{"id":121241,"date":"2007-07-26T14:22:44","date_gmt":"2007-07-26T13:22:44","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/festival-off-davignon-beyrouth-adrenaline\/"},"modified":"2024-01-23T01:41:25","modified_gmt":"2024-01-23T00:41:25","slug":"festival-off-davignon-beyrouth-adrenaline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/festival-off-davignon-beyrouth-adrenaline\/","title":{"rendered":"FESTIVAL OFF D\u2019AVIGNON &#8211; \u00ab Beyrouth adr\u00e9naline \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\u00e0 la Manufacture Regards crois\u00e9s pour comprendre la guerre &#8211; Aline GEMAYEL<\/p>\n<p>Autre pi\u00e8ce libanaise dans le foisonnement du Festival Off d\u2019Avignon 2007 : \u00ab Beyrouth adr\u00e9naline \u00bb, de Hala Ghosn, coproduction 2006 de la Compagnie du d\u00e9sordre et de l\u2019association La Poursuite. Sur sc\u00e8ne, cinq acteurs figurent huit personnages \u00e0 un moment donn\u00e9 de leur vie, avec la guerre du Liban comme d\u00e9cor, comme fond sonore, comme matrice. Le propos : faire que les jeunes d\u2019une m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, les trentenaires, qu\u2019ils aient v\u00e9cu la guerre \u00e0 Beyrouth ou en exil, puissent enfin s\u2019entendre les uns les autres.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est divis\u00e9e en trois parties : face \u00e0 face deux blocs sur\u00e9lev\u00e9s font office de balcons ; au centre, au niveau du sol, un couloir. Sur les balcons se d\u00e9roulent les sc\u00e8nes \u00ab au Liban \u00bb ; dans l\u2019espace central, les sc\u00e8nes \u00ab en France \u00bb.<\/p>\n<p>Beyrouth ann\u00e9es 80. C\u2019est la guerre vue des deux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un m\u00eame miroir. Il y a ceux qui la vivent sur place, oscillant entre envie de d\u00e9part et engagement meurtrier ; et ceux qui la vivent \u00e0 partir de l\u2019exil, balan\u00e7ant en vain entre compr\u00e9hension et culpabilit\u00e9. Qu\u2019ils l\u2019aient v\u00e9cue en direct ou \u00e0 travers l\u2019\u00e9cran cathodique, elle a d\u00e9termin\u00e9 leurs vies. Des vies sous tension, confinant \u00e0 la folie.<\/p>\n<p>En France, il y a Zyad, conf\u00e9rencier sp\u00e9cialiste du Moyen-Orient et des guerres qui s\u2019y d\u00e9roulent. Il s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Paris d\u00e8s le d\u00e9but du conflit, emmenant dans ses bagages Mona, sa jeune s\u0153ur qui n\u2019avait que 5 ans. Mona vit avec un id\u00e9al de Liban dans la t\u00eate et un seul r\u00eave : y retourner. En attendant, elle d\u00e9verse sa col\u00e8re et sa r\u00e9volte contre son fr\u00e8re qu\u2019elle traite de \u00ab planqu\u00e9 \u00bb ; et elle tente de brider sa culpabilit\u00e9 en s\u2019engageant dans les manifestations \u00e9tudiantes de la moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingts \u00e0 Paris. Toujours sur la sc\u00e8ne parisienne, il y a Sophie, fianc\u00e9e de Zyad, qui tente vainement de comprendre la violence des rapports entre Zyad et Mona. Et qui en essuie les pl\u00e2tres.<\/p>\n<p>Au Liban il y a, sur le balcon de gauche, Marwan, le fr\u00e8re cadet. En attendant son visa pour la France, il s\u2019entra\u00eene pour la course de 400 m\u00e8tres&#8230; sur son balcon. Il vit avec sa vieille tante Najat, qu\u2019on entend marmonner, de temps en temps. Elle a une jeune employ\u00e9e de maison sri lankaise, Sandya. En face, sur le balcon de droite, il y a les voisins : Rima qui attend son mari disparu depuis trois ans et qui essaye, au p\u00e9ril de sa vie, de sauver des tableaux d\u2019art. Elle vit avec son jeune fr\u00e8re Toufic, qui vient de quitter le lyc\u00e9e pour s\u2019engager dans une milice.<\/p>\n<p>Au fil d\u2019incessants allers-retours entre un balcon et l\u2019autre, entre un appartement et un abri, entre la sc\u00e8ne libanaise et la sc\u00e8ne fran\u00e7aise&#8230; le spectateur est trimball\u00e9 d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre. Il se retrouve face \u00e0 cette m\u00eame impossibilit\u00e9 de vivre que connaissent les uns et les autres, des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e. Mais l\u2019univers de Hala Ghosn et de l\u2019association La Poursuite n\u2019est pas confit en tristesse, loin de l\u00e0. Le drame c\u00e8de habilement la place aux situations cocasses. La pi\u00e8ce est tout le temps au bord de l\u2019absurde. \u00c0 peine la gorge se noue que le rire affleure.<\/p>\n<p>Les spectateurs appr\u00e9cient et viennent en nombre assister \u00e0 cette pi\u00e8ce qui leur donne enfin une cl\u00e9 de compr\u00e9hension d\u2019un conflit qui a longtemps fait la une de leurs journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s.<\/p>\n<p>Coauteur et metteur en sc\u00e8ne<\/p>\n<p>Hala Ghosn avait sept mois quand, en 1976, ses parents d\u00e9cident de quitter provisoirement le Liban en feu. Un provisoire qui a dur\u00e9 15 ans. Un provisoire pendant lequel elle a v\u00e9cu en France et n\u2019a connu la guerre que \u00ab vue d\u2019ici \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une formation \u00e0 l\u2019Atelier international de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Paris puis \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Union (CDN du Limousin), Hala Ghosn travaille comme com\u00e9dienne sur plusieurs projets de th\u00e9\u00e2tre et de films. Elle fonde avec cinq autres com\u00e9diens l\u2019association La Poursuite qui monte diff\u00e9rents projets avec des troupes amateurs et intervient dans des lyc\u00e9es.<\/p>\n<p>Avec Beyrouth adr\u00e9naline, elle s\u2019attaque pour la premi\u00e8re fois au th\u00e8me de la guerre du Liban.<\/p>\n<p>\u00ab Les images qui nous parviennent du Liban depuis quelques mois nous rappellent avec effroi ce que nous avons v\u00e9cu, chacun de notre c\u00f4t\u00e9, durant les ann\u00e9es de guerre et d\u2019occupation, \u00e9crit Hala Ghosn dans le dossier de presse de la pi\u00e8ce. Il me semble plus que jamais important de revenir sur ces \u00e9v\u00e9nements qui nous ont intimement d\u00e9chir\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Porter un regard \u00ab plus humanis\u00e9, moins froidement m\u00e9dical \u00bb, c\u2019est ce qu\u2019a cherch\u00e9 \u00e0 faire la jeune metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>\u00ab Avec Jalie Barcilon, nous avions la trame de la pi\u00e8ce, explique Hala Ghosn, mais nous avons \u00e9crit le texte au fur et \u00e0 mesure en travaillant beaucoup avec les acteurs sur sc\u00e8ne. Nous avions le souci que chaque personnage repr\u00e9sente un point de vue diff\u00e9rent. \u00bb<\/p>\n<p>Les parents sont absents de Beyrouth adrenaline. \u00ab Il n\u2019est pas question de parents, souligne Hala Ghosn, car il n\u2019est pas question de clivage entre g\u00e9n\u00e9rations \u00bb mais d\u2019un clivage au sein d\u2019une m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration. \u00ab Je voulais faire voir trois points de vue : le regard de l\u00e0-bas, celui des enfants n\u00e9s avec le conflit ; le regard d\u2019ici, celui des enfants ayant subi les \u00e9v\u00e9nements par m\u00e9dias interpos\u00e9s ; et le regard de l\u2019entre-deux, des enfants franco-libanais. \u00bb Pour la metteur en sc\u00e8ne, il \u00e9tait temps que ces regards se croisent, que \u00ab cette g\u00e9n\u00e9ration, que les trentenaires de ma g\u00e9n\u00e9ration finissent par s\u2019entendre \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est le sens que veut donner Hala Ghosn \u00e0 son engagement dans le th\u00e9\u00e2tre. \u00ab Je veux \u00eatre au plus pr\u00e8s de ce qui nous entoure, comprendre ce qui fait une guerre, ce qui fait l\u2019exil&#8230; \u00bb L\u2019exil vu sous toutes les coutures : celui \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la ville ou du pays ; l\u2019exil de ceux qui partent, mais \u00e9galement l\u2019exil de ceux qui, \u00e0 l\u2019instar des employ\u00e9es de maison sri lankaises, philippines,&#8230; viennent au Liban.<\/p>\n<p>Mais au c\u0153ur de tout ce chaos, Hala Ghosn et ses com\u00e9diens expriment une formidable force de vivre. \u00c0 l\u2019image de cette force qui a permis de surmonter les ann\u00e9es noires et qui faisait l\u2019\u00e9tonnement des<\/p>\n<p>commentateurs.<\/p>\n<p>Cette force, c\u2019est l\u2019adr\u00e9naline de la guerre. Un paroxysme de vie qu\u2019un quotidien normalis\u00e9 a bien du mal \u00e0 procurer&#8230; Mais cela est un autre propos.<\/p>\n<p>Aline GEMAYEL<\/p>\n<p>Orient LE JOUR<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 la Manufacture Regards crois\u00e9s pour comprendre la guerre &#8211; Aline GEMAYEL Autre pi\u00e8ce libanaise dans le foisonnement du Festival Off d\u2019Avignon 2007 : \u00ab Beyrouth adr\u00e9naline \u00bb, de Hala Ghosn, coproduction 2006 de la Compagnie du d\u00e9sordre et de l\u2019association La Poursuite. 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