{"id":120512,"date":"2007-05-15T14:44:33","date_gmt":"2007-05-15T13:44:33","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/en-iran-les-femmes-investissent-le-bloguistanteheran\/"},"modified":"2024-01-23T01:32:43","modified_gmt":"2024-01-23T00:32:43","slug":"en-iran-les-femmes-investissent-le-bloguistanteheran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/en-iran-les-femmes-investissent-le-bloguistanteheran\/","title":{"rendered":"En Iran, les femmes investissent le \u00ab\u00a0bloguistan\u00a0\u00bbT\u00e9h\u00e9ran"},"content":{"rendered":"<p>Intimid\u00e9es, convoqu\u00e9es au tribunal, emprisonn\u00e9es pour atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, celles qui d\u00e9fendent les droits de la femme ont la vie dure en Iran. Aujourd&rsquo;hui, les Iraniennes contournent la censure en racontant leurs d\u00e9convenues sur leurs blogs Internet. <\/p>\n<p>C&rsquo;est leur nouveau refuge, un espace qui r\u00e9siste \u00e0 tous les coups de ciseaux de la censure, et o\u00f9 les matraques de la police ne peuvent pas frapper. Interdites de manifester et priv\u00e9es de tribunes d&rsquo;expression, les Iraniennes ont trouv\u00e9 la solution : le \u00ab bloguistan \u00bb, surnom persan donn\u00e9 \u00e0 la blogosph\u00e8re. Un univers virtuel de tous les possibles, o\u00f9 elles \u00ab crachent \u00bb sur le r\u00e9gime, racontent leur vie sexuelle et d\u00e9fient subtilement les tabous. Sans limite.<\/p>\n<p>\u00ab C&rsquo;est, pour les Iraniennes, un moyen de dire : \u00bbNous r\u00e9sistons et nous continuerons \u00e0 nous mobiliser \u00e0 n&rsquo;importe quel prix*, malgr\u00e9 les arrestations, malgr\u00e9 les pressions \u00bb, constate la sociologue Masserat Amir Ebrahimi, qui y voit la manifestation d&rsquo;un \u00ab nouveau mouvement social \u00bb.<\/p>\n<p>En janvier, alors qu&rsquo;elles s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 rejoindre New Delhi pour assister \u00e0 une conf\u00e9rence, trois activistes f\u00e9ministes sont arr\u00eat\u00e9es \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport Imam Khomeyni et \u00e9chouent \u00e0 la prison d&rsquo;Evine. Branle-bas de combat sur le Net. Telle une \u00e9toile filante, la nouvelle fait le tour des blogs.<\/p>\n<p>\u00ab Talat Taghinia, Mansoureh Shojai et Farnaz Seyfi ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, faites passer le message \u00bb, alertent plus d&rsquo;une centaine de webzines. En un \u00e9clair, l&rsquo;incident arrive aux oreilles de la presse internationale et des organisations de d\u00e9fense des droits de la femme.<\/p>\n<p> Il existe 700 000 blogs en persan, dont une bonne moiti\u00e9 serait tenue par des femmes.<\/p>\n<p> Zohreh Soleimani pour Le Figaro..<\/p>\n<p>Force de l&rsquo;Internet ? En moins de 48 heures, les trois Iraniennes sont finalement lib\u00e9r\u00e9es. En d&rsquo;autres temps, o\u00f9 l&rsquo;information restait facilement censurable, leur histoire aurait \u00e9t\u00e9 tenue au plus grand secret. Et leur sort largement plus incertain. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;Unicode, qui rendit l&rsquo;utilisation du persan possible sur l&rsquo;Internet d\u00e8s 2001, que les Iraniennes ont pu se lancer de plain-pied dans la r\u00e9sistance virtuelle.<\/p>\n<p> On d\u00e9nombre aujourd&rsquo;hui quelque 700 000 blogs r\u00e9dig\u00e9s dans la langue de Hafez, parmi lesquels une bonne moiti\u00e9 serait tenue par des femmes. Tr\u00e8s vite, le \u00ab bloguistan \u00bb s&rsquo;est impos\u00e9 comme l&rsquo;espace id\u00e9al de la contestation.<\/p>\n<p>Les nombreux reporters, qui encha\u00eenent p\u00e9niblement les fermetures de journaux au gr\u00e9 des soubresauts politiques, en ont fait leur nouveau d\u00e9fouloir. C&rsquo;est en se passant des messages sur Internet que les Iraniennes fans de foot, interdites de stades, r\u00e9ussirent, l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, \u00e0 organiser clandestinement des manifestations et \u00e0 se glisser dans les gradins. C&rsquo;est aussi par le biais d&rsquo;une gigantesque p\u00e9tition \u00e9lectronique que les f\u00e9ministes ont lanc\u00e9 la campagne \u00ab Un million de signatures \u00bb r\u00e9clamant l&rsquo;abolition des discriminations dont elles sont victimes.<\/p>\n<p>Au regard de la loi iranienne, inspir\u00e9e par la charia, la femme ne vaut, en effet, bien souvent que la moiti\u00e9 d&rsquo;un homme. C&rsquo;est le cas, notamment, en mati\u00e8re de t\u00e9moignage devant un tribunal et d&rsquo;h\u00e9ritage. La force de ces petits journaux de l&rsquo;Internet a m\u00eame r\u00e9cemment jou\u00e9 un r\u00f4le dans l&rsquo;annulation de la peine de mort de jeunes condamn\u00e9es. Une premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais la magie du blog en Iran ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0. Dans un pays domin\u00e9 par la morale islamique et par des moeurs patriarcales, il sert souvent d&rsquo;exutoire aux Iraniennes d&rsquo;en bas, celles qui n&rsquo;appartiennent ni \u00e0 un groupe politique d&rsquo;opposition, ni \u00e0 une association de d\u00e9fense des droits de la femme. Avec un sacr\u00e9 avantage : l&rsquo;anonymat.<\/p>\n<p>\u00ab Madame la prune \u00bb, \u00ab Madame Soleil \u00bb, \u00ab L&rsquo;\u00e9pouse \u00bb&#8230; Qu&rsquo;elles soient \u00e9tudiantes, femmes au foyer, lesbiennes ou islamistes, elles sont nombreuses \u00e0 s&rsquo;\u00eatre r\u00e9invent\u00e9es une identit\u00e9 pour mieux se l\u00e2cher. \u00ab Gr\u00e2ce au blog, l&rsquo;Iranienne peut tout dire \u00bb, analyse Masserat Amir Ebrahimi. Une sorte de mise \u00e0 nu int\u00e9grale, o\u00f9 tous les sujets qui f\u00e2chent, y compris les questions sexuelles, sont abord\u00e9s dans les moindres d\u00e9tails. \u00ab Coucher avec n&rsquo;importe quel homme ? Ce n&rsquo;est pas un probl\u00e8me \u00bb, confie l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, sous pseudonyme, sur son cyberjournal. Son blog, enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9 au r\u00e9cit de ses \u00e9bats sexuels, vient briser le sacro-saint tabou de la virginit\u00e9 avant le mariage. <\/p>\n<p>Mais, ran\u00e7on du succ\u00e8s, la mobilisation virtuelle n&rsquo;est pas sans risque. \u00c0 l&rsquo;automne 2004, une dizaine de cyberjournalistes se retrouv\u00e8rent au cachot pour s&rsquo;\u00eatre trop \u00ab l\u00e2ch\u00e9s \u00bb dans leurs \u00e9crits.<\/p>\n<p>Depuis, les autorit\u00e9s ne cessent de bloquer, au compte-gouttes, des milliers de blogs et de sites. Au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e, nouvelle offensive gouvernementale : les blogueurs sont, cette fois-ci, somm\u00e9s de faire enregistrer leur nom, sous peine d&rsquo;\u00eatre filtr\u00e9s.<\/p>\n<p> Combat perdu d&rsquo;avance : d\u00e8s le lendemain, Parastoo, une des rebelles les plus contestataires du Web, lance un pied de nez \u00e0 cette nouvelle directive en ajoutant un bandeau sur le c\u00f4t\u00e9 droit de son journal \u00e9lectronique, frapp\u00e9 d&rsquo;un : \u00ab Je n&rsquo;enregistrerai pas mon site ! \u00bb Tr\u00e8s vite, d&rsquo;autres blogueuses embo\u00eetent le pas en d\u00e9non\u00e7ant une \u00ab directive pu\u00e9rile \u00bb.<\/p>\n<p>Parfois, un site peut \u00eatre, en effet, bloqu\u00e9, seulement parce qu&rsquo;il contient le mot \u00ab sexe \u00bb ou \u00ab femme \u00bb. \u00ab C&rsquo;est ridicule \u00bb, souffle une blogueuse r\u00e9volt\u00e9e. \u00ab Quid d&rsquo;une gyn\u00e9cologue qui a besoin de faire des recherches sur l&rsquo;Internet ? \u00bb, s&rsquo;insurge-t-elle.<\/p>\n<p>Espi\u00e8gle dans l&rsquo;\u00e2me, cette jeune pro du Web a appris, comme ses camarades des sites f\u00e9ministes les plus en vue &#8211; Zanestan, Meydaan, We-change&#8230; &#8211; \u00e0 cr\u00e9er une nouvelle adresse \u00e0 chaque fois que la censure s&rsquo;abat sur son blog et \u00e0 en informer ses lecteurs par e-mail.<\/p>\n<p>Et pour parler d&rsquo;amour, elle se r\u00e9fugie dans la m\u00e9taphore.<\/p>\n<p> \u00ab La censure nous pousse \u00e0 \u00eatre plus cr\u00e9atives ! \u00bb, ricane-t-elle.<\/p>\n<p>http:\/\/www.lefigaro.fr\/reportage\/20070428.FIG000000652_en_iran_les_femmes_investissent_le_bloguistan.html<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intimid\u00e9es, convoqu\u00e9es au tribunal, emprisonn\u00e9es pour atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, celles qui d\u00e9fendent les droits de la femme ont la vie dure en Iran. Aujourd&rsquo;hui, les Iraniennes contournent la censure en racontant leurs d\u00e9convenues sur leurs blogs Internet. 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