{"id":101645,"date":"2022-12-13T13:34:46","date_gmt":"2022-12-13T12:34:46","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=101645"},"modified":"2022-12-13T13:34:46","modified_gmt":"2022-12-13T12:34:46","slug":"une-expedition-punitive-pour-contraindre-au-dialogue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/une-expedition-punitive-pour-contraindre-au-dialogue\/","title":{"rendered":"Une exp\u00e9dition punitive pour contraindre au dialogue ?"},"content":{"rendered":"<p><em>(<a href=\"https:\/\/alumniusj.org\/article\/elias-haddad-fmd-1934-un-pionnier-de-la-caricature-au-liban\/25\/04\/2020\/53\">Elias Haddad: Place des martyrs Beyrouth 1956<\/a>)<\/em><\/p>\n<h3><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><span style=\"color: #666699;\">La mise \u00e0 mort du politique, dans les soci\u00e9t\u00e9s plurielles, exige le meurtre rituel de la ville, de l\u2019essence de l\u2019urbanit\u00e9, cadre du vivre-ensemble politiquement. L\u2019urbicide de Beyrouth et son corollaire, le spatiocide ou morcellement de l\u2019espace public, par tous les moyens possibles, visent \u00e0 maintenir l\u2019\u00c9tat en situation de vassalit\u00e9 et \u00e0 contraindre au dialogue les forces politiques. Le dialogue, dans ces conditions, est le terme pudique pour dire \u00ab\u00a0capitulation\u00a0\u00bb.<\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y eut la procession dissuasive des chemises noires du Hezbollah. Il y eut la razzia sanglante sur Beyrouth le 7 mai 2008 des miliciens du m\u00eame Hezbollah. Il y eut les ratonnades punitives des\u00a0<em>bassidjis<\/em>\u00a0du tandem Amal-Hezbollah, dont celles foment\u00e9es contre les manifestants de la r\u00e9volte du 17 octobre. Il y eut l\u2019exp\u00e9dition arm\u00e9e de Tayyouneh qui n\u2019a pas servi de le\u00e7on aux\u00a0<em>bassidjis\u00a0<\/em>en question. On vient de vivre une escapade contre le c\u0153ur d\u2019Achrafieh d\u2019une cohorte de motocycles, moyen de d\u00e9placement favori des sous-fifres chiites du \u00ab\u00a0Parti de Dieu\u00a0\u00bb qui ont \u00e9t\u00e9 vertement accueillis par les \u00ab\u00a0Soldats du Seigneur\u00a0\u00bb appartenant \u00e0 certains milieux chr\u00e9tiens d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Tout ceci traduit une pulsion d\u00e9testable qu\u2019il ne faut point analyser en termes de crispations confessionnelles rivales. Ce serait le pire des pi\u00e8ges. Tous ces \u00e9v\u00e9nements fragmentent l\u2019espace urbain, morcellent l\u2019espace public un et indivisible, et expriment l\u2019instinct gr\u00e9gaire de ce que Fran\u00e7ois Chaslin appelle \u00a0\u00bb la haine monumentale \u00a0\u00bb de la ville et de l\u2019urbanit\u00e9 dans son essai sur les guerres de l\u2019ex-Yougoslavie. Il consid\u00e8re que le bellicisme confessionnel ou religieux yougoslave exprimait, durant la d\u00e9cennie 1990, l\u2019opposition entre urbanit\u00e9 et ruralit\u00e9, comme modes socioculturels, par le biais de l\u2019instrumentalisation de l\u2019identit\u00e9 confessionnelle.<\/p>\n<p>Partant de ce constat, <strong>B\u00e9n\u00e9dicte Tratnjek<\/strong>, dans son blog \u00ab\u00a0<strong>G\u00e9ographie de la ville en guerre<\/strong> \u00ab\u00a0, analyse deux concepts nouveaux : l\u2019urbicide ou meurtre rituel de la ville, et le spatiocide ou l\u2019acharnement \u00e0 d\u00e9truire l\u2019espace du politique en le fragmentant. Son analyse s\u2019attarde longuement sur le cas de la ville de Sarajevo, exemple d\u2019urbanit\u00e9 cosmopolite.<\/p>\n<p>L\u2019urbicide ne consiste pas \u00e0 rayer une ville de la carte. Il traduit d\u2019abord le meurtre ritualis\u00e9 de l\u2019urbanit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019essence m\u00eame du vivre-en-commun. Apr\u00e8s tout, le r\u00f4le socio-politique premier de la ville n\u2019est-il pas la gestion et la protection de la diversit\u00e9 ? Pour parvenir \u00e0 ses fins et faire dispara\u00eetre pour toujours l\u2019essence de l\u2019urbanit\u00e9, ou le g\u00e9nie immortel de la ville, l\u2019urbicide use d\u2019une double strat\u00e9gie : d\u00e9truire certains signifiants mat\u00e9riels (monuments, r\u00e9alisations architecturales et urbanistiques etc.) d\u2019une part et, d\u2019autre part, segmenter l\u2019espace commun en territoires o\u00f9 le pouvoir de tel ou tel chef peut s\u2019exercer. C\u2019est ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 en Occident apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire romain en 476. L\u2019Europe devra attendre le XII\u00b0 si\u00e8cle pour voir rena\u00eetre des villes florissantes. C\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Syrie sous la dictature des Assad. C\u2019est ce qui se passe au Liban, de mani\u00e8re cyclique, depuis 1975. La ville se trouve ruralis\u00e9e, morcel\u00e9e en territoires d\u2019influence de chefs de guerre qui sont autant de s\u00e9pultures au politique assassin\u00e9. L\u2019urbanit\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un mode de vie culturel et des traditions de civilit\u00e9, elle exprime aussi une autre mani\u00e8re de dire le \u00a0\u00bb vivre-ensemble-politiquement \u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ombre de la r\u00e8gle du droit.<\/p>\n<p>Quand la composante identitaire, de quelque nature que ce soit, pr\u00e9domine dans un conflit, la ville devient un ennemi parce qu\u2019elle permet la rencontre de l\u2019autre. La fixation identitaire redoute le m\u00e9lange des diversit\u00e9s. Tel serait le noyau de l\u2019opposition entre l\u2019urbanit\u00e9 et la ruralit\u00e9. Depuis 1975, Beyrouth n\u2019a cess\u00e9 de subir des assauts multiples de ruralit\u00e9. Son espace commun a \u00e9t\u00e9 morcel\u00e9, territorialis\u00e9 en enclos o\u00f9 se d\u00e9ploie le pouvoir d\u2019un chef. Beyrouth a lutt\u00e9 avec l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sespoir contre sa propre dilution. La capitale libanaise a \u00e9t\u00e9 reconstruite \u00e0 partir de son centre-ville, lieu de convergence de toutes les composantes du pays. Aujourd\u2019hui, Beyrouth est d\u00e9chiquet\u00e9e par la botte iranienne gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie arm\u00e9e de la milice du Hezbollah et \u00e0 la couverture chr\u00e9tienne que lui assure son oblig\u00e9, le CPL de l\u2019ancien chef de l\u2019\u00c9tat Michel Aoun qui, durant tout son mandat, a agi en fonction d\u2019un esprit de ruralit\u00e9 aux multiples visages : confessionnel, clanique ou religieux.<\/p>\n<p>Le g\u00e9ographe<strong> R\u00e9mi Baudou\u00ef<\/strong> affirme que la ville, comme lieu du m\u00e9tissage intercommunautaire est, aux yeux de la ruralit\u00e9 \u00ab\u00a0une porcherie [\u2026] un lieu d\u2019infection morale\u00a0\u00bb, sa destruction est un but de guerre. C\u2019est une telle logique que les militaires serbes adopt\u00e8rent contre Sarajevo dont ils d\u00e9truiront tous les monuments de la m\u00e9moire commune et dont ils br\u00fbleront la biblioth\u00e8que du 25 au 28 ao\u00fbt 1992. C\u2019est cette m\u00eame logique que la milice Hezbollah et son alli\u00e9 CPL ont adopt\u00e9 contre Beyrouth depuis l\u2019assassinat de Rafik Hariri en 2005. Tout a \u00e9t\u00e9 fait pour morceler la capitale libanaise en territoires, contrecarrer toute rencontre des composantes du peuple libanais et bloquer la r\u00e9surrection d\u2019un \u00c9tat digne de ce nom. La haine monumentale de l\u2019urbanit\u00e9 culminera le 4 ao\u00fbt 2020 par l\u2019explosion apocalyptique sur le port. Nul ne peut oublier les exp\u00e9ditions punitives des bassidjis du tandem Amal-Hezbollah contre les manifestants de la r\u00e9volte du 17 octobre. Ce sont les m\u00eames qui ont effectu\u00e9 leur descente, le 10 d\u00e9cembre, au c\u0153ur des quartiers chr\u00e9tiens o\u00f9 la foule festoyait en attendant No\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, la r\u00e9action la plus imm\u00e9diate face \u00e0 une telle incursion rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9motion confessionnelle. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il faut \u00e9viter \u00e0 tout prix. Ce serait jouer leur jeu. De m\u00eame, il ne sert \u00e0 rien de chercher \u00e0 se refaire une virginit\u00e9 politique en exacerbant outre-mesure le discours sectaire du haut de la tribune d\u2019institutions religieuses. Ces derni\u00e8res ne sont pas des instituts de beaut\u00e9 pour politiciens d\u00e9figur\u00e9s par leur bilan d\u00e9sastreux qui a men\u00e9 le pays au fond de l\u2019insondable ab\u00eeme dans lequel il se d\u00e9bat.<\/p>\n<p>Quel pourrait \u00eatre l\u2019objectif de toute cette agitation malsaine? On demeure surpris qu\u2019elle soit simultan\u00e9e au forcing pour organiser un \u00a0\u00bb <strong><em>hiwar<\/em><\/strong> \u00ab\u00a0, d\u00e9testable vocable arabe pour dire dialogue. Dialogue entre qui? Pourquoi dialoguer? Depuis 2005, le peuple libanais est tourn\u00e9 en bourrique par les diff\u00e9rentes tables de \u00a0\u00bb hiwar \u00a0\u00bb qui n\u2019ont men\u00e9 \u00e0 rien sauf \u00e0 capituler honteusement devant les conditions du Hezbollah.<\/p>\n<p><strong>On ne dialogue pas avec un adversaire arm\u00e9 jusqu\u2019aux dents et pr\u00eat \u00e0 exercer contre vous toutes sortes de violences.<\/strong> Face \u00e0 un tel interlocuteur, on capitule en essayant de pr\u00e9server sa propre dignit\u00e9. Le folklore libanais du dialogue entre forces politiques vise \u00e0 tuer l\u2019\u00c9tat de droit un peu plus, en mettant le sort du pays \u00e0 la disposition de la dictature des partis, presque tous confessionnels, et non \u00e0 renforcer la dynamique constitutionnelle. C\u2019est ainsi que meurt la ville bris\u00e9e en mille morceaux.<\/p>\n<p>Faire appel \u00e0 l\u2019ONU pour sauver ce qui peut encore \u00eatre sauv\u00e9 du Liban, recommande le Patriarche maronite Bechara Ra\u00ef. Mais comment ? Quelle proc\u00e9dure ? L\u2019\u00c9glise maronite a un r\u00f4le de premier plan \u00e0 jouer en faveur du Liban qu\u2019elle a contribu\u00e9 \u00e0 enfanter. <strong>C\u2019est pourquoi il lui appartient, face au d\u00e9ferlement des provocations confessionnelles, de ne pas jouer la carte maronite mais de donner le bon exemple en jouant la carte nationale libanaise<\/strong>. La bonne entente entre forces confessionnelles diverses est assur\u00e9e par la dynamique nationale constitutionnelle ainsi que par les r\u00e9solutions internationales 1559-1680-1701. L\u2019harmonie de l\u2019urbanit\u00e9 exige un pr\u00e9alable : la lev\u00e9e de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie iranienne. Chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 du sol de la patrie m\u2019appartient et non seulement celui de mon quartier ou de mon village. Lib\u00e9rer le Liban de la mainmise iranienne inclut la lev\u00e9e de l\u2019hypoth\u00e8que iranienne sur la banlieue-sud de Beyrouth d\u2019abord et non la capitulation. Tel est l\u2019impossible d\u00e9fi \u00e0 relever : reconstituer l\u2019urbanit\u00e9 de la ville pour sauver le politique.<\/p>\n<p><strong>Vous voulez dialoguer? Mettez vos armes dans un grenier et dialoguons. Tout le reste est bavardage.<\/strong><\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/icibeyrouth.com\/liban\/165509\">Ici Beyrouth<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Elias Haddad: Place des martyrs Beyrouth 1956) &nbsp; La mise \u00e0 mort du politique, dans les soci\u00e9t\u00e9s plurielles, exige le meurtre rituel de la ville, de l\u2019essence de l\u2019urbanit\u00e9, cadre du vivre-ensemble politiquement. 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