{"id":124874,"date":"2009-03-13T10:28:43","date_gmt":"2009-03-13T09:28:43","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/limamat-et-la-marjayya-chez-les-chiites\/"},"modified":"2024-01-23T02:09:39","modified_gmt":"2024-01-23T01:09:39","slug":"limamat-et-la-marjayya-chez-les-chiites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/limamat-et-la-marjayya-chez-les-chiites\/","title":{"rendered":"L\u2019Imamat et la \u00ab Marja&rsquo;yya \u00bb chez les chiites"},"content":{"rendered":"<p>Chez les chiites, la question de l\u2019imamat, c\u2019est-\u00e0-dire du gouvernement de la \u00ab Oumma \u00bb, rel\u00e8ve de la doctrine. \u00ab<em> Ce n\u2019est pas une question de \u00ab\u00a0fiqh\u00a0\u00bb (jurisprudence), mais de \u00ab kalam \u00bb (th\u00e9ologie), c\u2019est-\u00e0-dire de dogme, de doctrine<\/em> , souligne M. Saoud el-Mawla, qui pr\u00e9cise que chez les musulmans, il y a trois fondements (<em>Ousoul<\/em>) \u00e0 la religion: Unicit\u00e9 de Dieu (<em>Tawhid<\/em>), la croyance en la proph\u00e9tie de Mohammad et de tous les Proph\u00e8tes, ainsi que les Livres Saints et les Anges (<em>Nubuwwa<\/em>), et la croyance au jour dernier(<em>Ma&rsquo;ad<\/em>). Les chiites ont ajout\u00e9 l\u2019Imamat et la Justice Divine. Il s\u2019agit donc l\u00e0 d\u2019une question essentielle. Les chiites imamites, duod\u00e9cimains, croient  qu\u2019il y a douze imams qui sont infaillibles, \u00e0 l\u2019instar du Proph\u00e8te Mohammad et de sa fille Fatima. Sans ces quatorzes infaillibles, nomm\u00e9s par Dieu, il n\u2019y a pas de religion selon le chiisme. <\/p>\n<p>Avec l\u2019occultation du douzi\u00e8me imam, l\u2019imam Mahdi, il y a eu une p\u00e9riode de confusion, de perdition, chez les chiites, car ils croyaient qu\u2019il y aurait toujours un imam. Durant cette p\u00e9riode de perdition, ils ont \u00e9labor\u00e9 la notion de \u00ab<em>marja\u2019yya<\/em> \u00bb (autorit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence), en se basant sur les \u00ab <em>hadiths<\/em> \u00bb des imams.   <\/p>\n<p>Cette notion de \u00ab<em>marja\u2019yaa<\/em>\u00bb est d\u2019abord apparue avec la premi\u00e8re (ou petite) occultation, la \u00ab <em>ghayba el-soughra<\/em> \u00bb, car durant cette p\u00e9riode, il y a eu quatre vices imam (d\u00e9put\u00e9s). C\u2019\u00e9taient eux la r\u00e9f\u00e9rence pour les chiites, lesquels leur payaient le \u00ab <em>khoms<\/em> \u00bb (le cinqui\u00e8me de ce qui abonde, ie. ce qui reste apres calcul des depenses utiles, des profits annuels de la personne qui doit \u00eatre vers\u00e9 \u00e0 l\u2019imam). C\u2019est par le biais de ces d\u00e9put\u00e9s qu\u2019ils envoyaient des lettres \u00e0 l\u2019imam Mahdi de qui ils recevaient ainsi des commandements. Cela a instaur\u00e9 chez les chiites la position du \u00ab <em>marja&rsquo;a<\/em> \u00bb et la fonction du \u00ab<em>khoms<\/em> \u00bb. La \u00ab <em>marja&rsquo;yya<\/em> \u00bb s\u2019est \u00e9tablie  d\u00e9finitivement  apr\u00e8s  la grande occultation, ou la grande \u00ab <em>ghayba<\/em> \u00bb, car il \u00e9tait alors acquis que l\u2019Imam Mahdi \u00e9tait occult\u00e9 et qu\u2019il ne reviendrait qu&rsquo;\u00e0 la fin des temps. <\/p>\n<p><em>\u00ab Des \u00ab hadiths \u00bb de l\u2019Imam Mahdi et de l\u2019Imam el-Sadek ont \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9s pour souligner que les chiites doivent se r\u00e9f\u00e9rer dans leurs affaires aux ul\u00e9mas savants, pieux et qui connaissent nos \u00ab hadiths \u00bb et nos jugements \u00bb,<\/em> ajoute Saoud el-Mawla. <em>De l\u00e0 est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e que le \u00ab marja&rsquo;a \u00bb doit \u00eatre  le plus savant, le plus juste et le plus pieux des dignitaires religieux de son temps. Ceci a \u00e9tabli aussi une s\u00e9paration nette entre l\u2019\u00e9tat et la religion. L\u2019\u00e9tat usurpateur, injuste, ill\u00e9gitime, car ne relevant pas de l\u2019imam (occult\u00e9 maintenant) ne pouvait pas \u00eatre un \u00e9tat islamique.Mais l\u2019existence d\u2019un Etat, m\u00eame injuste, usurpateur, est une n\u00e9cessit\u00e9 pour la soci\u00e9t\u00e9 et la vie, et les chiites r\u00e9p\u00e9tent ici les paroles de l\u2019imam Ali. En conclusion disons que durant la Ghayba du Mahdi, les chiites suivent leur marja&rsquo;a en affaire de religion et de l\u00e9gislation du statut personnel.et s\u2019inscrivent dans le courant g\u00e9n\u00e9ral de leur soci\u00e9t\u00e9 (la Oumma) en affaire de gouvernement et de politique.. On retrouve ce sens avec Moussa Sadr, Mohammad Mahdi Shamseddin.et aujourd\u2019hui en Iraq avec ayatollah Sistani et ayatollah Mohammad Sa\u00efd Hakim.<\/em><\/p>\n<h2>La  \u00ab Takia \u00bb<\/h2>\n<p>La p\u00e9riode durant laquelle les chiites attendaient le \u00ab mahdi \u00bb \u00e9tait appel\u00e9e  la \u00ab p\u00e9riode de l\u2019attente \u00bb (Intizar). Toute leur vie, les chiites doivent attendre le retour du \u00ab Mahdi \u00bb. Durant cette attente est n\u00e9 le concept de la \u00ab takia \u00bb, qui signifie aujourd\u2019hui cacher ses convictions ou les simuler. <\/p>\n<p>\u00ab Beaucoup de chiites ont mal compris le concept de \u00ab takia \u00bb. L\u2019Imam <em>Mohammad Mahdi Shamseddine m\u2019avait dit que le mot \u00ab takia \u00bb vient du mot \u00ab takwa \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pi\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la peur de Dieu<\/em>, indique Saoud el-Mawla. <em>Pour l\u2019Imam Shamseddine et pour de nombreux ul\u00e9mas, et ils utilisaient \u00e0 l\u2019appui de leur th\u00e8se tous les \u00ab hadiths \u00bb des douze imams, la \u00ab takia \u00bb signifie faire partie de la soci\u00e9t\u00e9, ne pas se distinguer des autres, mais pas dans le sens de l\u2019hypocrisie ou de l\u2019attitude visant \u00e0 cacher ses convictions. La \u00ab takia \u00bb signifie donc s\u2019int\u00e9grer totalement dans la vie politique et sociale. Mais pour d\u2019autres ul\u00e9mas, la takia signifie mentir, cacher ses convictions pour qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, lorsqu\u2019on est fort, on puisse renverser la situation \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Pour les chiites, tout gouvernement est un gouvernement usurpateur, injuste, \u00e0 l\u2019exception du gouvernement qui va \u00eatre instaur\u00e9 par l\u2019Imam el-Mahdi,<\/em> ajoute Saoud el-Mawla. <em>C\u2019est lui seul qui peut annoncer le jihad, instaurer le gouvernement juste, le gouvernement de la justice divine. D\u2019ici l\u00e0, on est dans l\u2019attente, on pratique la \u00ab takia \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on ne doit pas travailler pour instaurer un gouvernement islamique, mais travailler pour reformer les gouvernements existants. Telle \u00e9tait la position des Imams, depuis l\u2019imam Ali, et jusqu\u2019au douzi\u00e8me imam, position reprise par les fouqaha, les ul\u00e9mas musulmans, les marjaa \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>Cela ne signifiait pas pour autant qu\u2019il ne fallait pas participer \u00e0 des r\u00e9volutions, \u00e0 la vie politique, \u00e0 des protestations, \u00e0 des mouvements en faveur de r\u00e9formes, poursuit-il. Preuve en est l\u2019\u00e9mergence de plusieurs Etats \u00ab chiites \u00bb, tels que le gouvernement Bouweihy (une famille chiite) \u00e0 Bagdad du temps des Abbasides (8e- 9e si\u00e8cle),ainsi que plusieurs autres gouvernements et \u00e9tats chiites durant les 8,9,10 et 11eme si\u00e8cle, ou les r\u00e9volutions populaires qui ont jalonn\u00e9s l\u2019histoire de l\u2019islam,ou la pratique politique des Imams avec tous les gouvernements Omeyyade, Abbaside et autres \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Beaucoup d\u2019indications tendent \u00e0 confirmer que la \u00ab takia \u00bb ne voulait  pas dire se d\u00e9sint\u00e9resser totalement de la chose publique, sans pour autant former un gouvernement islamique, car seul le Mahdi peut former un tel gouvernement car il est infaillible, il est nomm\u00e9 par Dieu, et les humains ne peuvent pas accomplir la justice divine<\/em> \u00bb, conclut Saoud el-Mawla. <\/p>\n<h2>L\u2019empire  Safavide  v\/s  l\u2019empire  Ottoman<\/h2>\n<p>La notion selon laquelle seul le Mahdi \u00e9tait habilit\u00e9 \u00e0 former un gouvernement islamique a \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e avec l\u2019\u00e9mergence en 1501 de l\u2019empire safavide, mis en place par la famille safavide, qui \u00e9tait une famille soufie des tribus turkm\u00e8nes, sunnite, hanafite, comme tous les Turcs, mais avec des vis\u00e9es nationalistes.<\/p>\n<p><em>\u00ab Lorsque les Safavides ont commenc\u00e9 \u00e0 instaurer leur empire, ils sont entr\u00e9s  en conflit avec les ottomans qui sont eux aussi sunnites et hanafites<\/em>, souligne Saoud el-Mawla. <em>Les Safavides ont choisi d\u2019adopter le chiisme duod\u00e9cimain. Ils constituaient une secte soufie tr\u00e8s proche des kazelbache, des bekdachi turcs, et ils croyaient en Ali et les Imams. C\u2019\u00e9tait donc facile pour eux d\u2019op\u00e9rer ce changement vers le chiisme. Ces Safavide \u00e9taient comme les alaouites de Turquie. Pour eux, la priorit\u00e9 allait \u00e0 l\u2019ethnie, \u00e0 l\u2019identit\u00e9, au pouvoir. Ils ont donc b\u00e2ti toute leur conception du pouvoir sur une identit\u00e9 chiite propre \u00e0 eux \u00bb.<\/em>  <\/p>\n<p>Le grand chah Isma\u00ebl affirmait devant ses conseillers et \u00e9mirs qu\u2019il avait rencontr\u00e9 le Mahdi dans une caverne et que celui-ci lui avait donn\u00e9 son \u00e9p\u00e9e et son cheval (signes de pouvoir terrestre et de jihad). Il estimait ainsi \u00eatre le d\u00e9positaire des pouvoirs du Mahdi, puisqu\u2019il avait re\u00e7u son cheval et son \u00e9p\u00e9e, donc sa force et son pouvoir. Il affirmait aussi avoir vu l\u2019Imam Ali dans un r\u00eave et qu\u2019il lui avait dit qu\u2019il devait mener campagne. Mais il avait besoin de la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00ab marjaa \u00bb, des \u00ab fouqaha \u00bb, des ul\u00e9mas, surtout ceux de Jabal Amel. Il a donc fait venir les ul\u00e9mas de Jabal Amel pour leur demander de lui donner la l\u00e9gitimit\u00e9 et reconna\u00eetre qu\u2019il est le rempla\u00e7ant du Mahdi, soulignant qu\u2019il instaurait son empire au nom du Mahdi. Cela a d\u00e9bouch\u00e9 sur quelque chose qu\u2019on appelle la \u00ab niyaba royale\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9putation sp\u00e9cifique revenant aux sultans Safavides. <\/p>\n<p>Le chah Tahm\u00e2sp a ainsi nomm\u00e9 le faqih, un Libanais de Jabal Amel. Mais les \u00ab fouqaha \u00bb de Jabal Amel n\u2019ont pas accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e selon laquelle le chah \u00e9tait le rempla\u00e7ant (ou le d\u00e9put\u00e9) de l\u2019imam Mahdi. Il n\u2019en demeure pas moins que les Safavides ont quand m\u00eame instaur\u00e9 leur gouvernement qui est devenu un gouvernement chiite divin, c\u2019est-\u00e0-dire qui a la b\u00e9n\u00e9diction du Mahdi. <\/p>\n<p><em>\u00ab La crise entre sunnites et chiites date surtout de cette p\u00e9riode, la p\u00e9riode de l\u2019exacerbation des tensions entre l\u2019empire ottoman et l\u2019empire safavide.  Bagdad \u00e9tait le champ de batailles entre les deux camps. Les Safavides ont donc instaur\u00e9 un empire sacr\u00e9 au sein duquel le chah \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le rempla\u00e7ant du Mahdi \u00bb,<\/em> souligne Saoud el-Mawla. Ils ont fait introduire dans le chiisme beaucoup de pratiques qui n\u2019existaient pas, comme l\u2019indique Ali Chari\u2019ati dans un livre important sur \u00ab le chiisme alaouite et le chiisme safavide \u00bb (alaouite ici en rapport avec Ali et non pas \u00e0 la secte au pouvoir en Syrie). <\/p>\n<p>Les Safavides affirmaient que l\u2019Imam Hussein s\u2019est mari\u00e9 avec Shahrabano, la fille du dernier shah perse (yazdagerd). Donc la lign\u00e9e des Imams n\u2019\u00e9tait pas uniquement une lign\u00e9e sacr\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re Hussein, mais aussi du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re. Ils ont introduit ainsi l\u2019id\u00e9e selon laquelle la famille sacr\u00e9e \u00e9tait en m\u00eame temps royale et divine, ce qui est historiquement faux. <\/p>\n<p><em>\u00ab Les pratiques sanglantes et th\u00e9\u00e2trales de la Achoura ont aussi \u00e9t\u00e9 introduites par les Safavides<\/em>, pr\u00e9cise Saoud el-Mawla. <em>M\u00eame au Jabal Amel, cela a \u00e9t\u00e9 introduit en 1912 par des r\u00e9fugies iraniens \u00e0 Nabatiyyeh, dans le but de faire l\u2019identit\u00e9 chiite ind\u00e9pendante face aux Ottomans sunnites. On peut citer ici cette anecdote mentionn\u00e9e par Chari\u2019ati (et par tous les livres \u00e9crits par des voyageurs europ\u00e9ens au XVIe, XVIIe, XVIIIe si\u00e8cles en Iran) : dans le th\u00e9\u00e2tre de Achoura, ils introduisent un chr\u00e9tien qui se passionne pour Hussein et le d\u00e9fend, alors que le sunnite le tue\u2026Les Safavides ont introduits aussi la v\u00e9n\u00e9ration de Abu-Lou&rsquo;lou&rsquo;a , un perse qui a tu\u00e9 le calife Omar, son mausol\u00e9e est sacr\u00e9 et visit\u00e9 par des foules \u00e0 Qom\u2026Omar \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;arm\u00e9e qui a conquis la perse..On comprend bien ici le sentiment nationaliste perse tr\u00e8s violent\u00bb.<\/em><\/p>\n<h2>Les premiers d\u00e9bats sur la \u00ab wilayat el-faqih \u00bb<\/h2>\n<p>C\u2019est  durant la p\u00e9riode de la \u00ab niyaba royale \u00bb de l\u2019Iman, ou la \u00ab d\u00e9putation sp\u00e9cifique \u00bb safavide des chahs, cautionn\u00e9e par des faqihs, que l\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 discuter des pouvoirs du faqih, indique Saoud el-Mawla. Le d\u00e9bat a port\u00e9 alors sur la \u00ab wilayat \u00bb du faqih, sur le fait de savoir  quels  devraient  \u00eatre  les wilayat du faqih, c\u2019est-\u00e0-dire sur quoi il devrait avoir un pouvoir, quel est son dominion(en anglais), car pour les chiites, pendant la p\u00e9riode de la \u00ab ghayba \u00bb ou de l\u2019occultation, m\u00eame le \u00ab khoms \u00bb, m\u00eame la pri\u00e8re du vendredi, sont en principe interdits, car cela doit \u00eatre fait uniquement sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Imam el-Mahdi, car lui seul est Juste, Infaillible et Divin. <\/p>\n<p>Mais m\u00eame avant cette \u00e9poque, les fuqahas avaient commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9largir un peu le domaine de la \u00ab wilayat \u00bb du faqih, en ce sens qu\u2019ils ont consid\u00e9r\u00e9 que le faqih pouvait recevoir le \u00ab khoms \u00bb. Mais pendant des g\u00e9n\u00e9rations, ils conservaient ce \u00ab khoms \u00bb et ils le cachaient en attendant le \u00ab Mahdi \u00bb, car cet argent devait \u00eatre  remis uniquement au \u00ab Mahdi \u00bb. La pri\u00e8re du vendredi \u00e9tait interdite. Quelques faqih ont cependant affirm\u00e9 qu\u2019ils pouvaient la faire dans certains cas. Mais plus important encore, le \u00ab jihad \u00bb \u00e9tait interdit, de m\u00eame que les \u00ab houdoud \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les l\u00e9gislations et sanctions violentes, ainsi que l\u2019utilisation de la violence pour commander le bien et interdire le mal. Cela est un devoir islamique mais il ne doit \u00eatre accompli que sous l\u2019autorit\u00e9 du \u00ab Mahdi \u00bb. Donc avec le faqih, on n\u2019a pas en principe autorit\u00e9 d\u2019utiliser la force pour commander le bien et interdire le mal.<\/p>\n<p>Toutes les discussions sur la wilayat el-faqih datent de la p\u00e9riode safavide, du XVIe jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, date de l\u2019av\u00e8nement de l\u2019empire Kadjarite, qui eux aussi ont utilis\u00e9 cette wilayat. Pourtant, un seul faqih, Ahmed Mahdi Naraqi (fin du XVIIIe si\u00e8cle) a \u00e9largi le pouvoir du faqih, en affirmant que le faqih peut instaurer un gouvernement islamique et que sa wilayat peut \u00eatre absolue. Il se basait \u00e0 cet \u00e9gard  uniquement sur deux \u00ab hadiths \u00bb qui ne donnent pas cette id\u00e9e : ceux de l\u2019Imam el-Sadek et de l\u2019Imam Mahdi, lequel aurait transmis une lettre \u00e9crite disant que pendant son absence les chiites devaient s\u2019en r\u00e9f\u00e9rer aux ul\u00e9mas. <\/p>\n<h2>Moussa Sadr et Mohammad Mahdi Shamseddine<\/h2>\n<h2>Dans la tourmente de la \u00ab marja\u00efya \u00bb iranienne<\/h2>\n<p>En 1906, l\u2019Iran a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une grande r\u00e9volution, la r\u00e9volution de la Constitution. Les iraniens ont particip\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9volution pour tenter d\u2019instaurer une royaut\u00e9 constitutionnelle de mani\u00e8re \u00e0 contr\u00f4ler le pouvoir par le biais de la Constitution, via le Parlement et un gouvernement parlementaire et constitutionnel. Tous les \u00ab <em>foqaha<\/em> \u00bb, tous les ul\u00e9mas du Najaf ont publi\u00e9 alors des <em>fatwa<\/em> soutenant la r\u00e9volution de la Constitution iranienne (appel\u00e9e <em>Mashrouta<\/em>). Le grand \u00ab <em>marjaa<\/em> \u00bb el-Na\u00efni a publi\u00e9 un livre tr\u00e8s connu sur le gouvernement constitutionnel d\u00e9mocratique. <\/p>\n<p>Cette r\u00e9volte a toutefois \u00e9chou\u00e9 et \u00e0 la suite de quoi, le Chah a r\u00e9tabli le despotisme. Soutenu par des Ul\u00e9mas anti-constitution (on les appelle la <em>Mustabidda<\/em>), il a estim\u00e9 qu\u2019il fallait instaurer une \u00ab <em>hawza<\/em> \u00bb (\u00e9cole religieuse) \u00e0 Qom pour faire face \u00e0 la \u00ab hawza \u00bb de Najaf qui \u00e9tait la r\u00e9f\u00e9rence des constitutionnels iraniens. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le pouvoir des Pahlavis fut instaur\u00e9. Le Chah Pahlavis a pris le pouvoir avec le soutien des Britanniques. Les Pahlavis \u00e9taient contre la \u00ab hawza \u00bb et contre les religieux. C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode de l\u2019occidentalisation et de la la\u00efcisation par en haut, comme en Turquie et en Afghanistan. C\u2019est alors qu\u2019a commenc\u00e9 la p\u00e9riode du conflit avec les religieux. Ce fut donc la p\u00e9riode de la pers\u00e9cution des religieux de Qom jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volte de 1963. <\/p>\n<p>Pendant cette p\u00e9riode, les ul\u00e9mas de Najaf ont particip\u00e9 \u00e0 la vie politique de l\u2019Irak, notamment lors de la r\u00e9volte de 1915 contre les Britanniques, jusqu\u2019\u00e0 la grande r\u00e9volte de Najaf de 1920, sans compter l\u2019instauration du gouvernement du roi Fay\u00e7al auquel les chiites furent associ\u00e9s. Le grand Imam de l\u2019Irak \u00e0 l\u2019\u00e9poque des rois hach\u00e9mites, puis des coups d\u2019\u00e9tat, \u00e9tait Mohsen el-Hakim. <em>\u00abC\u2019est lui qui a envoy\u00e9 Moussa Sadr puis Mohammad Mahdi Shamseddine au Liban<\/em>, indique Saoud el-Mawla. <em>En 1963, \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 Mohsen el-Hakim \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e \u00e0 Najaf, le grand \u00ab marjaa\u00bb des chiites de Qom \u00e9tait  le grand Imam iranien Broujerdi. Khomeyni n\u2019\u00e9tait pas alors un \u00ab marjaa \u00bb. En 1963, lorsqu\u2019\u00e9clata  la grande  r\u00e9volte, Khomeyni  fut  exil\u00e9 par le Chah qui voulait l\u2019emprisonner ou m\u00eame le tuer, mais les \u00ab marjaa \u00bb de Qom \u00e0 cette \u00e9poque  ont tenu, en pr\u00e9sence de Broujerdi  et  Chariaat Madari, les grands \u00ab marjaa \u00bb de l\u2019\u00e9poque, une r\u00e9union avec les \u00ab marjaa \u00bb de Najaf, comme Mohsen el-Hakim. Les repr\u00e9sentants des deux \u00e9coles ont publi\u00e9 un communiqu\u00e9 affirmant que Khomeyni est un \u00ab marjaa \u00bb, dans le but de le prot\u00e9ger. Il a donc \u00e9t\u00e9 exil\u00e9 \u00e0 Najaf, au d\u00e9but de 64 \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>De 1964 \u00e0 1969, Khomeyni a donn\u00e9 des cours \u00e0 Najaf. Son livre \u00ab<em>al-houkouma el-islamiya<\/em>\u00bb (\u00ab le gouvernement islamique \u00bb) ou \u00ab<em>wilayat el-faqih<\/em>\u00bb, publi\u00e9 en 1979,  est un recueil des cours qu\u2019il a donn\u00e9s en 1969 \u00e0 Najaf. <\/p>\n<p>\u00ab <em>A cette p\u00e9riode<\/em>, souligne Saoud el-Mawla, <em>entre 1964 et 1969, Mohsen el-Hakim, et avec lui la famille el-Hakim, ainsi que Moussa Sadr et Mohammad Mahdi Shamseddine pratiquaient une politique plut\u00f4t d\u00e9mocratique, se basant sur le fait qu\u2019il faut \u0153uvrer \u00e0 b\u00e2tir la soci\u00e9t\u00e9 chiite, \u00e0 int\u00e9grer les chiites dans leur pays respectif, sous le slogan de la justice \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>En 1958 est apparu le parti \u00ab al-Da&rsquo;wa \u00bb. Tous les ul\u00e9mas de cette \u00e9poque ont particip\u00e9 \u00e0 la formation du parti \u00ab al-Da&rsquo;wa \u00bb, mais deux ans plus tard, en 1960-1961, Mohsen el-Hakim a rendu publique  une \u00ab fatwa \u00bb recommandant de quitter le parti car il estimait que c\u2019\u00e9tait une copie chiite du parti des Fr\u00e8res musulmans. En effet, tous les \u00e9crits de Sayyed Qotob \u00e9taient diffus\u00e9s et discut\u00e9s  \u00e0 Najaf, dont le concept de \u00ab hakimiyya \u00bb, introduit par Sayyed Qotob et le Pakistanais Mawdoudi, et selon lequel le pouvoir retourne \u00e0 Dieu, et donc les repr\u00e9sentants de Dieu doivent prendre le pouvoir. Pour Sayyed Qotob, c\u2019\u00e9tait l\u2019avant-garde islamique qui devait prendre le pouvoir ; pour Khomeyni, c\u2019\u00e9taient les \u00ab fouqaha \u00bb. <\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de \u00ab hakimiyya \u00bb s\u2019est traduite ainsi par l\u2019id\u00e9e de wilayat el-faqih. Le faqih tient le pouvoir divin de l\u2019Imam Mahdi, donc c\u2019est lui qui est seul capable d\u2019instaurer un gouvernement islamique. Sayyed Qotob et Mawdoudi parlaient d\u2019une avant-garde islamique et de Fr\u00e8res musulmans qui devaient instaurer un gouvernement islamique. Comme Khomeyni \u00e9tait chiite, il disait que dans la khilafa (ou succession du Proph\u00e8te), les Imams \u00e9taient  les plus aptes et devaient assurer la khilafa (la rel\u00e8ve) et apr\u00e8s eux, par cons\u00e9quent, c\u2019\u00e9taient les \u00ab fouqaha \u00bb qui \u00e9taient les descendants de ces Imams. <\/p>\n<p>La conception de wilayat el-faqih est donc d\u2019instaurer un pouvoir o\u00f9 le faqih est un gouverneur absolu. Il tient tous les pouvoirs de l\u2019Etat, et c\u2019est lui qui l\u00e9gitimise les pouvoirs, y compris le pouvoir l\u00e9gislatif, le pouvoir ex\u00e9cutif et le pouvoir judiciaire. Il peut d\u00e9clarer le jihad, avoir recours \u00e0 la violence. Ils ont dons donn\u00e9 au faqih tous les pouvoirs qui \u00e9taient du ressort de l\u2019Imam occult\u00e9, infaillible. Pour comprendre cette \u00e9volution, il faut prendre en consid\u00e9ration deux id\u00e9es : l\u2019une est l\u2019importance et l\u2019influence des id\u00e9es sunnites de Mawdoudi et Sayyed Qotob; et la seconde est la r\u00e9volte populaire en Iran, avec la chute du r\u00e9gime du Chah. <\/p>\n<p>Dans ce cadre, il serait utile de faire un bref rappel historique. <em>\u00ab Tous les faqih musulmans chiites contemporains, dont notamment Mohsen el-Hakim, el-Kho\u00ef, Sistani, Moussa sadr, Mohammad Mahdi Shamseddine, \u00e9taient contre la wilayat el-faqih, pr\u00e9cise Saoud el-Mawla. Ils ont introduit la notion de wilayat el-oumma, c\u2019est-\u00e0-dire que pendant la periode d\u2019attente du retour du Mahdi, les gens ont la Wilaya sur leur vie ici-bas, et que le pouvoir devrait revenir au peuple, \u00e0 la nation, par le biais d\u2019\u00e9lections d\u00e9mocratiques. Ils disaient exactement cela : durant la p\u00e9riode de la ghayba, ou l\u2019attente de l\u2019Imam, la participation \u00e0 la vie nationale et politique devrait se faire par le biais des \u00e9lections, ce qui signifie que l\u2019on mandate celui qui est choisi par les \u00e9lecteurs. Par contre, dans la wilayat el-faqih, le mandat vient de l\u2019Imam Mahdi. C\u2019est donc le Mahdi qui a mandat\u00e9 le faqih \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire de la r\u00e9volution islamique, entre 1979 et 1981, il y a eu une grande alliance. Il y avait notamment le mouvement d\u00e9mocratique islamique, dont l\u2019Imam Moussa Sadr faisait partie ; ce mouvement s\u2019appelait le \u00ab mouvement de lib\u00e9ration de l\u2019Iran \u00bb, dirig\u00e9 par Mahdi Bazerkan et Ibrahim Yazdi, et dont Ali Chariaati faisait partie, ainsi que l\u2019ayatollah Taliqani. C\u2019\u00e9tait un mouvement islamique d\u00e9mocratique. <\/p>\n<p>Bazerkan a \u00e9t\u00e9 le Premier ministre de la nouvelle R\u00e9publique islamique. Apr\u00e8s lui est venu le pr\u00e9sident Banisadr qui \u00e9tait d\u2019une autre tendance, qui s\u2019appelait le Front national, lequel est \u00e9galement islamique d\u00e9mocratique, datant de l\u2019\u00e9poque de Mousaddak. <\/p>\n<p><em>\u00ab Khomeyni a fait un coup d\u2019\u00e9tat au sein de la R\u00e9volution islamique, \u00e0 l\u2019instar  de ce qui s\u2019est produit apr\u00e8s la mort de Khomeyni avec Khamen\u00e9\u00ef, lorsqu\u2019il y a eu un coup d\u2019\u00e9tat contre Mountazari<\/em>, souligne Saoud el-Mawla.<em> Entre 1979 et 1981, on se trouvait en Iran en pr\u00e9sence de toutes ces forces islamiques d\u00e9mocratiques, les forces islamiques r\u00e9volutionnaires, comme les Moujahidine Khalek, les forces marxistes, comme les fedayine Khalek, le Toudeh(parti communiste)etc&#8230; A l\u2019ombre de ce tableau, des r\u00e9f\u00e9rendums ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s sur la Constitution. La premi\u00e8re Constitution qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite ne mentionnait rien sur la wilayat el-faqih. Puis un grand d\u00e9bat sur le terme  d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 afin d\u2019adopter la mention islamique d\u00e9mocratique. Mais c\u2019est le terme de R\u00e9publique islamique qui a \u00e9t\u00e9 en d\u00e9finitive adopt\u00e9. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il y a eu \u00e0 cette \u00e9poque  un d\u00e9bat sur le terme \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb, surtout de la part de Mahdi Bazerkan, Yazdi et le mouvement de lib\u00e9ration nationale. Il y a eu conflit sur ce plan \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Et Saoud el-Mawla d\u2019ajouter : <em>\u00abDans les ann\u00e9es 75-78, il y a eu un grand conflit entre Khomeyni et Moussa Sadr. Khomeyni \u00e9tait \u00e0 Najaf et Moussa Sadr au Liban. Hachemi Rafsandjani est venu en 1975 au Liban sp\u00e9cialement pour essayer d\u2019entreprendre une mission de conciliation entre les deux. Le conflit portait sur la \u00ab marja\u00efya \u00bb<\/em> de Mohsen el-Hakim. Moussa Sadr soutenait que le \u00ab marjaa \u00bb \u00e9tait Mohsen el-Hakim \u00e0 Najaf, et apr\u00e8s Mosen el-Hakim venait l\u2019Imam el-Kho\u00ef. Il n\u2019acceptait donc pas la \u00ab marjayaa \u00bb de Khomeyni \u00bb<\/em>, ni d\u2019ailleurs la Wilayat-faqih.  <\/p>\n<h2>Les premiers d\u00e9bats sur la \u00ab wilayat el-faqih \u00bb<\/h2>\n<p>C\u2019est  durant la p\u00e9riode de la \u00ab niyaba royale \u00bb de l\u2019Iman, ou la \u00ab d\u00e9putation sp\u00e9cifique \u00bb des sultans safavides (ou chahs), cautionn\u00e9e par des faqihs (pas tous), que l\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 discuter des pouvoirs du faqih, indique Saoud el-Mawla. Le d\u00e9bat a port\u00e9 alors sur le fait de savoir  quels  devraient  \u00eatre  les wilayat du faqih, c\u2019est-\u00e0-dire sur quoi il devrait avoir un pouvoir, et quels sont les limites de son pouvoir. Car pour les chiites, pendant la p\u00e9riode de la \u00ab ghayba \u00bb ou de l\u2019occultation, m\u00eame le \u00ab khoms \u00bb, m\u00eame la pri\u00e8re du vendredi, sont en principe interdits, car cela doit \u00eatre fait uniquement sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Imam el-Mahdi, car lui seul est Juste, Infaillible et Divin. <\/p>\n<p>Mais m\u00eame avant cette \u00e9poque, les fuqahas avaient commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9largir quelque peu le domaine de la \u00ab wilayat \u00bb du faqih, en ce sens qu\u2019ils ont consid\u00e9r\u00e9 que le faqih pouvait recevoir le \u00ab khoms \u00bb. Mais pendant des g\u00e9n\u00e9rations, ils conservaient ce \u00ab khoms \u00bb et ils le cachaient en attendant le \u00ab Mahdi \u00bb, car cet argent devait \u00eatre  remis uniquement au \u00ab Mahdi \u00bb. La pri\u00e8re du vendredi \u00e9tait aussi interdite chez la plupart des fuqahas. Quelques faqih ont cependant affirm\u00e9 qu\u2019ils pouvaient la faire dans certains cas. Mais plus important encore, le \u00ab jihad \u00bb \u00e9tait interdit, de m\u00eame que les \u00ab houdoud \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les l\u00e9gislations et sanctions violentes, ainsi que l\u2019utilisation de la violence pour commander le bien et interdire le mal. Cela est un devoir islamique mais il ne doit \u00eatre accompli que sous l\u2019autorit\u00e9 du \u00ab Mahdi \u00bb. Donc avec le faqih, on n\u2019a pas en principe autorit\u00e9 d\u2019utiliser la force pour commander le bien et interdire le mal, ni pour d\u00e9clencher le jihad ou pr\u00e9parer une guerre ou imposer des lois qui n\u00e9cessitent l&rsquo;utilisation de la violence de la part de l&rsquo;Etat\u2026 Bref, tout ce qui rel\u00e8ve du domaine des pouvoirs souverains de l&rsquo;Etat. <\/p>\n<p>Toutes les discussions sur la wilayat el-faqih datent de la p\u00e9riode safavide, du XVIe jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, date de l\u2019av\u00e8nement du r\u00e8gne des Kadjarites, qui eux aussi ont utilis\u00e9 cette wilayat. Pourtant, un seul faqih, Ahmed Mehdi Naraqi (fin du XVIIIe si\u00e8cle) a \u00e9largi le pouvoir du faqih, en affirmant que la wilayat du faqih peut \u00eatre absolue. Khomeiny a repris cette notion \u00e9largie pour dire que le faqih peut instaurer un gouvernement islamique. Il se basait \u00e0 cet \u00e9gard (comme Naraqi) uniquement sur deux \u00ab hadiths \u00bb qui ne donnent pas cette id\u00e9e : un hadith de l\u2019Imam Mahdi, lequel aurait transmis une lettre \u00e9crite disant que pendant son absence les chiites devaient se r\u00e9f\u00e9rer aux ul\u00e9mas, et un autre de l\u2019Imam el-Sadek disant que \u00ab\u00a0ceux parmi les shias qui connaissent nos hadiths peuvent \u00eatre les juges \u00bb (l&rsquo;imam a utilis\u00e9 le mot Hakam=juge,et non pas Hakim=gouverneur).<\/p>\n<h2>Les pr\u00e9mices du projet du Hezbollah<\/h2>\n<p><em>\u00ab Le projet Hezbollah a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir de 1978<\/em> \u00bb, souligne Saoud Mawla. En effet, le parti al-Daawa a rendu publique une fatwa dans les ann\u00e9es 75 <em>visant \u00e0 infiltrer le mouvement Amal. Tous les leaders d\u2019al-Daawa qui ont fond\u00e9 le Hezbollah \u00e9taient affili\u00e9s \u00e0 Amal en 1975, du temps de Moussa Sadr<\/em> \u00bb. Cela est mentionn\u00e9 dans le livre de l\u2019un des membres d\u2019al-Daawa, Ali el-Mou\u2019men, sur l\u2019histoire du mouvement islamique en Irak. On retrouve aussi des indications \u00e0 ce propos dans le livre de Negib Noureddine, proche de cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, sur Amal et le Hezbollah au Liban. <\/p>\n<p>\u00ab<em> Je suis personnellement au courant de ces faits du fait de mon exp\u00e9rience personnelle<\/em>, d\u00e9clare Saoud Mawla. <em>Celui qui avait transmis (au Liban) la fatwa susmentionn\u00e9e de l\u2019Irak est un des responsables d\u2019Amal et du parti al-Daawa. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les Irakiens. Lorsque le parti al-Daawa a commenc\u00e9 \u00e0 encaisser des coups durs en Irak du temps de Saddam  Hussein, les Libanais ont regagn\u00e9 le Liban, \u00e0 l\u2019instar de cheikh Sobhi Toufeyli ou sayyed Ali el-Amine. C\u2019\u00e9taient des membres du Daawa. Ils sont rentr\u00e9s au Liban \u00e0 partir de 1975. Tel est le cas aussi d\u2019un des grands leaders d\u2019al-Daawa, cheikh Ali Kourani (Libanais, l\u2019un des fondateurs du Hezbollah), et de Husein Kourani (un des chefs du hezbollah),  Abbas Mousawi, , etc. qui \u00e9taient tous membres d\u2019al-Daawa. D&rsquo;autre part, des \u00e9tudiants du Daawa (2\u00eame g\u00e9n\u00e9ration) se regroupaient \u00e0 Beyrouth sous l&rsquo;\u00e9gide de l\u00a0\u00bbUnion Islamique des \u00e9tudiants\u00a0\u00bb, dirig\u00e9e par Mohammed hussein Fadlallah: parmi eux Mahmoud Komati, Mohammed Raad, Na\u00efm Kassem, Mohammad Sa\u00efd Khansa, etc.\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Force est de relever dans ce cadre que  Sobhi Toufeyli est aujourd\u2019hui oppos\u00e9 \u00e0 la wilayat el-faqih en d\u00e9pit du fait qu\u2019il faisait partie d\u2019al-Daawa et qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des fondateurs du Hezbollah, ainsi que sayyid Ali alAmin.. Un grand conflit a \u00e9clat\u00e9 au sein d\u2019al-Daawa sur la wilayat el-faqih. Le Daawa \u00e9tait contre la wilayat el-faqih jusqu\u2019en 81. Un congr\u00e8s de ce parti s\u2019est tenu en Iran en 1981. La d\u00e9l\u00e9gation libanaise comprenait  alors Sobhi Toufeyli et Na\u00efm Kassem, notamment. Apr\u00e8s ce congr\u00e8s, le Daawa est devenu trois partis, puis quatre, et aujourd&rsquo;hui, ils sont sept partis en Iraq qui se r\u00e9clament tous de l&rsquo;h\u00e9ritage de ce parti. <\/p>\n<p>\u00ab<em> En 1979, est apparu donc un Etat (islamique), un gouvernement (islamique) central, qui s\u2019est infiltr\u00e9 dans les milieux irakiens, libanais etc.,<\/em> rappelle Saoud Mawla. <em>Des divergences ont alors \u00e9clat\u00e9 entre les ul\u00e9mas du Liban. La tendance khomeyniste est apparue au grand jour sur la sc\u00e8ne libanaise apr\u00e8s 1982 \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>\u00ab <em>Le mouvement Amal \u00e9tant ainsi un parti chiite, il fallait l\u2019infiltrer et le diriger de l\u2019int\u00e9rieur, selon la logique d\u2019al-Daawa<\/em>, souligne M. Mawla. <em>Le Daawa utilise \u00e0 cet \u00e9gard la tactique trotskyste dite de l\u2019\u00abentrisme \u00bb (infiltration). Notons  dans ce contexte  que deux des grands leaders du parti al-Daawa en Iraq \u00e9taient membres du Hezb el-Tahrir sunnite (l\u2019un d\u2019eux est un libanais de la famille Soubaiti) et deux \u00e9taient membres des Fr\u00e8res musulmans \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Moussa Sadr \u00e9tait en conflit avec le parti al-Daawa<\/em>, indique Saoud Mawla. Je me rappelle qu\u2019en 1975, lorsqu\u2019il a tenu le congr\u00e8s fondateur d\u2019Amal, et <em>lorsque le pacte d\u2019Amal a \u00e9t\u00e9 lu, il a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 que Amal se base sur l\u2019Islam. Na\u00efm Kassem s\u2019est alors  lev\u00e9 et a demand\u00e9 \u00e0 Moussa Sadr : \u00ab De quel Islam vous parlez \u00bb ? Et Moussa Sadr lui a r\u00e9pondu : \u00ab L\u2019Islam selon la conception de Moussa Sadr et non pas selon la conception du parti al-Daawa, ya cheikh Na\u00efm \u00bb. Je me rappelle de cela, \u00e7a s\u2019est pass\u00e9 en 1975 \u00bb.<\/em> <\/p>\n<h2> L\u2019\u00e9mergence d\u2019Amal islamique<\/h2>\n<p>L\u2019objectif d\u2019al-Daawa \u00e9tait donc, manifestement, d\u2019infiltrer Amal d\u00e8s cette \u00e9poque \u2026 A cette r\u00e9flexion, Saoud Mawla r\u00e9pond sans d\u00e9tours : \u00ab<em> Le parti Daawa \u00e9tait la seule organisation militante chiite organis\u00e9e selon les crit\u00e8res bolch\u00e9viques\u2026et Amal est devenu un grand mouvement  politique de masse apr\u00e8s 75. Il ne faut pas oublier en outre que l\u2019autre tendance Khomeyniste s\u2019est implant\u00e9e au Liban a partir de 1975 aussi, avec Mohammad Montazari (surnomm\u00e9 Ringo!!), Mohammad Saleh Husseini, Ali Akbar Mohtachemi, Mohsen Rafiq Doust, Jalal Farsi, et Ahmad Khomeyni etc. qui \u00e9taient dans les rangs de la r\u00e9volution palestinienne au Liban-Sud \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Etait pr\u00e9sente aussi la tendance iranienne des r\u00e9formateurs qui ont soutenu Moussa Sadr, tels Mostapha Shomran et Sadeq Qotb Zadeh (tous deux tu\u00e9s en Iran apr\u00e8s la r\u00e9volution), ajoute M. Mawla. Lorsque Amal islamique a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e en 1982, tous ces gens \u00e9taient l\u00e0,  ceux qui ont form\u00e9 le Hezbollah par la suite. Ils \u00e9taient affili\u00e9s \u00e0 Amal et faisaient partie de la R\u00e9volution palestinienne. Amal islamique a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 en juin 1982 lorsque Nabih Berry a accept\u00e9 de s\u2019asseoir \u00e0 la m\u00eame table que B\u00e9chir Gemayel et Walid Joumblatt, lors de la formation du comit\u00e9 de salut. A l\u2019\u00e9poque, la B\u00e9kaa  \u00e9tait totalement contr\u00f4l\u00e9e par les Iraniens et du fait de l\u2019invasion de 1982, il n\u2019y avait plus d\u2019Etat, ni d\u2019arm\u00e9e libanaise, et plus de Amal \u2026 \u00bb.<\/em>  <\/p>\n<p><em>\u00ab En 1985, le Hezbollah a \u00e9t\u00e9 officiellement form\u00e9<\/em>, poursuit M. Mawla. <em>Entre 82 et 85, nous avons assist\u00e9  \u00e0 la consolidation du pouvoir islamique dans la B\u00e9kaa, avec la radio, le journal, les \u2018hawza\u2019, la propagande et l\u2019encadrement r\u00e9volutionnaire des militants par les pasdarans, qui sont venus en juin 1982 et ont occup\u00e9 la caserne de l&rsquo;arm\u00e9e libanaise de Cheikh Abdallah. Il y avait donc Amal islamique, al-Daawa, les comit\u00e9s islamiques, les comit\u00e9s de soutien \u00e0 l&rsquo;Iran, les militants du  Fateh, etc. \u00bb.<\/em> <\/p>\n<h2>De la \u00ab marjayaa \u00bb irakienne \u00e0 la \u00ab marjayaa \u00bb iranienne<\/h2>\n<p>Et Saoud Mawla de poursuivre : <em>\u00ab La th\u00e9orie de Khomeiny ne pouvait pas r\u00e9ussir s\u2019il n\u2019y avait pas eu un gouvernement islamique en Iran issu d&rsquo;une grande r\u00e9volution populaire. Un Etat p\u00e9trolier avec de grandes ressources  a  pris la rel\u00e8ve des  Palestiniens, des Irakiens, des Libyens etc. dans deux domaines : la lutte arm\u00e9e au sud  et le renforcement de la soci\u00e9t\u00e9 chiite. Mais cette fois  avec une id\u00e9ologie religieuse chiite, plus proche des masses que l&rsquo;id\u00e9ologie de la lutte palestinienne ou de la gauche\u2026.D\u2019autre part, il y a eu une scission au sein d\u2019al-Daawa, et en 81, le parti al-Daawa, section Liban, s\u2019est dissout. Ils ont annonc\u00e9 en 1982 la dissolution du parti pour former le Hezbollah. Le comit\u00e9 dirigeant du Hezbollah form\u00e9 par les Pasdarans \u00e0 Baalbek, en 1982, groupait 7 membres repr\u00e9sentants le parti Daawa, Amal islamique, et les diff\u00e9rents comit\u00e9s mentionn\u00e9s plus haut, ainsi que les groupes pro-palestinniens \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Les ul\u00e9mas sont aussi pass\u00e9s de la \u2018marjayaa\u2019 irakienne de Najaf \u00e0 la \u2018marjayaa\u2019 iranienne mais non sans probl\u00e8mes, pr\u00e9cise-t-il. L\u2019Imam Chamseddine a combattu jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort cette tendance. N&rsquo;oublions pas que le Najaf \u00e9tait sous le joug de Saddam Hussein, ce qui  a fait de Qom (avec le soutien de l\u2019Etat iranien) la nouvelle marjayaa \u00bb.<\/em>  <\/p>\n<h2>Le Hezbollah et la R\u00e9publique islamique iranienne<\/h2>\n<p>La grande question que nombre de Libanais se posent souvent est de savoir quelle est la nature exacte et la v\u00e9ritable port\u00e9e de la relation du Hezbollah avec le r\u00e9gime des mollahs iraniens. Et dans ce cadre, le Hezbollah est-il l\u2019\u00e9manation de quelle faction de la R\u00e9publique islamique ?<\/p>\n<p><em>\u00ab Le Hezbollah est un mouvement qui a une base libanaise car il est issu  de Amal, du parti el-Daawa et des militants qui ont combattu avec les Palestiniens<\/em>, indique Saoud el-Mawla. Hezbollah est aujourd&rsquo;hui Le Parti des chiites par excellence..c&rsquo;est \u00e0 dire le parti de l&rsquo;identit\u00e9 et du pouvoir chiite dans un pays confessionne.. En m\u00eame temps l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre un parti iranien trouve un \u00e9cho favorable chez les chiites (m\u00eame la bourgeoisie traditionnellement occidentalis\u00e9e) qui n&rsquo;ont pas eu de soutien ext\u00e9rieur comme les autres communaut\u00e9s durant la p\u00e9riode Ottomane ou du mandat francais. <em>Mais le parti est aussi une cr\u00e9ation des Pasdarans qui suivent l\u2019Imam ou le wali-faqih. Il ne faut pas oublier que ce sont les Pasdarans qui ont install\u00e9 la premi\u00e8re base \u00e0 Baalbeck qui s\u2019appelait \u2018Ochak el-chahada\u2019, les \u2018amoureux du martyre\u2019. Ils \u00e9taient des centaines. Entre 82 et 85, tous les chiites qui \u00e9taient contre l\u2019occupation isra\u00e9lienne, qui voulaient r\u00e9sister \u00e0 l\u2019occupation, ou qui \u00e9taient contre Amal, ou contre le r\u00e9gime libanais, qualifi\u00e9 de sectaire, venaient \u00e0 Baalbeck  o\u00f9 ils \u00e9taient endoctrin\u00e9s et entra\u00een\u00e9s au maniement des armes et des slogans r\u00e9volutionnaires. Toute la structure et l\u2019organisation du Hezbollah ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2ties \u00e0 cette p\u00e9riode, entre 82 et 85, par les Pasdarans. Les Pasdarans qui sont venus \u00e0 l\u2019\u00e9poque au Liban faisaient partie des forces du \u2018fawj el-Qods\u2019, la brigade de J\u00e9rusalem \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Les Pasdarans sont devenus une grande arm\u00e9e en Iran, pr\u00e9cise Saoud el-Mawla. Au d\u00e9but de la R\u00e9volution iranienne, Khomeiny et les islamistes n\u2019avaient pas confiance dans l\u2019arm\u00e9e qui \u00e9tait celle du Chah. Ils n\u2019avaient pas de structure propre \u00e0 eux. Ils ont donc cr\u00e9\u00e9 les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires et les tribunaux r\u00e9volutionnaires qui ont liquid\u00e9 des centaines de cheikhs, d\u2019ul\u00e9mas, sous la houlette du fameux Sadek Khalkhali. Les comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires se sont ensuite transform\u00e9s en groupe arm\u00e9. Ils ont  d\u00e9cid\u00e9 de b\u00e2tir une arm\u00e9e, ind\u00e9pendante de l\u2019arm\u00e9e officielle qu\u2019ils ne pouvaient pas contr\u00f4ler. Les Pasdarans sont donc une arm\u00e9e en bonne et due forme, avec aviation, marine, technologie avanc\u00e9e, etc. \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Peut-on ainsi consid\u00e9rer que le Hezbollah c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent des Pasdarans en Iran ? <em>\u00ab\u00e9quivalent oui mais avec une nuance\u2026 car en Iran ce qu&rsquo;on appelle Hezbollah constitue les bandes civiles des Pasdarans<\/em>, r\u00e9pond Saoud el-Mawla. <em>Les Pasdarans sont les militaires. Les Passijs sont les volontaires dans les villages, ce sont les jeunes qui sont membres des Pasdarans mais auxquels on a recours lorsqu\u2019il y a une crise. Le Hezbollah en Iran est le mouvement politique qui n\u2019a pas eu une grande influence, c\u2019est le titre utilis\u00e9 par les Pasdarans ou les Passijs quand ils m\u00e8nent une attaque dans des villes,contre les civils ou les \u00e9tudiants.\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Comment expliquer donc ce qu\u2019est le Hezbollah libanais dans la logique iranienne ?  <em>\u00abLe Hezbollah a expliqu\u00e9 lui-m\u00eame ce qu\u2019il est<\/em>, pr\u00e9cise M. Mawla. <em>1) Il se consid\u00e8re comme \u00ab le parti de la R\u00e9volution islamique au Liban \u00bb. Cela est dit textuellement (donc l&rsquo;\u00e9quivalent des pasdarans). 2) Il consid\u00e8re qu\u2019il fait partie de l\u2019arm\u00e9e al-Qods que Khomeiny a commenc\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir.  3 ) Il est un bataillon dans l\u2019arm\u00e9e de J\u00e9rusalem.  4) Le Hezbollah affirme que le wali el-faqih est son chef dont le pouvoir s\u2019\u00e9tend \u00e0 tous les pays. Tout cela est dit textuellement de la bouche de Ibrahim Amine el-Sayyed, de Hassan Nasrallah, ou bien de Na\u00efm Kassem dans son dernier livre publi\u00e9 en 2003\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Donc le wali el-faqih est un gouvernement politique, c\u2019est l\u2019Etat iranien, c\u2019est le chef de l\u2019Etat iranien, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la religion et le chiisme pour la grande majorit\u00e9 des \u2018fouqaha\u2019 et des ul\u00e9mas<\/em>, ajoute M. Mawla. <em>Le Hezbollah a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9, carr\u00e9ment, par le wali el-faqih, et c\u2019est l\u00e0 un point essentiel. Il a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par une d\u00e9l\u00e9gation iranienne, les Pasdarans, qui sont venus au Liban sous l\u2019autorit\u00e9 du wali el-faqih qui, seul, a le pouvoir de constituer un parti, un mouvement, dans tous les pays. Il y a eu un Hezbollah en Arabie Saoudite, au Kowe\u00eft, et pas seulement au Liban. C\u2019est donc un parti international, mais il est \u00e9vident qu\u2019au Liban il a \u00e9t\u00e9 le plus actif, le plus encadr\u00e9 et organis\u00e9, et ceci  en raison de la situation libanaise confessionnelle et de l\u2019occupation isra\u00e9lienne \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Et de poursuivre : \u00ab<em>Cette p\u00e9riode \u00e9tait la p\u00e9riode \u00ab romantique \u00bb, celle de l\u2019exportation de la R\u00e9volution. Les Pasdarans \u00e9taient l\u2019outil de l\u2019exportation de la R\u00e9volution dans tous les pays, et plus particuli\u00e8rement au niveau du Hezbollah car cela pla\u00e7ait l\u2019Iran en confrontation avec Isra\u00ebl.  A travers le Hezbollah, l\u2019Iran est arriv\u00e9e en Palestine avec le Hamas et le Jihad islamique. Ils savent qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de la question qui peut toucher l\u2019Occident. Ils sont sur la fronti\u00e8re avec Isra\u00ebl et peuvent ainsi soulever les masses arabes.  Puis il y a eu la p\u00e9riode de l\u2019iranisation avec  Rafsandjani puis Khatami.  Les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Iran pr\u00e9valaient alors. Kham\u00e9n\u00e9i \u00e9tait le plus proche alli\u00e9 de Rafsandjani en 89. En 92, Rafsandjani, qui \u00e9tait pr\u00e9sident, a commenc\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger la gauche, comme Khatami. Ce dernier \u00e9tait dans la ligne de Khomeiny, mais tous les autres khomeynistes ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du gouvernement sauf Khatami qui \u00e9tait le prot\u00e9g\u00e9 de Rafsandjani. Quand il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de l\u2019\u00e9vincer du gouvernement, il l\u2019a nomm\u00e9 recteur de la biblioth\u00e8que nationale. C\u2019est en cette qualit\u00e9 que Khatami est venu au Liban faire sa campagne pr\u00e9sidentielle. Ensuite, Rafsandjani a soutenu Khatami pour la pr\u00e9sidence et c\u2019est alors qu\u2019est apparu le conflit avec Kham\u00e9n\u00e9i. Rafsandjani a ainsi commenc\u00e9 \u00e0 jouer son propre jeu.  Malheureusement, la tendance  Khatami est entr\u00e9e en conflit avec Rafsandjani. Il y a eu une tendance ultra gauchiste dans le clan Khatami qui est all\u00e9e tr\u00e8s loin dans la confrontation avec Rafsandjani. Kham\u00e9n\u00e9i a utilis\u00e9 ce d\u00e9veloppement. Il  a soutenu Ahmadinajad au lieu de soutenir Rafsandjani et Khatami. Mais la raison de la victoire de Ahmadinajad r\u00e9side aussi et surtout dans la politique am\u00e9ricaine qui n&rsquo;a rien donn\u00e9 aux r\u00e9formateurs iraniens, ce qui a favoris\u00e9 les extr\u00e9mistes. Notez bien que le durcissement du hezbollah c&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e de Najad au pouvoir en Juin 2005 \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab Actuellement, plusieurs  leaders conservateurs proches de Kham\u00e9n\u00e9i , en plus de Rafsandjani, sont contre Ahmadinajad, souligne encore M. Mawla. <em>Celui-ci repr\u00e9sente  une autre tendance, il ne vient pas de l\u2019institution religieuse. Il vient des Pasdarans et en m\u00eame temps d\u2019une  nouvelle secte, les Mahdaoui dont le grand chef  spirituel est cheikh  Bahjat. Au sein du Hezbollah, il y a une tendance mahdaoui. Ce qui est dangereux, c\u2019est que la crise du  chiisme perse dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle a donn\u00e9 naissance au Babisme, lequel a donn\u00e9 naissance au Baha\u00efsme. Le Bab, c\u2019est la porte. Celui qui a lanc\u00e9 le Babisme pr\u00e9tend que c\u2019est lui la porte pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019Imam Mahdi. Il pr\u00e9pare la venue du Mahdi. Le Babisme a donn\u00e9 donc naissance au Baha\u00efsme. Le Bahaa, qui est l\u2019un des disciples du Bab, a dit que c\u2019\u00e9tait lui le Mahdi, c\u2019\u00e9tait lui le Messie,le divin incarn\u00e9. Il y a toujours eu une tendance dans le chiisme \u00e0 cr\u00e9er du Babisme, du Baha\u00efsme, et ceci est tr\u00e8s dangereux aujourd\u2019hui quand on entend Ahmadinajad dire que son gouvernement pr\u00e9pare le chemin du Mahdi. Dans le Hezbollah aussi, une grande tendance pr\u00e9tend que ses guerres pr\u00e9parent le chemin au Mahdi. Je tire ici la sonnette d\u2019alarme \u00bb.<\/em>    <\/p>\n<p>A la lumi\u00e8re de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, est-ce que la wilayat el-faqih et le pluralisme sont conciliables ? <em>\u00ab Non, ils sont inconciliables<\/em>, affirme M. Mawla. Avant 92, le Hezbollah se consid\u00e9rait comme un parti qui n\u2019avait rien \u00e0 voir <em>avec le pouvoir politique  libanais. C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode de l\u2019exportation de la R\u00e9volution par les Pasdarans. Cela a dur\u00e9 jusqu\u2019en 92. A partir de 92, il y a eu la conf\u00e9rence de Madrid, la guerre de l\u2019Irak, les bouleversements provoqu\u00e9s par l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Il y a eu aussi durant cette p\u00e9riode une guerre entre l\u2019Iran et la Syrie au Liban, entre Amal et le Hezbollah. Le changement dans la politique iranienne apr\u00e8s 92 a d\u00e9bouch\u00e9 sur la participation du Hezbollah \u00e0 la vie politique libanaise et aux \u00e9lections, et sur l\u2019\u00e9viction de cheikh Sobhi Toufayli, \u00e0 l\u2019instigation de Kham\u00e9n\u00e9i. Ce changement s\u2019est traduit par un accord entre les Iraniens et les Syriens (l\u2019accord de Damas 2, entre Amal et Hezbollah, supervis\u00e9 par Wilayati et Assad). En vertu de cet accord, les Iraniens ont obtenu une part dans le pouvoir politique libanais et le Hezbollah a obtenu la poursuite de sa r\u00e9sistance au Sud et l\u2019interdiction de toute autre r\u00e9sistance. Le Sud a ainsi \u00e9t\u00e9 une chasse gard\u00e9e pour le Hezbollah. Cheikh Sobhi Toufayli a alors dit que le Hezbollah est devenu un gardien de la fronti\u00e8re isra\u00e9lienne. C\u2019est dans ce contexte, \u00e0 partir de 92, que le Hezbollah s\u2019est engag\u00e9 sur la voie du renforcement de son influence dans le syst\u00e8me libanais \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Dans ce contexte, peut-on dire qu\u2019il existe un projet r\u00e9el d\u2019Etat islamique au Liban men\u00e9 par le Hezbollah ? Ce projet d\u2019Etat du Hezbollah est-il possible, le Hezbollah a-t-il la conviction qu\u2019il peut mener \u00e0 bien son projet ?  <em>\u00ab Nul besoin d\u2019un projet libanais sp\u00e9cifique<\/em>, souligne sur ce plan M. Mawla. <em>On oublie que pour le Hezbollah, l\u2019Etat islamique a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 en Iran. Il y a donc un Etat islamique au niveau du \u00ab centre \u00bb. Tout ce qui reste, ce sont des d\u00e9tails. Il faut donc renforcer et d\u00e9fendre cet Etat islamique, d\u00e9fendre sa politique. Le Hezbollah est donc un avant-poste de l\u2019Iran au Liban.Pour cela on utilise le terme \u00ab\u00a0Saha\u00a0\u00bb et non pas patrie ou nation. Le Liban est une place publique (Saha) et le joueur principal est l&rsquo;Iran, puis la Syrie&#8230;. Maintenant, leur id\u00e9e n\u2019est pas d\u2019installer un Etat islamique dans tous les pays car il y un Etat du Mahdi, et on pr\u00e9pare donc maintenant la venue du Mahdi. C\u2019est donc la R\u00e9volution continue mais \u00e0 des phases, \u00e0 des rythmes diff\u00e9rents dans tous les pays. Le Liban est l\u2019ar\u00e8ne pour la confrontation avec l\u2019Occident et Isra\u00ebl\u00bb.<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab Evidemment, le Hezbollah n\u2019a pas dans l\u2019imm\u00e9diat un projet d\u2019\u00e9tablissement d\u2019un Etat islamique, mais la tournure prise par les \u00e9v\u00e9nements, notamment au plan d\u00e9mographique et politique, va dans ce sens<\/em>, ajoute encore Saoud el-Mawla. <em>Leur projet (la lettre ouverte du 16 f\u00e9vrier 1985 et qui reste le seul document officiel) est bas\u00e9 sur le fait que pour eux, il n\u2019y a pas de Liban, le Liban n\u2019est pas un Etat ind\u00e9pendant, n\u2019est pas une patrie d\u00e9finitive, n\u2019est pas une nation. Dans le fond, le Hezbollah \u00e9tait contre Ta\u00ebf, contre la R\u00e9publique, et contre la d\u00e9mocratie parlementaire. Ajoutons \u00e0 cela qu\u2019avec Ahmadinajad, on est dans un danger perp\u00e9tuel. On est utilis\u00e9 pour la cause iranienne sacr\u00e9e, et sur la voie de l\u2019Harmageddon finale et la venue du Mahdi \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Mais malgr\u00e9 tout, certaines parties minimisent au maximum le probl\u00e8me de la wilayat el-faqih \u2026  \u00ab<em> La wilayat el-faqih constitue un probl\u00e8me r\u00e9el<\/em>  pour l\u00a0\u00bbIran avant tout, puis pour nous d\u00e9clare \u00e0 ce propos M. Mawla. Les Iranniens, comme nous, veulent   la libert\u00e9, l&rsquo;ind\u00e9pendance et la d\u00e9mocratie.. la wilayat alfaqih  <em>c\u2019est l\u2019arm\u00e9e islamique pour J\u00e9rusalem, c\u2019est les Pasdarans, c\u2019est la R\u00e9volution islamique continue,c&rsquo;est le despotisme religieux. Le projet r\u00e9el c\u2019est un Etat islamique install\u00e9 en Iran, et des satellites qui tournent autour et le prot\u00e8gent. Un peu comme du temps de l\u2019Union sovi\u00e9tique et des partis communistes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Union sovi\u00e9tique, avec la diff\u00e9rence qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque il s\u2019agissait de partis  politiques, alors que l\u00e0, nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019arm\u00e9es. Minimiser la Wilayat el-faqih rel\u00e8ve d\u2019un opportunisme aveugle, doubl\u00e9 d\u2019un fascisme ignorant, car il se croit intelligent et fort, utilisant la force chiite pour imposer sa  pr\u00e9sence \u00bb,<\/em> conclut sans d\u00e9tours M. Mawla. <\/p>\n<h2>La \u00ab wilayat el-faqih \u00bb et la lutte pour le pouvoir en Iran<\/h2>\n<p>Le syst\u00e8me de la \u00ab wilayat  el-faqih \u00bb et, surtout, son \u00e9tendue sont loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 en Iran ou en Iraq. Apr\u00e8s la disparition de l\u2019Ayatollah Khomeyni, la R\u00e9publique islamique iranienne a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une sombre lutte pour le pouvoir qu\u2019il n\u2019est pas inutile d\u2019\u00e9voquer en raison des retomb\u00e9es \u00e9videntes sur le Liban et la situation du Hezbollah.<\/p>\n<p><em>\u00ab Dans la culture perse, il y a cette id\u00e9e d\u2019un \u2018roi\u2019 divin qui remonte \u00e0 l\u2019empire (Shahinshah ou roi des rois), souligne Saoud el-Mawla. Cette id\u00e9e s\u2019est renforc\u00e9e dans la pens\u00e9e chiite iranienne avec la wilayat el-faqih ; c\u2019est comme le c\u00e9saro-papisme. Il y avait le Chah  et le faqih, le sultan et le faqih. Le Shah Darius \u00e9tait en m\u00eame temps un chef religieux. Cette id\u00e9e n\u2019a rien \u00e0 voir avec le chiisme, ni d\u2019ailleurs avec les chiites du Liban ou de l\u2019Irak ou d\u2019autres pays arabes. M\u00eame l\u2019Iran ne peut pas poursuivre sur cette voie. L\u2019Iran a \u00e9t\u00e9 islamis\u00e9e puis chiitis\u00e9e par les Arabes, et a toujours entretenu une relation religieuse et culturelle avec Najaf. Elle ne peut pas continuer avec cette dictature despotique. La wilayat el-faqih a \u00e9t\u00e9 introduite par Khomeiny suite \u00e0 une grande r\u00e9volution populaire. C\u2019est comme la dictature des bolcheviques en Union sovi\u00e9tique ou le guide supreme Mao en Chine. Notons ici qu&rsquo;au d\u00e9but m\u00eame Khomeiny n\u2019a pas dit que le wali el-faqih a un pouvoir absolu. Il a conditionn\u00e9 ce pouvoir dans plusieurs secteurs et domaines. Il n\u2019avait pas de pouvoir absolu. Il n\u2019\u00e9tait pas, par exemple, le chef supr\u00eame de l\u2019arm\u00e9e. Il devait aussi se r\u00e9f\u00e9rer au gouvernement ou au Parlement pour certaines d\u00e9cisions. Il devait s\u2019en r\u00e9f\u00e9rer aussi au conseil des experts dans certains cas \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>\u00ab Une sorte de coup d\u2019Etat a eu lieu avant la mort de Khomeiny  quand le vice faqih, qui \u00e9tait cheikh Montazari, a commenc\u00e9 \u00e0 donner des cours (des conf\u00e9rences) \u00e0 Qom pour souligner que la wilayat el-faqih devait \u00eatre r\u00e9duite, qu\u2019il faut parler de la wilayat de la \u2018oumma\u2019,  ajoutant \u00e0 ce propos que le faqih a instaur\u00e9 la R\u00e9volution islamique, l\u2019Etat et le gouvernement, et que maintenant il faut retourner au peuple, aux \u00e9lections, aux institutions \u00bb.<br \/>\n<em>\u00ab Il y a eu alors une alliance entre le fils de Khomeiny, Ahmed, Hach\u00e9mi Rafsandjani, le grand pragmatique, et Kham\u00e9n\u00e9\u00ef<\/em>, poursuit Saoud el-Mawla. <em>Ils ont fait un coup d\u2019Etat contre Montazari, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et contre ce qu\u2019on appelait dans le temps la ligne de l\u2019Imam Khomeiny, qui \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e surtout par Mohtachemi,Mousawi,Karroubi ,et par Mohammed Khatami, qui \u00e9tait l\u2019un des grands dirigeants de la ligne de l\u2019Imam. Ils ont d\u2019abord \u00e9vinc\u00e9 Montazari par une fatwa de Khomeiny, dans une lettre de Khomeiny, consid\u00e9rant que Montazari n\u2019\u00e9tait plus son successeur. Montazari  \u00e9tait l\u2019idole des chiites libanais. Le lendemain de cette fatwa, il n\u2019y avait plus de Montazari au Liban. Mehdi Hach\u00e9mi, un des grands leaders de la R\u00e9volution iranienne, qui \u00e9tait le responsable au sein des Pasdarans des mouvements de lib\u00e9ration, dont le Hezbollah, a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 en 1986. Il \u00e9tait proche de Montazari. Il n\u2019y a pas eu un seul mot \u00e0 ce propos au sein du Hezbollah. Il n\u2019y a donc pas de d\u00e9bat politique, ils suivent les d\u00e9cisions du wali el-faqih \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Et d\u2019ajouter : <em>\u00ab Au d\u00e9but de la r\u00e9volution, Mahdi Bazerkan (le 1er Premier ministre) a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9 du gouvernement, puis AboulHassan Bani Sadr (1er pr\u00e9sident de la R\u00e9publique). Talekani est mort en \u00e9tat d&rsquo;arrestation \u00e0 domicile, ainsi que Shariaat Madari. Mostapha Shomran a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Qotb Zadeh a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9. Les Moujahidi Khalq ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par milliers, ainsi que les communistes, les lib\u00e9raux, les nationalistes, etc Il y a eu aussi \u00e0 cette m\u00eame p\u00e9riode la fatwa contre Salman Rushdie pour exacerber la question culturelle et identitaire. A cette p\u00e9riode Kham\u00e9n\u00e9i a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu wali el-faqih. Ils ont modifi\u00e9 la Constitution pour \u00e9largir les pouvoirs du wali el-faqih. Kham\u00e9n\u00e9\u00ef  est devenu ainsi chef supr\u00eame de l\u2019arm\u00e9e et il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de beaucoup de pouvoirs qui n\u2019existaient pas auparavant du temps de Khomeiny. Rafsandjani a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident. Ahmed Khomeiny est mort quelque temps plus tard. C\u2019\u00e9taient les pragmatiques. C\u2019\u00e9taient eux la droite \u00e0 l\u2019\u00e9poque, contre la gauche. Ils ont achet\u00e9 des armes d\u2019Isra\u00e9l, et conclu avec les Am\u00e9ricains la Contra-gate. Les repr\u00e9sentants de ce qu\u2019on appelait la ligne de l\u2019Imam Khomeiny, Mohtachemi et Khatami, notamment, sont devenus apr\u00e8s 96 les r\u00e9formateurs \u00bb.<\/em> <\/p>\n<p>Et Saoud el-Mawla de conclure dans ce cadre : \u00ab Il n\u2019est pas exclu  que les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2009 d\u00e9bouchent sur une nouvelle surprise avec le retour des r\u00e9formateurs du fait de l\u2019alliance renouvel\u00e9e entre Khatami et Rafsandjani. Le peuple iranien est un grand peuple. Comme le peuple libanais d&rsquo;ailleurs. J &lsquo;ai confiance dans le fait que le despotisme ne peut pas se maintenir longtemps  si le peuple est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 vivre libre et dans la dignit\u00e9. Il faut surtout ne pas oublier que les Iraniens sont nationalistes, chauvinistes, et pragmatiques\u2026 Cela vise mes amis du Hezbollah \u00e0 qui je dis : Faites attention aux bouleversements prochains\u2026Ne soyez pas le bouc \u00e9missaire d&rsquo;un accord syro-isra\u00e9lien ou irano-am\u00e9ricain\u2026 \u00bb. <\/p>\n<p>elmasa@earlham.edu<\/p>\n<p>* Liban<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chez les chiites, la question de l\u2019imamat, c\u2019est-\u00e0-dire du gouvernement de la \u00ab Oumma \u00bb, rel\u00e8ve de la doctrine. \u00ab Ce n\u2019est pas une question de \u00ab\u00a0fiqh\u00a0\u00bb (jurisprudence), mais de \u00ab kalam \u00bb (th\u00e9ologie), c\u2019est-\u00e0-dire de dogme, de doctrine , souligne M. 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