La poignée de main historique entre Zarif et Obama fait scandale en Iran

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Le gouvernement du président Hassan Rohani, brise les tabous, les uns après les autres. ِAlors que Washington et Téhéran n’ont plus de relations diplomatiques depuis la prise d’otages à l’ambassade américaine dans la capitale iranienne en 1980, il y a eu d’abord la conversation téléphonique entre le chef de l’Etat iranien et son homologue américain, Barack Obama, en septembre 2013. Une première depuis trente-quatre ans.

Ensuite ont commencé des rencontres incessantes, parfois photographiées, entre le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, et son homologue américain, John Kerry, dans le cadre des négociations sur le dossier nucléaire de Téhéran.

Le dessin du quotidien réformateur Bahar. "La rencontre respectueuse", peut-on lire en légende.

Le dessin du quotidien réformateur Bahar. « La rencontre respectueuse », peut-on lire en légende.

Tous ces événements, notamment les clichés montrant une certaine complicité entre deux chefs de la diplomatie, ont indigné la presse et les milieux conservateurs et suscité des critiques à l’encontre du gouvernement de M. Rohani. Or, le dernier rebondissement dans les relations entre les Etats-Unis et l’Iran a eu lieu à New York, lundi 28 septembre, entre Mohammad Javad Zarif et Barack Obama.

Les deux hommes se sont croisés, «par hasard», en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, juste après le discours du président Rohani, se sont serré la main et ont échangé quelques mots, écrit l’agence d’informations officielle IRNA. La rencontre n’a duré que «moins d’une minute».

Geste « de trop »

Ce jour-là, l’impardonnable a été commis. Mohammad Javad Zarif est depuis la cible principale des conservateurs qui veulent lui faire payer ce geste «de trop». La colère est d’autant plus vive que la raison principale des échanges entre les Etats-Unis et l’Iran, c’est-à-dire les négociations sur le contentieux nucléaire, n’est plus d’actualité, l’accord ayant été conclu, le 14 juillet, entre l’Iran et les cinq membres permanents de l’ONU, plus l’Allemagne.

L’accusation la plus violente est venue du porte-parole de la justice iranienne, Gholam Hossein Mohseni Ejeie, qui a comparé le geste de M. Zarif à de «l’espionnage». «L’espion (…) prépare le terrain pour l’entrée de l’ennemi, a déclaré M. Ejeie devant des employés du pouvoir judiciaire. Il dit : “L’Amérique n’est plus l’ennemi et elle est revenue à la raison. Pourquoi nous ne permettons pas que la main d’Obama soit serrée [par nos politiques]? Où est le mal de parler à un autre?”»

Cette autorité judiciaire a ensuite menacé le chef iranien de la diplomatie : «Celui qui veut espionner pour les Etats-Unis, le Grand Satan, et qui entend collaborer avec ce pays est transgresseur, traître et passible de peine.»

Le Parlement, où les conservateurs sont majoritaires, est, depuis ce geste, la scène de critiques de députés contre «cet acte indécent», pour reprendre les mots de l’un d’eux, le parlementaire Mansour Haghighatpoor. «Pour pouvoir serrer la main aux Américains et boire du Nescafé avec eux, il faut d’abord qu’ils s’excusent auprès de notre peuple», a-t-il ajouté.

Ambiance calme

Un groupe d’étudiants bassidji a également demandé au Parlement de convoquer Mohammad Javad Zarif et de «lui rappeler qu’il est le ministre de la République islamique [d’Iran] et non pas celui de ses propres espoirs et croyances !»

Néanmoins, le geste de M. Zarif a également certains soutiens, dont Kamaleddin Pirmoazen, député d’Ardabil, ville dans le nord-ouest du pays, qui le justifie par «la nécessité d’échanger avec les autres en vertu de la diplomatie».

Malgré ces critiques, qui peuvent valoir à Mohammad Javad Zarif sa convocation au Parlement, l’ambiance générale est relativement calme. Cette absence de vraies réactions peut s’expliquer par la tragédie survenue le 25 septembre à La Mecque, où 228 Iraniens sont morts dans une bousculade, selon le dernier bilan publié par Téhéran. Le nombre des disparus s’élève à 246. Téhéran attend le rapatriement des corps et continue à pointer la responsabilité de l’Arabie saoudite dans le drame.

Le Monde

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