \u00e0 la reprise de la r\u00e9bellion au sud et \u00e0 une r\u00e9volte au nord pas compl\u00e8tement \u00e9teinte \u00bb, affirme le journaliste Abdulilah Shaya, le seul \u00e0 avoir pu rencontrer, en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, Nasser Abdel-Karim al-Wahaishi, le chef clandestin d&rsquo;al-Qaida dans la p\u00e9ninsule arabique. Ce dernier lui a \u00e9nonc\u00e9 les cibles de l&rsquo;organisation terroriste : \u00ab Les \u00e9trangers, leurs int\u00e9r\u00eats (ambassades ou installations p\u00e9troli\u00e8res, NDLR) et les responsables y\u00e9m\u00e9nites de la s\u00e9curit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Les militants ne sont peut-\u00eatre que quelques centaines dans le pays, mais leur pr\u00e9sence est suffisamment inqui\u00e9tante pour que le pr\u00e9sident Saleh ait demand\u00e9 en f\u00e9vrier aux tribus du \u00abtriangle du mal\u00bb de livrer les extr\u00e9mistes qu&rsquo;elles abritent dans ces trois provinces limitrophes de l&rsquo;Arabie saoudite. Message bien re\u00e7u. De r\u00e9centes arrestations auraient \u00e9t\u00e9 rendues possibles gr\u00e2ce aux informations que les tribus ont fournies aux forces de s\u00e9curit\u00e9. \u00abNos services ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de nombreux ordinateurs, poursuit le vice-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Mulhi al-Dhabi. Nous avons pu remonter des fili\u00e8res et d\u00e9masquer des sympathisants. Nous menons une bataille, mais elle n&rsquo;est pas encore gagn\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autant moins que la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;activistes ne veut plus entendre parler de \u00abdeal\u00bb avec le pouvoir. Influenc\u00e9s par la guerre en Irak, ces jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s sont en opposition totale avec le gouvernement, et consid\u00e8rent les anciens djihadistes comme des tra\u00eetres, ayant coop\u00e9r\u00e9 avec les autorit\u00e9s. Leur leader, al-Wahaishi, est un ancien collaborateur de Ben Laden. Avec 22 autres militants, il s&rsquo;est \u00e9vad\u00e9 en 2006 d&rsquo;une prison de Sanaa, gr\u00e2ce \u00e0 d&rsquo;\u00e9videntes complicit\u00e9s parmi le personnel de s\u00e9curit\u00e9 du p\u00e9nitencier.<\/p>\n<p>\u00abPersonne ne veut les employer\u00bb<\/p>\n<p>Nul doute que pour ces radicaux, les futurs lib\u00e9r\u00e9s de Guantanamo constituent une cible de choix \u00e0 recruter. Apr\u00e8s sept ans d&#8217;emprisonnement sans qu&rsquo;aucune charge n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 reconnue contre eux, la ranc\u0153ur, aggrav\u00e9e par les mauvais traitements, est profonde. Pourtant, Safiah, la m\u00e8re de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le jure en levant les bras : \u00abSalman ne retournera pas avec les moudjahidins, on le gardera enferm\u00e9 \u00e0 la maison, s&rsquo;il le faut\u00bb, s&rsquo;\u00e9crie la vieille dame recouverte de la longue abbaya noire traditionnelle. Comme la plupart des autres d\u00e9tenus y\u00e9m\u00e9nites de Guantanamo, Salman, captur\u00e9 en 2001 au Pakistan, s&rsquo;oppose \u00e0 un transfert dans le centre saoudien de r\u00e9habilitation des terroristes, le compromis qui semble se dessiner entre Sanaa et Washington.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre, apr\u00e8s une longue d\u00e9tention, l&rsquo;ancien chauffeur d&rsquo;Oussama Ben Laden est rentr\u00e9 au Y\u00e9men. Depuis, Salim Hamdane est au ch\u00f4mage. Comme les treize autres Y\u00e9m\u00e9nites revenus au pays, ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00abPersonne ne veut les employer\u00bb, regrette l&rsquo;ONG locale Hood, qui milite pour leur r\u00e9habilitation dans la soci\u00e9t\u00e9. Dans son dernier rapport, l&rsquo;organisation am\u00e9ricaine Human Rights Watch d\u00e9nonce, de son c\u00f4t\u00e9, les tortures dont la plupart ont \u00e9t\u00e9 victimes, durant leur passage en prison \u00e0 leur retour au Y\u00e9men. Aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;a pourtant \u00abrepiqu\u00e9\u00bb au terrorisme. Mais un journaliste, qui a r\u00e9ussi \u00e0 contourner l&rsquo;interdiction officielle de les rencontrer, met en garde : \u00abLes anciens de Guantanamo sont \u00e9troitement surveill\u00e9s. Certains se sont mari\u00e9s. Leurs familles se sont port\u00e9es garantes de leurs agissements. Mais \u00e0 moyen terme, ceux qui n&rsquo;auront toujours pas retrouv\u00e9 du travail succomberont de nouveau aux sir\u00e8nes d&rsquo;al-Qaida.\u00bb<\/p>\n<p>http:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2009\/06\/01\/01003-20090601ARTFIG00226-le-yemen-nouvelle-base-arriere-d-al-qaida-.php    <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Musaad al Nahdi (\u00e0 gauche) et Khalid Ba Tais (droite) accus\u00e9s d&rsquo;avoir orchestr\u00e9 plusieurs attaques contre des \u00e9trangers r\u00e9sidants au Y\u00e9men, assistent au proc\u00e8s d&rsquo;une cellule terroriste affili\u00e9e \u00e0 al-Qaida, le 11 mai 2009. Cr\u00e9dits photo : AP Washington refuse de renvoyer \u00e0 Sanaa les prisonniers y\u00e9m\u00e9nites de Guantanamo, de peur qu&rsquo;ils rallient les djihadistes<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-125468","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=125468"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/125468\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=125468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=125468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=125468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}