{"id":116613,"date":"2023-11-28T23:41:10","date_gmt":"2023-11-28T22:41:10","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=116613"},"modified":"2023-11-28T23:42:06","modified_gmt":"2023-11-28T22:42:06","slug":"les-ravages-de-la-peche-a-la-dynamite-au-liban","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/les-ravages-de-la-peche-a-la-dynamite-au-liban\/","title":{"rendered":"Les ravages de la p\u00eache \u00e0 la dynamite au Liban"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Alors que le Liban traverse une crise financi\u00e8re sans pr\u00e9c\u00e9dent, les p\u00eacheurs tentent de survivre par la p\u00eache \u00e0 la dynamite. Un fl\u00e9au social et environnemental.<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"texte\">\n<p class=\"indication_lieu\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Par\u00a0<a class=\"lienauteur\" style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/spip.php?page=memeauteur&amp;auteur=Weilian+Zhu%2C+Itzel+Marie+Diaz+et+Rita+Boulos+Chahwan\">Weilian Zhu, Itzel Marie Diaz et Rita Boulos Chahwan<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p>Attabl\u00e9 dans la cour de sa maison, dans un quartier portuaire de la ville de Tripoli, Sayed<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh_2A\" class=\"spip_note\" title=\"Le pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 \u00e0 sa demande.\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/Au-Liban-ils-pechent-a-la-dynamite-pour-survivre#nb_2A\" rel=\"appendix\">*<\/a>]<\/span>, p\u00eacheur d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, d\u00e9guste un caf\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 par sa femme. Les b\u00e9quilles qui l\u2019accompagnent depuis un violent accident de voiture sont pos\u00e9es par terre. Dans sa bouche ab\u00eem\u00e9e o\u00f9 il ne lui reste que deux dents, une cigarette qu\u2019il ne tarde pas \u00e0 allumer. C\u2019est avec celle-ci qu\u2019il fait une d\u00e9monstration de l\u2019effet du feu sur le\u00a0<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/Agriculture-les-ammonitrates-des-produits-banals-a-haut-risque\">nitrate d\u2019ammonium<\/a>.<\/p>\n<p>D\u2019un sac noir, il a extrait une poign\u00e9e de poudre verte qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9e dans une assiette. Sa famille assiste au lugubre spectacle.\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>C\u2019est avec cela que je fabrique ma dynamite<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, explique-t-il avec s\u00e9rieux. Le vieil homme verse le nitrate dans un bout de plastique qu\u2019il boudine machinalement. C\u2019est sa femme qui lui apporte du fil pour resserrer le tout. Il ne lui manque plus que le d\u00e9tonateur pour faire exploser la pr\u00e9paration artisanale.<\/p>\n<p>Sayed est un ancien p\u00eacheur \u00e0 la dynamite, une pratique ill\u00e9gale. M\u00eame s\u2019il n\u2019a rien oubli\u00e9 de sa fabrication, il assure s\u2019\u00eatre retir\u00e9 du march\u00e9.<\/p>\n<div class=\"spip_document_75461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende\" data-legende-len=\"165\" data-legende-lenx=\"xxx\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01252.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><figcaption class=\"spip_doc_legende\">\n<div class=\"spip_doc_titre\"><em>\u00c0 ce b\u00e2tonnet de dynamite, il ne manque plus que le d\u00e9tonateur pour qu\u2019il soit utilis\u00e9 comme petite bombe dans les eaux libanaises.\u00a0\u00a9 Itzel Marie Diaz \/ Reporterre<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pays du c\u00e8dre mais aussi de la mer, le Liban abrite\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/www.fao.org\/3\/cb4201en\/cb4201en.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">quarante-quatre\u00a0ports<\/a>\u00a0et une p\u00eache majoritairement artisanale. La p\u00eache \u00e0 la dynamite a \u00e9volu\u00e9 au fil des tumultes de l\u2019histoire. Durant la guerre civile (1975-1990), les b\u00e2tonnets de dynamite \u00e9taient monnaie courante.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, c\u2019est dans les camps palestiniens, comme \u00e0 Nhar-al-Bared, \u00e0 15\u00a0kilom\u00e8tres au nord de Tripoli, qu\u2019on peut en trouver pr\u00eats \u00e0 l\u2019emploi. D\u2019autres p\u00eacheurs, comme Sayed, pr\u00e9f\u00e8rent la fabriquer. Si les recettes diff\u00e8rent, tous utilisent le nitrate d\u2019ammonium, un fertilisant vendu dans n\u2019importe quel magasin agricole et \u00e0 l\u2019origine de l\u2019<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Explosions_au_port_de_Beyrouth_de_2020\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">explosion du port de Beyrouth<\/a>\u00a0en ao\u00fbt 2020.<\/p>\n<p>La dynamite\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>maison<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0n\u00e9cessite \u00e9galement un d\u00e9tonateur, interdit \u00e0 la vente publique mais facilement trouvable sur le march\u00e9 noir. Pour le reste, chacun y va de ses astuces. Certains ajoutent du sucre, d\u2019autres du charbon de bois. Avec les crises \u00e9conomiques des derni\u00e8res ann\u00e9es, les techniques se sont encore affin\u00e9es. Des r\u00e9cifs artificiels de carcasses de voitures sont cr\u00e9\u00e9s pour faire des pouponni\u00e8res propices \u00e0 la concentration de poissons.<\/p>\n<div class=\"spip_document_75470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende\" data-legende-len=\"230\" data-legende-lenx=\"xxx\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01243.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><figcaption class=\"spip_doc_legende\">\n<div class=\"spip_doc_titre\"><em>La poudre de nitrate d\u2019ammonium est utilis\u00e9e par les p\u00eacheurs \u00e0 la dynamite du littoral libanais. Cette pratique ill\u00e9gale est aussi dangereuse pour les fonds marins que pour les humains eux-m\u00eames.\u00a0\u00a9 Itzel Marie Diaz \/ Reporterre<\/em><\/div>\n<\/figcaption><div><\/div>\n<\/figure>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019autres, \u00e9conomisant le fioul, prennent la mer \u00e0 la nage en poussant un pneu flottant charg\u00e9 de dynamite et bombardent les bancs de poissons. Un sac de 50\u00a0kg explosant \u00e0 une profondeur de 60\u00a0m\u00e8tres poss\u00e8de un rayon de 50\u00a0m\u00e8tres et permet de r\u00e9colter jusqu\u2019\u00e0 4\u00a0tonnes de poissons. Apr\u00e8s l\u2019explosion, les p\u00eacheurs n\u2019ont qu\u2019\u00e0 attendre la remont\u00e9e de leur butin.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Les poissons sont tu\u00e9s par l\u2019onde de choc qui provoque des l\u00e9sions h\u00e9morragiques des branchies<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, explique Rami Khodr, directeur technique au laboratoire\u00a0<span class=\"caps\">RBML<\/span>\u00a0Food Labs \u00e0 Beyrouth. D\u2019une redoutable efficacit\u00e9, la p\u00eache \u00e0 la dynamite est particuli\u00e8rement implant\u00e9e dans les r\u00e9gions pauvres du Nord-Liban.<\/p>\n<div class=\"spip_document_75464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende\" data-legende-len=\"147\" data-legende-lenx=\"xxx\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\"><em><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01700.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><\/em><figcaption class=\"spip_doc_legende\">\n<div class=\"spip_doc_titre\"><em>Sayed, de confession chr\u00e9tienne comme beaucoup d\u2019habitants du quartier d\u2019Al Mina, assure s\u2019\u00eatre retir\u00e9 du march\u00e9.\u00a0\u00a9 Itzel Marie Diaz \/ Reporterre<\/em><\/div>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<h2><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2 class=\"spip\">Survivre \u00e0 la mis\u00e8re<\/h2>\n<p>Assis sous un abri en t\u00f4le avec des compagnons de p\u00eache, Amir<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a class=\"spip_note\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/Au-Liban-ils-pechent-a-la-dynamite-pour-survivre#nb_2A\" rel=\"appendix\">*<\/a>]<\/span>, trente-quatre\u00a0ans, prend son mal en patience. \u00c0 cause d\u2019une m\u00e9t\u00e9o instable, il n\u2019a pas pu sortir en mer. L\u2019homme vit \u00e0 Aabdeh, dans la r\u00e9gion d\u2019Akkar. La fronti\u00e8re syrienne n\u2019est qu\u2019\u00e0 une douzaine de kilom\u00e8tres. Les environs sont pauvres et d\u00e9laiss\u00e9s, les effluves de poissons et de gasoil s\u2019\u00e9chappent de ce petit port de p\u00eache.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Les poissons sont de plus en plus petits et il y en a de moins en moins<\/i>, s\u2019attriste-t-il.\u00a0<i>Nous sommes parfois oblig\u00e9s d\u2019aller plus loin pour en trouver, mais cela co\u00fbte tr\u00e8s cher en gasoil.<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0Alors, pour lui, ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que certains se tournent vers la p\u00eache ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>\u00c0 deux heures de route au nord de Beyrouth, Tripoli n\u2019est plus la cit\u00e9 ph\u00e9nicienne florissante d\u2019antan. La ville \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pauvre avant la crise \u00e9conomique, mais depuis 2019, les Tripolitains ont rejoint les r\u00e9fugi\u00e9s syriens et palestiniens dans la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Alors que le jour se l\u00e8ve sur cette ville d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, c\u2019est l\u2019effervescence sur le port. Les bateaux de p\u00eacheurs sont rentr\u00e9s de leurs nuits de chasse. Sur les \u00e9tals du march\u00e9, des dizaines d\u2019esp\u00e8ces marines gisent dans des bacs de glace. Difficile de deviner lesquelles ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9es gr\u00e2ce aux explosifs.\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>La dynamite<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>? Pas de \u00e7a ici<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0assure un des vendeurs, manifestement choqu\u00e9 par la question.<\/p>\n<h2 class=\"spip\">\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Il s\u2019est allum\u00e9 une cigarette et la dynamite a explos\u00e9<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/h2>\n<p>Si la pand\u00e9mie suivie de l\u2019explosion du port de Beyrouth avait d\u00e9j\u00e0 affaibli le pays, la crise financi\u00e8re survenue en 2019 et toujours en cours a an\u00e9anti une bonne partie de l\u2019espoir des Libanais. Le pays subit une inflation qui s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e pour atteindre\u00a0<a href=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/pdf\/1lbnea2023002.pdf\">270<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>% en glissement annuel en avril 2023<\/a>. Cette crise a plong\u00e9\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/www.unescwa.org\/sites\/default\/files\/news\/docs\/21-00634-_multidimentional_poverty_in_lebanon_-policy_brief_-_en.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">plus de 80<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>% des Libanais<\/a>\u00a0dans la pr\u00e9carit\u00e9 et la moiti\u00e9 en \u00e9tat d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Pour tenter de s\u2019en sortir, les habitants travaillent nuit et jour. Ainsi, les p\u00eacheurs n\u2019appartiennent plus seulement \u00e0 la mer. Ils sont \u00e9galement taxis, tenanciers de caf\u00e9s, chauffeurs de bus. Beaucoup ont d\u00fb vendre leurs bateaux.\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>C\u2019est triste, car la p\u00eache est une tradition familiale, un h\u00e9ritage<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, dit Amir.<\/p>\n<div class=\"spip_document_75465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende\" data-legende-len=\"140\" data-legende-lenx=\"xxx\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01707.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><figcaption class=\"spip_doc_legende\">\n<div class=\"spip_doc_titre\"><em>Sur les \u00e9tals des march\u00e9s de Tripoli, difficile de d\u00e9terminer quels poissons ont \u00e9t\u00e9 p\u00each\u00e9s \u00e0 la dynamite.\u00a0\u00a9 Itzel Marie Diaz \/ Reporterre<\/em><\/div>\n<\/figcaption><div><\/div>\n<\/figure>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bassem est un autre p\u00eacheur du port de Aabdeh. Sous un soleil br\u00fblant, assis sur une chaise en plastique, il raconte l\u2019accident de son p\u00e8re qui a perdu sept doigts en manipulant de la dynamite\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Il \u00e9tait en mer. Il y avait de la pluie, du vent. Il s\u2019est allum\u00e9 une cigarette et la dynamite a explos\u00e9. Depuis, il a arr\u00eat\u00e9 d\u2019en utiliser.<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Selon la fondation Safadi, une structure qui d\u00e9veloppe des projets durables au Liban, 5<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>% des p\u00eacheurs ont recours \u00e0 la p\u00eache \u00e0 la dynamite.\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00c0 Tripoli, cette technique a connu une baisse plusieurs ann\u00e9es de suite avant une recrudescence en 2019<\/i>, relate Samer Fatfat, consultant \u00e0 la fondation Safadi.\u00a0<i>Sur les plages d\u2019Akkar, elle est demeur\u00e9e constante.<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<h2 class=\"spip\">Corruption et omerta<\/h2>\n<p>Sur les 30\u00a0kilom\u00e8tres de littoral entre Tripoli et la Syrie, l\u2019arm\u00e9e est vite d\u00e9bord\u00e9e. Rien qu\u2019au port d\u2019Al Mina \u00e0 Tripoli, plus de 1\u00a0800\u00a0p\u00eacheurs sont enregistr\u00e9s. Les entr\u00e9es et les sorties du port par ces embarcations de moins de 7\u00a0m\u00e8tres, en bois et \u00e9quip\u00e9es d\u2019un moteur, se font par un simple contr\u00f4le visuel de l\u2019arm\u00e9e depuis la digue.<\/p>\n<p>Si les autorit\u00e9s manquent clairement de moyens, ne disposant m\u00eame pas d\u2019assez de carburant pour arr\u00eater les p\u00eacheurs ill\u00e9gaux, elles peuvent aussi \u00eatre de m\u00e8che avec les hors-la-loi. Sur le port d\u2019Al Mina, les p\u00eacheurs ill\u00e9gaux sont connus de tous, mais l\u2019omerta p\u00e8se sur celui qui oserait les d\u00e9noncer.<\/p>\n<p>Quant au pr\u00e9sident du syndicat de p\u00eache, sillonnant la corniche et les souks de poissons \u00e0 bord de sa Mercedes noire rutilante, il balaie la question d\u2019un revers de la main\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Nous n\u2019avons pas la mission d\u2019arr\u00eater les p\u00eacheurs et s\u2019ils sont arr\u00eat\u00e9s c\u2019est pour quelques jours de prison seulement.<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0La corruption co\u00fbte pourtant cher aux p\u00eacheurs ill\u00e9gaux. Selon l\u2019un d\u2019entre eux, 40<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>% des recettes sont destin\u00e9es \u00e0 la corruption, les 60<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>% restants \u00e9tant partag\u00e9s entre son \u00e9quipage et lui.<\/p>\n<p>Pourtant,\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/faolex.fao.org\/docs\/pdf\/leb144524.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">une loi<\/a>\u00a0r\u00e9gissant les r\u00e8gles de la p\u00eache au Liban\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/www.fao.org\/faolex\/results\/details\/en\/c\/LEX-FAOC144524\/\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">existe depuis 1929<\/a>. La dynamite y est formellement interdite. Mais \u00e0 l\u2019image d\u2019un pays qui n\u2019a plus de pr\u00e9sident depuis un an, l\u2019\u00c9tat se d\u00e9lite et les lois ne sont pas appliqu\u00e9es.<\/p>\n<div class=\"spip_document_75466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende\" data-legende-len=\"137\" data-legende-lenx=\"xxx\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01140.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><figcaption class=\"spip_doc_legende\">\n<div class=\"spip_doc_titre\"><em>Le petit port de p\u00eache d\u2019Aabdeh, dans la r\u00e9gion d\u2019Akkar, est l\u2019une des zones les plus pauvres du Liban.\u00a0\u00a9 Itzel Marie Diaz \/ Reporterre<\/em><\/div>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des p\u00eacheurs vont m\u00eame bombarder la r\u00e9serve naturelle de l\u2019archipel des Palmiers, en face de Tripoli, o\u00f9 toute activit\u00e9 humaine est th\u00e9oriquement interdite. Les explosions endommagent non seulement les fonds marins, mais contribuent aussi \u00e0 la diminution des stocks halieutiques sans distinction des petits et des gros poissons.<\/p>\n<p>Une analyse toxicologique r\u00e9alis\u00e9e par le laboratoire\u00a0<span class=\"caps\">RBML<\/span>\u00a0Food Labs, qui a test\u00e9 trois poissons provenant d\u2019un march\u00e9 de Tripoli, a constat\u00e9 que l\u2019int\u00e9rieur des poissons contenait une importante quantit\u00e9 d\u2019ammonium<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"R\u00e9sultat de l\u2019analyse de RBML Food Labs\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019augmentation de NH4 dans les\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/Au-Liban-ils-pechent-a-la-dynamite-pour-survivre#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>. Mais du fait de l\u2019utilisation massive de ce fertilisant dans l\u2019agriculture, il est difficile de savoir si cette pollution est issue des dynamites ou du ruissellement terrestre.<\/p>\n<p>Chaque jour, une centaine de bombes sont l\u00e2ch\u00e9es dans les eaux libanaises par des p\u00eacheurs, descendants de Ph\u00e9niciens r\u00e9put\u00e9s fins navigateurs. Dans ces contr\u00e9es meurtries, la mer est le t\u00e9moin constant des trag\u00e9dies. \u00c0 chaque fois qu\u2019un conflit a provoqu\u00e9 la fermeture de l\u2019espace maritime, les p\u00eacheurs ont retrouv\u00e9 une mer riche en poissons. Mais le cycle naturel est sans cesse rattrap\u00e9 par la spirale mortif\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"gallery30171\">\n<div class=\"galleria-container notouch galleria-theme-twelve\">\n<div class=\"galleria-stage\">\n<div class=\"galleria-images\">\n<div class=\"galleria-image\">\n<div class=\"galleria-layer\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"galleria-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/reporterre.net\/IMG\/jpg\/dsc01257.jpg\" width=\"705\" height=\"470\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"galleria-image-nav\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"galleria-thumbnails-container\">\n<div class=\"galleria-thumbnails-list\">\n<div class=\"galleria-thumbnails\">\n<div class=\"galleria-image lazy\"><em><img decoding=\"async\" src=\"data:image\/gif;base64,R0lGODlhAQABAPABAP\/\/\/wAAACH5BAEKAAAALAAAAAABAAEAAAICRAEAOw==\" \/><span style=\"font-size: 14px;\">Sayed est originaire de Tripoli, l\u2019une des villes les plus pauvres du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en.<\/span><\/em><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"galleria-bar\">\n<div class=\"galleria-s1\"><\/div>\n<div class=\"galleria-s2\"><\/div>\n<div class=\"galleria-s3\"><\/div>\n<div class=\"galleria-s4\" style=\"text-align: center;\">**<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Ce reportage a \u00e9t\u00e9 produit avec le soutien de l\u2019Earth Journalism Network d\u2019Internews.<\/h2>\n<div class=\"encart encart_gris noprint\">\n<p>Alors que les alertes sur le front de l\u2019environnement se multiplient, nous avons un petit service \u00e0 vous demander. Nous esp\u00e9rons que les derni\u00e8res semaines de 2023 comporteront des avanc\u00e9es pour l\u2019\u00e9cologie. Quoi qu\u2019il arrive, les journalistes de\u00a0<i>Reporterre<\/i>\u00a0seront l\u00e0 pour vous apporter des informations claires et ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>Les temps sont difficiles, et nous savons que tout le monde n\u2019a pas la possibilit\u00e9 de payer pour de l\u2019information. Mais nous sommes financ\u00e9s exclusivement par les dons de nos lectrices et lecteurs\u00a0: nous d\u00e9pendons de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de celles et ceux qui peuvent se le permettre. Ce soutien vital signifie que des millions de personnes peuvent continuer \u00e0 s\u2019informer sur le p\u00e9ril environnemental, quelle que soit leur capacit\u00e9 \u00e0 payer pour cela.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 beaucoup d\u2019autres,\u00a0<i>Reporterre<\/i>\u00a0ne dispose pas de propri\u00e9taire milliardaire ni d\u2019actionnaires\u00a0: le m\u00e9dia est \u00e0 but non lucratif. De plus, nous ne diffusons aucune publicit\u00e9. Ainsi, aucun int\u00e9r\u00eat financier ne peut influencer notre travail. \u00catre libres de toute ing\u00e9rence commerciale ou politique nous permet d\u2019enqu\u00eater de fa\u00e7on ind\u00e9pendante. Personne ne modifie ce que nous publions, ou ne d\u00e9tourne notre attention de ce qui est le plus important.<\/p>\n<p>Avec votre soutien, nous continuerons \u00e0 rendre les articles de\u00a0<i>Reporterre<\/i>\u00a0ouverts et gratuits, pour que tout le monde puisse les lire. Ainsi, davantage de personnes peuvent prendre conscience de l\u2019urgence environnementale qui p\u00e8se sur la population, et agir. Ensemble, nous pouvons exiger mieux des puissants, et lutter pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Quel que soit le montant que vous donnez, votre soutien est essentiel pour nous permettre de continuer notre mission d\u2019information pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.\u00a0<strong>Si vous le pouvez, choisissez un soutien mensuel, \u00e0 partir de seulement 1\u00a0\u20ac. Cela prend moins de deux minutes, et vous aurez chaque mois un impact fort en faveur d\u2019un journalisme ind\u00e9pendant d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cologie. Merci.<\/strong><\/p>\n<p><a class=\"bt_soutenir\" href=\"https:\/\/reporterre.net\/dons\">Soutenir Reporterre<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le Liban traverse une crise financi\u00e8re sans pr\u00e9c\u00e9dent, les p\u00eacheurs tentent de survivre par la p\u00eache \u00e0 la dynamite. Un fl\u00e9au social et environnemental. &nbsp; &nbsp; Par\u00a0Weilian Zhu, Itzel Marie Diaz et Rita Boulos Chahwan Attabl\u00e9 dans la cour de sa maison, dans un quartier portuaire de la ville de Tripoli, Sayed\u00a0[*], p\u00eacheur<\/p>\n","protected":false},"author":1103,"featured_media":116615,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":{"0":"post-116613","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-alaune-fr"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1103"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116613"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116613\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/116615"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}