{"id":125218,"date":"2009-05-05T20:47:49","date_gmt":"2009-05-05T19:47:49","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/arabie-saoudite-les-nouveaux-serviteurs-du-roi\/"},"modified":"2024-01-23T11:26:49","modified_gmt":"2024-01-23T10:26:49","slug":"arabie-saoudite-les-nouveaux-serviteurs-du-roi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/arabie-saoudite-les-nouveaux-serviteurs-du-roi\/","title":{"rendered":"Arabie Saoudite:  Les nouveaux serviteurs du roi"},"content":{"rendered":"<p>Nouvel \u00e9pisode dans la guerre de succession:  tout en faisant croire que celle-ci est plus ouverte, et qu\u2019il se pose en vrai r\u00e9formateur du royaume, Abdallah viserait en fait l\u2019isolement du clan des Sudeiri et le raffermissement de son pouvoir. Ce que tend \u00e0 confirmer la nomination des nouveaux ministres.<\/p>\n<p>En octobre 2006, le roi d\u2019Arabie, Abdallah Bin Abdelaziz, publiait un d\u00e9cret royal concernant la cr\u00e9ation d\u2019un nouvel organisme appel\u00e9 Ha\u00efat al-bay\u2019a (Conseil de d\u00e9signation et d\u2019all\u00e9geance). Compos\u00e9 de trente-cinq membres de la famille royale \u2013 dont lui, \u2013 il lui incombe, entre autres, de nommer le prince h\u00e9riter. Cette d\u00e9marche constituait auparavant l\u2019une des multiples pr\u00e9rogatives du roi. Pour certains, cette mesure a \u00e9t\u00e9 un pas en direction de la r\u00e9forme des r\u00e8gles de succession ; d\u2019autres n\u2019y ont vu qu\u2019une formalit\u00e9 ne modifiant en rien ces r\u00e8gles, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est le roi qui propose \u00e0 ce conseil le ou les noms des candidats \u00e0 cette fonction. D\u2019autant que cette instance est compos\u00e9e exclusivement des fils et de certains petits-fils du fondateur du royaume. Ainsi le monarque reprend-il d\u2019une main ce qu\u2019il a conc\u00e9d\u00e9 de l\u2019autre.<\/p>\n<p>L\u2019un des objectifs tactiques que le roi Abdallah a voulu atteindre avec ce conseil successoral \u00e9tait d\u2019\u00e9largir sa marge de man\u0153uvre aupr\u00e8s des t\u00e9nors de la famille royale. Jusqu\u2019ici, le nombre des fils du roi Ibn Saoud qui avaient leur mot \u00e0 dire dans la d\u00e9signation du roi \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9duit, dix au maximum, dont le clan des Sudeiri qui en comptait sept avant la mort du roi Fahd en 2005. Ce clan est constitu\u00e9 des fils d\u2019Ibn Saoud issus de son mariage avec Hissah al-Sudeiri, son \u00e9pouse favorite, qui d\u00e9tiennent les plus hauts postes au royaume : Sultan est ministre de la D\u00e9fense et de l\u2019Aviation et premier vice-pr\u00e9sident du Conseil des ministres (qui fait office de facto de prince h\u00e9ritier) ; Nayef est ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ; Salman est l\u2019\u00e9mir de la r\u00e9gion de Riyadh ; Abdurrahmane est vice-ministre de la D\u00e9fense ; Ahmad est vice-ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, et Turki II est r\u00e9sident au Caire.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res mesures prises par le roi Abdallah n\u2019affectent pas directement l\u2019influence des Sudeiri. Elles apparaissent m\u00eame comme pouvant la renforcer. C\u2019est la maladie du prince Sultan (85 ans), qui souffre d\u2019un cancer du c\u00f4lon et de ce fait r\u00e9side depuis plusieurs semaines \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays pour y suivre un traitement, qui appara\u00eet comme la raison principale ayant amen\u00e9 le roi \u00e0 cr\u00e9er un nouveau poste de deuxi\u00e8me vice-pr\u00e9sident du Conseil des ministres. Ce qui \u00e9quivaut pratiquement \u00e0 la nomination d\u2019un prince h\u00e9ritier bis. Ce poste a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 au prince Nayef (76 ans) qui deviendra donc le prince h\u00e9ritier si l\u2019actuel d\u00e9tenteur du titre, le prince Sultan, vient \u00e0 mourir.<\/p>\n<p>La man\u0153uvre n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 au prince Talal, l\u2019un des fils d\u2019Ibn Saoud r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, qualifi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 d\u2019\u00ab \u00e9mir rouge \u00bb en raison de ses diatribes continues contre le syst\u00e8me de gouvernance dans le royaume. Dans un communiqu\u00e9 qu\u2019il a publi\u00e9 \u00e0 la suite de cette nomination, le prince Talal a exprim\u00e9 sa crainte de voir la fonction de prince h\u00e9ritier rel\u00e9gu\u00e9e au r\u00f4le d\u2019\u00ab exp\u00e9diteur des affaires courantes \u00bb, exhortant le roi \u00e0 pr\u00e9ciser en quoi va consister la fonction de deuxi\u00e8me vice-premier ministre, et lui demandant de dire que le titulaire du poste ne deviendrait pas n\u00e9cessairement un prince h\u00e9ritier. Autre point d\u2019interrogation : qui va diriger le minist\u00e8re de la D\u00e9fense et de l\u2019Aviation en cas de d\u00e9c\u00e8s de son actuel occupant ? Restera-t-il entre les mains des Sudeiri, en faisant muter le prince Nayef de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 la D\u00e9fense ? Mais alors qui occupera le poste de ministre de l\u2019Int\u00e9rieur occup\u00e9 depuis trente-quatre ans par Nayef? Ou alors le prince Salman sera-t-il le futur ministre de la D\u00e9fense? <\/p>\n<p>Les observateurs ont remarqu\u00e9 que Salman n\u2019a pas quitt\u00e9 son fr\u00e8re malade d\u2019une semelle. Du coup, la rumeur court:  le prince Sultan lui aurait promis, dans son testament, de lui l\u00e9guer toutes ses fonctions en cas de malheur. Autres hypoth\u00e8ses : le poste pourrait revenir \u00e0 l\u2019un des enfants de Sultan, notamment Bandar Bin Sultan, ambassadeur saoudien aux \u00c9tats-Unis pendant vingt-deux ans, ou Khaled Bin Sultan, form\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie militaire royale de Sandhurst (Royaume-Uni).<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il soit pr\u00e9matur\u00e9 de poser ces questions \u2013 Sultan est encore en vie \u2013, il semble inconcevable que le roi les ait laiss\u00e9es en suspens et qu\u2019il n\u2019ait pas d\u00e9j\u00e0 pris sa d\u00e9cision afin de parer \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9.<\/p>\n<p>Si la forme est sauve en mati\u00e8re de succession du prince Sultan, ce n\u2019est pas le cas dans d\u2019autres domaines. Les autres d\u00e9cisions prises par le roi d\u2019Arabie en f\u00e9vrier dernier retiraient de fait le tapis des pieds des Sudeiri, que ce soit dans l\u2019arm\u00e9e, le Conseil d\u2019Ech-choura (conseil consultatif d\u00e9sign\u00e9 qui fait office de Parlement) ou un certain nombre de minist\u00e8res et institutions publiques. Ainsi, un d\u00e9cret royal a nomm\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Hussein al-Qabil adjoint au chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral. Il \u00e9tait auparavant au poste de commandant des forces terrestres, d\u00e9sormais occup\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00e9tat-major Abdurrahman al-Mourshid. Les deux g\u00e9n\u00e9raux sont consid\u00e9r\u00e9s comme des fid\u00e8les ind\u00e9fectibles du roi au sein des forces arm\u00e9es. <\/p>\n<p>Le roi a \u00e9galement nomm\u00e9 un nouveau pr\u00e9sident pour le Conseil consultatif, qu\u2019il a recompos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois depuis son investiture officielle en ao\u00fbt 2005. Il y a fait entrer quatre-vingt-un nouveaux membres, tout en y maintenant les soixante-neuf anciens membres. Le changement a \u00e9galement touch\u00e9 le Conseil des ul\u00e9mas (Ha\u00efat kibar al-\u2018oulama\u2019) qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9largi \u00e0 vingt membres repr\u00e9sentant toutes les \u00e9coles juridiques sunnites, \u00e0 l\u2019exception notable de l\u2019\u00e9cole chiite jaafarite, dont les adeptes forment pas moins de 10 % de la population du royaume.<\/p>\n<p>Le roi Abdallah a proc\u00e9d\u00e9, dans la foul\u00e9e, \u00e0 la nomination de quatre nouveaux ministres \u00e0 la Sant\u00e9, la Justice, la Communication (confi\u00e9e \u00e0 Abdelaziz al-Khoja, ancien ambassadeur au Liban) et \u00e0 l\u2019\u00c9ducation (confi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9mir Fay\u00e7al Bin Abdalla Bin Mohammad, gendre du roi). Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire du royaume, un poste minist\u00e9riel est confi\u00e9 \u00e0 une femme, Noura al-Fa\u00efz qui se voit nomm\u00e9e secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat pour l\u2019\u00c9ducation des filles.<\/p>\n<p>Alors que les optimistes voient dans ces d\u00e9cisions une preuve de la volont\u00e9 r\u00e9formatrice du roi, qualifiant les nouveaux ministres de n\u00e9o-r\u00e9formateurs, certains n\u2019y voient que le signe de l\u2019affermissement de la poigne du roi sur l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, d\u00e9crivant plut\u00f4t les ministres comme les \u00ab nouveaux hommes du roi \u00bb. L\u2019hypoth\u00e8se est cr\u00e9dible, si l\u2019on prend en compte les autres d\u00e9cisions royales : remplacement du pr\u00e9sident du Haut Conseil de la magistrature du pr\u00e9sident du Comit\u00e9 la promotion de la vertu et la pr\u00e9vention du vice, plus connu sous le nom de Moutawa\u2019, ou police religieuse charg\u00e9e d\u2019appliquer avec rigueur la charia islamique dans la vie publique, remplacement du pr\u00e9sident de l\u2019Organisation gouvernementale des droits de l\u2019homme. Celle-ci avait critiqu\u00e9 ouvertement dans son dernier rapport annuel certaines pratiques du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur (ce qui \u00e9quivaut \u00e0 critiquer personnellement l\u2019\u00e9mir Nayef en sa qualit\u00e9 de ministre de l\u2019Int\u00e9rieur) et les d\u00e9rives du comit\u00e9 de la police religieuse, notamment en ce qui concerne les arrestations arbitraires, les contr\u00f4les sans motif des lieux priv\u00e9s, l\u2019interpellations des femmes non accompagn\u00e9es par des tuteurs, de fait de contraindre les interpell\u00e9s \u00e0 signer des proc\u00e8s-verbaux sans les lire, et l\u2019utilisation de voitures priv\u00e9es pour transf\u00e9rer les personnes arr\u00eat\u00e9es aux centres d\u2019interrogation des Moutawa\u2019. <\/p>\n<p>Les d\u00e9cisions du roi sont loin de passer comme une lettre \u00e0 la poste. Elles rencontrent une opposition, voire une r\u00e9sistance, farouche de la part de ceux qui s\u2019estiment vis\u00e9s. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas \u00e0 M\u00e9dine, quand des affrontements violents ont \u00e9clat\u00e9 dans le cimeti\u00e8re de Bouqay\u2019 entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Moutawa\u2019 et les salafistes extr\u00e9mistes, et, de l\u2019autre, un groupe de visiteurs chiites se rendant dans ce haut lieu de l\u2019islam datant de l\u2019\u00e9poque du Proph\u00e8te et o\u00f9 un grand nombre de figures embl\u00e9matiques du chiisme furent enterr\u00e9es. \u00c0 en croire la police religieuse, les visiteurs chiites \u00e9taient plus de 5 000 et seraient venus pour d\u00e9terrer les tombes des compagnons sunnites (sahaba) du Proph\u00e8te ! Plusieurs centaines de chiites ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es. <\/p>\n<p>Pour certains, les Moutawa\u2019 auraient surdramatis\u00e9 l\u2019incident pour souligner que leur pouvoir n\u2019avait pas faibli et que les critiques \u00e0 leur \u00e9gard ne les emp\u00eachaient pas de s\u00e9vir pour \u00ab d\u00e9fendre la doctrine sunnite s\u00e9rieusement menac\u00e9e par les chiites \u00bb (sic).<\/p>\n<p>La gravit\u00e9 de la situation n\u2019emp\u00eache pas les Saoudiens de se raconter avec humour ce sc\u00e9nario concernant le futur prince h\u00e9ritier : si tous les sujets du royaume pouvaient voter, ils choisiraient Bandar Bin Abdelaziz, un prince ermite qui fuit les projecteurs. Si le droit de vote est monopolis\u00e9 par les seuls descendants de la dynastie Saoud, c\u2019est Salman qui en sortirait vainqueur. Quant au prince Nayef, il n\u2019aurait que sa propre voix. Ce n\u2019est pas le cas du prince Sultan, qui obtiendrait toutes les voix qu\u2019il pourrait acheter\u2026<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019anecdote, constatons que la marge de man\u0153uvre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la dynastie est conditionn\u00e9e par les faits suivants : le fondateur du royaume, Ibn Saoud, a \u00e9pous\u00e9 vingt-deux \u00e9pouses qui lui ont donn\u00e9 plus de cinquante fils dont trente-cinq sont encore en vie. Le syst\u00e8me de succession a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 historiquement, jusqu\u2019ici, sur un \u00e9quilibre d\u00e9licat entre le pouvoir des tribus, le pouvoir juridique islamique et celui de la famille royale. Celle-ci compte aujourd\u2019hui pas moins de 30 000 princes dans un pays assis sur le quart des r\u00e9serves mondiales prouv\u00e9s de p\u00e9trole.<\/p>\n<p>s.hadidi@libertysurf.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvel \u00e9pisode dans la guerre de succession: tout en faisant croire que celle-ci est plus ouverte, et qu\u2019il se pose en vrai r\u00e9formateur du royaume, Abdallah viserait en fait l\u2019isolement du clan des Sudeiri et le raffermissement de son pouvoir. Ce que tend \u00e0 confirmer la nomination des nouveaux ministres. 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