{"id":124805,"date":"2009-03-05T22:48:00","date_gmt":"2009-03-05T21:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/existe-t-il-encore-une-vraie-sortie-de-crise\/"},"modified":"2024-01-23T02:09:35","modified_gmt":"2024-01-23T01:09:35","slug":"existe-t-il-encore-une-vraie-sortie-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/existe-t-il-encore-une-vraie-sortie-de-crise\/","title":{"rendered":"Existe-t-il encore une vraie sortie de crise?"},"content":{"rendered":"<p><em>Le courage et la vertu vengent l\u2019homme libre des poursuites des m\u00e9chants. L\u2019estime de l\u2019homme de bien, la calomnie des traitres, seront en tout temps ma liste civile (Jacques Roux, 1752-1794).<\/em><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p><strong>Existe-t-il encore une vraie sortie de crise ?<\/strong><\/p>\n<p>Le monde a perdu tout ses rep\u00e8res, de prudence, de logique et d\u2019abstinence. Tel la \u00ab\u00a0Rome Antique\u00a0\u00bb, l\u2019Empire inviolable, il s\u2019\u00e9croule de se fissure de toute part en pi\u00e9tinant sans vergogne, la simple et vertueuse sagesse, pour ne conjuguer que le chaos. Y aura-t-il un monde meilleur\u2026 ??<\/p>\n<p><strong>Par o\u00f9 est-on entr\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne traiterai pas \u00e0 nouveau ici de la question de la responsabilit\u00e9 de cette d\u00e9pression. Qu\u2019on l\u2019impute directement \u00e0 la politique am\u00e9ricaine ou \u00e0 un manque de surveillance de leurs \u00e9tablissements financiers, cela montre dans les deux cas que la politique et l\u2019\u00e9conomie restent indissociables, qu\u2019un march\u00e9 sans r\u00e8gles ne fonctionne pas, et que l\u2019on ne peut se passer de dirigeants honn\u00eates et responsables, rubriques dans lesquelles George W Bush a \u00e9tabli des records difficiles \u00e0 battre.<\/p>\n<p>Par contre, il est impossible de d\u2019identifier des solutions sans avoir port\u00e9 un diagnostic sur les causes. En effet, il s\u2019agit bien d\u2019un mouvement structurel, et pas d\u2019un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne conjoncturel. C\u2019est un cancer, pas un rhume.<\/p>\n<p>Cette crise est l\u2019aboutissement d\u2019une guerre civile qui s\u2019ach\u00e8ve, comme toutes les guerres civiles, sans vainqueurs. Cette guerre a oppos\u00e9 les riches aux pauvres et les vieux aux jeunes, fronts en partie convergents. C\u2019est la faillite d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patricienne vieillissante, et la r\u00e9alisation de ce qu\u2019historiens et d\u00e9mographes ont d\u00e9crit il y a 30 ans comme le suicide d\u00e9mographique de l\u2019occident.<\/p>\n<p>Le sympt\u00f4me terminal est l\u2019\u00e9croulement brutal de la demande de biens et des services. Celle-ci vivait depuis quelque temps dans l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique de perfusions mon\u00e9taires croissantes. Son asphyxie finale entra\u00eene l\u2019\u00e9croulement d\u2019un ch\u00e2teau de cartes financier de dettes d\u00e9riv\u00e9es de dettes d\u00e9riv\u00e9es de\u2026 Mais comment se fait-il qu\u2019une part importante de la population ne puisse tout simplement se loger ou se nourrir dans le pays le plus riche du monde \u00e0 son apog\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la productivit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9e de toute l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 ? Cela provient de l\u2019explosion d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s. En effet, la demande de biens n\u2019est pas proportionnelle aux revenus. Les riches investissent, ils ne peuvent consommer tout leur avoir. Par contre, les pauvres \u00e9pargnent peu ou pas. Une r\u00e9partition in\u00e9gale des richesses tue la demande. Une soci\u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e se caract\u00e9rise par l\u2019existence d\u2019une classe moyenne.<\/p>\n<p>Cette augmentation des in\u00e9galit\u00e9s s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9s\u00e9quilibre entre rentes et salaires, i.e. entre capital et travail. Les salaires ont stagn\u00e9 ou diminu\u00e9 en termes r\u00e9els depuis 15 ans l\u00e0 o\u00f9 le capital a eu dans le m\u00eame temps une rentabilit\u00e9 exceptionnelle, souvent de 10 % \/ an. Ceci a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre, nous l\u2019avions vu en 2008, gr\u00e2ce \u00e0 la mondialisation qui a permis de transf\u00e9rer les co\u00fbts de main d\u2019\u0153uvre vers des pays \u00e0 salaires de plus en plus bas, et exercer ainsi une pression \u00e0 la baisse sur les emplois restants. C\u00f4t\u00e9 pays consommateurs, par exemple aux Etats-Unis, cela a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 une petite noblesse d\u2019affaires impliqu\u00e9e dans le processus, aux actionnaires en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire aux rentiers, et \u00e0 leurs charg\u00e9s de pouvoirs, une ing\u00e9nierie financi\u00e8re disproportionn\u00e9e, bouffie et suffisante, qui \u00e0 prosp\u00e9r\u00e9 dans le chaos naissant. C\u00f4t\u00e9 producteurs, par exemple, en Chine, cela a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 une noblesse d\u2019affaires cousine, qui s\u2019est charg\u00e9e d fouetter les esclaves pour le compte de tiers, et d\u2019amasser des dollars aussit\u00f4t r\u00e9investis aux Etats-Unis, \u00e0 l\u2019abri croyait-on. Mais pourquoi la rente patricienne a-t-elle pris une telle importance, au point d\u2019y sacrifier franchement la pl\u00e8be, ce qui est quand m\u00eame violent ? Parce que le monde vieillit. Ceci est une crise d\u00e9mographique d\u2019un genre nouveau et d\u2019une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Habituellement, les m\u00e9nages n\u2019\u00e9pargnent que progressivement. Ils d\u00e9butent tr\u00e8s endett\u00e9s, avec des petits enfants et des charges importantes. Ce n\u2019est que tardivement que leur bilan financier devient globalement positif, ce qui leur permet d\u2019assurer une retraite ou m\u00eame de construire un patrimoine. Et temps normal, les banques sont des interm\u00e9diaires entre vieux et jeunes : elles pr\u00eatent aux jeunes l\u2019\u00e9pargne des vieux, en substitut des structures claniques qui s\u2019en chargeaient directement il y a longtemps. Les d\u00e9p\u00f4ts sont l\u2019\u00e9pargne et le patrimoine des vieux. Leurs revenues sont des rentes du capital, constitu\u00e9s des int\u00e9r\u00eats des pr\u00eats faits aux jeunes. Ces pr\u00eats permettent la cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9conomie future : une g\u00e9n\u00e9ration peut difficilement reconstruire une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de z\u00e9ro. Il n\u2019y a de revenu de l\u2019\u00e9pargne qu\u2019autant qu\u2019il y a des salaires.<\/p>\n<p>Chaunu, pr\u00e9curseur fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9cole d\u2019histoire quantitative, a mis en \u00e9vidence un ph\u00e9nom\u00e8ne particulier \u00e0 la fin du moyen-\u00e2ge, qu\u2019il a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0monde plein\u00a0\u00bb : toutes les terres cultivables ont \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9es. L\u2019\u00e2ge moyen de nuptialit\u00e9 a ensuite augment\u00e9 de 7 ans. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, la nuptialit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9coce : en gros 30 ans pour les hommes et 25 ans pour les femmes contre 23 et 18 auparavant, voire bien moins \u00e0 certaines \u00e9poques. Ce recul massif aurait fait diminuer la f\u00e9condit\u00e9 de 30 %, et aurait engendr\u00e9 les \u00ab\u00a0grandes d\u00e9couvertes\u00a0\u00bb et la colonisation : il devenait tr\u00e8s tentant d\u2019aller conqu\u00e9rir de nouvelles terres ailleurs. De nombreuses guerres et \u00e9pid\u00e9mies ont accompagn\u00e9 la p\u00e9riode de transition. Une nouvelle explosion d\u00e9mographique ne s\u2019est produite qu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution industrielle.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas un secret que le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne vient de se produire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale (les \u00e9tudes de l\u2019INED sont sur ce sujet incontournables). La f\u00e9condit\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9e presque partout dans le monde (sauf dans des <strong>r\u00e9gions d\u2019Afrique<\/strong> \u00e0 forte mortalit\u00e9 infantile). Ceci doit induire une baisse de la population \u00e0 partir d\u2019environ 2025. En France, l\u2019\u00e2ge moyen de nuptialit\u00e9 a augment\u00e9 d\u2019environ 7 ans en une g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019humanit\u00e9 vieillit d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019a aucun pr\u00e9c\u00e9dent historique. La \u00ab\u00a0d\u00e9croissance\u00a0\u00bb n\u2019est plus une id\u00e9e, c\u2019est un fait in\u00e9luctable. Nous abordons l\u2019\u00e2ge de la \u00ab\u00a0plan\u00e8te pleine\u00a0\u00bb, et il n\u2019y a pas de nouvelles indes \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n<p>On peut interpr\u00e9ter cela de plusieurs mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Soit nous avons d\u00e9j\u00e0 but\u00e9 sur la limite des ressources naturelles mondiales, et la baisse de f\u00e9condit\u00e9 est la r\u00e9action d\u2019adaptation de l\u2019esp\u00e8ce. Nous reproduirons alors le sch\u00e9ma m\u00e9di\u00e9val. Ceci est relativement simple \u00e0 augmenter en constatant la disparition des derni\u00e8res for\u00eats primitives.<\/p>\n<p><img430|center><\/p>\n<p>Soit le progr\u00e8s technique actuel surtout tertiaire n\u2019est pas cr\u00e9ateur d\u2019emplois, voire destructeur. Contrairement \u00e0 la r\u00e9volution industrielle, la r\u00e9volution tertiaire n\u2019aurait pas de successeur : il n\u2019y a pas de secteur quaternaire vers lequel transf\u00e9rer la main d\u2019\u0153uvre. La production moderne n\u2019a pas besoin d\u2019employ\u00e9s, et beaucoup d\u2019emplois tertiaires auraient m\u00eame \u00e9t\u00e9 fictifs. Ceci est relativement simple \u00e0 argumenter en constatant que seules les moiti\u00e9s des emplois perdus sont d\u00e9localis\u00e9es.<\/p>\n<p>Soit, et c\u2019est l\u00e0 que nous rejoignons la guerre entre riches et pauvres, la structure actuelle de la soci\u00e9t\u00e9 mondiale ne permet pas la redistribution des richesses produites. Les gains de productivit\u00e9 ne se traduisent pas en salaires et la demande est progressivement asphyxi\u00e9e. Dans ce cas, nous avons aboli dans les derni\u00e8res ann\u00e9es deux si\u00e8cles de progr\u00e8s social et sommes revenus vers la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale ou antique sans classe moyenne. Ceci pourrait \u00eatre argument\u00e9 par le fait que la mondialisation et les bulles financi\u00e8res ont vraiment \u00ab\u00a0d\u00e9coll\u00e9\u00a0\u00bb vers 1990, au moment o\u00f9 l\u2019URSS s\u2019est effondr\u00e9e. Une soci\u00e9t\u00e9 imp\u00e9riale, aven son adversaire traditionnel, aurait perdu ses garde-fous.<\/p>\n<p>Mon opinion personnelle est que ces trois interpr\u00e9tations sont vraies, concourantes, et que nous n\u2019avons pas encore le recul n\u00e9cessaire pour distinguer effets et causes. Il me semble que nous pouvons constater des convergences de mouvements sans les identifier. Je ne Sias pas si le vieillissement a engendr\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s, mais je peux constater que les deux mouvements se renforcent : Ils ont conjugu\u00e9 leurs effets pour faire peser une charge de plus en plus lourde des rentes sur les salaires.<\/p>\n<p>Cela ne signifie\u00a0\u00bb pas que tous les vieux sont riches ni tous les riches vieux, mais que les deux ont trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat commun. Cela ne signifie pas non plus que les riches et les vieux \u00e9taient conscients de sacrifier pauvres et jeunes. Ils \u00e9taient simplement indiff\u00e9rents. Ils n\u2019ont pas fait attention \u00e0 l\u2019explosion du ch\u00f4mage des jeunes, de leur pr\u00e9carit\u00e9, de leur parcours de plus en plus difficile et m\u00eame parfois humiliant vers le monde du travail. Ils n\u2019ont pas r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019ils d\u00e9truisaient dans une g\u00e9n\u00e9ration toute confiance dans la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019avenir. Ils n\u2019\u00e9taient pas g\u00ean\u00e9s de voir d\u00e9localiser les emplois secondaires et tertiaires au nom de la \u00ab n\u00e9cessaire adaptation \u00bb \u00e0 l\u2019accroissement de leurs rentes. Ils proposaient \u00e0 la place des \u00ab emplois de proximit\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ce que Sauve a pr\u00e9dit il y a 40 ans : le \u00ab retour \u00e0 la domesticit\u00e9 \u00bb du prol\u00e9tariat comme cons\u00e9quence du progr\u00e8s technique mal r\u00e9parti. Un symbole de tout cela est le fait que notre pr\u00e9sident actuel a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par les personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 65 ans qui ont vot\u00e9 pour lui \u00e0 plus de 75%, ce qui ne s\u2019\u00e9tait jamais vu et a suffi au r\u00e9sultat, le tout sur un programme proposant l\u2019aggravation de la \u00ab flexibilit\u00e9 \u00bb et de la pr\u00e9carit\u00e9&#8230; des jeunes.<\/p>\n<p>La baise de f\u00e9condit\u00e9 a eu dans un premier temps des tas d\u2019avantages. Moins d\u2019enfants, moins de d\u00e9penses, moins de scolarit\u00e9 et d\u2019enseignement, plus de temps libre. \u00c7a fait du pouvoir d\u2019achat en plus, ce qui permet d\u2019\u00e9pargner pour assurer ses vieux jours. Et c\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse ! Je sais que ce n\u2019est pas imm\u00e9diat, mais il n\u2019existe aucune \u00e9pargne qui ne soit gag\u00e9e sur les revenus des g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Nous avons vu que les rentes du capital sont constitu\u00e9es des int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s par les jeunes. Mais plus g\u00e9n\u00e9ralement la valeur de tout bien est index\u00e9e implicitement sur l\u2019\u00e9conomie future. Il est \u00e9vident que si la population diminue, il y aura moins de demande de logement, et que leur prix baissera. Il est moins imm\u00e9diat mais tout aussi vrai que la valeur des actions baissera, puisque les march\u00e9s se r\u00e9duiront aussi. Et quid des \u0153uvres d\u2019art ? Y aura-t-il toujours autant d\u2019amateurs si tout le monde est fauch\u00e9 ? Il n\u2019existe aucun moyen pour les vieux de ne pas d\u00e9pendre \u00e0 terme des jeunes : ils n\u2019auront de richesse que celles que les g\u00e9n\u00e9rations suivantes produiront car on ne se nourrit pas d\u2019\u00e9cus. En r\u00e9sum\u00e9, les rentes ne peuvent durablement augmenter plus vite que les salaires.<\/p>\n<p>Le poids excessif des rentes a donn\u00e9 aux riches et aux vieux l\u2019illusion d\u2019un patrimoine, en fait plac\u00e9 chez Madoff, et a \u00e9trangl\u00e9 la jeunesse et l\u2019industrie. La vieille g\u00e9n\u00e9ration se r\u00e9veille en constatant que son \u00e9pargne-action, ses mutual funds, ses 401(k), son medicare, ses dollars sous le canap\u00e9, tout cela ne vaut plus rien parce que ses jeunes sont sans emploi, sans avenir et sans espoir. Au bout de l\u2019\u00e9go\u00efsme, de l\u2019indiff\u00e9rence et du cynisme, une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019h\u00e9donistes d\u00e9couvre ses cassettes sans valeur et ses fils perdus.<\/p>\n<p>O\u00f9 est la sortie ?<\/p>\n<p>Une quantit\u00e9 colossale \u2013 et je ne pense pas que ce mot soit excessif \u2013 d\u2019actifs a une valeur ind\u00e9finie potentiellement nulle. La demande de biens dispara\u00eet, ce qui entra\u00eene faillites, ch\u00f4mage, baisse de la demande, etc&#8230; Nous terminons une partie de Monopoly o\u00f9 les gagnants acceptaient de pr\u00eater aux perdants pour faire durer l\u2019illusion de la richesse. Le cr\u00e9dit excessif des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es a constitu\u00e9 une \u00ab avance sur consommation \u00bb qu\u2019il va falloir rembourser. Le niveau de vie va fortement diminuer. Les actifs index\u00e9s sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, c\u2019est-\u00e0-dire in fine tous, vont perdre leur valeur, dans une proportion impr\u00e9visible. C\u2019est pour cela que les banques ont tant de mal \u00e0 \u00e9valuer et provisionner leurs cr\u00e9ances douteuses : toutes les cr\u00e9ances sont douteuses. Il n\u2019existe aucun bilan \u00e9valuable. Le tranchant de l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s est constitu\u00e9 des produits d\u00e9riv\u00e9s. Il n\u2019existe aucun bilan \u00e9valuable. Les CDS (assurances sur la faillite d\u2019une entreprise), produits tranquilles et juteux il y a 2 ans, sont devenus des bombes atomiques. Tout ce qui a pu \u00eatre gag\u00e9 l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9. Il est en fait n\u00e9cessaire que les riches et les vieux r\u00e9alisent qu\u2019ils viennent de perdre leurs \u00e9conomies, et qu\u2019ils l\u2019acceptent pour laisser une chance \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Ayant fait ce constat, nous pouvons aborder l\u2019examen des \u00ab solutions \u00bb. Les principales \u00ab solutions \u00bb dont on entend parler sont les \u00ab sauvetages de banques \u00bb et les \u00ab plans de relance \u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab sauvetage des banques \u00bb est un terme ambigu. S\u2019agit-il de sauver le cr\u00e9dit futur ou bien pass\u00e9 ? Dans le deuxi\u00e8me cas, on aggrave la situation, car les actifs doivent inexorablement s\u2019aligner sur les revenus et tout retard pourrit la situation. Que les \u00e9tats sauvent les cr\u00e9anciers n\u2019est qu\u2019un moyen d\u2019aggraver la situation qui a conduit \u00e0 la d\u00e9pression : le d\u00e9s\u00e9quilibre capital\/travail. S\u2019il s\u2019agit de sauver le cr\u00e9dit futur, il y a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qui les \u00e9tablissements qui le consentiront aient un bilan propre, et il ne faut donc surtout pas revaloriser les cr\u00e9ances toxiques ni leurs d\u00e9tenteurs. Les \u00e9tats n\u2019ont pas besoin du bilan actuel des banques pour injecter de la monnaie dans le circuit. Ils peuvent attendre au moins que la valeur de march\u00e9 devienne nulle pour apurer le bilan puis nationaliser. Tous les sous qui seront consacr\u00e9s \u00e0 tenter de revaloriser des actifs sans valeur manqueront quand on voudra relancer la demande. Actuellement, personne n\u2019a envie de pr\u00eater, tout \u00e9tant risqu\u00e9, et chacun cherche \u00e0 retirer ses billes du syst\u00e8me. Si les monnaies comme le dollar ne se sont pas encore \u00e9croul\u00e9es, c\u2019est parce qu\u2019elles apparaissent comme le support le moins risqu\u00e9 de la richesse, relativement par exemple aux actions. C\u2019est dire le niveau de confiance qui r\u00e8gne sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle&#8230;<\/p>\n<p>Les plans de relance ont l\u2019air plus sens\u00e9s, car visant ce qui cr\u00e9e le probl\u00e8me : l\u2019absence de demande. On peut distinguer ici plusieurs variantes. Dans la cat\u00e9gorie \u00ab keyn\u00e9sienne \u00bb des \u00ab plans fiscaux \u00bb, consistant \u00e0 ce que les \u00e9tats donnent des sous aux gens, directement ou par r\u00e9ductions, d\u2019imp\u00f4ts, nous butons toujours sur la mondialisation. Rien ne dit que les sous vont \u00eatre d\u00e9pens\u00e9s localement. Par exemple, la \u00ab prime \u00e0 la casse \u00ab va favoriser l\u2019achat de petites voitures fabriqu\u00e9es en Roumanie. \u00c7a ne r\u00e9sous pas les d\u00e9localisations, le ch\u00f4mage, les salaires trop bas. Et il faut encore que les \u00e9tats trouvent des pr\u00eateurs. Or un certain nombre d\u2019entre eux commencent \u00e0 avoir du mal, y compris dans la zone euro. Il y aussi la cat\u00e9gorie \u00ab colbertienne \u00bb des grands travaux, par exemple la construction d\u2019infrastructures. Or on peut constater que le BTP n\u2019arrivait de toute fa\u00e7on pas \u00e0 recruter \u00e0 hauteur de la demande depuis longtemps. Dur et mal pay\u00e9, il emploie massivement clandestins et \u00e9trangers. Dans le contexte actuel de l\u2019UE, une relance par le BTP pourra faire affluer la main d\u2019\u0153uvre des pays voisin. Ces deux exemples illustrent le fait que ce sont bien les fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie qui sont malades : depuis bien longtemps un accroissement de la demande n\u2019accro\u00eet plus les salaires, mais les rentes.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la logique de la mondialisation a mis Robin des bois au ch\u00f4mage : on ne peut pas pour r\u00e9\u00e9quilibre les riches, diminuer les in\u00e9galit\u00e9s et relancer la demande, prendre aux riches et donner aux pauvres.<\/p>\n<p>Avec une totale libert\u00e9 de circulation des capitaux, taxer plus les riches ne fait que les pousser vers les Bermudes. Mais il est probable que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9, qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement b\u00eate, y ait d\u00e9j\u00e0 entrepos\u00e9 ses noisettes. Il est bien s\u00fbr techniquement possible de rayer les paradis fiscaux de la carte d\u2019un trait de plume. Mais cela ne se fera pas, car il faudrait une d\u00e9cision universelle simultan\u00e9e. Le premier qui le fera aura pour seule certitude de ne jamais voir revenir le pognon.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 donner aux pauvres, il n\u2019appartient pas aux \u00e9tats d\u2019augmenter les salaires. Et les entreprises auront bien peu de motivation \u00e0 le faire, dans un contexte de baisse des ventes, d\u2019augmentation du co\u00fbt de la tr\u00e9sorerie, etc.. Si les \u00e9tats tentent de les y forcer, elles auront de bonnes raisons de r\u00e2ler, et seront sans foute hors d\u2019\u00e9tat de le faire car la concurrence mondiale ne le permet pas.<\/p>\n<p>Pour relancer l\u2019emploi et les salaires, il n\u2019y a qu\u2019une possibilit\u00e9, et nous l\u2019avions indiqu\u00e9e tout au long de notre chronique : le retour brutal du protectionnisme, en commen\u00e7ant par l\u2019industrie automobile. Mais contrairement \u00e0 ce que nous avions annonc\u00e9 ici il y a trois mois, le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a pas commenc\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, mais en France. Le \u00ab buy american act \u00bb d\u2019Obama a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par le congr\u00e8s am\u00e9ricain, alors que M. Sarkozy a conditionn\u00e9 l\u2019aide \u00e0 Renault et PSA \u00e0 des conditions d\u2019emploi local. Que le lecteur ne s\u2019y m\u00e9prenne pas : ma chronique a suffisamment critiqu\u00e9 le libre-\u00e9change pour que je ne puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un opposant de principe au protectionnisme, mais tout est question de minutage. Le retour brutal au protectionnisme massacrera les pays dont l\u2019\u00e9conomie a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e de mani\u00e8re excessive vers l\u2019exportation par la mondialisation, comme en premier lieu la Chine. Cela y introduira le chaos, et il serait tout \u00e0 fait na\u00eff d\u2019imaginer que nous pourrions y \u00e9chapper durablement.<\/p>\n<p>Le protectionnisme est aujourd\u2019hui la \u00ab grande tentation \u00bb : contrairement aux autres \u00ab solutions \u00bb, il est si simple \u00e0 mettre en \u0153uvre que l\u2019on peut m\u00eame ne pas s\u2019en rendre compte. Il va \u00eatre tout \u00e0 fait immoral de constater que ce sont les m\u00eame qui nous ont bassin\u00e9s pendant vingt ans avec les bienfaits de la mondialisation heureuse et in\u00e9luctable qui s\u2019accorder maintenant sur les bienfaits des relocalisations. Il est pitoyable que M. Sarkozy, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur un programme de \u00ab comp\u00e9titivit\u00e9 \u00bb, de \u00ab flexibilit\u00e9 \u00bb,etc&#8230; ait effectu\u00e9 un demi-tour complet en trois mois tout en parlant de \u00ab continuer les r\u00e9formes \u00bb. Soyons honn\u00eates : il n\u2019est pas particuli\u00e8rement responsable de la crise actuelle. Mais son discours, ses id\u00e9es affich\u00e9es, et ses premi\u00e8res r\u00e9alisations ont vis\u00e9 \u00e0 l\u2019alignement sur un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 qui vient de s\u2019effondre, alignement qu\u2019il aurait pu r\u00e9aliser s\u2019il avait eu trois ans. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019il y a un an que l\u2019on entendait parler du \u00ab choc de confiance \u00bb que devait cr\u00e9er une politique de l\u2019offre. La l\u00e9gitimit\u00e9 de ce gouvernement pour faire l\u2019oppos\u00e9, contraint et forc\u00e9, est nulle. Je ne m\u2019en r\u00e9jouis pas, car dans la temp\u00eate on a besoin d\u2019un capitaine et pas d\u2019un bateleur.<\/p>\n<p>En conclusion, malgr\u00e9 toutes les similitudes, cette d\u00e9pression n\u2019est pas celle de 1929. Elle est nouvelle et sans doute plus violente. C\u2019est le premier choc d\u00e9mographique plan\u00e9taire. Il y a, pour une raison de d\u00e9calage entre baisse des naissances et baisse de la population, une g\u00e9n\u00e9ration de trop sur terre. Le bon c\u00f4t\u00e9, c\u2019est que les bellig\u00e9rant des ann\u00e9es 1935-1945 n\u2019ont plus la d\u00e9mographie galopante qui avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque aviv\u00e9 les tensions militaires. Esp\u00e9rons que cela suffise \u00e0 \u00e9viter le pire&#8230; Mais une \u00e9conomie de guerre est l\u2019ultime \u00ab solution rationnelle \u00bb \u00e0 une d\u00e9pression. A mon avis, ce n\u2019est pas tant parce que la production d\u2019armements permet d\u2019occuper les cha\u00eenes de fabrication et r\u00e9-enrichir les industriels, c\u2019est tout simplement parce que, pendant quelques ann\u00e9es, les jeunes gens mobilis\u00e9s dans les arm\u00e9es et les usines ne sont pas pay\u00e9s et que les vieux peuvent mourir de faim dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Disons que c\u2019est une mani\u00e8re de s\u2019occuper l\u2019esprit et les nerfs dans une p\u00e9riode d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e. Sinon, il y a aussi les canicules et les \u00e9pid\u00e9mies, comme la Grande Peste de la fin du moyen-\u00e2ge qui a cl\u00f4tur\u00e9 la transition vers le monde plein et limit\u00e9 la population pour un moment.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Dans notre ombre on camoufle tout ce que l\u2019on doit garder pour soi, mais qui est trop lourd \u00e0 porter en soi ; tout ce que l\u2019on ne veut pas que les autres sache sur soi, mais qui est trop lourd \u00e0 cacher en soi\u2026<\/p>\n<p>Vrais chagrins ou fausses peines \u00e7a est bien p\u00e9nible \u00e0 surmonter sans rechigner. La r\u00e9elle d\u00e9mocratie s\u2019arr\u00eate l\u00e0 ou la \u00ab\u00a0vie des peuples\u00a0\u00bb devient l\u2019esclave d\u2019une petite poign\u00e9e d\u2019hommes.<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00bb Dans le butin \u00ab\u00a0le collier d\u2019ambre et de diamant\u00a0\u00bb d\u2019une reine \u00ab\u00a0captive\u00a0\u00bb s\u00e8me toujours le doute et un grand d\u00e9sordre.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le courage et la vertu vengent l\u2019homme libre des poursuites des m\u00e9chants. L\u2019estime de l\u2019homme de bien, la calomnie des traitres, seront en tout temps ma liste civile (Jacques Roux, 1752-1794). * Existe-t-il encore une vraie sortie de crise ? Le monde a perdu tout ses rep\u00e8res, de prudence, de logique et d\u2019abstinence. 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