{"id":122543,"date":"2008-01-10T01:33:19","date_gmt":"2008-01-10T00:33:19","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/sayed-kashua-un-arabe-disrael-en-prime-time\/"},"modified":"2024-01-23T01:52:50","modified_gmt":"2024-01-23T00:52:50","slug":"sayed-kashua-un-arabe-disrael-en-prime-time","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/sayed-kashua-un-arabe-disrael-en-prime-time\/","title":{"rendered":"Sayed Kashua : un Arabe d&rsquo;Isra\u00ebl en prime time"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un journaliste arabe isra\u00e9lien parti interviewer un politicien juif d&rsquo;extr\u00eame droite. Au cours de l&rsquo;entretien, il apprend que le premier ministre vient d&rsquo;adopter le plan de son interlocuteur visant \u00e0 faire passer sous souverainet\u00e9 palestinienne certaines localit\u00e9s arabes d&rsquo;Isra\u00ebl, dont son propre village. Ce scoop le plonge dans des insomnies \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Que faire ? Rester au village et perdre la nationalit\u00e9 isra\u00e9lienne ou bien d\u00e9m\u00e9nager plus \u00e0 l&rsquo;ouest et la conserver ? A bout de forces, il finit par consulter un psy dont le diagnostic est sans appel : \u00ab\u00a0Vous souffrez d&rsquo;une pathologie rare mais bien connue qui s&rsquo;appelle l&rsquo;Arabe isra\u00e9lien et avec laquelle vous devez apprendre \u00e0 vivre car il n&rsquo;y a aucun traitement efficace.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;infortun\u00e9 s&rsquo;appelle Amjad Elayan. Il est le h\u00e9ros d&rsquo;une sitcom drolatique intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Avoda Aravit\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Travail d&rsquo;Arabes\u00a0\u00bb), la premi\u00e8re s\u00e9rie diffus\u00e9e en prime time \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision isra\u00e9lienne dont les protagonistes appartiennent \u00e0 la minorit\u00e9 arabe. Prisonnier de sa n\u00e9vrose identitaire, Amjad est le double du journaliste et romancier Sayed Kashua, le sc\u00e9nariste de cette s\u00e9rie sacril\u00e8ge qui passe \u00e0 la moulinette tous les tabous des Palestiniens citoyens d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Le premier \u00e9pisode commence \u00e0 un check-point en banlieue de J\u00e9rusalem. Vex\u00e9 d&rsquo;\u00eatre syst\u00e9matiquement identifi\u00e9 comme Arabe et donc arr\u00eat\u00e9, Amjad somme sa femme Bushra et leur fille Maya de boucler leur ceinture et de ne parler qu&rsquo;h\u00e9breu. A peine le soldat se penche-t-il \u00e0 la fen\u00eatre de leur voiture que l&rsquo;espi\u00e8gle Maya le salue dans le plus parfait arabe, au grand dam de son p\u00e8re, oblig\u00e9 de se ranger sur le c\u00f4t\u00e9 pour subir une fouille en r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Les huit \u00e9pisodes suivants sont \u00e0 l&rsquo;avenant. M\u00e9taphore burlesque de l&rsquo;ali\u00e9nation culturelle des Arabes isra\u00e9liens, Amjad remplace sa vieille Subaru par une Rover d&rsquo;occasion, suppos\u00e9e faire davantage juif. Anxieux de faire bonne figure au Seder, le d\u00eener de la P\u00e2que juive auquel les parents d&rsquo;une amie de sa fille l&rsquo;ont invit\u00e9, il fait r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 toute sa famille la Haggadah, la pri\u00e8re traditionnelle lue autour de la table.<\/p>\n<p>En retour, Amjad invite ses h\u00f4tes \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer l&rsquo;A\u00efd chez lui et invente pour l&rsquo;occasion un folklore similaire \u00e0 celui du Seder, avec une rengaine du crooner \u00e9gyptien Farid Al-Atrash en guise de pri\u00e8re musulmane. Dans son quartier, o\u00f9 il est le seul \u00e0 rouler avec la ceinture, il est la t\u00eate de turc de ses voisins, persuad\u00e9s quand ils le voient ainsi harnach\u00e9 que la police r\u00f4de dans le coin. \u00ab\u00a0Pour \u00e9crire le sc\u00e9nario, je me suis inspir\u00e9 directement de ma propre vie\u00a0\u00bb, raconte Sayed, un jeune trentenaire dont les chroniques pleines d&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence font les d\u00e9lices des lecteurs du quotidien isra\u00e9lien Haaretz. \u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re, par exemple, refuse de monter en voiture avec moi dans notre village natal, o\u00f9 je suis le seul \u00e0 mettre la ceinture. Il a l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un homo.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Contre toute attente, ce jeu de massacre sous-titr\u00e9 en h\u00e9breu a conquis l&rsquo;audience presque exclusivement juive de la cha\u00eene 2. Avec un Audimat moyen de 19 %, il fait m\u00eame mieux que le reality show \u00ab\u00a0Survivors\u00a0\u00bb diffus\u00e9 \u00e0 la m\u00eame heure sur la cha\u00eene 10, sa concurrente directe. Et pourtant, les Juifs n&rsquo;y sont pas \u00e9pargn\u00e9s. Pour s\u00e9duire Amal, une brillante avocate arabe impliqu\u00e9e dans la d\u00e9fense de sa communaut\u00e9, Me\u00efr, le copain juif d&rsquo;Amjad, s&rsquo;\u00e9chine une apr\u00e8s-midi enti\u00e8re \u00e0 rouler des feuilles de vigne farcies. Quand la belle d\u00e9barque \u00e0 son domicile et raille ses efforts culinaires en citant L&rsquo;Orientalisme, l&rsquo;oeuvre phare de l&rsquo;essayiste palestino-am\u00e9ricain Edward Said, il r\u00e9pond qu&rsquo;il n&rsquo;a pas lu \u00ab\u00a0ce livre de cuisine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans un autre \u00e9pisode, Amjad, qui veut inscrire sa fille dans une \u00e9cole juive, se heurte aux pr\u00e9jug\u00e9s de la directrice qui, d\u00e9couvrant l&rsquo;identit\u00e9 des parents, affirme qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de place dans son \u00e9tablissement. Un d\u00e9boire que Sayed Kashua a lui-m\u00eame connu avant de placer sa fille dans une \u00e9cole mixte de Beit Safafa, le quartier arabe de J\u00e9rusalem o\u00f9 il r\u00e9side.<\/p>\n<p>Ces critiques des travers racistes de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne n&rsquo;ont pas suffi \u00e0 amadouer la presse arabe. Aux yeux de la plupart des commentateurs, l&rsquo;incorrigible Kashua fait figure au mieux d&rsquo;illumin\u00e9, souvent de collabo et au pire de kafir (h\u00e9r\u00e9tique). \u00ab\u00a0Je comprends que mes sarcasmes ne passent pas bien, dit-il. Dans une communaut\u00e9 sous pression comme la n\u00f4tre, il est tr\u00e8s difficile de penser librement. L&rsquo;artiste se doit de combattre l&rsquo;occupation avec des slogans pr\u00e9m\u00e2ch\u00e9s tout en ressassant le paradis perdu d&rsquo;avant-1948.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de sa carri\u00e8re, Sayed Kashua rentre dans ce moule. Il est reporter dans les territoires occup\u00e9s pour KolHa\u00efr, le magazine de J\u00e9rusalem. Traumatis\u00e9 par le d\u00e9ferlement des tanks isra\u00e9liens dans les villes de Cisjordanie en 2002, il se r\u00e9fugie dans la critique gastronomique et t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, avant d&rsquo;\u00eatre recrut\u00e9 il y a trois ans par Haaretz. \u00ab\u00a0Au d\u00e9but mon chef voulait me faire \u00e9crire des trucs politiques. Mais \u00eatre la feuille de vigne d&rsquo;un journal isra\u00e9lien, cela ne m&rsquo;int\u00e9resse pas. Apr\u00e8s quelques pas, je l&rsquo;ai enlev\u00e9e et, depuis, je me prom\u00e8ne \u00e0 poil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chronique apr\u00e8s chronique, Sayed Kashua s&rsquo;am\u00e9nage une place \u00e0 part, ni caution ni bouffon, en creusant la veine de la d\u00e9rision identitaire, d\u00e9sabus\u00e9e et d\u00e9sopilante. Aux journalistes qui demandent \u00e0 cet ovni d&rsquo;atterrir et de d\u00e9cliner son identit\u00e9, il aime \u00e0 r\u00e9pondre : \u00ab\u00a0Je suis un pilote de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air isra\u00e9lienne.\u00a0\u00bb La provocation comme strat\u00e9gie d&rsquo;autod\u00e9fense. Il ne veut pas que les lecteurs en ouvrant Haaretz se disent : \u00ab\u00a0Voyons ce que dit l&rsquo;Arabe de service.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Je veux qu&rsquo;ils aient tout simplement envie de lire Sayed Kashua comme on lit n&rsquo;importe quel autre \u00e9crivain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce ton singulier lui vaut d&rsquo;\u00eatre rep\u00e9r\u00e9 par Dany Faran, le roi du soap opera isra\u00e9lien qui voulait lancer sur les \u00e9crans de ses compatriotes un \u00ab\u00a0Cosby Show\u00a0\u00bb \u00e0 la mode arabe. \u00ab\u00a0Sayed est le Woody Allen des Arabes isra\u00e9liens\u00a0\u00bb, dit-il. En attendant de s&rsquo;atteler \u00e0 la deuxi\u00e8me saison, le duo r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 un \u00e9pisode sp\u00e9cial, consacr\u00e9 au Jour de l&rsquo;ind\u00e9pendance, l&rsquo;anniversaire de la fondation d&rsquo;Isra\u00ebl, qui c\u00e9l\u00e8bre cette ann\u00e9e ses soixante ans. Sayed a d\u00e9j\u00e0 son id\u00e9e. La tradition en Isra\u00ebl veut que les enfants n\u00e9s le Jour de l&rsquo;ind\u00e9pendance re\u00e7oivent des cadeaux de l&rsquo;Etat. \u00ab\u00a0Or Bushra, la femme d&rsquo;Amjad, qui \u00e9tait enceinte, accouche justement ce jour-l\u00e0. Un milliardaire arrive qui promet \u00e0 la famille plusieurs dizaines de millions de dollars, \u00e0 une condition : que le b\u00e9b\u00e9 soit nomm\u00e9 Isra\u00ebl.\u00a0\u00bb Incorrigible, on vous dit. <\/p>\n<p>Le Monde<\/p>\n<p>http:\/\/www.lemonde.fr\/web\/article\/0,1-0,36-996976,0.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un journaliste arabe isra\u00e9lien parti interviewer un politicien juif d&rsquo;extr\u00eame droite. Au cours de l&rsquo;entretien, il apprend que le premier ministre vient d&rsquo;adopter le plan de son interlocuteur visant \u00e0 faire passer sous souverainet\u00e9 palestinienne certaines localit\u00e9s arabes d&rsquo;Isra\u00ebl, dont son propre village. Ce scoop le plonge dans des insomnies \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. 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