{"id":120414,"date":"2007-05-06T05:27:59","date_gmt":"2007-05-06T04:27:59","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/sunnites-contre-chiites-et-tous-contre-les-americains\/"},"modified":"2024-01-23T01:32:38","modified_gmt":"2024-01-23T00:32:38","slug":"sunnites-contre-chiites-et-tous-contre-les-americains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/sunnites-contre-chiites-et-tous-contre-les-americains\/","title":{"rendered":"Sunnites contre chiites, et tous contre les Am\u00e9ricains !"},"content":{"rendered":"<p>Moyen-Orient En envisageant s\u00e9rieusement la possibilit\u00e9 d\u2019une attaque \u00e9clair contre l\u2019Iran, les \u00c9tats-Unis s\u2019exposent \u00e0 l\u2019embrasement de tout l\u2019arc chiite dans la r\u00e9gion dont les sunnites seraient les principales victimes. Mais dont ils sortiraient an\u00e9antis. <\/p>\n<p>Paul Bremer, l\u2019homme que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain George W. Bush avait nomm\u00e9 au poste d\u2019administrateur civil de l\u2019Irak, que ses forces venaient d\u2019occuper, n\u2019avait qu\u2019un seul cauchemar : qu\u2019\u00e9clate la confrontation entre les chiites irakiens et les forces d\u2019occupation. Il a quitt\u00e9 l\u2019Irak \u00e0 la fin juin 2004 sans avoir eu \u00e0 vivre un tel sc\u00e9nario. Mais, force est de constater que la Maison-Blanche est bel et bien confront\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e0 ce cauchemar, non seulement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des chiites irakiens, mais aussi et surtout \u00e0 une \u00e9chelle g\u00e9opolitique englobant ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler l\u2019\u00ab arc chiite \u00bb. Celui qui s\u2019\u00e9tend de T\u00e9h\u00e9ran aux r\u00e9gions irakiennes \u00e0 majorit\u00e9 chiite au sud, au centre et dans la capitale Bagdad elle-m\u00eame. Il atteint aussi les r\u00e9gions libanaises de la B\u00e9kaa, du Liban Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, o\u00f9 le Hezbollah chiite a pu s\u2019implanter. Sans oublier les quelques poches chiites au Kowe\u00eft, au Bahre\u00efn et en Arabie Saoudite. Extension du cauchemar : la Syrie, pays majoritairement sunnite, a fait alliance avec T\u00e9h\u00e9ran pour compl\u00e9ter cet arc, de m\u00eame qu\u2019un groupe sunnite, le Hamas palestinien, \u00e0 qui les \u00e9lecteurs ont donn\u00e9 une majorit\u00e9 parlementaire confortable. <\/p>\n<p>Pourtant, jusqu\u2019ici, la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupation am\u00e9ricaine \u00e9tait exclusivement le fait de sunnites irakiens ou de groupes qui ont afflu\u00e9 vers la M\u00e9sopotamie \u00e0 travers la n\u00e9buleuse d\u2019Al-Qa\u00efda. Dans la terminologie officielle am\u00e9ricaine, ces groupes sont qualifi\u00e9s de \u00ab terroristes \u00bb et, dans le meilleurs des cas, de \u00ab rebelles \u00bb ou d\u2019\u00ab insurg\u00e9s \u00bb. Pour  la presse am\u00e9ricaine pro-guerre, ils ne sont ni plus ni moins que des \u00ab voyous \u00bb (\u00ab Thugs \u00bb, utilis\u00e9 par le chroniqueur du Washington Post, Jim Hoagland), ou des \u00ab bandits \u00bb selon Thomas Friedman, du New York Times. Ce dernier est m\u00eame all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 dire que ces gens-l\u00e0 n\u2019\u00e9taient pas des Irakiens, se demandant au passage ironiquement s\u2019il y avait des Irakiens en Irak.<\/p>\n<p>Un autre grand journaliste am\u00e9ricain d\u2019investigation, Seymour Hersh, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 il y a quelques semaines, dans une enqu\u00eate publi\u00e9e par The New Yorker, que les \u00c9tats-Unis avaient lanc\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019op\u00e9rations secr\u00e8tes contre l\u2019Iran, et que le Pentagone avait cr\u00e9\u00e9 une cellule sp\u00e9ciale ayant pour mission d\u2019\u00e9laborer des plans pour une attaque surprise foudroyante contre l\u2019Iran. Des plans qui doivent \u00eatre op\u00e9rationnels vingt-quatre heures apr\u00e8s avoir re\u00e7u les ordres du pr\u00e9sident Bush. Le vice-pr\u00e9sident Dick Cheney a pr\u00e9sent\u00e9 les d\u00e9tails de ce plan et le dispositif logistique r\u00e9gional qu\u2019il requiert, lors de sa derni\u00e8re visite en Arabie Saoudite. Ce faisant, il a court-circuit\u00e9 John Negroponti, le directeur du renseignement national, qui pourrait d\u00e9missionner en signe de protestation. Si cette nouvelle strat\u00e9gie, que certains experts de la Maison-Blanche appellent \u00ab redirection \u00bb, ou r\u00e9orientation, est appliqu\u00e9e, elle risquerait de provoquer une confrontation ouverte avec les chiites de toute la r\u00e9gion. En Iran, mais aussi en Irak et au Liban. Elle apporte aussi, paradoxalement, un soutien inesp\u00e9r\u00e9 aux groupes sunnites radicaux qui se sont illustr\u00e9s par leur action militaire contre l\u2019occupation am\u00e9ricaine, et par leur pros\u00e9lytisme id\u00e9ologique en faveur d\u2019un islam int\u00e9griste. <\/p>\n<p>Il s\u2019agit, en fait, d\u2019une strat\u00e9gie susceptible d\u2019exacerber le brasier sunnite-chiite qui d\u00e9vore chaque jour les enfants de l\u2019Irak, et dont les victimes sont estim\u00e9es \u00e0 des centaines de milliers de morts. L\u2019incendie pourrait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de tous les pays o\u00f9 existe un d\u00e9s\u00e9quilibre d\u00e9mographique entre groupes sunnites et chiites. C\u2019est le cas de l\u2019Arabie Saoudite et de la majorit\u00e9 des pays arabes dans lesquels ce d\u00e9s\u00e9quilibre est \u00e0 l\u2019avantage des sunnites, ou encore \u00e0 l\u2019Irak et l\u2019Iran o\u00f9 les chiites sont plus nombreux.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie repose sur une recette perverse et destructrice : la balkanisation sectaire et confessionnelle. Certains \u00e9crits am\u00e9ricains non seulement justifient son bien-fond\u00e9, mais encouragent l\u2019administration am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019adopter en tant que strat\u00e9gie finale pour le Moyen-Orient en g\u00e9n\u00e9ral et les pays du Levant historique (Proche-Orient) en particulier. C\u2019est en tout cas ce que pr\u00e9conise Robert D. Kaplan, le directeur de la r\u00e9daction du mensuel am\u00e9ricain de droite, Atlantic Monthly.<\/p>\n<p>Dans un article intitul\u00e9 \u00ab Faire bouger l\u2019Histoire \u00bb qu\u2019il a r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9dition europ\u00e9enne du Wall Street Journal, Kaplan \u00e9crit : \u00ab Les pays situ\u00e9s entre la M\u00e9diterran\u00e9e et la Perse n\u2019avaient que peu de consistance avant le XXe si\u00e8cle. La Palestine, le Liban, la Syrie et l\u2019Irak n\u2019\u00e9taient que de vagues entit\u00e9s g\u00e9ographiques. Quant \u00e0 la Jordanie, elle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e nulle part. Ainsi, si l\u2019on supprimait les trac\u00e9s officiels des fronti\u00e8res sur la carte, on se trouverait avec un croquis brouillon dessin\u00e9 \u00e0 la main pour des blocs d\u00e9mographiques sunnites et chiites dont les contours transgressent les fronti\u00e8res officielles [\u2026] S\u2019il fallait trouver une vague ressemblance au Moyen-Orient avec l\u2019ex-Yougoslavie, c\u2019est bien dans la partie qui s\u2019\u00e9tend du Liban jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Iran qu\u2019il conviendrait de la situer. Une r\u00e9gion faisant face aujourd\u2019hui au d\u00e9p\u00e9rissement du syst\u00e8me \u00e9tatique qui, durant de longues d\u00e9cennies, a pu se substituer \u00e0 la disparition de l\u2019empire ottoman. \u00bb  Robert D. Kaplan pr\u00e9tend qu\u2019aucun homme d\u2019\u00c9tat depuis Napol\u00e9on Bonaparte n\u2019a autant troubl\u00e9 le Proche-Orient que ne l\u2019a fait \u2013 et le fait toujours \u2013 G. W. Bush. Il conclut son article en encourageant ce dernier \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans son \u0153uvre de destruction de l\u2019ordre post-ottoman car, dit-il, les cons\u00e9quences ne pourraient \u00eatre pires que celles d\u00e9coulant de l\u2019effondrement de l\u2019empire sovi\u00e9tique !<\/p>\n<p>Kaplan s\u2019attarde aussi sur la d\u00e9composition et l\u2019effondrement progressif des Balkans \u00e0 travers l\u2019Histoire, pour comparer ce processus avec ce qui devrait se passer au Proche-Orient. L\u00e0, la \u00ab balkanisation devrait se terminer avec la d\u00e9composition de ses \u2018\u00c9tats int\u00e9rieurs\u2019 \u00bb comme la Syrie et l\u2019Irak, respectivement d\u00e9sign\u00e9s comme la Grande Syrie et la M\u00e9sopotamie. Pour donner du poids \u00e0 son argumentaire, Kaplan adopte un ton dramatique et p\u00e9remptoire : l\u2019Irak d\u2019avant l\u2019invasion am\u00e9ricaine repr\u00e9sentait un grave danger avec le maintien au pouvoir d\u2019un dictateur comme Saddam Hussein, soutenu par \u00ab une bande de voyous sunnites \u00bb, mart\u00e8le-t-il. Qu\u2019adviendrait-il, si un tel r\u00e9gime irakien, avec la hausse des prix du p\u00e9trole, devenait une puissance r\u00e9gionale forte et prosp\u00e8re ? Quant \u00e0 la Syrie, elle aura \u00e0 conna\u00eetre davantage de divisions confessionnelles et ethniques qui ne manqueront pas d\u2019aggraver les crises de son r\u00e9gime dictatorial, entra\u00eenant une mont\u00e9e en puissance de l\u2019islamisme au sein de sa population majoritairement sunnite. Autant de facteurs quasi structurels emp\u00eachant toute r\u00e9forme d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>La seule vertu d\u2019un tel discours est son extr\u00eame franchise, voire son cynisme. En effet, Kaplan ne s\u2019embarrasse gu\u00e8re en affirmant : \u00ab \u00c0 la place de la d\u00e9mocratie, il vaut mieux pour l\u2019administration Bush de s\u2019accommoder [au Proche-Orient]de n\u2019importe quelle forme de gouvernance. Qu\u2019on regarde bien les cartes du Moyen \u00c2ge o\u00f9 les fronti\u00e8res entre les r\u00e9gions \u00e9taient floues, que ce soit en M\u00e9sopotamie ou au Kurdistan, des r\u00e9gions sous influence perse.\u00bb<\/p>\n<p>Les questions qui se posent aujourd\u2019hui sont les suivantes : faut-il combattre le r\u00e9gime iranien pour son influence croissante en Irak, en Syrie, au Liban et en Palestine ? Pour les dangers suppos\u00e9s li\u00e9s \u00e0 l\u2019enrichissement de l\u2019uranium ? Pour la menace qu\u2019il repr\u00e9sente contre la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl et les risques de d\u00e9stabilisation de l\u2019Arabie Saoudite, du Kowe\u00eft et de Bahre\u00efn ? Ou plut\u00f4t pour des raisons g\u00e9opolitiques qui lui permettraient de retrouver sa gloire d\u2019antan sous la monarchie et d\u2019\u00eatre une grande puissance r\u00e9gionale faisant face au monde arabe dans ses composantes sunnites et chiites ?<\/p>\n<p>Quel que soit le plan nourri par les \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde arabe, il est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 patent qu\u2019ils vont d\u2019\u00e9chec en \u00e9chec dans le dossier des tensions entre chiites et sunnites. Ils cr\u00e9ent actuellement les conditions pour transformer ces \u00e9checs en une catastrophe de grande ampleur. Elle se traduirait par un surcro\u00eet de revers subis par l\u2019occupation am\u00e9ricaine de l\u2019Irak, et r\u00e9duirait dangereusement les options politiques et militaires dont pourrait disposer Washington pour r\u00e9gler la question irakienne. Elle risque m\u00eame de lui bloquer toute strat\u00e9gie de sortie \u00ab honorable \u00bb du bourbier irakien.<\/p>\n<p>Le plus inqui\u00e9tant est que cette situation porte en elle les dangers d\u2019une d\u00e9sint\u00e9gration de la r\u00e9gion, dont la guerre civile qui ravage aujourd\u2019hui l\u2019Irak pr\u00e9sente un avant-go\u00fbt. La division entre sunnites et chiites ne date certes pas d\u2019aujourd\u2019hui. Elle est m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e dans l\u2019histoire de l\u2019islam comme la \u00ab grande discorde \u00bb. Elle ne remonte pas \u00e0 1374, mais \u00e0 la mort du proph\u00e8te Mohammad en 632. Au-del\u00e0 de son caract\u00e8re religieux et th\u00e9ologique, c\u2019est aussi et surtout une question politique, d\u00e9mographique, sociale, \u00e9conomique et culturelle.<\/p>\n<p>En envahissant l\u2019Irak, les \u00c9tats-Unis ont permis aux plus extr\u00e9mistes des chiites d\u2019instrumentaliser cette question qui avait longtemps empoisonn\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019islam. Ces z\u00e9lotes irakiens ne font plus la diff\u00e9rence entre les sunnites irakiens et les wahhabites saoudiens. Sur les sites Internet qu\u2019ils dirigent, ils prof\u00e8rent des menaces de mort contre les principaux hommes politiques irakiens de confession sunnite, y compris ceux qui font partie du gouvernement actuel, et appellent \u00e0 abattre une mosqu\u00e9e sunnite chaque fois qu\u2019une mosqu\u00e9e chiite est d\u00e9truite.<\/p>\n<p>Dans son approche de la question irakienne, Washington n\u2019a pas pris en compte un fait : l\u2019\u00e9quilibre sunnite-chiite n\u2019est pas forc\u00e9ment le fruit de l\u2019acceptation par la minorit\u00e9 sunnite d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9e par la majorit\u00e9 chiite ; elle ob\u00e9it \u00e0 une \u00e9quation d\u00e9mographique plus vaste et qui se traduit par le fait que les chiites dans le monde musulman sont quelque 200 millions sur 1,3 milliard de musulmans. \u00c0 cela, il convient d\u2019ajouter qu\u2019une bonne partie de la tension entre les deux confessions en Irak n\u2019est pas due \u00e0 des facteurs politiques, comme l\u2019accaparement par les chiites de la majorit\u00e9 des si\u00e8ges au Parlement, mais \u00e0 des consid\u00e9rations dogmatiques. \u00c0 tort ou \u00e0 raison, les sunnites ont l\u2019impression que le r\u00e9veil du chiisme \u2013 y compris les conversions parmi les sunnites d\u2019Irak et de Syrie, o\u00f9 les rumeurs font \u00e9tat de la conversion du Grand Mufti de la R\u00e9publique, qui doit \u00eatre obligatoirement sunnite, au chiisme \u2013 vise \u00e0 affaiblir la doctrine sunnite et \u00e0 diviser ses adeptes. Le fait que ce mouvement de pros\u00e9lytisme se fait, affirment certaines sources, avec le soutien logistique et financier de l\u2019Iran chiite, n\u2019est pas de nature \u00e0 calmer les esprits.<\/p>\n<p>Les strat\u00e8ges de la Maison-Blanche, o\u00f9 l\u2019on compte les t\u00e9nors des n\u00e9o-conservateurs, n\u2019ont pas r\u00e9alis\u00e9 que les milices chiites et les groupes arm\u00e9s sunnites, en se faisant la guerre entre eux, portent en fait le coup de gr\u00e2ce \u00e0 la strat\u00e9gie politique et militaire am\u00e9ricaine en Irak. Car les deux groupes antagonistes sont pareillement anti-am\u00e9ricains, qu\u2019ils aient combattu l\u2019occupation ou pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 garder un silence calculateur ou opportuniste \u00e0 son \u00e9gard. Durant les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019occupation, quand le mausol\u00e9e des deux plus grands imams du chiisme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit \u00e0 Samarra, l\u2019occupant am\u00e9ricain \u00e9tait pratiquement en \u00e9tat d\u2019alliance non d\u00e9clar\u00e9e avec la plupart des milices chiites irakiennes, ce qui lui a permis de man\u0153uvrer confortablement avec les groupes sunnites, qu\u2019ils soient engag\u00e9s dans l\u2019action politique ou dans la lutte arm\u00e9e. Apr\u00e8s le 6 f\u00e9vrier 2006, la situation s\u2019est retourn\u00e9e et l\u2019action des milices chiites a pris de l\u2019ampleur. D\u00e9sormais elles ne se contentent plus d\u2019actions de repr\u00e9sailles, mais se sont transform\u00e9es en un quasi-\u00c9tat militaro-s\u00e9curitaire dans l\u2019\u00c9tat. Les Am\u00e9ricains se sont inqui\u00e9t\u00e9s du saut qualitatif de leurs op\u00e9rations, avec le recours \u00e0 un armement sophistiqu\u00e9, en provenance de l\u2019Iran voisin, d\u2019apr\u00e8s de nombreux rapports de renseignement.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces d\u00e9veloppements, les palabres en vogue sur un conflit sunnite-chiite dans la r\u00e9gion ne sont que l\u2019arbre qui cache la for\u00eat : \u00e0 savoir la d\u00e9faite au quotidien de l\u2019occupation am\u00e9ricaine en Irak, l\u2019immense et inqui\u00e9tant vide politique r\u00e9sultant du blocage du processus de paix au Proche-Orient et du refus de Washington d\u2019y jouer un r\u00f4le et, enfin, l\u2019impasse des r\u00e9gimes arabes alli\u00e9s des \u00c9tats-Unis qui ne s\u2019av\u00e8rent d\u2019aucune utilit\u00e9 pour leur parrain, ne pouvant ni l\u2019aider \u00e0 r\u00e9sister aux coups de ses ennemis, ni passer \u00e0 la contre-offensive, ni lui assurer les conditions d\u2019une retraite honorable. Last but not least, aux probl\u00e8mes proche-orientaux viennent s\u2019ajouter les innombrables probl\u00e8mes que les \u00c9tats-Unis s\u2019appr\u00eatent \u00e0 affronter, ou affrontent d\u00e9j\u00e0, en Afghanistan, au Pakistan et en Turquie.<\/p>\n<p>Mais le pire est encore \u00e0 venir. Plus les chiites pressentent que leur s\u00e9curit\u00e9 ne sera pas assur\u00e9e par les \u00c9tats-Unis ou le maintien de l\u2019occupation, plus ils lorgneront vers l\u2019Iran. Plus les pressions am\u00e9ricaines et occidentales sur l\u2019Iran pour le dissuader d\u2019enrichir l\u2019uranium s\u2019accentueront, plus le r\u00e9gime iranien s\u2019immiscera dans les affaires int\u00e9rieures irakiennes en prenant partie pour les mouvements chiites. Plus les pr\u00e9mices de la guerre fratricide entre chiites et sunnites se pr\u00e9cisent, plus T\u00e9h\u00e9ran se trouvera, \u00e0 son corps d\u00e9fendant et \u00e0 plus ou moins courte \u00e9ch\u00e9ance, entra\u00een\u00e9e dans cette guerre. Les sunnites irakiens, principales victimes de ces d\u00e9veloppements, ont de plus en plus conscience des dangers d\u2019une \u00e9radication et d\u2019un partage de l\u2019Irak entre chiites et Kurdes qui les menacent. Les sunnites en Palestine, au Liban et en Syrie, o\u00f9 le Golan est toujours occup\u00e9 depuis 1967 par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne, se sentent eux aussi menac\u00e9s.<\/p>\n<p>On comprend pourquoi le quatri\u00e8me anniversaire de la \u00ab lib\u00e9ration \u00bb de l\u2019Irak n\u2019a pas donn\u00e9 lieu aux r\u00e9jouissances festives qu\u2019un tel \u00e9v\u00e9nement aurait d\u00fb inspirer. Des dizaines de milliers de morts tombent chaque jour sur la terre m\u00e9sopotamienne et \u00e9clipsent les congratulations obsc\u00e8nes bruyamment exprim\u00e9es par les bourreaux irakiens et am\u00e9ricains. Soulignons aussi que les massacres quotidiens ne sont plus les faits des hommes d\u2019Al-Qa\u00efda. Ils sont le r\u00e9sultat d\u2019une guerre civile dans laquelle les Irakiens tuent d\u2019autres Irakiens. Le cauchemar tant craint par l\u2019ancien administrateur am\u00e9ricain Paul Bremer est devenu une r\u00e9alit\u00e9 sanglante, barbare, inqualifiable.<\/p>\n<p>Rep\u00e8res chronologiques<\/p>\n<p>632 : Mort de Mahomet. Abou Bakr est choisi calife pour lui succ\u00e9der, au grand dam des partisans d\u2019Ali, ou chiites, qui estimaient que cette fonction lui revenait.<\/p>\n<p>656 : Ali est enfin proclam\u00e9 calife apr\u00e8s l\u2019assassinat de son pr\u00e9d\u00e9cesseur Othman.<\/p>\n<p>661 : Assassinat d\u2019Ali. Mouawiya, gouverneur de Syrie, se proclame calife. La \u00ab Grande Discorde \u00bb en Islam \u00e9clate. <\/p>\n<p>680 : Hussein fils d\u2019Ali proclame depuis la ville de Kerbela (Irak) la r\u00e9volution contre le califat omeyyade (sunnite) \u00e0 Damas qui envoie des troupes pour le d\u00e9faire. Il sera d\u00e9capit\u00e9. Sa mort donne naissance, au sein des chiites, \u00e0 l\u2019imamisme, en tout douze imams issus d\u2019Ali, consid\u00e9r\u00e9 comme  le premier d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>873 : mort de Hassan al-Askari, 11e imam sans h\u00e9ritier adulte. Son fils, Mohammad al-Mahdi, dispara\u00eet, laissant \u00e0 ses repr\u00e9sentants dans tout le monde musulman le soin de diriger les chiites pendant son absence. C\u2019est la \u00ab petite absence \u00bb.<\/p>\n<p>1258 : les Mongols, conduits par Hulagu, d\u00e9truisent Bagdad et mettent fin au califat abbasside.<\/p>\n<p>1501 : Isma\u00efl Ier, fondateur de la dynastie safavide en Perse, d\u00e9cr\u00e8te le chiisme religion officiel de l\u2019empire  safavide.<\/p>\n<p>1920-1922 : les Arabes irakiens, sunnites et chiites, main dans la main, se r\u00e9voltent contre le mandat britannique.<\/p>\n<p>1922-1924 : Mustapha Kemal Atat\u00fcrk abolit le califat ottoman islamique.<\/p>\n<p>1978-1979 : vastes \u00e9meutes populaires contraignant le chah d\u2019Iran \u00e0 fuir. Retour de l\u2019imam Khomeiny de son exil fran\u00e7ais pour y \u00e9tablir la R\u00e9publique islamique.<\/p>\n<p>1979 : Saddam Hussein s\u2019empare de la totalit\u00e9 du pouvoir en Irak.<\/p>\n<p>1980-1988 : guerre irako-iranienne.<\/p>\n<p>1982 : Isra\u00ebl envahit le Sud-Liban et occupe Beyrouth. Fondation du parti du Hezbollah au Liban.<\/p>\n<p>1983 : un attentat au camion pi\u00e9g\u00e9, attribu\u00e9 au Hezbollah, tue 241 militaires am\u00e9ricains \u00e0 Beyrouth.<\/p>\n<p>2001 : attentats suicide du 11-Septembre \u00e0 New York. Les \u00c9tats-Unis envahissent l\u2019Afghanistan et renversent le r\u00e9gime sunnite des taliban.<\/p>\n<p>2003: les \u00c9tats-Unis envahissent et occupent l\u2019Irak.<\/p>\n<p>Les principaux acteurs chiites en Irak<\/p>\n<p>Ayatollah Ali Sistani (1930-)<\/p>\n<p>C\u2019est la plus grande autorit\u00e9 spirituelle chiite en Irak. N\u00e9 en Iran, il fait ses \u00e9tudes \u00e0 Qom, le grand centre du chiisme iranien, avant de s\u2019installer \u00e0 Najaf (Irak) en 1951 pour poursuivre ses \u00e9tudes th\u00e9ologiques. Contrairement \u00e0  Khomeiny, il pense que les religieux ne doivent pas faire de politique. Cela ne l\u2019emp\u00eachera pas de jouer un r\u00f4le politique actif depuis l\u2019invasion am\u00e9ricaine de l\u2019Irak en 2003, et d\u2019\u0153uvrer pour f\u00e9d\u00e9rer les diff\u00e9rentes factions chiites.<\/p>\n<p>Moqtada Sadre (1973-)<\/p>\n<p>C\u2019est le petit-fils de l\u2019ayatollah Mohammad Sadiq al-Sadre, assassin\u00e9 avec deux de ses fils en 1999 \u00e0 Najaf. Il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une grande influence dans la banlieue est de Bagdad qui porte, depuis 2003, le nom de Sadre City. C\u2019est le chef de la milice chiite connue sous le nom d\u2019\u00ab Arm\u00e9e du Mahdi \u00bb qui affronta militairement les forces am\u00e9ricaines \u00e0 deux reprises. Il s\u2019appuie au Parlement sur un groupe de d\u00e9put\u00e9s et a particip\u00e9 au gouvernement de Nouri al-Maliki, avant de le quitter en avril dernier en raison de son refus d\u2019exiger un calendrier de retrait des Am\u00e9ricains en Irak. Les forces am\u00e9ricaines ont essay\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de l\u2019arr\u00eater, mais sans succ\u00e8s. On le dit actuellement r\u00e9fugi\u00e9 en Iran.<\/p>\n<p>Abdelaziz al-Hakim (1950-)<\/p>\n<p>Le chef du Conseil sup\u00e9rieur de la r\u00e9volution islamique (CSRI), l\u2019un des principaux groupes chiites en Irak. Il est le fils de l\u2019ayatollah Mohsen al-Hakim, qui fut, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1970, le chef spirituel supr\u00eame des chiites dans le monde. Il a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 sous le r\u00e8gne de Saddam. \u00c0 sa lib\u00e9ration, il choisit de s\u2019installer en Iran o\u00f9 il fonde, en 1982, le CSRI et les milices arm\u00e9es connues sous le nom de \u00ab Bataillons Badre \u00bb. Il s\u2019est rendu en 2006 \u00e0 Washington pour exhorter le pr\u00e9sident Bush \u00e0 ne pas retirer ses forces d\u2019Irak.<\/p>\n<p>s.hadidi@libertysurf.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moyen-Orient En envisageant s\u00e9rieusement la possibilit\u00e9 d\u2019une attaque \u00e9clair contre l\u2019Iran, les \u00c9tats-Unis s\u2019exposent \u00e0 l\u2019embrasement de tout l\u2019arc chiite dans la r\u00e9gion dont les sunnites seraient les principales victimes. Mais dont ils sortiraient an\u00e9antis. Paul Bremer, l\u2019homme que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain George W. Bush avait nomm\u00e9 au poste d\u2019administrateur civil de l\u2019Irak, que ses<\/p>\n","protected":false},"author":1134,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-120414","post","type-post","status-publish","format-standard"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120414","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1134"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120414"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120414\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}