{"id":121407,"date":"2007-08-17T06:21:28","date_gmt":"2007-08-17T05:21:28","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/caramel\/"},"modified":"2024-01-23T01:41:36","modified_gmt":"2024-01-23T00:41:36","slug":"caramel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/caramel\/","title":{"rendered":"Caramel"},"content":{"rendered":"<p>Vu dans une salle parisienne, tout film libanais prend un autre go\u00fbt. Depuis quelques ann\u00e9es, j&rsquo;en ai vu quelques-uns, ceux de Ghassan Salhab (Terra incognita, Le dernier homme), ceux du couple Joreige aussi, notamment a Perfect Day, Falafel le premier long-m\u00e9trage de Michel Kammoun, la com\u00e9die musicale Bosta l&rsquo;autobus,  \u00e9crite, produite et r\u00e9alis\u00e9e par Philippe Aractingi, etc.<\/p>\n<p>A la magie d&rsquo;entendre des com\u00e9diens parler (malheureusement souvent, r\u00e9citer) en libanais, succ\u00e8de la reconnaissance  de certains lieux de Beyrouth, de certaines situations qui font la magie de la capitale libanaise (bouchons quotidiens, policiers qui draguent, j&rsquo;en passe, et des meilleures), et puis enfin, le g\u00e9n\u00e9rique final, d\u00e9voilant des noms d&rsquo;amis, de camarades de classe, en somme, de personnes qu&rsquo;on a c\u00f4toy\u00e9es, connues, admir\u00e9es, et qui, reconnaissons-le, se d\u00e9brouillent plut\u00f4t bien, pour que le cin\u00e9ma libanais existe. <\/p>\n<p>Sorti mercredi donc, jour de l&rsquo;Assomption, le long-m\u00e9trage de Nadine Labaki, Caramel, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des r\u00e9alisateurs du dernier festival de Cannes, n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de m&rsquo;\u00e9tonner.<\/p>\n<p>Une histoire  simple, un sc\u00e9nario correct et une image parfaite, sign\u00e9e Yves Sehnaoui, magnifiquement cadr\u00e9e, aux couleurs chaudes (influence peut-\u00eatre des publicit\u00e9s et vid\u00e9o-clips musicaux que Labaki et Sehnaoui ont respectivement depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, r\u00e9alis\u00e9s et cadr\u00e9s). <\/p>\n<p>Labaki essaie de suivre au quotidien les journ\u00e9es de quatre jeunes femmes qui tiennent un salon de coiffure \u00e0 travers notamment leurs aventures amoureuses. Layale (interpr\u00e9t\u00e9 par la r\u00e9alisatrice) est la ma\u00eetresse d&rsquo;un homme mari\u00e9, Rima a des tendances ambigu\u00ebs envers les femmes. Nisrine, \u00e0 la veille de son mariage est prise au pi\u00e8ge entre la modernit\u00e9 \u00e0 laquelle elle aspire notamment en prenant comme pseudonyme \u00ab\u00a0Julie Pompidou\u00a0\u00bb et les m\u0153urs des vieilles familles musulmanes ce qui va la conduire \u00e0 vouloir  se faire \u00ab\u00a0recoudre\u00a0\u00bb. Jamale, enfin, refuse de vieillir. Il ne faut pas oublier Rose la couturi\u00e8re, \u00e0 la vue de laquelle on a envie de fredonner \u00ab\u00a0dis moi C\u00e9line, les ann\u00e9es ont pass\u00e9\u2026\u00a0\u00bb et qui s&rsquo;occupe de sa s\u0153ur Lily, caract\u00e8re inspir\u00e9 d&rsquo;une vieille dame du quartier de Gemmayzeh et qui ramasse les feuilles dans la rue, esp\u00e9rant des lettres de son amant disparu.<\/p>\n<p>Ces femmes sont attachantes, et le public f\u00e9minin libanais pourrait s&rsquo;identifier au moins \u00e0 l&rsquo;une d&rsquo;elles. Leurs r\u00e9cits se croisent, s&rsquo;entrecoupent, se superposent. Parfois anecdotiques, leurs apparitions font sourire; Jamale, m\u00e9nopaus\u00e9e, se tache volontairement le habits, Rima, allume le g\u00e9n\u00e9rateur du premier coup, Layale se fait courtiser par un policier (jou\u00e9 par le talentueux Adel Karam) et \u00e0 d\u00e9faut de roses, se voit offrir tous les jours des PV, Nisrine veut avoir, une fois, un pr\u00e9nom fran\u00e7ais, privil\u00e8ge des femmes chr\u00e9tiennes. Et pourtant, ces portraits virent parfois au st\u00e9r\u00e9otype (n\u00e9cessaire certes pour le processus d&rsquo;identification), sans parvenir \u00e0 donner aux caract\u00e8res une \u00e9paisseur psychologique qui aurait accord\u00e9 au film toute sa coh\u00e9rence.<\/p>\n<p>Car, si tout a l&rsquo;air de bien fonctionner, il est un moment dans le film, o\u00f9 le r\u00e9cit s&rsquo;effiloche, laissant place \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;anecdotes, amusantes certes, mais trop rapides.<br \/>\nEn tout cas, mieux vaut se contenter de l&rsquo;ambiance plaisante qui se d\u00e9gage que de chercher \u00e0 comprendre la structure du film, car son plus grand d\u00e9faut, r\u00e9side peut-\u00eatre dans les encha\u00eenements. Je ne citerai qu&rsquo;un seul exemple, celui de l&rsquo;alternance entre les sc\u00e8nes de Nisrine dans le bloc op\u00e9ratoire, et la machine \u00e0 coudre de Rose. Car Nisrine va se faire \u00ab\u00a0recoudre\u00a0\u00bb, on l&rsquo;a bien compris, et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une m\u00e9taphore r\u00e9side indubitablement dans la suggestion que dans la d\u00e9monstration. <\/p>\n<p>Paradoxalement, les autres sujets \u00ab\u00a0tabous\u00a0\u00bb trait\u00e9s par Labaki restent eux, dans l&rsquo;\u00e9voqu\u00e9, le non-dit. Layale retrouve son amant dans sa voiture, gar\u00e9e sous un pont, un peu comme la superbe sc\u00e8ne d&rsquo;Intervention divine, o\u00f9 les amants se retrouvent en voiture dans un no man&rsquo;s land. La question qui se poserait alors serait de savoir ce que cache ce parti pris de la r\u00e9alisatrice; une volont\u00e9 de rester pudique, pour plaire \u00e0 un public moyen oriental o\u00f9 la police laisse les terroristes, trafiquants et autres dangers publics pour s&rsquo;occuper d&rsquo;un couple dans une voiture sous l&rsquo;\u00e9gide de la protection des m\u0153urs, ou une hypocrisie que n&rsquo;\u00e9galerait que la l\u00e2chet\u00e9 d&rsquo;oser nommer un chat un chat.<\/p>\n<p>Combien de jeunes filles se sont-elles reconnues dans le personnage de Nisrine? Combien de jeunes filles \u00e9coutent les explications de leurs m\u00e8res qui tentent, en rougissant, de leur expliquer ce qu&rsquo;est une nuit de noces sans oser dire qu&rsquo;elles le savent d\u00e9j\u00e0 (en th\u00e9orie comme en pratique) depuis longtemps? Car le plus grand tabou r\u00e9side dans la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9mancipation des jeunes femmes, et les traditions qu&rsquo;on a su leur accepter. Ce dilemme est repr\u00e9sent\u00e9 par la jeune femme aux longs cheveux et que Rima va convaincre d&rsquo;adopter un look plus moderne, plus occidental et plus homo certes aussi.<\/p>\n<p>Mercredi soir, donc, dans la salle, la plus grande surprise \u00e9tait les rires des spectateurs. Le regard occidental sur l&rsquo;Orient, terre d&rsquo;exotisme et de sensualit\u00e9, v\u00e9hicul\u00e9 par les r\u00e9cits des voyageurs est in\u00e9vitable. Mais comment expliquer que les orientaux, non seulement se sont plus \u00e0 cette image mais ont fini par y croire? Le cin\u00e9ma, comme le roman, est un miroir promen\u00e9 le long d&rsquo;une route, et le cin\u00e9ma libanais n&rsquo;a pas fini de nous montrer ce qu&rsquo;est l&rsquo;orient aux yeux des occidentaux. Cette remarque en apparence  formelle pose en quelque sorte beaucoup de questions de fond, notamment, le r\u00f4le jou\u00e9 par les productions europ\u00e9ennes, qui financent des films destin\u00e9s aux festivals plus qu&rsquo;aux salles. Une autre question serait celle de l&rsquo;identit\u00e9, au sens sociologique, ne serions-nous pas en train de faire ce que Ghassan Tueni appelle pertinemment \u00ab\u00a0l&rsquo;auto-orientalisme\u00a0\u00bb? D&rsquo;ailleurs, Caramel d\u00e9clanchera-t-il les m\u00eames r\u00e9actions dans les salles libanaises?<\/p>\n<p>En tout cas, Labaki a pu, sans tomber excessivement dans le m\u00e9lodrame (\u00e0 part la sc\u00e8ne de mariage qui est aussi exotique pour moi que pour un parisien d&rsquo;origine) refl\u00e9ter une image ludique et joviale de Beyrouth dans une version plus kitsch de Venus beaut\u00e9, et faire oublier pendant un peu plus d&rsquo;une demi-heure  les conflits dont le pays est la sc\u00e8ne. <\/p>\n<p> Une chose est s\u00fbre, la possibilit\u00e9 de tourner le grand chef-d&rsquo;\u0153uvre du cin\u00e9ma libanais existe encore. <\/p>\n<p>ofphelia@yahoo.fr<\/p>\n<p>Bande d&rsquo;Annonce<\/p>\n<p><object width=\"425\" height=\"350\"><param name=\"movie\" value=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/MdVShbXTSIA\"><\/param><param name=\"wmode\" value=\"transparent\"><\/param><embed src=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/MdVShbXTSIA\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" wmode=\"transparent\" width=\"425\" height=\"350\"><\/embed><\/object><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vu dans une salle parisienne, tout film libanais prend un autre go\u00fbt. Depuis quelques ann\u00e9es, j&rsquo;en ai vu quelques-uns, ceux de Ghassan Salhab (Terra incognita, Le dernier homme), ceux du couple Joreige aussi, notamment a Perfect Day, Falafel le premier long-m\u00e9trage de Michel Kammoun, la com\u00e9die musicale Bosta l&rsquo;autobus, \u00e9crite, produite et r\u00e9alis\u00e9e par Philippe<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-121407","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121407","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121407"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121407\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}