{"id":122303,"date":"2007-12-07T14:34:17","date_gmt":"2007-12-07T13:34:17","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/11-septembre-2001-les-francais-en-savaient-long\/"},"modified":"2024-01-23T01:46:18","modified_gmt":"2024-01-23T00:46:18","slug":"11-septembre-2001-les-francais-en-savaient-long","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/11-septembre-2001-les-francais-en-savaient-long\/","title":{"rendered":"11 septembre 2001 : les Fran\u00e7ais en savaient long"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une impressionnante masse de documents. De loin, on croirait une th\u00e8se universitaire. De pr\u00e8s, rien \u00e0 voir. Des coups de tampons rouges \u00ab\u00a0confidentiel-d\u00e9fense\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0usage strictement national\u00a0\u00bb sur chacune des pages. En haut \u00e0 gauche, un logo bleu roi : celui de la DGSE, la Direction g\u00e9n\u00e9rale des services ext\u00e9rieurs, les services secrets fran\u00e7ais. Au total, 328 pages classifi\u00e9es. Notes, rapports, synth\u00e8ses, cartes, graphiques, organigrammes, photos satellite. Le tout exclusivement consacr\u00e9 \u00e0 Al-Qaida, ses chefs, sous-chefs, planques et camps d&rsquo;entra\u00eenement. A ses soutiens financiers aussi. Rien de moins que l&rsquo;essentiel des rapports de la DGSE r\u00e9dig\u00e9s entre juillet 2000 et octobre 2001. Une v\u00e9ritable encyclop\u00e9die.<\/p>\n<p>Au terme de plusieurs mois d&rsquo;enqu\u00eate sur cette documentation tr\u00e8s sp\u00e9ciale, nous prenons contact avec le quartier g\u00e9n\u00e9ral de la DGSE. Et le 3 avril, l&rsquo;actuel chef de cabinet, Emmanuel Renoult, nous re\u00e7oit sur place, dans l&rsquo;enceinte de la caserne des Tourelles \u00e0 Paris. Apr\u00e8s avoir parcouru les 328 pages que nous posons sur son bureau, il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de d\u00e9plorer une telle fuite, tout en nous laissant entendre que ce paquet repr\u00e9sente la quasi-int\u00e9gralit\u00e9 des productions de la DGSE sur le sujet pour cette p\u00e9riode cruciale. En revanche, sur le fond, impossible de lui soutirer le moindre commentaire. Trop sensible.<\/p>\n<p>Il est vrai que ces chroniques des services secrets sur Al-Qaida, avec leurs diverses r\u00e9v\u00e9lations, soul\u00e8vent quantit\u00e9 de questions. Et d&rsquo;abord une surprise : le nombre \u00e9lev\u00e9 de notes uniquement consacr\u00e9es aux menaces d&rsquo;Al-Qaida contre les Etats-Unis, des mois avant les attaques suicides de New York et de Washington. Neuf rapports entiers sur le sujet entre septembre 2000 et ao\u00fbt 2001. Dont une note de synth\u00e8se de cinq pages, intitul\u00e9e\u00a0\u00bbProjet de d\u00e9tournement d&rsquo;avion par des islamistes radicaux\u00a0\u00bb , et marqu\u00e9e d&rsquo;une date\u2026 5 janvier 2001 ! Huit mois avant le 11-Septembre, la DGSE y rapporte les discussions tactiques men\u00e9es depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 2000 entre Oussama Ben Laden et ses alli\u00e9s talibans, au sujet d&rsquo;une op\u00e9ration de d\u00e9tournement d&rsquo;avions de ligne am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Pierre-Antoine Lorenzi, chef de cabinet du patron de la DGSE jusqu&rsquo;en ao\u00fbt 2001, aujourd&rsquo;hui pr\u00e9sident d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans les strat\u00e9gies de crise et d&rsquo;influence (Serenus Conseil), parcourt devant nous ces 328 pages et tombe en arr\u00eat, lui aussi, sur cette note. Il h\u00e9site, prend le temps de la lire et admet : \u00ab\u00a0Je me souviens de celle-l\u00e0.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Il faut se rappeler, pr\u00e9cise M. Lorenzi, que jusqu&rsquo;en 2001, le d\u00e9tournement d&rsquo;avion n&rsquo;a pas la m\u00eame signification qu&rsquo;apr\u00e8s le 11-Septembre. A l&rsquo;\u00e9poque, cela implique de forcer un appareil \u00e0 se poser sur un a\u00e9roport pour mener des n\u00e9gociations. On est habitu\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer \u00e7a.\u00a0\u00bb Mise en perspective utile pour comprendre pourquoi cette alerte du 5 janvier n&rsquo;a provoqu\u00e9 aucune r\u00e9action chez ses destinataires : les piliers du pouvoir ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>D\u00e8s janvier 2001, la direction d&rsquo;Al-Qaida se montre n\u00e9anmoins transparente aux yeux \u2013 et aux oreilles \u2013 des espions fran\u00e7ais. Les r\u00e9dacteurs d\u00e9taillent m\u00eame les d\u00e9saccords entre terroristes sur les modalit\u00e9s pratiques du d\u00e9tournement envisag\u00e9. Jamais ils ne doutent de leur intention. Provisoirement, les djihadistes privil\u00e9gient la capture d&rsquo;un avion entre Francfort et les Etats-Unis. Ils \u00e9tablissent une liste de sept compagnies possibles. Deux seront finalement choisies par les pirates du 11-Septembre : American Airlines et United Airlines (voir fac-simil\u00e9). Dans son introduction, l&rsquo;auteur de la note annonce : \u00ab\u00a0Selon les services ouzbeks de renseignement, le projet d&rsquo;un d\u00e9tournement d&rsquo;avion semble avoir \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 2000 lors d&rsquo;une r\u00e9union \u00e0 Kaboul entre des repr\u00e9sentants de l&rsquo;organisation d&rsquo;Oussama Ben Laden\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des espions ouzbeks renseignent donc les agents fran\u00e7ais. A l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;opposition des fondamentalistes musulmans au r\u00e9gime pro-am\u00e9ricain de Tachkent s&rsquo;est f\u00e9d\u00e9r\u00e9e dans le Mouvement islamique d&rsquo;Ouzb\u00e9kistan, le MIO. Une faction militaire de ce parti, emmen\u00e9e par un certain Taher Youdachev, a rejoint les camps d&rsquo;Afghanistan et pr\u00eat\u00e9 all\u00e9geance \u00e0 Oussama Ben Laden, lui promettant d&rsquo;exporter son djihad en Asie centrale. Des livrets militaires et des correspondances du MIO, trouv\u00e9s dans des camps afghans d&rsquo;Al-Qaida, en attestent.<\/p>\n<p>Alain Chouet a gard\u00e9 en m\u00e9moire cet \u00e9pisode. Il a dirig\u00e9 jusqu&rsquo;en octobre 2002 le Service de renseignement de s\u00e9curit\u00e9, la subdivision de la DGSE charg\u00e9e de suivre les mouvements terroristes. Selon lui, la cr\u00e9dibilit\u00e9 du canal ouzbek trouve son origine dans les alliances pass\u00e9es par le g\u00e9n\u00e9ral Rachid Dostom, l&rsquo;un des principaux chefs de guerre afghans, d&rsquo;ethnie ouzbek lui aussi, et qui combat alors les talibans. Pour plaire \u00e0 ses protecteurs des services de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;Ouzb\u00e9kistan voisin, Dostom a infiltr\u00e9 certains de ses hommes au sein du MIO, jusque dans les structures de commandement des camps d&rsquo;Al-Qaida. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il renseigne ses amis de Tachkent, en sachant que ses informations cheminent ensuite vers Washington, Londres ou Paris.<\/p>\n<p>La formulation de la note fran\u00e7aise de janvier 2001 indique clairement que d&rsquo;autres sources corroborent ces renseignements sur les plans d&rsquo;Al-Qaida. Selon un dispositif bien huil\u00e9 en Afghanistan, la DGSE ne se contente pas d&rsquo;\u00e9changes avec des services secrets amis. Pour percer les secrets des camps, d&rsquo;une part elle manipule et \u00ab\u00a0retourne\u00a0\u00bb des jeunes candidats au djihad originaires des banlieues des grandes villes d&rsquo;Europe. D&rsquo;autre part, elle envoie des hommes du service action aupr\u00e8s de l&rsquo;Alliance du Nord du commandant Massoud. Sans compter les interceptions des t\u00e9l\u00e9phones satellitaires.<\/p>\n<p>Un proche de Pierre Brochand, l&rsquo;actuel patron de la DGSE, nous a assur\u00e9 que le service disposait d&rsquo;une \u00ab\u00a0cellule Oussama Ben Laden\u00a0\u00bb depuis au moins 1995. L&rsquo;alerte du 5 janvier s&rsquo;appuie donc sur un syst\u00e8me \u00e9prouv\u00e9. Alain Chouet, apr\u00e8s nous avoir demand\u00e9 de pr\u00e9ciser qu&rsquo;il ne s&rsquo;exprimait pas au nom des institutions fran\u00e7aises, reste laconique mais clair : \u00ab\u00a0Il est rare qu&rsquo;on transmette un papier sans recouper.\u00a0\u00bb D&rsquo;autant que ledit papier suit et pr\u00e9c\u00e8de de multiples rapports de la DGSE \u00e9tayant la cr\u00e9dibilit\u00e9 des incantations guerri\u00e8res d&rsquo;Oussama Ben Laden.<\/p>\n<p>Dans sa note, la DGSE estime enfin que la volont\u00e9 d&rsquo;Al-Qaida de concr\u00e9tiser son acte de piraterie contre un appareil am\u00e9ricain ne laisse aucun doute : \u00ab\u00a0Au mois d&rsquo;octobre 2000, Oussama Ben Laden a assist\u00e9 \u00e0 une r\u00e9union en Afghanistan au cours de laquelle la d\u00e9cision de principe de mener cette op\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 maintenue.\u00a0\u00bb Nous sommes le 5 janvier 2001, les d\u00e9s sont jet\u00e9s, les Fran\u00e7ais le savent\u2026 Et ils ne sont pas les seuls.<\/p>\n<p>Comme toutes les informations \u00e9voquant des risques contre des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains, la note a \u00e9t\u00e9 transmise \u00e0 la CIA par le service des relations ext\u00e9rieures de la DGSE, responsable des coop\u00e9rations entre alli\u00e9s (renomm\u00e9 depuis service des liaisons). Son premier destinataire est le chef de poste de la CIA \u00e0 Paris, Bill Murray, un francophone au physique de John Wayne, rentr\u00e9 depuis aux \u00c9tats-Unis. Nous avons pu \u00e9tablir le contact, mais M. Murray n&rsquo;a pas souhait\u00e9 donner suite \u00e0 nos demandes. Pierre-Antoine Lorenzi, dont les responsabilit\u00e9s \u00e0 la DGSE couvraient alors les questions relatives \u00e0 la coop\u00e9ration avec les agences \u00e9trang\u00e8res, ne con\u00e7oit pas que ces renseignements-l\u00e0 ne lui aient pas \u00e9t\u00e9 remis : \u00ab\u00a0\u00c7a, typiquement, c&rsquo;est le genre d&rsquo;information qui est transmise \u00e0 la CIA. Ce serait m\u00eame une faute de ne pas l&rsquo;avoir fait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique, deux anciens agents de la CIA sp\u00e9cialistes d&rsquo;Al-Qaida, que nous avons sollicit\u00e9s, ne se souviennent pas d&rsquo;alertes particuli\u00e8res envoy\u00e9es par la DGSE. Ni Gary Berntsen, rattach\u00e9 \u00e0 la direction des op\u00e9rations de l&rsquo;agence de 1982 \u00e0 2005, ni Michael Scheuer, ancien responsable de l&rsquo;unit\u00e9 Ben Laden au si\u00e8ge de la CIA, n&rsquo;ont gard\u00e9 en m\u00e9moire des informations sp\u00e9cifiques en provenance de la DGSE.<\/p>\n<p>A Washington, la commission d&rsquo;enqu\u00eate du Congr\u00e8s sur le 11-Septembre, dans son rapport final publi\u00e9 en juillet 2004, a mis l&rsquo;accent sur l&rsquo;incapacit\u00e9 du FBI, de la CIA ou des services d&rsquo;immigration d&rsquo;agr\u00e9ger des donn\u00e9es \u00e9parses visant certains membres des commandos du 11-Septembre. A aucun moment la commission n&rsquo;a \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 que la CIA aurait r\u00e9percut\u00e9 au pouvoir politique, d\u00e8s janvier 2001, des renseignements \u00e9manant des services fran\u00e7ais sur le choix tactique d&rsquo;Oussama Ben Laden d&rsquo;organiser des d\u00e9tournements d&rsquo;avions am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0, le plus confondant, \u00e0 la lecture des 328 pages de la DGSE, tient peut-\u00eatre dans la juxtaposition entre les notes qui alertent sur des menaces \u2013 comme celle de janvier 2001 \u2013 et celles qui d\u00e9crivent tr\u00e8s t\u00f4t, et avec minutie, le fonctionnement de l&rsquo;organisation. D\u00e8s le 24 juillet 2000, avec la r\u00e9daction d&rsquo;un rapport de treize pages intitul\u00e9\u00a0\u00bbLes r\u00e9seaux d&rsquo;Oussama Ben Laden\u00a0\u00bb, l&rsquo;essentiel se r\u00e9v\u00e8le consign\u00e9 noir sur jaune p\u00e2le, la couleur des originaux de la DGSE. Le contexte, les d\u00e9tails anecdotiques et tous les aspects strat\u00e9giques relatifs \u00e0 Al-Qaida y figurent d\u00e9j\u00e0. Bien souvent, les documents ult\u00e9rieurs se contentent de les pr\u00e9ciser. Ainsi, l&rsquo;hypoth\u00e8se de la mort de Ben Laden \u2013 qui a connu un certain succ\u00e8s en septembre 2006 \u2013 prend, dans cette note du 24 juillet 2000, les intonations d&rsquo;un refrain connu, mais n\u00e9anmoins fond\u00e9 : \u00ab\u00a0L&rsquo;ex-Saoudien, qui vit depuis plusieurs ann\u00e9es dans des conditions pr\u00e9caires, se d\u00e9pla\u00e7ant sans cesse, de camp en camp, souffre \u00e9galement de probl\u00e8mes r\u00e9naux et dorsaux. (\u2026) Des rumeurs r\u00e9currentes font \u00e9tat de sa mort prochaine, mais il ne para\u00eet pas avoir, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, chang\u00e9 ses habitudes de vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sur un clich\u00e9 a\u00e9rien du 28 ao\u00fbt 2000, les agents de la DGSE localisent un homme-cl\u00e9, tr\u00e8s proche d&rsquo;Oussama Ben Laden. Son nom : Abou Khabab. Cet artificier d&rsquo;origine \u00e9gyptienne, connu pour avoir enseign\u00e9 la science des explosifs artisanaux \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations de djihadistes, constitue une cible en th\u00e9orie prioritaire. Dans deux notices biographiques sur ce personnage, du 25 octobre 2000 et du 9 janvier 2001, la DGSE \u00e9num\u00e8re les renseignements \u00e9chang\u00e9s avec le Mossad isra\u00e9lien, la CIA et les services de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9gyptiens \u00e0 son sujet. On n&rsquo;ignore rien de son parcours et de ses d\u00e9placements.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9galement le cas d&rsquo;Omar Chabani, l&rsquo;\u00e9mir charg\u00e9 d&rsquo;encadrer tous les militants alg\u00e9riens venus en Afghanistan, selon la DGSE. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 2001, Al-Qaida a mis des infrastructures \u00e0 la disposition du Groupe salafiste pour la pr\u00e9dication et le combat (GSPC), le mouvement terroriste alg\u00e9rien dont le chef historique Hassan Hattab, ex-alli\u00e9 de Ben Laden, a souscrit en 2006 \u00e0 la politique de r\u00e9conciliation nationale du pr\u00e9sident alg\u00e9rien Abdelaziz Bouteflika \u2013 ce qui avait provoqu\u00e9 l&rsquo;ire des jeunes g\u00e9n\u00e9rations du GSPC. Celles-ci ont repris depuis le mois d&rsquo;octobre la lutte arm\u00e9e d\u00e9laiss\u00e9e par leurs a\u00een\u00e9s, en se r\u00e9clamant d&rsquo;un nouveau GSPC \u2013 renomm\u00e9 Al-Qaida pour le Maghreb islamique \u2013 qui semble \u00eatre responsable des attentats du 11 avril \u00e0 Alger.<\/p>\n<p>En marge des aspects op\u00e9rationnels sur le fonctionnement d&rsquo;Al-Qaida, ces documents de la DGSE proposent un autre regard sur les relais politiques de son chef. Un exemple : dans une note du 15 f\u00e9vrier 2001 consacr\u00e9e en partie aux risques d&rsquo;attentats contre la base militaire fran\u00e7aise de Djibouti, les auteurs rel\u00e8vent la pr\u00e9sence dans le pays du repr\u00e9sentant d&rsquo;Oussama Ben Laden pour la Corne de l&rsquo;Afrique, Nidal Abdel Hay al Mahainy. L&rsquo;homme, arriv\u00e9 sur place le 26 mai 2000 est-il pr\u00e9cis\u00e9, a, ni plus ni moins, \u00ab\u00a0rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique djiboutienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;Arabie saoudite qui appara\u00eet comme une pr\u00e9occupation constante \u00e0 propos des sympathies ext\u00e9rieures \u00e0 l&rsquo;Afghanistan dont profite Oussama Ben Laden. Les rapports de la DGSE explorent ses relations avec des hommes d&rsquo;affaires et diverses organisations de ce pays. Certaines personnalit\u00e9s saoudiennes ont proclam\u00e9 leur hostilit\u00e9 \u00e0 Al-Qaida, mais, manifestement, elles n&rsquo;ont pas convaincu tout le monde. Pierre-Antoine Lorenzi se souvient bien de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des responsables du renseignement fran\u00e7ais : \u00ab\u00a0La DGSE a eu beaucoup de mal \u00e0 consid\u00e9rer d\u00e9finitivement qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus de relation avec la monarchie saoudienne, parce qu&rsquo;il \u00e9tait en rupture de ban. C&rsquo;\u00e9tait difficile \u00e0 admettre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La note du 24 juillet 2000 mentionne un virement de 4,5 millions de dollars au profit du chef d&rsquo;Al-Qaida par l&rsquo;International Islamic Relief Organisation (IIRO), une structure directement plac\u00e9e sous la tutelle de la Muslim World League, elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;instrument politique des oul\u00e9mas saoudiens. Il faudra attendre pourtant le 3 ao\u00fbt 2006 pour que des bureaux de l&rsquo;IIRO figurent sur la liste officielle des organisations de financement du terrorisme du d\u00e9partement am\u00e9ricain du Tr\u00e9sor. Au cours de ce mois de juillet 2000, deux ans apr\u00e8s les attentats de Nairobi et Dar-es-Salam, les auteurs de ce m\u00e9mo doutent de la sinc\u00e9rit\u00e9 des positions affich\u00e9es par la famille Ben Laden elle-m\u00eame : \u00ab\u00a0Il semble de plus en plus probable qu&rsquo;Oussama Ben Laden ait gard\u00e9 des contacts avec certains membres de sa famille, bien que celle-ci, qui dirige l&rsquo;un des plus importants groupes de travaux publics dans le monde, l&rsquo;ait officiellement reni\u00e9. L&rsquo;un de ses fr\u00e8res jouerait un r\u00f4le d&rsquo;interm\u00e9diaire dans ses contacts professionnels ou le suivi de ses affaires.\u00a0\u00bb Selon M. Lorenzi, c&rsquo;est la r\u00e9currence de ces doutes, et plus sp\u00e9cifiquement l&rsquo;ambivalence de l&rsquo;IIRO, qui conduiront la DGSE \u00e0 se mobiliser avec le Quai d&rsquo;Orsay, en 1999, quand la diplomatie fran\u00e7aise proposera aux Nations unies une convention internationale contre le financement du terrorisme.<\/p>\n<p>Une autre note des services secrets fran\u00e7ais, dat\u00e9e du 13 septembre 2001, et intitul\u00e9e \u00ab\u00a0El\u00e9ments sur les ressources financi\u00e8res d&rsquo;Oussama Ben Laden\u00a0\u00bb, r\u00e9it\u00e8re ces soup\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;encontre du Saudi Ben Laden Group, l&#8217;empire familial. Elle pr\u00e9sente aussi un puissant banquier, autrefois proche de la famille royale, comme l&rsquo;architecte historique d&rsquo;un dispositif bancaire qui \u00ab\u00a0semble avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour transf\u00e9rer au terroriste des fonds provenant des pays du Golfe\u00a0\u00bb. Une annexe de cette note du 13 septembre 2001 r\u00e9pertorie les actifs a priori sous le contr\u00f4le direct d&rsquo;Oussama Ben Laden. Surprise, au milieu de structures connues que le\u00a0\u00bbCheikh\u00a0\u00bb a dirig\u00e9es au Soudan, au Y\u00e9men, en Malaisie et en Bosnie figure encore, en 2001, un h\u00f4tel situ\u00e9 \u00e0 La Mecque, en Arabie saoudite.<\/p>\n<p>Alain Chouet exprime un r\u00e9el scepticisme sur la volont\u00e9 des autorit\u00e9s de Riyad d&rsquo;appr\u00e9hender Oussama Ben Laden avant le 11-Septembre : \u00ab\u00a0Sa d\u00e9ch\u00e9ance de la nationalit\u00e9 saoudienne est une pantalonnade (\u2026) A ma connaissance, personne n&rsquo;a mis quoi que ce soit en \u0153uvre pour le capturer entre 1998 et 2001.\u00a0\u00bb En t\u00e9moigne cette note du 2 octobre 2001 \u2013 \u00ab\u00a0Le d\u00e9part du prince Turki al-Fay\u00e7al, chef des services de renseignement saoudiens : une \u00e9viction politique\u00a0\u00bb \u2013 qui r\u00e9v\u00e8le les dessous de ce spectaculaire limogeage juste avant le 11-Septembre. Les auteurs soulignent \u00ab\u00a0les limites de l&rsquo;influence saoudienne en Afghanistan (\u2026) Lors de r\u00e9cents voyages \u00e0 Kandahar du prince Turki, il n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 convaincre ses interlocuteurs d&rsquo;extrader Oussama Ben Laden.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et six ans plus tard ? Dans un ample rapport de la DGSE que nous avons pu consulter, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Arabie saoudite, un royaume en p\u00e9ril ?\u00a0\u00bb et dat\u00e9 du 6 juin 2005, les agents fran\u00e7ais dressent un bilan plus positif des initiatives du r\u00e9gime saoudien contre Al-Qaida. Certains paragraphes trahissent toutefois des craintes persistantes. Les services secrets fran\u00e7ais redoutent toujours les penchants pour la guerre sainte de quelques docteurs de la foi saoudiens.<\/p>\n<p>http:\/\/www.lemonde.fr\/web\/article\/0,1-0@2-3224,36-896448@51-892780,0.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une impressionnante masse de documents. De loin, on croirait une th\u00e8se universitaire. De pr\u00e8s, rien \u00e0 voir. Des coups de tampons rouges \u00ab\u00a0confidentiel-d\u00e9fense\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0usage strictement national\u00a0\u00bb sur chacune des pages. En haut \u00e0 gauche, un logo bleu roi : celui de la DGSE, la Direction g\u00e9n\u00e9rale des services ext\u00e9rieurs, les services secrets fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-122303","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122303","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=122303"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/122303\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=122303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=122303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=122303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}