{"id":100268,"date":"2022-10-24T15:25:11","date_gmt":"2022-10-24T14:25:11","guid":{"rendered":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/?p=100268"},"modified":"2022-10-24T15:26:52","modified_gmt":"2022-10-24T14:26:52","slug":"corruption-politique-ou-le-mal-radical","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/middleeasttransparent.com\/fr\/corruption-politique-ou-le-mal-radical\/","title":{"rendered":"Corruption politique ou le mal radical"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #666699;\">Dans son\u00a0Essai sur le mal politique, Myriam Revaut d\u2019Allonnes \u00e9crit :\u00a0\u00ab\u00a0Que la politique soit mal\u00e9fique, qu\u2019elle charrie avec elle tout un d\u00e9fil\u00e9 de pratiques malfaisantes, implacables ou perverses, c\u2019est l\u00e0 une plainte aussi vieille que la politique elle-m\u00eame [\u2026] La politique corrompt\u00a0\u00bb. En cette ultime semaine d\u2019effervescence de la fin d\u2019un mandat pr\u00e9sidentiel, au milieu des d\u00e9combres de l\u2019\u00c9tat libanais, il est l\u00e9gitime de s\u2019interroger sur la pertinence de la notion de corruption politique comme mal radical.<\/span><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En ce dimanche 23 octobre, les hom\u00e9lies du Patriarche Maronite Bechara Ra\u00ef ainsi que du M\u00e9tropolite de Beyrouth Elias Audeh, ont plac\u00e9 tr\u00e8s haut la barre morale de r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de vie publique. Parlant du scandale de la vacance pr\u00e9sidentielle, les deux pr\u00e9lats ont appel\u00e9 les choses par leur nom. Pour le patriarche Ra\u00ef, les d\u00e9put\u00e9s de la nation font preuve de trahison envers la patrie en n\u2019ex\u00e9cutant pas le mandat qui leur est confi\u00e9 par leurs \u00e9lecteurs : assurer une vie publique saine conform\u00e9ment aux dispositions constitutionnelles. Le m\u00e9tropolite Audeh a lourdement insist\u00e9 sur la corruption politique qui d\u00e9passe en gravit\u00e9 la corruption marchande des malversations financi\u00e8res et de leurs r\u00e9seaux mafieux politiciens. Il existe une probit\u00e9 publique qui fonde le pouvoir dans la cit\u00e9. Lorsque le pouvoir s\u2019identifie \u00e0 celui qui l\u2019exerce ou lorsque ce dernier accapare le pouvoir qu\u2019il d\u00e9tient, il devient l\u00e9gitime de d\u00e9noncer la corruption politique comme d\u00e9tournement de la recherche du bien commun en faveur d\u2019int\u00e9r\u00eats de la sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas ais\u00e9 de d\u00e9finir la corruption politique \u00e0 cause de la variation culturelle des \u00e9chelles des valeurs. On pourrait se contenter de dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un march\u00e9 occulte se situant \u00e0 l\u2019interface du public et du priv\u00e9, dans la p\u00e9nombre cr\u00e9pusculaire o\u00f9 se d\u00e9ploie la volont\u00e9 de puissance.\u00a0<em>\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 la division entre sph\u00e8re politique et sph\u00e8re marchande a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en principe ; l\u00e0 o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat public se distingue des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s ; l\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00c9tat a fait reculer le patrimonialisme, le client\u00e9lisme, le n\u00e9potisme, alors la corruption est consid\u00e9r\u00e9e comme une pathologie\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(Yves M\u00e9ny). De toute \u00e9vidence le Liban est loin de correspondre \u00e0 une telle d\u00e9finition. Par ailleurs, l\u2019homme politique libanais parvient rarement \u00e0 mettre une sourdine \u00e0 sa propre volont\u00e9 de puissance. Bien au contraire, cette derni\u00e8re est suppos\u00e9e remplir l\u2019ensemble de l\u2019espace public et ce qu\u2019il contient.<\/p>\n<p>Il est vrai que, durant tout son mandat, le Pr\u00e9sident Michel Aoun a toujours d\u00e9clar\u00e9 vouloir \u00e9radiquer la corruption. On a vu comment la magistrature fut mise \u00e0 contribution pour harceler certaines figures du secteur financier priv\u00e9 ou public. Cependant, la m\u00eame magistrature est aujourd\u2019hui paralys\u00e9e dans l\u2019enqu\u00eate sur l\u2019explosion du port de Beyrouth.<br \/>\nCertaines d\u00e9clarations outranci\u00e8res du couple Hassan Nasrallah et Jibrane Bassil se donnent libre cours. D\u2019ici la fin du mandat actuel, le pr\u00e9sident du CPL menace de donner ordre aux ministres de son parti, membres du cabinet, de ne pas obtemp\u00e9rer aux ordres du chef du gouvernement, de ne pas participer aux r\u00e9unions du conseil des ministres au cas o\u00f9 ce dernier assumerait l\u2019int\u00e9rim de la vacance pr\u00e9sidentielle qui se profile \u00e0 l\u2019horizon du 31 octobre. Personne ne bronche. Voici qu\u2019un responsable politique ordonne \u00e0 ses partisans de violer la plus \u00e9l\u00e9mentaire probit\u00e9 publique, \u00e0 savoir l\u2019obligation d\u2019assurer le service public et la continuit\u00e9 du pouvoir. C\u2019est cette primaut\u00e9 de la volont\u00e9 politique de puissance sur les r\u00e8gles et les principes que le m\u00e9tropolite Audeh d\u00e9nonce sous le nom de \u00ab\u00a0corruption politique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis la nuit des temps et les d\u00e9buts de l\u2019histoire, on a toujours affirm\u00e9 que le mal \u00ab\u00a0s\u2019incarnait historiquement dans le mal du pouvoir\u00a0\u00bb. Tout despote n\u2019a de pouvoir que fond\u00e9 sur la crainte qu\u2019il inspire. Terrifier le peuple semble \u00eatre synonyme de gouverner chez certains. On n\u2019a pas beaucoup d\u2019exemples historiques de souverains conscients que pour se faire respecter et ob\u00e9ir, il faut d\u2019abord se faire aimer.<\/p>\n<p>Giovanni Sartori rappelle dans sa\u00a0<strong><em>Th\u00e9orie de la d\u00e9mocrat<\/em>ie\u00a0<\/strong>:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Politique et \u00e9thique ne sont ni identiques ni isol\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre [\u2026] le difficile probl\u00e8me de leurs relations devient insoluble si [\u2026] nous r\u00e9duisons la politique aux seuls faits et besoins bruts et situons toutes les valeurs [\u2026] dans le champ de la morale\u00a0\u00bb<\/em>. Ainsi, les menaces brandies par le pr\u00e9sident du CPL ne font pas d\u00e9bat sur le plan de la morale ou de leur conformit\u00e9 \u00e0 la probit\u00e9 publique. Elles sont uniquement vues par les lorgnettes factuelles de la politique et de la lutte pour le pouvoir. La fin du mandat pr\u00e9sidentiel laisse un Liban livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire aux loups \u00e0 forme humaine qui font fi de toute contrainte et dont la volont\u00e9 de puissance asservit les constitutions, les r\u00e8gles et les principes.<\/p>\n<p>Le soul\u00e8vement du 17 octobre 2019 avait fortement d\u00e9nonc\u00e9 la corruption mais du seul point de vue moral et non politique. Les effets politiques et sociaux de ces accusations ne semblent pas avoir eu d\u2019effets radicaux sur l\u2019image des acteurs politiques, ni m\u00eame sur leurs r\u00e9sultats \u00e9lectoraux. Plusieurs candidats, dits corrompus, ont \u00e9t\u00e9 largement r\u00e9\u00e9lus au printemps 2022. Il est donc possible de crier\u00a0<em><strong>\u00ab\u00a0Tous pourris\/kellon ye3n\u00e9 kellon\u00a0\u00bb<\/strong><\/em>\u00a0tout en accordant des mandats parlementaires \u00e0 des politiciens r\u00e9put\u00e9s corrompus. Ainsi l\u2019\u00e9lecteur ne sanctionne pas, ou tr\u00e8s peu, la corruption politique. Cette forme de tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette forme de corruption est particuli\u00e8rement perceptible au Liban. Le leadership politique va de pair avec une perception mesur\u00e9e de certaines pratiques d\u00e9viantes voire ill\u00e9gales. Il y a une indulgence a priori \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la corruption politique. \u00ab\u00a0L\u2019art de gouverner est celui de tromper les hommes. L\u2019art d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9 est celui d\u2019apprendre la soumission, laquelle va de l\u2019ob\u00e9issance forc\u00e9e \u00e0 l\u2019enchantement de la servitude volontaire\u00a0\u00bb (D\u2019Allonnes). L\u2019indulgence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la corruption politique alimente la passivit\u00e9 des citoyens et met en danger la d\u00e9mocratie. Les citoyens d\u00e9sabus\u00e9s se laissent aller \u00e0 l\u2019incivisme et au populisme. Au milieu d\u2019une telle perversit\u00e9, \u00ab\u00a0la politique appara\u00eet comme un marchandage faisant de la corruption le prix \u00e0 payer pour la d\u00e9l\u00e9gation d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (P. Beze).<\/p>\n<p>La fin du mandat du Pr\u00e9sident Michel Aoun le 31 octobre prochain ne mettra pas fin \u00e0 la corruption politique dans un pays o\u00f9 se sont d\u00e9lit\u00e9s tous les instruments rationnels des institutions aptes \u00e0 contenir les d\u00e9r\u00e8glements des passions. La racine mauvaise du politique ne dispara\u00eetra pas. C\u2019est pourquoi la seule justification d\u2019une reprise de la r\u00e9volte du 17 octobre 2019 se r\u00e9sume dans le recouvrement de la pleine souverainet\u00e9 du pays et du r\u00e9tablissement de l\u2019\u00c9tat de droit, loin de toute utopie moralisatrice.<\/p>\n<p>acourban@gmail.com<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/icibeyrouth.com\/liban\/142267\">Ici Beyrouth<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son\u00a0Essai sur le mal politique, Myriam Revaut d\u2019Allonnes \u00e9crit :\u00a0\u00ab\u00a0Que la politique soit mal\u00e9fique, qu\u2019elle charrie avec elle tout un d\u00e9fil\u00e9 de pratiques malfaisantes, implacables ou perverses, c\u2019est l\u00e0 une plainte aussi vieille que la politique elle-m\u00eame [\u2026] La politique corrompt\u00a0\u00bb. 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